jeudi 15 mai 2008

Petit guide le l'orgueilleuse (légèrement) repentante

Je l’avoue d’emblée : j’étais très réticente à lire ce titre, n’étant pas particulièrement portée sur la chick lit. Pourtant, j’assume entièrement mon côté fleur bleue côté vidéo. Oui, j’ai vu Bridget Jones. Oui, j’ai aimé The Devil Wears Prada et j’ai adoré My Best Friend’s Wedding (et l’ai vu plus d’une fois). Je l’avoue, tout film dans lequel un quinquagénaire sexy (Richard Gere pour ne pas le nommer) danse (Shall we Dance?) ou conte fleurette à une mère célibataire (Maid in Manhattan) me semble plein de potentiel (mais en vidéo, on s’entend!). J’avoue en rougissant que, jadis autrefois (pardonnez-moi, Seigneur, car j’ai péché), j’ai même lu du Danielle Steel (mais je me suis débarrassée de tous mes exemplaires, ainsi que de plusieurs livres d’Amélie Nothomb, pour des raisons un peu semblables). Il n’était donc pas question que je lise le Petit guide de l’orgueilleuse (légèrement) repentante d’Annie L’Italien autrement que grâce à la bibliothèque. Plus facile à dire qu’à faire, le livre étant très populaire auprès de ces dames (avec sa couverture rose, je me doute bien que ce soit la clientèle cible). Après des recherches poussées dans le réseau des bibliothèques et m’être mise sur la liste d’attente de la Bibliothèque nationale, je commençais à désespérer de pouvoir un jour mettre la main sur un exemplaire gratuit. Au détour d’une nième recherche, je l’ai trouvé, pas trop loin de chez moi. (La bibliothécaire a dû m’aider à le repérer parce qu’il était mal « coté » dans l’ordinateur et donc rangé à la mauvaise place.)

Le livre était à peine arrivé chez moi que mon adolescente avait mis la main dessus avec un plaisir gourmand : « Ça a l’air vraiment bon! Dépêche-toi de le lire que j’aie le temps, moi aussi! » Alors, un peu en grinçant des dents, j’ai ouvert cet objet rose identifié, à la typo aérée qui m’a vaguement rappelé les Aurélie Laflamme dévorés par l’ado en question, justement. Et puis, là, je l’avoue, j’ai craqué.

Pour lire la suite de mon commentaire (et celui des autres blogueuses), c'est ici...

lundi 12 mai 2008

Le plaisir retrouvé de lire...

Ah! mes amis les livres, comme je vous aime et comme je vous avais négligés, faute de temps, d'énergie. Oui, bien sûr, je ne m'étais pas arrêtée de lire (comment y songer quand on possède le cadeau de la lecture?) mais c'était plutôt les mots musicologiques qui s'étaient entassés dans mon cerveau plus récemment ou encore ceux de mes élèves du cours de culture générale. (La lecture de leurs magazines a été particulièrement édifiante et je reprendrai certainement ce projet l'année prochaine, malgré le nombre élevé d'heures de correction que cela implique de ma part.) Alors, de pouvoir enfiler comme ça, la lecture de trois livres et quelque dans une même semaine, quelle jouissance...

Tout a commencé par la lecture de La recrue du mois (dont je vous parlerai jeudi, soyez patients!), Petit guide de l'orgueilleuse (légèrement) repentante. Peut-être parce que j'avais quelques trajets à faire en transport en commun cette semaine, dès que j'ai eu terminé la lecture de cette plaquette (24 heures tout au plus), je me suis aussitôt plongée dans un autre livre, Qui se souvient de David Foenkinos?, oui, oui, celui-là même qui est l'auteur chouchou de Caro[line]. Non, je n'en étais pas à ma première lecture de l'auteur, ayant gardé un excellent souvenir de En cas de bonheur et de sa phrase-choc: « Chaque couple possède son Genève », qui fait référence à ce lieu magique, béni, où les couples se réfugient pour retrouver une bribe de leur passé, de la communion ressentie, de la fièvre qui les animait alors. Et, oui, quand à la rentrée, j'avais lu en diagonale quelques critiques du livre, l'idée un peu déjantée de s'inscrire dans son propre roman, dans un genre de fausse auto-fiction, m'avait plutôt interpellée, moi qui ne porte pourtant pas le genre de l'auto-fiction en si haute estime.

Alors, de quoi s'agit-il enfin? David Foenkinos se projette dans le futur, à un moment précis de sa carrière où l'inspiration lui fait défaut mais aussi la reconnaissance du public. Son couple bat de l'aile, sa fille quitte la maison (dans la vraie vie, il est fier papa - selon son Myspace - d'un garçonnet), il doit se remettre à donner des leçons de guitare (métier qu'il a effectivement pratiqué). Dans un train Genève (!)-Paris, il croit enfin avoir saisi l'Idée, celle qui lui permettra de se reconstruire, d'écrire son prochain roman. Là où Emmanuel Carrière jetait un regard acerbe sur lui-même dans Un roman russe (avec une certaine névrose, mais magistralement assumée), David Foenkinos préfère d'abord adopter le ton de l'auto-dérision, avant que le texte plonge, à la mi-parcours, dans un registre tout autre, où la tendresse se mêle alors à une certaine poésie. Le narrateur cesse de contempler son petit nombril pour s'ouvrir aux autres, à ses voisins, à Alice, à son beau-père (ce qui donne lieu à un délirant mais délicieux portrait du monde de la haute finance). Grâce à un tour de passe-passe particulièrement rocambolesque, l'idée finira par ressurgir, intacte, pas nécessairement celle qu'on attendait. « Je m'assis en face d'elle. J'alternai les visions de son visage et du paysage. C'est un moment de bonheur. Enfin je renouais avec ce qui est le plus important: la vie romanesque. Je voulais créer des histoires, être dans la boulimie même, mais être quoi qu'il arrive dans le battement du cœur. » (p. 151) Foenkinos démontre encore ici qu'il possède un style unique, à la fois aussi léger que le souffle d'une femme aimée et aussi précis qu'un scalpel tranchant. Un voyage en train, en soi, pour retrouver l'idée, se retrouver, retrouver l'autre, bien agréable. On peut lire ici l'entrevue réalisée par Caro[line] avec l'auteur et sa critique.

Dans un registre de relative légèreté, j'ai aussi complété la lecture de Mon petit mari de Pascal Bruck
ner, un conte philosophique charmant et acerbe à la fois, sur le couple (prolongement naturel d'une certaine façon des couples légèrement blasés de Foenkinos), la paternité, la société. Léon épouse Solange. Ils filent le bonheur parfait, malgré le fait qu'elle le dépasse d'une tête et est plus Walkyrie que femme soumise. Avec la paternité, Léon doit faire face à une malédiction d'abord inexpliquée (on finira par comprendre ce qui se passe), qui le prive d'un bon 39 cm. Après quatre enfants (de la dernière grossesse, naîtront des jumeaux), il ne mesure plus qu'un minuscule 10 cm et, forcément, a beaucoup de difficulté à se faire respecter, à prendre part à la vie quotidienne, à assumer ses rôles de mari et de père. Le ton se fait de plus en plus grinçant au fil des pages. Le petit homme qu'on trouvait encore charmant (surtout quand il était toujours doté d'un appendice plus qu'appréciable) devient rapidement un paria, qu'on dissimule, qu'on tente d'oublier, qu'on souhaite détruire. À la manière des contes de Rabelais, Bruckner tisse une toile d'une redoutable solidité, dans laquelle se trouvera prisonnier Léon mais aussi, par association, son entourage. On se croit d'abord loin ici de Lunes de fiel (seul autre roman de Bruckner que j'aie lu) mais, même si le ton se veut volontairement léger, le sous-texte s'assombrit au fil des pages avant que ne se profile détresse puis rédemption.

(EDIT DU 14 MAI: L'homme de la maison est plongé dans Mon petit mari et adore sa lecture jusqu'ici. Après ça, dans un tout autre registre, je pense lui prêter Vandal Love... Il y a bien longtemps que nous avions lu les mêmes livres.)

samedi 10 mai 2008

Le plaisir du jeu

Hier, après avoir houspillé deux des trois élèves de l'après-midi (misère! le concert est dans deux semaines et ce n'est pas encore prêt! argh!), je me suis engouffrée subito presto dans le métro, direction terminus Longueuil (pardon, Longueuil-Université de Sherbrooke!). L'ami d'une amie m'y attendait pour que je puisse moi aussi assister au concert de l'Harmonie des jeunes patriotes, qui se tenait dans la salle polyvalente de l'École secondaire Ozias-Leduc à Mont St-Hilaire. M., une des toutes jeunes musiciennes de l'ensemble, (oui, celle-là même qui a offert un second souffle au saxophone qui dormait chez moi) m'avait expressément demandé d'y assister. J'avais dû décliner l'invitation au concert de Noël pour des raisons multiples (météo, transport, horaire débordant) alors, celui-là, je l'anticipais avec plaisir.

Arrivés pile-poil dans la salle de concert (après un ralentissement peu bienvenu sur la route et un petit détour dans les dédales des locaux de la concentration musique de l'école), nous franchissons le seuil aux premières notes de I want to hold your hand des Beatles, entonné avec un enthousiasme rafraichissant et une relative justesse des timbres. Je jette un coup d'œil plus attentif au groupe. Impossible de repérer M. (postée en dernière rangée, dans la section des saxos) pour le moment mais j'ai le temps de m'attarder sur nombre de visages fort concentrés. La direction du chef, Luc Bois, est dynamique, précise, mais surtout ludique. Même dans les dérapages (prévisibles, considérant que le tiers des jeunes musiciens ne jouaient pas une seule note en septembre), il garde le contrôle... et le sourire. Entre les pièces, il esquisse les grandes lignes de son programme pédagogique: ouvrir les jeunes à des répertoires multiples (nous entendrons des musiques de film, des chansons des Beatles, le thème des Simpson, du jazz mais aussi une pièce d'inspiration celtique), à des métriques diverses (dont le 5/4 grâce au mythique thème de Mission impossible, plutôt bien réussi), mais surtout au plaisir du jeu. Visiblement, ces jeunes de 4e, 5e et 6e années du primaire sont convaincus et surtout convaincants.

Oui, bien sûr, je ne vous cacherai pas que mes oreilles ont légèrement frisé quand j'ai entendu l'unisson plus qu'approximatif et le son légèrement poussif des flûtes dans la dite pièce celtique (où la section était « en vedette »), que parfois je cherchais mes repères rythmiques (et tonaux) dans le medley des chansons des Beatles mais l'énergie dégagée était tellement positive que je n'ai pu que me laisser entraîner par Summertime (tiré de Grease), le fameux thème de Mission impossible, la pièce jazzée. À la fin du concert, les jeunes musiciens se sont levés pour saluer, visiblement heureux de leur interprétation et le public (conquis d'avance, il est vrai, mais quand même) a fait de même, d'un bond, ravi de sa soirée. Enfin, j'ai pu apercevoir la belle M. clairement, radieuse en dernière rangée. J'ai suivi son regard qui fouillait dans la salle, pour y repérer son fan club personnel. Quand elle m'a vue, son regard s'est illuminé d'un coup et nous nous sommes envoyé la main, signe discret de deux musiciens qui se sont reconnus, savent qu'ils ont la musique en commun. Je n'aurais voulu rater cet instant pour rien au monde...

vendredi 9 mai 2008

La pince à linge

Il y a deux semaines, un prof du Collège me posait une question des plus embêtantes: toi, quels sont les films qui te font rire? J'ai figé un instant, incapable de lui indiquer un titre. J'ai fini par lui dire que j'aimais plutôt l'humour au deuxième degré, de type parodique (comme Scream qui se moque des films d'horreur, par exemple) mais surtout ceux qui manipulaient les mots et en tiraient de savoureux calembours. Il y a aussi ces clins d'oeil aux incontournables du répertoire classique, comme ce délire des Quatre barbus. À savourer sans modération!

mercredi 7 mai 2008

20 ans en 250 mots

On m'a demandé la semaine dernière d'écrire un très court texte (250 mots) sur la pédagogie musicale, qui se glisserait dans un article plus complet sur la pédagogie en général. Public cible: les parents du Collège où j'enseigne une semaine sur deux. Tâche impossible? J'y ai songé. Comment réussir à résumer en si peu de mots 20 ans de pratique quotidienne de la chose? Comment réussir à « faire simple » sans que ce soit trop b-a-ba, suffisamment « artistique » pour qu'on ait l'impression que la musique est un langage autre entièrement? Voici ce que cela a donné (en 281 mots, je plaide coupable pour le léger dépassement)...

Comment peut-on réussir à enseigner une matière en apparence aussi insaisissable que la musique, reposant presque entièrement sur le non-dit? Principalement en l’abordant comme une nouvelle langue dont on présentera les rudiments aux élèves, un à la fois, mais toujours de façon ludique. Il faudra tout d’abord porter une attention soutenue à l’apprentissage cohérent des bases : lecture des notes (essentielle si l’on veut éventuellement accéder à un niveau élevé), puis des signes (phrasés, articulations, nuances, tempi) avant de décrypter les intentions musicales. (Qu’a voulu exprimer le compositeur ici? Comment réussir à en transmettre les subtilités?) Plutôt que de se fier à un plan de cours rigide ou à une méthode éprouvée, il faut aussi oser croire en son intuition pédagogique puisque rien n’est jamais assuré, quand on considère que l’on travaille avec un matériau humain (l’élève mais aussi l’œuvre interprétée), forcément insaisissable.

Les heures de travail à l’instrument seront nombreuses et la route semée d’embûches, avant que le jeune musicien n’atteigne un niveau de maîtrise élevé. L’essentiel demeure de réussir à séduire suffisamment l’élève dès le tout début pour qu’il accepte ensuite d’accomplir la somme de travail exigée. Pas facile dans notre société de l’instantané de valoriser le travail de longue haleine!

Les plus grands pédagogues le répètent : au cœur de chaque cours devrait se retrouver un moment magique, que certains appellent « le moment ah! ah! », instant unique pendant lequel l’élève saisit enfin un nouveau concept, maîtrise une difficulté technique revêche, assimile parfaitement un détail d’interprétation. Quand cette fugace intimité, totale et inconditionnelle, se crée entre le professeur et le jeune musicien, les frontières s’abolissent et ils se retrouvent, unis, à partager l’essence même de la musique.

lundi 5 mai 2008

La Muse est en ligne!

Le dernier numéro de l'année de La Muse affiliée est en ligne. Vous pouvez y lire des articles sur les Études de Chopin, un essai sur la musique de Takemitsu, répondre à un quizz, découvrir de nouvelles partitions... C'est par ici...

dimanche 4 mai 2008

Montréal, entre McDo et Bilbao

Une entrevue fascinante de Rima Elkouri avec Daniel Gill, urbaniste, aujourd'hui dans La Presse (à lire ici absolument), qui s'interroge sur les choix culturels et architecturaux que Montréal a faits en tant que ville. M. Gill en est arrivé à la conclusion qu'une ville de festivals n'attire en rien les touristes mais que ceux-ci recherchent plutôt une plus-value culturelle, par exemple un musée magnifiquement dessiné, comme le célèbre musée Guggenheim de Bilbao (réalisation de Frank O. Gehry) ou celui de New York (réalisation de Frank Llyod Wright, un musée qui se visite en colimaçon, en suivant l'architecture du lieu). La visite que j'ai fait de celui de Venise (ancien palais de Peggy Guggenheim, rempli d'oeuvres d'artistes importants du 20e siècle) reste l'une des plus marquantes de mes voyages. Les Européens se pressent maintenant à Pittsburg (côté ville sexy, on repassera, vous admettrez), pour visiter leur (semble-t-il) magnifique musée. Bilbao quant à elle a repris vie grâce à son musée. (On peut faire une visite virtuelle des lieux ici.)

Pour avoir passé quatre jours à Philadelphie et New York (et de nombreuses heures dans des musées), je peux vous dire que j'y retournerais sans hésiter. Bien sûr, vous me direz, c'est chiqué, puisque j'ai habité à Philadelphie et que j'ai donc conservé un petit béguin pour la ville. Oui, d'accord, mais pas seulement pour ça. Ce que je préfère de la ville, ce n'est plus tant les souvenirs qui y sont associés (20 ans après, ils sont moins vifs et c'est tout à fait souhaitable) mais la façon dont l'histoire et l'art y cohabitent de façon quasi symbiotique et ce, jamais aux dépends d'un certain « modernisme ». Plusieurs édifices historiques importants se retrouvent à Philadelphie (berceau de l'indépendance, rappelons-le) et on les visite avec un plaisir certain. Mais il y a aussi cette parfaite intégration de l'art contemporain (particulièrement au niveau de la sculpture) dans le paysage de la ville. Au centre-ville, on découvre une statue (historique ou contemporaine) à presque tous les coins de rue. Certaines sont devenues des icônes de style (la Clothes Pin ou le célèbre Love, par exemple), d'autres de kitsch (la statue de Rocky Balboa, à quelques pas du Philadelphia Museum of Art), d'autres de pure beauté (Philadelphie possède le deuxième plus grand Musée Rodin au monde, après celui de Paris!). Pouvons-nous en dire autant du centre-ville montréalais? Oui, c'est vrai, Lachine possède son jardin de sculptures (que j'irai visiter sous peu) en bordure du canal mais, pour attirer les touristes, c'est un peu loin du centre, tout de même (même pour attirer les Montréalais). Sommes-nous prêts en tant que société à privilégier l'art qui dure aux plaisirs éphémères d'une place des festivals bondée? Il est temps de se poser la question...