dimanche 22 juillet 2012

Opéra sérieux

Elina Marsch naît en 1926, d'une mère soprano (qui perdra la vie lors de l'accouchement) et d'un père ténor, interprète de prédilection de Janacek. Sa vie ne pourra qu'être marquée au fer rouge de la musique, de la voix plutôt, que ce soit celle à jamais éteinte de la mère, celle du père, celle des nombreuses maîtresses de ce dernier. Pas facile dans les conditions de trouver sa voix, sa voie, mais Elina y parviendra tant bien que mal, notamment aux États-Unis, alors que la guerre ravage l'Europe.

L'écriture de Régine Detambel, que je découvre ici, demande à être apprivoisée. Elle nous emporte dès la première page, crachée d'un seul souffle, expirée, nous déstabilise, puis nous offre ensuite quelques points d'appui ici et là, qui permettent de découper l'action en fragments, en phrases musicales, certaines se bouclant d'elles-mêmes, d'autres semblant se dissiper entre deux chapitres comme le ferait un point d'orgue. En même temps, autant j'aurais voulu être bouleversée par ce destin atypique (â plus d'un niveau), autant la réserve dont fait preuve l'auteure m'a empêchée d'entrer entièrement dans la chair même du sujet, de vivre les émotions d'Elina de l'intérieur - peut-être parce qu'elle n'est pas entièrement prête à les assumer et choisit de rester d'une certaine façon en marge de sa propre vie. On ne se surprendra pas d'apprendre que l'auteure se réclame d'une tradition proustienne. On y entendra aussi peut-être en contrepoint quelques relents des écrits théoriques de Pascal Quignard.

Quelques citations en partage pour terminer...

« Les rapports du ténor Marsch avec le chant sont fanatiques. L’art pour l’art. Celui qui consacre toute sa force à la vérité artistique, à la solution exacte de ses problèmes de clarté et de timbre peut sans doute être appelé mystique, mystique de sa technique vocale. Sa seule préoccupation est le monde qu’il a découpé à l’intérieur du monde, une sorte de fenêtre ovale qui a la forme d’une oreille. » (p. 24)

 « Le don est l’instance souveraine qui décide de l’exactitude d’une émotion, d’une tension, d’une secousse de la longueur du saut dans l’inconnu. Un bon exécutant peut tout faire, sauf cet élan, ce vif, quand le doué bondit au-devant de soi. » (p. 36)
« Elina Marsch, vers les vingt-cinq ans, a une voix exceptionnelle, on a l’impression que ses cordes vocales ont des lèvres, elles articulent toutes seules à une vitesse phénoménale et sans même que le visage de la diva ne cligne on ne frémisse, des choses imparables. » (p. 110)


6 commentaires:

Minou a dit…

Je note immédiatement ce titre ! Dans le cadre d'un projet de lecture personnel, je cherche justement un livre de cette auteure à lire : celui-ci semble intéressant, malgré tes réticences.
Merci pour cette découverte et ce très bel article.

Lucie a dit…

Ce sont plus des réserves que des réticences. Cela ne m'empêchera pas de lire d'autres titres de l'auteure. :)

Anne a dit…

J'aime beaucoup l'écriture de Régine Detambel, justement ! Je vais donc essayer de lire ce petit roman...

Lucie a dit…

Je ne connaissais pas cette auteure avant, mais c'est un agréable premier contact.

lewerentz a dit…

Je l'ai souvent pris en rayon chez le libraire, et à chaque fois reposé. Je ne suis pas sûre que le style "proustien" me plaise...

Lucie a dit…

Ce n'est pas une vague qui nous emporte, c'est vrai, mais il y a quand même là une histoire intéressante.