Pages

lundi 17 décembre 2012

Une femme comme il faut

Nous éprouvons toutes un jour ou l’autre des moments de découragement, de déchirement, d’hésitation, mais il y aussi ces soirées de filles qui vous permettent de tout oublier, alors qu’une pédicure ou le visionnement d’une comédie romantique deviennent prétexte à un échange à cœur ouvert, avec une copine que l’on retrouve une ou deux fois par année ou encore avec celle qui connaît tous vos secrets, mais ne se lasse jamais d’entendre le énième chapitre de votre histoire avec Christophe et ne porte pas de jugement quand vous lui racontez les frasques de votre dernier.

Si Une femme comme il faut, recueil de récits de Michelle Bourassa, pourrait être classé dans la même catégorie que ces ouvrages « bons pour l’âme » qui font la fortune des rayons psycho-pop, il m’a semblé néanmoins plus que cela, parce que l’écriture fluide, si elle ne renouvelle pas le genre, n’est pas dénuée d’une certaine profondeur – et même, à certains moments d’une profondeur certaine. Quand elle évoque cet accouchement qui aurait « dû » se vivre dans les larmes par exemple, mais qui, au contraire, rapproche témoins privilégiées et celle qui, bien malgré elle, occupe le rôle principal, on réalise que de la douleur peut naître la pureté la plus désintéressée. Sous sa plume, un voyage dans le sud devient prétexte à leçon de vie. Et puis, on ne peut négliger ces peintures du quotidien, comme cette guéguerre en apparence futile entre amie et mari, ces personnages qui naissent, comme Mme Curado, avec laquelle l’auteure a partagé sa chambre d’hôpital, Pépé le Pew ou Morgane la Banane, ces collègues de classe, alors que la directrice en ressources humaines décide de se recycler en designer de jardins, ou encore Mme X, hymne à l’amie fidèle (texte qui aurait peut-être eu avantage à être resserré).

Et puis, oui, bien sûr, il y a ces références à la petite et à la grande histoire, car comment peut-on accepter l’absence du père quand, en plus, celui-ci a été un homme politique qui n’a pas nécessairement fait l’unanimité? C’est peut-être là, curieusement, où le livre m’a moins rejointe, non pas parce que je ne peux comprendre combien le deuil d’un parent peut devenir lourd à porter, mais parce que, parfois, dans ces textes, j’ai senti l’auteure presque trop « femme comme il faut » justement, qui ressent le besoin de défendre, un point de vue, une éducation. Sans doute était-il nécessaire qu’elle s’affranchisse de cet héritage, la lectrice acceptant d’une certaine façon le rôle de confidente. Une fois libérée, Michelle Bourassa saura vraisemblablement mener sa plume ailleurs que sur la route des souvenirs. Nous lui souhaitons.


2 commentaires: