

Quelques secondes sur scène à peine ont suffi pour que le public ne tombe irrévocablement sous le charme de Danièle Panneton qui, avec un seul regard, un geste, une utilisation d'accessoire en apparence banal, peut tout transmettre et habite la scène comme bien peu savent le faire. Les textes de Schwitters deviennent ainsi de véritables bijoux mordants, tant l'énumération en apparence aléatoire de « Chiffres » que les jeux d'échos rythmiques avec le quatuor de « What a Beauty » et « Ah quelle beauté ». Dans « À sa maîtresse » (« Mignonne, allons voir si la rose... ») de Ronsard, elle propose trois déclinaisons entièrement différentes du texte, entre arrogance de la jeunesse se traduisant par des rires de gorge, désabusement de l'âge mûr et délire de marâtre, la musique de Gougeon se transformant au fil des apparentes redites. En déposant simplement sa veste sur ses épaules, elle donne l'impression dans « Quand vous serez bien vieille » d'arborer d'un seul coup une trentaine d'années de plus.
La complémentarité entre comédienne et quatuor a été des plus probantes dans « Recueillement » et « De profundis clamavi » de Baudelaire. Dans le premier, Gougeon joue sur la concentration du son, tout en proposant un traitement musical qui magnifie certains vers (par exemple, « Sois sage ma douleur » qui laisse cette dernière exploser aux cordes), Un parfum de cimetière se dégage du second, les silences devenant prégnants, tant chez les musiciens que chez la comédienne. (Saluons ici l'habile jeu d'éclairage et la mise en espace de Suzanne Lantagne.) « Les Pâques à New York » reste un instant d'une troublante intensité, le texte désespéré de Cendras trouvant non pas un prolongement, mais un détournement dans le traitement musical. La musique raconte ici une autre histoire, de solitude certes, mais surtout d'élévation spirituelle. On aurait souhaité deux ou trois secondes de silence de plus, histoire de laisser texte et partition se stratifier avant d'entamer « Ça », morceau de bravoure, coup de gueule jouissif contre le matérialisme de Danièle Panneton, une page haletante, presque délirante, très ancrée rythmiquement, qui laisse l'auditeur pantois.
Souhaitons que nous aurons l'occasion de réentendre cet objet hybride inspiré très bientôt, peut-être lors de prochaines éditions du FTA ou du FIL?
4 commentaires:
En effet, Lucie, un grand soir. On ne peut mieux décrire la soirée que tu le fais. La performance était impeccable et sans prétention. La salle écoutait dans le plus grand silence (quoique... une audience exempte de toux n'existe pas) ou participait en laissant surgir quelques éclats de rire à l'occasion. Soirée mémorable. J'y retournerais bien pour savourer une fois de plus.
Je te ramène la prochaine fois :)
je les écoutais sur France inter il y a peu... juste avant une cession de festival en France.
Tu as entendu le Molinari en France? C'est super... Dans quoi? Je le leur dirai :)
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