Pages

mercredi 9 juillet 2014

Un rendez-vous charmant

Krin Haglund possède cette qualité rare qui lui permet de connecter instantanément avec un public. Elle n'avait pas prononcé une seule parole, à peine esquissé quelques pas sur la scène du Quat'Sous que nous étions conquis, irrévocablement. Oui, Krin Haglund demeure une artiste de cirque complète, qui a roulé sa bosse un peu partout, que ce soit avec le Cirque Éloize (notamment dans le rôle inoubliable de l'ange dans Rain) et les Sept doigts de la main (dans La vie et Loft), première femme à maîtriser la roue Cyr. Elle a non seulement survécu à une chute qui aurait pu se révéler fatale, mais est sortie de l'expérience grandie, les yeux pétillants, le cerveau bouillonnant de numéros extravagants qu'elle ne pouvait en aucun cas proposer aux grandes compagnies.


Dans The Rendez-vous, elle personnifie une femme légèrement excentrique, qui attend son galant. Pour se désennuyer, elle se servira de ses colliers comme accessoires, recyclera ses bas en marionnette avec laquelle elle échangera avant de la plumer dans une lecture décalée du traditionnel Alouette. Le chandelier deviendra coiffe, la nappe vêtement, alors qu'elle se prend pour une soprano wagnérienne ou une tragédienne issue de la Belle Époque. Krin Haglund manie la roue Cyr avec maestria (elle semble s'amuser follement), intègre un numéro de trapèze, un autre de rubans, impeccables. Pourtant, c'est lorsqu'elle interagit avec le public qu'elle est la plus redoutable, qu'elle dirige d'une poigne de fer un trio de souffleurs de bouteilles, devienne ministre du culte pour un mariage pratiqué entre deux inconnus ou convie un homme (hier soir, le fondateur de la roue Cyr lui-même) à la rejoindre sur scène pour boire un verre ou deux, de façons extraordinairement créatives (que vous ne serez pas tenté d'adopter lors de votre prochaine soirée).

On sort de la salle envoûté par le charisme de la belle, le sourire aux lèvres, bluffé par cette superposition réussie entre esthétique volontairement vintage et réelle contemporanéité

Osez mettre votre nom sur la liste d'attente (comme je l'ai fait). Vous pourrez alors vous glisser en salle ce soir pour la troisième et dernière représentation.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire