Oui, le mercure est passé de -5 à +20 dans un clin d’œil ou presque. Je n'avais pas réalisé combien lire dehors pouvait relever de la pure jouissance. J'en ai donc profité hier pour terminer le dernier Quignard (je vous en reparle bientôt) et lire quelques exemplaires du New Yorker qui s'ennuyaient ferme sur ma table à café depuis quelques semaines (dont un article fascinant sur l'installation vidéo de 24 heures de Christian Marclay, « The Clock », que l'on peut voir ces jours-ci à Ottawa).
Côté musique, je pourrais vous proposer quelques évidences. Que nenni! Plutôt une petite page de Bach, relue par Rachmaninov, interprétée avec grande délicatesse par Daniil Trifonov, à qui l'on ne peut que souhaiter une longue carrière.
Clavier bien tempéré
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi à toutes les autres manifestations artistiques.
lundi 19 mars 2012
samedi 17 mars 2012
Pianiste collaborateur
La nature de mon instrument fait que ma relation avec lui se vit en général dans la solitude. Je m'assois (le plus difficile reste de s'en convaincre, après, cela va tout seul), je travaille, je répète, je fustige, je décortique, je trouve des façons de contourner le problème, je le règle si tout va bien (sinon je sors mon langage grossier), puis j'aborde une nouvelle section. Oui, vingt (mille) fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Question d'habitude, de discipline, on s'y frotte et on s'y fait.
Et puis, parfois, heureusement, il y a le plaisir du partage: quand je présente une nouvelle pièce à un élève, quand un(e) ami(e) me demande de lui jouer une page en particulier ou me laisse carte blanche et, bien sûr, quand je dois jouer en concert. J'ai réalisé à l'âge de 14 ans que j'aimais jouer avec un(e) autre. L'idée de diviser la pression par deux, par trois, par quatre, m'a tout de suite séduite, mais aussi les heures de répétition préparatoires en commun, moments qui permettent d'essayer de nouvelles approches, de réfléchir à une interprétation de façon commune, de rigoler bien souvent. Sans oublier le simple plaisir de réellement dialoguer à travers les instruments.
Mardi dernier, je jouais en concert avec un saxophoniste, que je connais depuis des lustres. Nous ne sommes pas réellement amis; quand nous ne jouons pas ensemble, nous ne nous écrivons pas, nous parlons rarement. Pourtant, à force de le fréquenter en répétition et sur scène, j'ai appris à le connaître. Sa fixation pour le métronome m'a horripilée pendant un temps; maintenant, elle me fait sourire. Depuis le temps, il a compris que, le jour du concert, il devra de toute façon se fier à mon sens de la pulsation plutôt qu'à un tic-tac mécanique. Ses expressions pourraient parfois sembler manquer de fini; pourtant, je sais combien il est cultivé. Il n'aime rien tant que de parler d'interprétations remarquables, de pureté de sonorité, des grands instrumentistes d'aujourd'hui, mais aussi du passé. Il a lu tout Dostoïevski, aime marcher sur le bord du Richelieu. Quand il fait de l'insomnie, il écoute des vidéos de musique classique. Mais surtout, quand il approche son instrument de ses lèvres, il se transforme illico en musicien. Il lui arrive de rater une entrée parce qu'il m'écoute trop attentivement. Il s'impatiente contre lui-même quand une note grave ne sort pas correctement ou que son anche se révèle pâteuse. Il ricane quand mes doigts s'emmêlent, mais jamais méchamment.
Lors de la répétition pré-concert, nous avons retrouvé la Sonatine (écrite à l'origine pour violon) de Schubert. Dès la première lecture l'année dernière, nous étions sur la même longueur d'ondes. Aucune hésitation au niveau des respirations, les contrastes s'établissaient d'eux-mêmes, les rubatos ne semblaient jamais artificiels. Certains pourraient considérer l’œuvre moins importante dans le catalogue du compositeur, mais j'aime la façon dont elle nous unit, nous permet de dialoguer à cœur ouvert, d'aplanir tout différend, de transmettre la beauté pure du langage. Nous avons terminé le premier mouvement et il n'a pu s'empêcher de s'exclamer: « C'est l'fun de faire de la musique! » Je me suis contentée de sourire...
Une des œuvres au programme de ce concert... Le troisième mouvement est ici.
Et puis, parfois, heureusement, il y a le plaisir du partage: quand je présente une nouvelle pièce à un élève, quand un(e) ami(e) me demande de lui jouer une page en particulier ou me laisse carte blanche et, bien sûr, quand je dois jouer en concert. J'ai réalisé à l'âge de 14 ans que j'aimais jouer avec un(e) autre. L'idée de diviser la pression par deux, par trois, par quatre, m'a tout de suite séduite, mais aussi les heures de répétition préparatoires en commun, moments qui permettent d'essayer de nouvelles approches, de réfléchir à une interprétation de façon commune, de rigoler bien souvent. Sans oublier le simple plaisir de réellement dialoguer à travers les instruments.
Mardi dernier, je jouais en concert avec un saxophoniste, que je connais depuis des lustres. Nous ne sommes pas réellement amis; quand nous ne jouons pas ensemble, nous ne nous écrivons pas, nous parlons rarement. Pourtant, à force de le fréquenter en répétition et sur scène, j'ai appris à le connaître. Sa fixation pour le métronome m'a horripilée pendant un temps; maintenant, elle me fait sourire. Depuis le temps, il a compris que, le jour du concert, il devra de toute façon se fier à mon sens de la pulsation plutôt qu'à un tic-tac mécanique. Ses expressions pourraient parfois sembler manquer de fini; pourtant, je sais combien il est cultivé. Il n'aime rien tant que de parler d'interprétations remarquables, de pureté de sonorité, des grands instrumentistes d'aujourd'hui, mais aussi du passé. Il a lu tout Dostoïevski, aime marcher sur le bord du Richelieu. Quand il fait de l'insomnie, il écoute des vidéos de musique classique. Mais surtout, quand il approche son instrument de ses lèvres, il se transforme illico en musicien. Il lui arrive de rater une entrée parce qu'il m'écoute trop attentivement. Il s'impatiente contre lui-même quand une note grave ne sort pas correctement ou que son anche se révèle pâteuse. Il ricane quand mes doigts s'emmêlent, mais jamais méchamment.
Lors de la répétition pré-concert, nous avons retrouvé la Sonatine (écrite à l'origine pour violon) de Schubert. Dès la première lecture l'année dernière, nous étions sur la même longueur d'ondes. Aucune hésitation au niveau des respirations, les contrastes s'établissaient d'eux-mêmes, les rubatos ne semblaient jamais artificiels. Certains pourraient considérer l’œuvre moins importante dans le catalogue du compositeur, mais j'aime la façon dont elle nous unit, nous permet de dialoguer à cœur ouvert, d'aplanir tout différend, de transmettre la beauté pure du langage. Nous avons terminé le premier mouvement et il n'a pu s'empêcher de s'exclamer: « C'est l'fun de faire de la musique! » Je me suis contentée de sourire...
Une des œuvres au programme de ce concert... Le troisième mouvement est ici.
jeudi 15 mars 2012
Éloge de la fuite
Repartir à zéro. Parce que le cœur a été fatalement touché, que l’on croit pouvoir changer le monde, que l’on veut s’étourdir et oublier, que l’on ne sait plus qui l’on est. Le numéro courant de La Recrue du mois pourrait être perçu comme un éloge de la fuite.
Dans La saison froide de Catherine Lafrance, notre recrue, la narratrice tourne le dos à une relation amoureuse qui ne va nulle part en pleine canicule, pour s’installer à Yellowknife. « Si l’on est d’abord crispé, comme lecteur, face à la déprime ambiante du récit, à sa narratrice qui semble passer son séjour dans le Nord avec une perpétuelle gueule de bois, on finit par se détendre, et ressentir une sorte de dégel dans le climat aride, une acclimatation à l’image de celle que vit la narratrice dans le Grand Nord », explique Luba, nouvelle collaboratrice à qui je souhaite la bienvenue. Pourquoi aborder le Nord mythique? L’auteure le connaît pour y avoir vécu, travaillé, tenté de comprendre les réalités qu’elle dépeint ici. Elle nous confie dans le questionnaire que le point de départ de l’écriture « peut être n'importe quoi; un mot qui résonne en nous d'une façon qui nous fait tiquer, une phrase, une situation, un personnage. Peu importe la façon dont ça se manifeste, l'inspiration première, puisque c'est de cela dont il s'agit, est surtout un sentiment, une émotion. »
Nous vous proposons également ce mois-ci un exercice de lecture comparée. Jugeant le thème de la fuite trop fertile peut-être, nous avons offert à deux collaborateurs que tout pourrait séparer en apparence de se pencher sur Maté d’Isabelle Baez, premier roman qui traite de militantisme, de géopolitique, d’exploitation des ressources naturelles et des humains. Le premier est né au Rwanda, la seconde au Québec, mais tous deux ont choisi de consacrer un certain nombre d’années à l’étude de la littérature. Vous constaterez comme moi que le regard qu’ils portent sur le livre ne se veut pas en opposition, mais plutôt en complémentarité. Rémy-Paul se penche sur la justification d’un geste. « Pourtant, il ressort de ce voyage des doutes. En effet, l’auteure ne se propose pas de répondre à ce qui peut-être fait pour rendre justice. Elle ne célèbre pas un “jour de justification” où les révoltés deviendront les justes. D’autant plus que ses personnages ne semblent pas convaincus par leurs actions. Ils avancent dans le noir, les mains tendues, en espérant ne pas trop se blesser. » Caroline remarque quant à elle comment l’auteure a su marier la grande et la petite histoire. « Le contraste entre les enjeux altermondialistes et les drames personnels demeure malgré tout passionnant : autant l’histoire se déploie, autant elle se referme sur l’intime. Maté, c’est surtout l’histoire d’une amitié, née dans un camp de vacances, dont il ne reste bientôt que le souvenir ou le fantasme, et qui ne résistera pas à la divergence des choix de vie. »
Un recueil de poésie, Le bruissement des possibles et trois romans de pure évasion complètent nos choix de lecture ce mois-ci : Madame Tout-le-monde, saga familiale et historique, ainsi que deux livres de chick lit ayant su convaincre leurs lectrices, le premier tome de La vie épicée de Charlotte Lavigne de Nathalie Roy (on imagine que le deuxième, lancé récemment, poursuivra sur une même veine) et Désirs, vertiges et autres folies d’Elisabeth Locas. François Désalliers revient quelques instants sur la publication de son premier roman, publié en 1999, Amour et pince-monseigneur, ode non pas à la fuite, mais plutôt à l'amour, à l'amitié et à la littérature. Au fond, ne sont-ils pas synonymes?
Le numéro de mars est en ligne ici...
Dans La saison froide de Catherine Lafrance, notre recrue, la narratrice tourne le dos à une relation amoureuse qui ne va nulle part en pleine canicule, pour s’installer à Yellowknife. « Si l’on est d’abord crispé, comme lecteur, face à la déprime ambiante du récit, à sa narratrice qui semble passer son séjour dans le Nord avec une perpétuelle gueule de bois, on finit par se détendre, et ressentir une sorte de dégel dans le climat aride, une acclimatation à l’image de celle que vit la narratrice dans le Grand Nord », explique Luba, nouvelle collaboratrice à qui je souhaite la bienvenue. Pourquoi aborder le Nord mythique? L’auteure le connaît pour y avoir vécu, travaillé, tenté de comprendre les réalités qu’elle dépeint ici. Elle nous confie dans le questionnaire que le point de départ de l’écriture « peut être n'importe quoi; un mot qui résonne en nous d'une façon qui nous fait tiquer, une phrase, une situation, un personnage. Peu importe la façon dont ça se manifeste, l'inspiration première, puisque c'est de cela dont il s'agit, est surtout un sentiment, une émotion. »
Nous vous proposons également ce mois-ci un exercice de lecture comparée. Jugeant le thème de la fuite trop fertile peut-être, nous avons offert à deux collaborateurs que tout pourrait séparer en apparence de se pencher sur Maté d’Isabelle Baez, premier roman qui traite de militantisme, de géopolitique, d’exploitation des ressources naturelles et des humains. Le premier est né au Rwanda, la seconde au Québec, mais tous deux ont choisi de consacrer un certain nombre d’années à l’étude de la littérature. Vous constaterez comme moi que le regard qu’ils portent sur le livre ne se veut pas en opposition, mais plutôt en complémentarité. Rémy-Paul se penche sur la justification d’un geste. « Pourtant, il ressort de ce voyage des doutes. En effet, l’auteure ne se propose pas de répondre à ce qui peut-être fait pour rendre justice. Elle ne célèbre pas un “jour de justification” où les révoltés deviendront les justes. D’autant plus que ses personnages ne semblent pas convaincus par leurs actions. Ils avancent dans le noir, les mains tendues, en espérant ne pas trop se blesser. » Caroline remarque quant à elle comment l’auteure a su marier la grande et la petite histoire. « Le contraste entre les enjeux altermondialistes et les drames personnels demeure malgré tout passionnant : autant l’histoire se déploie, autant elle se referme sur l’intime. Maté, c’est surtout l’histoire d’une amitié, née dans un camp de vacances, dont il ne reste bientôt que le souvenir ou le fantasme, et qui ne résistera pas à la divergence des choix de vie. »
Un recueil de poésie, Le bruissement des possibles et trois romans de pure évasion complètent nos choix de lecture ce mois-ci : Madame Tout-le-monde, saga familiale et historique, ainsi que deux livres de chick lit ayant su convaincre leurs lectrices, le premier tome de La vie épicée de Charlotte Lavigne de Nathalie Roy (on imagine que le deuxième, lancé récemment, poursuivra sur une même veine) et Désirs, vertiges et autres folies d’Elisabeth Locas. François Désalliers revient quelques instants sur la publication de son premier roman, publié en 1999, Amour et pince-monseigneur, ode non pas à la fuite, mais plutôt à l'amour, à l'amitié et à la littérature. Au fond, ne sont-ils pas synonymes?
Le numéro de mars est en ligne ici...
mardi 13 mars 2012
Louise Bessette: regarder vers l'avant
Peu d’interprètes défendent la musique de notre temps avec un sérieux
aussi irréprochable que la pianiste Louise Bessette, qui soulignera ses
trente ans de carrière en offrant, lors d’une même journée, non pas un,
mais trois programmes différents. Biographie étoffée, critiques
dithyrambiques, discographie riche d’une vingtaine d’enregistrements,
organisation remarquée de l’événement Automne Messiaen 2008; ce parcours
en apparence sans faute peut facilement intimider.

Pourtant, deux minutes en sa présence suffisent pour comprendre que, si elle respire l’air parfois raréfié de la création, elle n’éprouve aucune difficulté à s’incarner dans le quotidien. Absence de faux-semblant, de circonvolutions, de phrases creuses, énergie plus que contagieuse : son regard brille comme celui d’une enfant qui s’apprête à souffler ses bougies d’anniversaire et son rire franc balaie tout sur son passage.
On ne lui donnerait pas plus de 40 ans; pourtant, selon l’Encyclopédie de la musique au Canada, elle est née à Montréal en 1959. Sa grand-mère maternelle et sa mère ayant toutes deux occupé le poste d’organiste de l’église de la Visitation, il semble naturel de proposer à la petite Louise, cinq ans, de s’initier au piano. Admise au Conservatoire de musique de Montréal en 1971, elle y accumulera cinq premiers prix, sous la tutelle de Georges Savaria puis Raoul Sosa. Ce dernier la fera tout naturellement basculer de la Sonate de Berg à la « Première communion de la Vierge » (tirée des Vingt regards sur l’Enfant-Jésus) de Messiaen. « Je n’en sentais pas la complexité », dit-elle, comme si le choix avait alors relevé de l’évidence. Elle était néanmoins consciente que les autres pianistes lui enviaient déjà la facilité avec laquelle elle apprivoisait ces œuvres.

Pourtant, deux minutes en sa présence suffisent pour comprendre que, si elle respire l’air parfois raréfié de la création, elle n’éprouve aucune difficulté à s’incarner dans le quotidien. Absence de faux-semblant, de circonvolutions, de phrases creuses, énergie plus que contagieuse : son regard brille comme celui d’une enfant qui s’apprête à souffler ses bougies d’anniversaire et son rire franc balaie tout sur son passage.
On ne lui donnerait pas plus de 40 ans; pourtant, selon l’Encyclopédie de la musique au Canada, elle est née à Montréal en 1959. Sa grand-mère maternelle et sa mère ayant toutes deux occupé le poste d’organiste de l’église de la Visitation, il semble naturel de proposer à la petite Louise, cinq ans, de s’initier au piano. Admise au Conservatoire de musique de Montréal en 1971, elle y accumulera cinq premiers prix, sous la tutelle de Georges Savaria puis Raoul Sosa. Ce dernier la fera tout naturellement basculer de la Sonate de Berg à la « Première communion de la Vierge » (tirée des Vingt regards sur l’Enfant-Jésus) de Messiaen. « Je n’en sentais pas la complexité », dit-elle, comme si le choix avait alors relevé de l’évidence. Elle était néanmoins consciente que les autres pianistes lui enviaient déjà la facilité avec laquelle elle apprivoisait ces œuvres.
samedi 10 mars 2012
C'est quand le bonheur?
« Je ne sais pas combien de questions je peux me poser sur lui. Je ne sais pas combien de réponses je peux donner. Je sais seulement qu'il fait partie de ma mythologie. »
Quand un livre, une écriture nous envoûtent, on a envie de lire d'autres titres de l'auteur. C'est pourquoi lors d'un récent passage en bibliothèque, j'ai fait un détour par la section des DEL pour récupérer un autre roman de Martine Delvaux, son premier, publié en 2007. J'ai pris le livre sans réfléchir, sans consulter le quatrième de couverture.
Avec un titre pareil, j'imaginais une autre histoire d'amour trouble ou troublante, mais j'avais tout faux... Ici, très peu de passages sombres, de déchirements, de ressentiments. L'auteure a choisi de célébrer le lien particulier qu'entretiennent la narratrice et son meilleur ami. Autofiction? Récit? Aucune importance. Quiconque a (eu) le privilège de vivre une telle relation s'y reconnaîtra: les revirements de statut (d'ami à amant à ami), les petites manies que l'on accepte sans broncher, peut-être parce que, justement, on ne les vit pas au quotidien, les secrets échangés, les silences complices, les larmes, les fous rires, les conversations philosophiques, les délires superficiels.
Elle le soutient quand il doute; il célèbre sa maternité. Elle écrit sur lui; il se moque d'elle. Le bonheur, au fond, n'est-ce pas ces petits riens qui s'additionnent, qui n'ont de réelle signification que parce que nous avons pu partager avec l'ami cher une angoisse, une exaltation, une lecture, une réalisation?
« Quand, aujourd’hui, je me passe le film de ce que serait ma vie sans lui, je dérive vers le large, comme si j’avais perdu l’ancre qui me retenait dans la nappe du temps.
Il est garant de ce qui peut m’arriver, tout comme il a été le témoin de passé.
Il est le seul à avoir ainsi vu se dérouler ma vie. Il est le seul qui pourrait la raconter au complet. »
À savourer tout doucement, en pensant à celui ou celle qui nous comprend, qui ne juge jamais, qui sera toujours là, avec qui l'on ne craindra jamais de se voir vieillir.
jeudi 8 mars 2012
Apprendre
Mon horaire d'enseignement étant modulé autrement cette semaine, j'ai pu libérer deux fins d'après-midi et inverser les rôles. Plutôt que de jouer à la police des fausses notes ou des intentions musicales déficientes, j'ai choisi de passer quatre heures en compagnie de Johann Sebastian Bach, celui de Gilles Cantagrel. En sortant de la première conférence, j'étais déjà en train de texter
fébrilement quelques étudiants et amis, histoire de les convaincre de
la nécessité de se glisser en salle le lendemain. (Au final, j'aurai
convaincu une étudiante à la retraite, qui m'a remercié de mon
insistance.)
Après près de deux heures à explorer la pré-histoire de l’œuvre (ce qui a inclus quelques incursions dans les domaines de la physique et de l'astronomie!), nous avons plongé dans les pages mêmes de cette immense somme. En deux jours, j'aurai griffonné quatre pages, non pas de notes en tant que telles, mais de repères, de questionnements, d'affirmations, de pistes de réflexion.
Celui que Cantagrel ose appeler affectueusement l'« intellectuel voluptueux » n'a pas fini de m'éblouir, de m'élever en tant qu'interprète, pédagogue, passeuse. De baigner de façon concertée, concentrée, dans l'univers de Bach en compagnie de son ami cher (parce qu'on sent combien le musicologue aime profondément Bach l'homme et non seulement le compositeur) m'a fait réaliser combien, même lorsque l'on pense connaître quelque chose - ou quelqu'un -, au fond, on ne sait rien.
Souhaitant démontrer comment certaines tonalités transmettaient les particularités d'un affect, d'une « passion de l'âme » comme on les appelait alors (ah! ce mélancolique si mineur!), Cantagrel a choisi de nous faire écouter quelques fugues que je ne connaissais pas intimement (parce que, non, je n'ai pas joué - encore - les 48 préludes et fugues). Une révélation dans certains cas, tant ces œuvres sont profondément modernes et se rapprochent plus qu'on ne saurait le croire des avancées de Schoenberg. (Ainsi, ce thème de la 24e fugue du premier cahier, qui fait entendre les douze demi-tons de la gamme, brillante démonstration de ce que le tempérament « adouci » permet de réaliser.)
Les entendre au clavecin m'a aussi fait prendre conscience d'un seul coup que l'on pouvait prendre le temps d'exprimer un thème, que l'on n'avait pas besoin de jeter de la poudre aux yeux quand on amorce un prélude, combien il est inutile de privilégier une pulsation métronomique avec les élèves. En effet, l'instrument proscrit de par sa nature toute rigidité rythmique, l'expressivité du texte pouvant se réaliser essentiellement à travers des retards et des accélérations de tempi.
Aucun doute dans mon esprit: si je devais partir sur une île déserte avec une partition, une seule, ce serait l'intégrale du Clavier bien tempéré. Je n'aurai jamais fini d'en faire le tour et c'est tant mieux.
Après près de deux heures à explorer la pré-histoire de l’œuvre (ce qui a inclus quelques incursions dans les domaines de la physique et de l'astronomie!), nous avons plongé dans les pages mêmes de cette immense somme. En deux jours, j'aurai griffonné quatre pages, non pas de notes en tant que telles, mais de repères, de questionnements, d'affirmations, de pistes de réflexion.
Celui que Cantagrel ose appeler affectueusement l'« intellectuel voluptueux » n'a pas fini de m'éblouir, de m'élever en tant qu'interprète, pédagogue, passeuse. De baigner de façon concertée, concentrée, dans l'univers de Bach en compagnie de son ami cher (parce qu'on sent combien le musicologue aime profondément Bach l'homme et non seulement le compositeur) m'a fait réaliser combien, même lorsque l'on pense connaître quelque chose - ou quelqu'un -, au fond, on ne sait rien.
Souhaitant démontrer comment certaines tonalités transmettaient les particularités d'un affect, d'une « passion de l'âme » comme on les appelait alors (ah! ce mélancolique si mineur!), Cantagrel a choisi de nous faire écouter quelques fugues que je ne connaissais pas intimement (parce que, non, je n'ai pas joué - encore - les 48 préludes et fugues). Une révélation dans certains cas, tant ces œuvres sont profondément modernes et se rapprochent plus qu'on ne saurait le croire des avancées de Schoenberg. (Ainsi, ce thème de la 24e fugue du premier cahier, qui fait entendre les douze demi-tons de la gamme, brillante démonstration de ce que le tempérament « adouci » permet de réaliser.)
Les entendre au clavecin m'a aussi fait prendre conscience d'un seul coup que l'on pouvait prendre le temps d'exprimer un thème, que l'on n'avait pas besoin de jeter de la poudre aux yeux quand on amorce un prélude, combien il est inutile de privilégier une pulsation métronomique avec les élèves. En effet, l'instrument proscrit de par sa nature toute rigidité rythmique, l'expressivité du texte pouvant se réaliser essentiellement à travers des retards et des accélérations de tempi.
Aucun doute dans mon esprit: si je devais partir sur une île déserte avec une partition, une seule, ce serait l'intégrale du Clavier bien tempéré. Je n'aurai jamais fini d'en faire le tour et c'est tant mieux.
mardi 6 mars 2012
Une fugue au musée
C'est peut-être semaine de relâche pour les plus jeunes, mais certainement pas une raison pour que les plus grands laissent leur cerveau ramollir. En marge de l'exposition Feininger (qui comprend plusieurs toiles fort intéressantes et une pièce consacrée aux liens entre musique et peinture, le peintre et caricaturiste étant également compositeur), le Musée des beaux-arts de Montréal vous propose de faire une fugue au musée. Conférences et concerts multiples attendent les curieux. Aujourd'hui et demain 17 h, Gilles Cantagrel propose notamment deux conférences intitulées « Le Clavier bien tempéré: un traité des passions ». Non, bien sûr, il ne s'agit point ici de ce blogue, mais de la somme phénoménale signée par le grand Johann Sebastian Bach. J'y serai bien sûr. En prolongement, on offrira l'intégrale des deux livres vendredi et dimanche, chaque programme de 12 préludes et fugues (qui juxtaposeront les œuvres des deux cahiers) étant défendu par deux interprètes, qui joueront les œuvres au pianoforte, au clavecin, à l'orgue et au clavicythérium (ou clavecin vertical).
Le 8 mars 14 h, activité ludique qui devrait ravir petits et grands, la SMCQ reprend Le téléphone bien tempéré, œuvre de Walter Boudreau et Yves Daoust créée l'année dernière au festival MNM pour quintette à vent, clavecin, orgue, électronique et... téléphones cellulaires. Comme l'objet est devenu, qu'on le veuille ou non, élément indélogeable de notre paysage sonore contemporain, les compositeurs ont eu l’idée de l'intégrer dans une page inspirée du célèbre premier Prélude et fugue du Clavier bien tempéré de Bach. Vous êtes invités à y participer, bien évidemment muni de votre téléphone! Des images de la création de l'année dernière.
Apportez vos cellulaires from JEREMIX on Vimeo.
Le 8 mars 14 h, activité ludique qui devrait ravir petits et grands, la SMCQ reprend Le téléphone bien tempéré, œuvre de Walter Boudreau et Yves Daoust créée l'année dernière au festival MNM pour quintette à vent, clavecin, orgue, électronique et... téléphones cellulaires. Comme l'objet est devenu, qu'on le veuille ou non, élément indélogeable de notre paysage sonore contemporain, les compositeurs ont eu l’idée de l'intégrer dans une page inspirée du célèbre premier Prélude et fugue du Clavier bien tempéré de Bach. Vous êtes invités à y participer, bien évidemment muni de votre téléphone! Des images de la création de l'année dernière.
Apportez vos cellulaires from JEREMIX on Vimeo.
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