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mardi 17 mai 2011

Libérer le chant

Soirée de fête, samedi soir, alors que la compagnie de création Chants Libres célébrait ses 20 ans. J'avais hâte de découvrir les premières productions, de réentendre les plus récentes et de me replonger dans l'univers féerique de l'unique opéra de Gilles Tremblay, présenté en novembre 2009. J'étais curieuse de découvrir comment la directrice artistique Pauline Vaillancourt réussirait à transmettre en une scène ou deux l'essence même d'une œuvre scénique appréciée jusque-là dans son entièreté. Je m'interrogeais également: « Certaines productions auraient-elles mal vieilli? » Quand on travaille avec des œuvres dont l'encre est à peine sèche, pas toujours facile de juger de leur pertinence dans 5, 10 ou 20 ans. Après moins d'une demi-heure, la réponse était pour moi limpide. En effet, non seulement les opéras se tenaient-ils encore tous musicalement, admirablement défendus par des voix à la fois puissantes et souples, leurs esthétiques (costumes, éléments scéniques, utilisation de projections), même si forcément multiples, n'avaient pas pris une seule ride. Je repense ici aux spectaculaires robes/sculptures de Le vampire et la nymphomane et Yo soy la desintegracion (photo), aux installations vidéo de L'Archange ou à l'ambiance explosive d'Alternate Visions.

Aucune faiblesse à signaler chez les interprètes, dont on pourrait saluer chacune des interventions ou presque. Je retiendrai la remarquable présence scénique de Stéphanie Lessard, qui nous a offert une diva plus grande que nature, tantôt grandiloquente, tantôt fragile dans Ne blâmez jamais les bédouins, la polyvalence d'Éthel Guéret qui a su incarner une Princesse blanche toute en subtilité et une Lulu (Lulu, le chant souterrain) troublée et troublante, sans oublier une Marie-Annick Béliveau au sommet de son art dans les exigeants Chants du capricorne (photo), devenus envoûtement pur.

Je suis ressortie du Monument-National avec des images se bousculant, certaines phrases ou appropriations du langage hantant mes oreilles, des questionnements - de ceux, essentiels, qui font avancer les choses - plein la tête et un seul regret: ne pas avoir vu jadis toutes ces productions dans leur intégralité. Aucun doute dans mon esprit: je serai en salle en mai 2012 pour la création d'Alexandra, opéra de chambre de Zack Settel et Yan Muckle, inspiré du destin d'Alexandra David-Néel.

En périphérie de cet anniversaire, un livre magnifique, qui présente documents d'archives, photos et genèse de chaque opéra présenté, a été lancé, au coût très modique de 20 $. Il serait futile de s'en priver.

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