jeudi 12 novembre 2009

Opéra féerie

Dans une semaine exactement, aura lieu la première mondiale de L'eau qui danse, la pomme qui chante et l'oiseau qui dit la vérité, cet opéra-féerie pour 12 interprètes et 25 musiciens signé Gilles Tremblay, somme d'une vie. Empreint d’une forte charge poétique, cette oeuvre lyrique se veut le fruit d’une collaboration entre le compositeur et le poète et romancier Pierre Morency (qui signe ici son premier livret), deux hommes unis par une même communion avec la nature. « Ils parlent le même langage », soutient Pauline Vaillancourt, directrice artistique de Chants libres, qui a commandé l'œuvre au compositeur. Morency parle plutôt d’une « rencontre très spéciale, d’une conjonction qui aura permis à cette œuvre de naître » .

J'ai eu le plaisir de m'entretenir avec Pauline Vaillancourt, Lorraine Vaillancourt (qui dirigera l'orchestre), Pierre Morency et le metteur en scène Robert Bellefeuille. Vous pouvez lire l'article dans le numéro courant de La Scena Musicale, disponible en format PDF ici...

J'ai très hâte à cette première, pour plusieurs raisons. Tous ceux qui ont pris part à ce projet fou sont formels: on a affaire à une grande œuvre. De plus, ce n'est certes pas tous les jours qu'on peut se targuer d'avoir assisté à la création d'un opéra, surtout au Québec. J'aime aussi que le livret soit basé sur des contes de fées de madame d'Aulnoye, « revisités » par Pierre Morency qui, avec l'aide du compositeur, a fait des recherches dans les archives folkloriques de l'Université Laval afin de retrouver les contes fondateurs et les versions québécoises de ces histoires. Et puis, la musique de Gilles Tremblay est toujours chatoyante et se prêtera à merveille à cette histoire de quête, qui ne peut que continuer à nous rejoindre en cette époque parfois troublée. De plus, pour une fois, les billets sont accessibles: 40 $ et 20 $ pour les étudiants et aînés. Au plaisir de vous y croiser jeudi prochain?

Tous les détails sur le site de Chants libres...

Une image (et quelques notes) valent mille mots. Voici le (court) clip de présentation de l'oeuvre.

mardi 10 novembre 2009

Vedettes de la télé

J'avouerai volontiers que, dans mon panthéon personnel, les entrevues avec Alfred Brendel et Yo-Yo Ma sont des souvenirs que je chéris, le premier parce que j'avais l'impression de téléphoner à Dieu lui-même et le second parce qu'il était tellement généreux que j'en étais tout simplement renversée. (J'avais pourtant dû envoyer mon CV avant de pouvoir l'interviewer!)

Mais, eh non, je ne fréquente pas que les vedettes du classique en entrevue. Ce matin, par exemple, je faisais partie des médias invités pour interviewer Jayme Rae Dailey, une des quatre finalistes de la populaire émission So you think you can dance Canada. Que faisais-je au milieu des caméras de CTV, de TVA et de journalistes de La Presse et The Gazette, vous demanderez-vous? Eh bien, j'avais un article à écrire pour La Clé, le journal parents-élèves du Collège Sainte-Anne à Lachine, institution dont Jamie est diplômée (son jeune frère y complète son cursus cette année). Eh, oui, après avoir posé quelques questions plus sérieuses, j'ai pu faire ma groupie et demander un autographe pour l'ado de la maison. (Cessez de rire dans le fond! Oui, je sais, je suis sans doute la plus ado de la maison...)

Impressions, comme ça? La jeune fille est charmante, articulée, semble très saine malgré les montagnes russes émotionnelles des dernières semaines. Après-demain, elle s'envolera pour deux semaines de répétition pré-tournée canadienne. Après? Elle parle de continuer à danser, de prendre des cours, rêve de voyager et de chorégraphier, surtout si c'est avec sa sœur jumelle (qui s'était présentée elle aussi aux auditions à Montréal). Du bonbon, quoi!

Dans une chorégraphie de Nico Archambault, gagnant 2008 de l'émission...

dimanche 8 novembre 2009

Les Murs


Je n'ai pas pu attendre mon exemplaire et ai acheté une copie du livre à la Librairie du Square vendredi - et en ai profité pour mousser l'auteure auprès de la libraire qui m'expliquait combien il était difficile de se fier aux étiquettes de prix pour évaluer la qualité d'un livre. (Je ne peux que l'appuyer là-dessus, ayant « subi » Les bienveillantes il y a quelques années... Par contre, je garde d'excellents souvenirs du Goncourt 2008.)

Hier, journée grise et froide, idéale donc pour la lecture dans un fauteuil confortable, bien au chaud, je m'y suis donc (re)plongée. Oui, je connais le texte (mais ne l'avais pas relu depuis plus d'un an). Oui, je connais (très bien) l'auteure. Non, il n'y avait aucune surprise au niveau du contenu (réaménagé, peaufiné, mais resté essentiellement le même). Pourtant... Je me suis laissée happer par le style, le rythme et la musicalité des pages. (Oui, je sais, c'est une déformation professionnelle. Il ne semble exister aucun traitement valable.)

Je ne vous propose pas un commentaire de lecture objectif (et c'est pourquoi je n'ai pas osé noter le livre dans ma liste). Je laisserai à mes collègues de La Recrue le soin de le faire et ne souhaite aucunement les influencer. Mais je partagerai ici quelques passages choisis parce que, souvent, de laisser la parole à l'auteur est l'acte qui lui rend le plus justice.
« C’est ça, la vraie solitude : non pas être seul sur une île, mais parler une langue étrangère dans une foule. » (p. 30)

« La folie, c’est au-delà des mots, au-delà de l’image, on la sent, on l’inspire, elle goûte le café noir et la bile et les cigarettes, elle goûte le vide, ça nous remplit. » (p. 79)

« Oui, je sais, j’aime les premières impressions, ces toiles blanches sur lesquelles on peut peindre ce que l’on veut, cette scène ouverte à tous ces personnages que l’on veut jouer, à tous ces masques que l’on veut porter, j’aime beaucoup, c’est tellement faux pour moi et tellement vrai pour l’Autre. » (p. 88)


« Une femme qui pleure, c’est une branche qui tremble au vent, ça peut être beau, mais un homme qui pleure, c’est le désespoir humain, c’est un chêne qui s’effondre, qui s’écrase lourdement sur le sol. » (p. 146)

En complément: une entrevue et critique parue hier dans Le Journal de Montréal...

vendredi 6 novembre 2009

Minuscules extases


Ceux qui sont déjà passés chez moi le savent: si ma PAL est relativement impressionnante (pourtant, décompte fait, je ne dépasse pas les 50 titres), elle ne fait pas le poids face à ma bibliothèque de livres de recettes. J'aime plonger dans ces livres, pour reprendre une recette aimée ou m'en inspirer au quotidien (quand j'ai suffisamment de temps bien sûr pour être « originale ») et je préfère le dépaysement des cuisines ethniques aux livres de référence. Je n'ai donc pas su résister au partenariat proposé par Blog-O-Book et NiL Éditions et me suis donc proposée pour lire Minuscules extases de Denis Grozdanovitch, dernier titre de la collection Exquis d'écrivains, dans laquelle des auteurs partagent leurs coups de cœur gastronomiques, avec une délicatesse et un doigté qu'on associe aux plus raffinées pâtisseries.

Denis Grozdanovitch nous propose ici 23 mises en bouche, tantôt frivoles, tantôt touchantes, certaines franchement plutôt salées (Cadavres exquis) et d'autres parfaitement moelleuses (Gauffres). Il nous invite à partager aussi bien des souvenirs d'enfance (Crêpes, Frites ou Escargots par exemple) que de sa vie de champion de tennis et de squash. Ainsi, Cassoulet est aussi effervescent dans sa narration que la leçon a dû être lourde à digérer ce jour-là (la défaite étant un plat dont on ne reprend guère). Parfois, il nous amène dans des contrées exotiques (Figues, Chorba ou Hobbit), parfois dans la campagne française (Piquette, qui interpellera quiconque a dû subir l'enthousiasme d'un vigneron apprenti souhaitant partager « son » vin) ou même dans l'intimité de ses rituels (Thé).

Certes, les textes ne sont pas tous égaux. Ainsi, Kumquats laisse une impression d'oubli aussitôt ingéré alors que Cadavres exquis (une histoire de nécrophagie) laisse un goût plutôt acide sur la langue et dépare un peu cette carte qui se décline sinon de façon plutôt subtile. J'ai préféré de loin l'auteur dans les pages imprégnées d'une douce tendresse (Synesthésies par exemple, qui nous fait rêver de connaître nous aussi quelqu'un qui puisse nous offrir un plat qui nous représente parfaitement) à celles où il prend un ton plus docte (Café), mais j'ai adoré être conviée à une telle union entre goût et lecture. Je jetterai sans aucun doute un oeil sur d'autres titres de la collection. On est épicurien ou on ne l'est pas...

mercredi 4 novembre 2009

Escalier musical

Je déménage à Stockholm, c'est décidé, idéalement près de la station Odenplan...

Dommage que ce ne soit qu'une publicité... soupirs...

mardi 3 novembre 2009

Le prix Robert-Cliche remis à Olivia Tapiero


Moments de fébrilité et de grande émotion hier soir, lors du lancement des titres de la saison automnale de VLB éditeur (romans), l'Hexagone (poésie) et Typo (essais) quand le nom de la lauréate du Prix Robert-Cliche a été enfin révélé au grand public. J'écris « enfin » car je connaissais son identité depuis le mois de juin, ayant le privilège de connaître Olivia depuis plusieurs années, puisqu'elle fait partie de ma classe d'élèves en piano et qu'elle est devenue une amie. J'admets donc volontiers que je n'ai donc aucune objectivité face à Les Murs, ayant lu et travaillé sur trois versions différentes de l'objet (dont une première ébauche, incomplète, en anglais) et plaide volontiers coupable de lui avoir un peu forcé la main pour qu'elle transmette son manuscrit au jury du Prix Robert-Cliche.

N'empêche, de pouvoir tenir l'objet entre mes mains hier soir (même si j'attendrai patiemment « ma » copie dédicacée dès que l'auteure aura reçu ses exemplaires) m'a causé un certain émoi. D'entendre la présidente du jury Louise Portal évoquer la force de son texte m'a troublée. De réaliser qu'elle était la plus jeune lauréate (19 ans) depuis la mise sur pied du prix en 1979 aussi. De pouvoir palper l'émotion de l'auteure quand elle a accepté les hommages était incomparable. « La plupart du temps, on s’oublie pour se rapprocher de ce que la vie exige de nous. Je vous remercie tous parce que ce soir, vous me faites sentir que c’est ma vie qui se rapproche de moi », a-t-elle exprimé fort éloquemment.

Vous n'avez pas à me croire sur parole quand je vous affirme que le texte possède une force incroyable et un style parfaitement maîtrisé, qu'Olivia possède un don assez exceptionnel pour la peinture de personnages. Je glisse en passant que ce livre avait auparavant été considéré aussi bien par les éditions Albin Michel que P.O.L. Vous serez peut-être ébranlé par le quatrième de couverture. Ignorez-le. Lisez tout simplement le roman et j'espère que vous oserez m'en parler après.

La nouvelle s'est répandue sur Internet comme une traînée de poudre hier soir. Vous pouvez déjà cet article du 7 jours.

Un article sur le site de Radio-Canada, qui présente également un extrait du roman est maintenant également disponible.

dimanche 1 novembre 2009

À l'est d'Eden

Après un peu plus de deux semaines, je me suis extrait d'À l'est d'Eden hier soir. Je vous rassure: ce n'était pas que la lecture en soit si pénible, au contraire. En fait, pour être honnête, pendant la semaine qui a suivi mon retour, j'ai dû lire une heure tout au plus, ce qui n'aidait aucunement à avancer la lecture d'une telle brique. (J'ai plutôt rattrapé mon retard côté émissions télé enregistrées pendant mon absence, mea culpa.)

Ce premier plongeon dans l'univers de Steinbeck m'a convaincue presque sans restriction. Il possède une plume exceptionnelle pour tracer le portrait d'une famille sur plusieurs générations, d'une époque (la charnière entre 19e et 20e siècles), d'un lieu (le mythique Ouest américain). Mais c'est surtout dans la façon dont il traite la psychologie de ses personnages en strates qu'il m'a particulièrement éblouie. Oui, certains sont méchants (Cathy/Kate, une vraie psychotique, fait une villain terrifiante par moments) mais la plupart sont si denses dans leurs contradictions (rien n'est jamais entièrement blanc ou noir chez Steinbeck, même quand on l'impression qu'il « type » ses personnages et qu'il les place en opposition directe) qu'on ne peut qu'être fasciné par cet univers, tantôt en couleurs franches, tantôt en demi-teintes.

Les personnages m'ont habitée une bonne partie de la nuit, c'est donc dire le lien intime, presque charnel, développé avec eux au cours des dernières semaines. Après la lecture d'une telle saga, je comprends aussi combien il peut être difficile pour un auteur américain qui rêve d'écrire « le prochain grand roman américain » de se convaincre de s'y mettre. La défi à relever reste en effet énorme, même si certains (dont Richard Powers et Le temps où nous chantions) y sont parvenus.