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mercredi 3 octobre 2012

Bondye konn bay men li pa konn separe

Maxime McKinley
« Maxime McKinley est un des plus intéressants compositeurs de sa génération. Peinture, littérature, philosophie, poésie et musique tissent une toile éclectique dans la tête de ce créateur », écrivait Guy Marceau, dans Paroles & Musique en 2006. Étudiant de Michel Gonneville au Conservatoire de Montréal et d’Isabelle Panneton à l’Université de Montréal, il s’est également perfectionné à Paris auprès de Martin Matalon, en plus de suivre des cours de maître ou particuliers avec Hugues Dufourt, Peter Eötvös, Kenneth Hesketh, Philippe Leroux, Armando Luna et Bruno Mantovani.

Prix d'Europe de composition 2009 (Prix Père-Fernand-Lindsay), onze fois primé au concours national Jeunes compositeurs de la Fondation SOCAN (dont le Grand Prix John-Weinzweig  ex æquo en 2011), Maxime McKinley écrit pour des ensembles et organismes d'horizons très variés. Cette fois, à l’invitation de Kent Nagano, il joint son langage de compositeur contemporain à celui de DJ Champion dans une œuvre hybride unique, pour platines et orchestre, qui s’articule autour d’une série de marches classiques, de William Byrd (The Bells) à Stravinski (L’histoire du soldat) et Prokofiev (L’Amour des trois oranges et « Montaigus et Capulets »), sans oublier les incontournables marches nuptiale de Mendelssohn et slave de Tchaïkovski.

«  On parle ici de la rencontre de deux univers, dont il faut mettre en place la complémentarité, explique McKinley en entrevue. Les “muscles” musicaux  de DJ Champion sont développés de façon entièrement différente des miens. Il faut mettre à profit le meilleur de nos deux univers et canaliser le tout dans une même direction. » S’il connaissait son nouveau collaborateur en tant que guitariste (un élève lui ayant apporté un jour une de ses partitions), McKinley s’est tout de suite plongé dans l’univers de DJ Champion : « Je voyais la différence entre nous, mais aussi les points de rencontre. » Les langages complexes des deux créateurs ne peuvent se résumer en une simple opposition. Tous deux désarticulent le rythme, multiplient les ruptures, se servent de la pulsation, mais de façon détournée. 

Maxime Morin, alias DJ Champion

« Comme DJ Champion ne travaille pas avec une notation, il a fallu établir un langage commun, souligne McKinley. Nous avons parlé tout de suite de sons, de son enveloppe, de ses composantes, de textures, en termes très concrets. » Une première maquette, constituée d’un collage d’échantillonnages de marches choisies par DJ Champion et d’un extrait d’une page du compositeur, a été assemblée. « La commande de maestro Nagano était claire : on devait pouvoir “sentir” mon langage, en percevoir la couleur. » Une simulation MIDI a ensuite permis une synthèse entre les motifs retenus, avant que McKinley ne procède à un travail d’écriture,  « entre imagination, repiquage, consultation des partitions originales, écoute des maquettes et création pure ». La partition du DJ, des solos de scratch essentiellement improvisés, a dû être notée de façon créative et comprend des résumés de matériaux à utiliser, que le soliste joue sans arrêt, multiplie les boucles ou donne le signal au chef et aux musiciens de l’OSM d’amorcer une nouvelle section.

Bondye konn bay men li pa konn separe, dicton créole que l’on peut traduire par « Dieu sait donner, mais ne sait pas partager », se veut un clin d’œil à une préoccupation qui a habité les deux complices tout au long du processus de création, la réaction des puristes (peu importe leur milieu), qui pourraient considérer les artistes comme des Judas. McKinley y voit un rapport entre la pureté et l’impureté – termes dépouillés ici de toute connotation péjorative –, au métissage : « C’est un mélange de familier (le travail de DJ Champion) et d’inconnu (musique contemporaine), dont on peut tirer profit en les croisant, en établissant une dialectique. L’œuvre s’articule comme une lente transformation du point A au point B, des textures vers une pulsation claire, de moi vers lui. » Le compositeur, qui admet avoir relevé ici le plus grand défi de sa vie, souhaite étonner le public, le surprendre, sans que cela devienne rébarbatif. « La musique contemporaine a un côté costaud, substantiel, exigeant, une puissance. Il s’agit de l’accorder à celle des machines de DJ Champion, d’harmoniser les deux forces. »


L'oeuvre sera créée vendredi soir par l'OSM et DJ Champion, lors d'un concert éclaté, Maison symphonique de Montréal. Elle sera reprise les 14 et 15 novembre.

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