Que reste-t-il d'un livre dans notre esprit, une semaine, un mois, dix ans après sa lecture? Quelques réflexions sur le sujet, après avoir vu la mise en scène du roman L'orangeraie.
Impressions audio...
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
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dimanche 3 avril 2016
mardi 15 mars 2016
Roland Barthes (1915-1980), le théâtre du langage
« Je vis toujours dans la peur de ce que j'écris. » (Roland Barthes)
Certains auteurs ne perdent rien de leur pertinence. C'est certes le cas du grand Roland Barthes, décédé en 1980 des suites d'un accident de voiture. Le film du Français Thierry Thomas nous rappelle les grandes lignes de sa vie (et ses œuvres majeures) aussi bien à travers une narration plus traditionnelle que des vidéos d'époque, dans lesquelles Barthes parle de sémiologie, de littérature, de ses livres phares, mais aussi de l'amour qu'il voue à la peinture et au piano (un coin de son appartement parisien était dédié à chacune de ces disciplines, les pièces à vivre, telles la cuisine et sa chambre, étant relégués à l'étage inférieur, Barthes allant même jusqu'à dupliquer cette façon de faire dans sa maison de campagne). Comme les signes qu'il a si bien su décrypter, chaque zone a sa fonction.
La clarté de sa pensée reste d'une troublante pertinence et par moments, on aimerait bien pouvoir disposer d'une machine à voyager dans le temps pour suivre ses cours passionnants donnés au Collège de France. (Certains de ces cours sont disponibles sur Internet pour ceux qui souhaiteraient prolonger l'expérience.)
« On écrit pour un motif de jouissance, mais cela ne veut pas dire qu'on ne rencontre pas les autres. »
Vous pouvez encore vous glisser en salle pour voir ce film le vendredi 18 à 19 h 30 (Grande Bibliothèque).
Certains auteurs ne perdent rien de leur pertinence. C'est certes le cas du grand Roland Barthes, décédé en 1980 des suites d'un accident de voiture. Le film du Français Thierry Thomas nous rappelle les grandes lignes de sa vie (et ses œuvres majeures) aussi bien à travers une narration plus traditionnelle que des vidéos d'époque, dans lesquelles Barthes parle de sémiologie, de littérature, de ses livres phares, mais aussi de l'amour qu'il voue à la peinture et au piano (un coin de son appartement parisien était dédié à chacune de ces disciplines, les pièces à vivre, telles la cuisine et sa chambre, étant relégués à l'étage inférieur, Barthes allant même jusqu'à dupliquer cette façon de faire dans sa maison de campagne). Comme les signes qu'il a si bien su décrypter, chaque zone a sa fonction.
La clarté de sa pensée reste d'une troublante pertinence et par moments, on aimerait bien pouvoir disposer d'une machine à voyager dans le temps pour suivre ses cours passionnants donnés au Collège de France. (Certains de ces cours sont disponibles sur Internet pour ceux qui souhaiteraient prolonger l'expérience.)
« On écrit pour un motif de jouissance, mais cela ne veut pas dire qu'on ne rencontre pas les autres. »
Vous pouvez encore vous glisser en salle pour voir ce film le vendredi 18 à 19 h 30 (Grande Bibliothèque).
vendredi 28 août 2015
La terreur et le ravissement: Hubert Aquin
Hubert Aquin reste l'un de nos géants. Intellectuel, cinéaste, écrivain, penseur, au-delà des époques et de la mort, l'homme continue de troubler. René Gingras revient pour la seconde fois au créateur, particulièrement à travers ses premiers et derniers romans (Prochain épisode et Neige noire). À la lecture de ce texte hier, qui n'avait de pièce de théâtre que le nom, on ne peut que saisir toute la révérence que Gingras porte à son aîné, citant des passages ciblés (tant des romans que de certains essais), intégrant le fil narratif des deux romans à sa proposition, reprenant et se jouant de certains des thèmes chers de l'auteur. On ne peut qu'être fasciné par ce voyage au cœur même de l'univers d'Aquin, par une volonté d'aller plus loin dans la découverte de son oeuvre. Cela ne fait malheureusement pas une pièce de théâtre - du moins dans sa forme actuelle. On imaginerait plutôt une lecture théâtralisée, présentée peut-être dans le cadre du FIL
Étrangement, j'ai redécouvert l'univers d'Hubert Aquin à travers un film, Nuit no 1, dans lequel l'héroïne (Catherine de Léan) cite des passages de Prochain épisode à son amant d'un soir. Par effet d'entraînement - ou par fascination -, j'ai plongé dans le roman, dans l'édition originale de 1965 qui fait partie de ma bibliothèque depuis des années, livre annoté à la mine par une femme que je n'ai jamais connue, qui restera - comme Aquin au fond - un mythe entier. En sortant du Centre du Théâtre d'aujourd'hui hier soir, troublée une fois encore par ces mots aux résonances si particulière, je me suis dit qu'il me faudrait lire Neige noire et puis peut-être bien certains essais. Il faut parfois accepter les détours improbables de la vie...
Étrangement, j'ai redécouvert l'univers d'Hubert Aquin à travers un film, Nuit no 1, dans lequel l'héroïne (Catherine de Léan) cite des passages de Prochain épisode à son amant d'un soir. Par effet d'entraînement - ou par fascination -, j'ai plongé dans le roman, dans l'édition originale de 1965 qui fait partie de ma bibliothèque depuis des années, livre annoté à la mine par une femme que je n'ai jamais connue, qui restera - comme Aquin au fond - un mythe entier. En sortant du Centre du Théâtre d'aujourd'hui hier soir, troublée une fois encore par ces mots aux résonances si particulière, je me suis dit qu'il me faudrait lire Neige noire et puis peut-être bien certains essais. Il faut parfois accepter les détours improbables de la vie...
lundi 17 août 2015
À la recherche de New Babylon
Le lecteur s’attachera vraisemblablement plus à certains personnages
qu’à d’autres. J’admets volontiers un faible pour Russian Bill. Pourtant
essentiel au récit - sans lui, ce dernier n’existerait pas -, mais se
maintenant délibérément à l’arrière-plan, le Révérend Aaron nous glisse parfois
entres les doigts. Peu importe. On plonge dans cette aventure touffue les yeux,
les oreilles et les narines ouverts. Les chapitres ramassés s’y enchaînent
comme autant de pièces d’un casse-tête, nous menant inexorablement vers l’avant
par quelque implacable effet domino.
Les phrases sont courtes, se dégainent
comme un revolver, laissent ici et là place à une savoureuse ironie. « En été,
c’était un endroit recherché pour sa fraîcheur. En hiver, il fallait une
volonté de fer pour s’y prélasser, même en gardant son manteau sur le dos. Pour
la première fois, on y discutait d’autres choses que de la fourberie des
Américains », par
exemple. L’écriture de Dominique Scali se révèle particulièrement alerte,
travaillée jusqu’à ce qu’à la disparition de toute trace de couture, dépouillée
de scorie. Du grand art.
On a très hâte de découvrir à quel
univers plus ou moins balisé Dominique Scali s’attaquera ensuite.
Pour lire les impressions des autres collaborateurs, c'est ici...
samedi 15 août 2015
Dominique Scali recrue d'août
Pour ce numéro d’août, nous vous offrons la totale : l’évasion,
unilatérale, sans contrainte ou presque. Dépaysement assuré! En effet, À la recherche de New Babylon de
Dominique Scali adopte un genre ne faisant pas habituellement partie de
l’imaginaire québécois : le western, ni entièrement traditionnel ici, ni
vraiment satirique. Un livre qui sent le whisky et le sable, pourtant non dénué
d’une certaine tendresse. « … il y a
toujours eu un grand désir d’évasion derrière mon désir d’écriture, explique l’auteure dans ses réponses à
notre questionnaire. J’ai donc le réflexe
de transposer mes préoccupations sur d’autres univers et sur des personnages
différents de moi. Reste qu’il y a toujours une part de soi dans ce qu’on
crée. »
L’enfance de l’art
de Jérôme Minière incite lui aussi à plonger au cœur du roman, « le
lecteur ne [reprenant] son souffle qu’au mot FIN », résume notre
collaborateur Normand Babin. Les Sports
et divertissements de Jean-Philippe Baril Guérard sont d’une tout autre eau :
sexe, drogue et… théâtre! Autre OVNI littéraire, Le cruciverbiste de Claire Cooke juxtapose intrigue policière et
mots croisés que le lecteur est invité à compléter au fur et à mesure. Par une
douce soirée d’été, vous aurez possiblement envie de danser. Le pas du lynx de Joana de Fréville
saura alors vous accompagner. Vous souhaiterez peut-être aussi relire Juillet, premier roman coup-de-poing de
Marie Laberge.
Et si vous profitiez des journées encore longues pour vous
plonger dans deux recueils de poésie? Nous avons aimé Ciseaux de Roxane Desjardins (prix Émile-Nelligan 2015) et Goulka de Zéa Beaulieu-April,
publication de la nouvelle coop de solidarité Les éditions de la Tournure. « La création, tout comme la
lecture consciencieuse, lui apparaissent comme des actes de résistance dans un
monde qui a toutes les allures d’une habitude à la fugacité, souligne-t-on
sur le site Internet. La coopérative et
la poésie sont ces espaces de rencontre et de foisonnement ». Nous souhaitons longue vie à cette
organisation unique qui vise à poétiser la ville.
Après avoir collaboré au projet « Des mots dans la
ville », présenté à Magog en avril dernier, dans le cadre duquel des
citations d’auteurs québécois (dont quelques Recrues!) ont été peints sur des
vitrines de commerces, nous lançons là-bas une série de rendez-vous autour de
la nouvelle littérature d’ici. Rencontres avec des romanciers, tables rondes
sur divers sujets, lectures de poésie, séances de signature sont autant
d’activités qui seront proposées au fil des saisons. Notez illico à votre
agenda un entretien avec David Goudreault, auteur de La bête à sa mère, aussi slammeur. Il se tiendra le 12 septembre
prochain, 15 h, chez Chochoco, un endroit que vous voudrez aussitôt
adopter, sis au 259, rue Principale ouest, à Magog. Nous vous y attendons
nombreux! (L’événement se déroule en périphérie de la Fête des Vendanges.
Surveillez notre page FB pour tous les détails!)
Nous sommes également heureux d’annoncer notre affiliation avec
Les libraires.ca. En cliquant sur le lien associé, vous pourrez vous procurer
les livres commentés sur le site transactionnel. Une volonté consciente notre
part de soutenir la littérature, mais aussi les libraires indépendants d’ici.
jeudi 13 août 2015
Achat de livres et autres... un tag
C'était hier la 2e édition de l'initiative « Le 12 août, j'achète un livre québécois ». Je suis passée chez Olivieri en après-midi, sans trop savoir ce qui me ferait craquer. (J'ai finalement opté pour Chemins de sable de Jean-Pierre Issenhuth, un livre qui m'a semblé dans le prolongement de Jean-François Beauchemin et Thoreau.) Sur place, l'impression qu'un vent avait balayé les tables de livres québécois et avait même soufflé dans les étagères consacrées. Évidemment, il y a aussi les 364 autres jours de l'année. « Nos tables de romans québécois ne disparaîtront pas demain », a souligné fort à-propos une libraire visiblement débordée, mais souriante. Elle m'a aussi confié qu'une de ses collègues pensait à consacrer le 12 de chaque mois à un auteur québécois. Je suivrai le tout avec attention, mais avant, je me plie à un petit tag qui porte notamment sur les achats de livres.
1. Es-tu une acheteuse compulsive de livres?
Non, mais ma PAL est d'une taille impressionnante. Entre les services de presse reçus pour être commentés par les collaborateurs de La Recrue du mois, les multiples emprunts à la bibliothèque (j'y fais un saut toutes les semaines) et les livres que je « dois » posséder, pas le temps de s'ennuyer.
2. À quelle fréquence achètes-tu des livres?
Une fois par mois environ, je dirais, mais je bouquine plus souvent que cela. Et puis, il y a les salons du livre un peu marginaux (anarchiste, queer) qui proposent toujours des choses difficiles à trouver ailleurs... Difficile d'y résister.
3. As-tu une librairie favorite?
Olivieri, assurément. C'est ma librairie de quartier, d'une part, mais surtout, j'aime comment je me sens quand j'y mets les pieds, la façon dont les livres ont été regroupés, la gentillesse des libraires, des purs et durs, toujours prêts à passer une commande spéciale ou à faire une recommandation. J'aime bien m'arrêter aussi au Port de tête quand je suis sur le Plateau.
4. Fais-tu tes achats livresques seule ou accompagnée?
Presque toujours seule. J'irai peut-être bouquiner avec un(e) ami(e) - chacun dans sa bulle habituellement -, mais j'achète rarement dans ces cas-là. Je note certains titres tout au plus.
5. Librairie ou achats sur le net?
Presque exclusivement en librairie.
6. Vers quels types de livres te tournes-tu en premier?
Mon premier arrêt chez Olivieri est toujours pour la table de nouveautés québécoises. Déformation professionnelle d'une part, certes, mais aussi réel intérêt. Je fais ensuite le tour des autres tables de nouveautés, des nouveaux poches, éplucherai volontiers la section théâtre ou poésie, celle de la littérature allemande aussi. (Il faudrait vraiment que je me replonge dans cette langue ingrate.)
7. Préfères-tu les livres neufs, d'occasion ou les deux?
Les deux, mais si je ne fais pas toujours un détour par les librairies de livres usagés - et ce, même si j'en ai une très chouette (Le livre voyageur) dans mon quartier.
8. Qu'aimes-tu dans le shopping livresque?
La découverte de nouveaux titres, mais aussi la manipulation des livres.
9. Te fixes-tu une limite d'achat par mois?
Je suis en général plutôt raisonnable, heureusement pour mon compte bancaire.
10. À combien s'élève ta wish-list?
Je note très rarement un titre. J'aime la rencontre avec un livre, le côté presque improvisé de la chose, la possibilité de ressentir un coup de foudre pour une écriture en particulier.
11. Cite 3 livres que tu veux TOUT DE SUITE!
Je sais me contenir, mais j'admets avoir très hâte de découvrir certains des premiers romans de la rentrée, et puis hier, je suis passée à deux doigts d'acheter
12. Pré-commandes-tu tes livres?
Quelle idée!
13. Pourquoi un tel pseudo/nom de blogue?
Je cherchais un nom de blogue qui serait une allusion directe à la musique classique (sur une île déserte, même si j'adore Mozart, je partirais indéniablement avec les deux volumes du Clavier bien tempéré de Bach, une source inépuisable de découvertes) et un clin d’œil au geste d'écriture. Et puis, en tant que journaliste, je veux pouvoir vivre avec une critique dans dix ans et donc maintiens volontaire une certaine tempérance. Les coups de gueule, je les garde pour moi - ou pour mes proches. Concentrons-nous sur le reste.
14. Parle-nous de ton prof préféré.
Je pourrais citer Sr Marie Faucher, une professeure de piano que j'ai eue à l'adolescence, trop brièvement malheureusement, car un cancer fulgurant l'a fauchée après qu'elle m'eut accompagnée pendant deux ans. J'inclurai aussi le Père Hardy, professeur de français en cinquième secondaire, qui tous les mercredis après-midi, avait dégagé 20 minutes de son horaire d'enseignement pour que nous écrivions dans notre cahier d'aubades. Je n'oublierai jamais l'énergie si particulière qui animait la classe à ce moment-là (un ami poursuivait chaque semaine un western-spaghetti, dans lequel je jouais notamment le rôle de Lulu Carabine) et les commentaires d'encouragement du professeur. J'ai toujours gardé ces deux cahiers Canada.
15. Parle-nous de ton premier concert.
Impossible de me rappeler du premier, car j'assistais tous les vendredis aux concerts classiques gratuits offerts par Radio-Canada à la Salle Claude-Champagne avec mes parents. (Les temps ont bien changé.) Quand mon père avait particulièrement aimé un programme, il l'enregistrait quand il repassait quelques semaines plus tard à la radio et le réécoutait. Je pense encore notamment à un récital de Raoul Sosa.
16. Quel est ton endroit préféré au monde?
Pourquoi se limiter? Celui que je n'ai pas encore découvert, tiens. S'il est sur le bord de l'océan, déjà, j'aurai du mal à l'oublier.
17. Un endroit que tu aimerais visiter?
Je rêve depuis l'enfance de Tahiti et Bora-Bora, depuis le visionnement d'une minisérie sur le peintre Paul Gauguin. Mais il me reste aussi tant de villes musicales à visiter: Vienne, Salzbourg, Prague, Leipzig...
18. Parle-nous de quelque chose qui te rend complètement folle en ce moment.

Le désengagement. On PEUT - doit - changer le monde... un geste à la fois!
19. Si tu pouvais posséder instantanément quelque chose, rien qu'en claquant des doigts, qu'est-ce que ce serait?
Une vieille (mais parfaitement fonctionnelle)
Westphalia, idéalement avec des fleurs sur le côté. Si je suis très peu camping (les moustiques m'aiment trop pour que ce soit agréable), j'aime bien l'idée que je pourrais m'arrêter où et quand je veux, y dormir une nuit, une semaine, un mois... comme un personnage d'un roman de Jacques Poulin!
20. Qui tagues-tu?
Si vous vous sentez inspirés, n'hésitez pas!
1. Es-tu une acheteuse compulsive de livres?
Non, mais ma PAL est d'une taille impressionnante. Entre les services de presse reçus pour être commentés par les collaborateurs de La Recrue du mois, les multiples emprunts à la bibliothèque (j'y fais un saut toutes les semaines) et les livres que je « dois » posséder, pas le temps de s'ennuyer.
2. À quelle fréquence achètes-tu des livres?
Une fois par mois environ, je dirais, mais je bouquine plus souvent que cela. Et puis, il y a les salons du livre un peu marginaux (anarchiste, queer) qui proposent toujours des choses difficiles à trouver ailleurs... Difficile d'y résister.
3. As-tu une librairie favorite?
Olivieri, assurément. C'est ma librairie de quartier, d'une part, mais surtout, j'aime comment je me sens quand j'y mets les pieds, la façon dont les livres ont été regroupés, la gentillesse des libraires, des purs et durs, toujours prêts à passer une commande spéciale ou à faire une recommandation. J'aime bien m'arrêter aussi au Port de tête quand je suis sur le Plateau.
4. Fais-tu tes achats livresques seule ou accompagnée?
Presque toujours seule. J'irai peut-être bouquiner avec un(e) ami(e) - chacun dans sa bulle habituellement -, mais j'achète rarement dans ces cas-là. Je note certains titres tout au plus.
5. Librairie ou achats sur le net?
Presque exclusivement en librairie.
6. Vers quels types de livres te tournes-tu en premier?
Mon premier arrêt chez Olivieri est toujours pour la table de nouveautés québécoises. Déformation professionnelle d'une part, certes, mais aussi réel intérêt. Je fais ensuite le tour des autres tables de nouveautés, des nouveaux poches, éplucherai volontiers la section théâtre ou poésie, celle de la littérature allemande aussi. (Il faudrait vraiment que je me replonge dans cette langue ingrate.)
7. Préfères-tu les livres neufs, d'occasion ou les deux?
Les deux, mais si je ne fais pas toujours un détour par les librairies de livres usagés - et ce, même si j'en ai une très chouette (Le livre voyageur) dans mon quartier.
8. Qu'aimes-tu dans le shopping livresque?
La découverte de nouveaux titres, mais aussi la manipulation des livres.
9. Te fixes-tu une limite d'achat par mois?
Je suis en général plutôt raisonnable, heureusement pour mon compte bancaire.
10. À combien s'élève ta wish-list?
Je note très rarement un titre. J'aime la rencontre avec un livre, le côté presque improvisé de la chose, la possibilité de ressentir un coup de foudre pour une écriture en particulier.
11. Cite 3 livres que tu veux TOUT DE SUITE!
Je sais me contenir, mais j'admets avoir très hâte de découvrir certains des premiers romans de la rentrée, et puis hier, je suis passée à deux doigts d'acheter
12. Pré-commandes-tu tes livres?
Quelle idée!
13. Pourquoi un tel pseudo/nom de blogue?
Je cherchais un nom de blogue qui serait une allusion directe à la musique classique (sur une île déserte, même si j'adore Mozart, je partirais indéniablement avec les deux volumes du Clavier bien tempéré de Bach, une source inépuisable de découvertes) et un clin d’œil au geste d'écriture. Et puis, en tant que journaliste, je veux pouvoir vivre avec une critique dans dix ans et donc maintiens volontaire une certaine tempérance. Les coups de gueule, je les garde pour moi - ou pour mes proches. Concentrons-nous sur le reste.
14. Parle-nous de ton prof préféré.
Je pourrais citer Sr Marie Faucher, une professeure de piano que j'ai eue à l'adolescence, trop brièvement malheureusement, car un cancer fulgurant l'a fauchée après qu'elle m'eut accompagnée pendant deux ans. J'inclurai aussi le Père Hardy, professeur de français en cinquième secondaire, qui tous les mercredis après-midi, avait dégagé 20 minutes de son horaire d'enseignement pour que nous écrivions dans notre cahier d'aubades. Je n'oublierai jamais l'énergie si particulière qui animait la classe à ce moment-là (un ami poursuivait chaque semaine un western-spaghetti, dans lequel je jouais notamment le rôle de Lulu Carabine) et les commentaires d'encouragement du professeur. J'ai toujours gardé ces deux cahiers Canada.
15. Parle-nous de ton premier concert.
Impossible de me rappeler du premier, car j'assistais tous les vendredis aux concerts classiques gratuits offerts par Radio-Canada à la Salle Claude-Champagne avec mes parents. (Les temps ont bien changé.) Quand mon père avait particulièrement aimé un programme, il l'enregistrait quand il repassait quelques semaines plus tard à la radio et le réécoutait. Je pense encore notamment à un récital de Raoul Sosa.
16. Quel est ton endroit préféré au monde?
Pourquoi se limiter? Celui que je n'ai pas encore découvert, tiens. S'il est sur le bord de l'océan, déjà, j'aurai du mal à l'oublier.
17. Un endroit que tu aimerais visiter?
Je rêve depuis l'enfance de Tahiti et Bora-Bora, depuis le visionnement d'une minisérie sur le peintre Paul Gauguin. Mais il me reste aussi tant de villes musicales à visiter: Vienne, Salzbourg, Prague, Leipzig...
18. Parle-nous de quelque chose qui te rend complètement folle en ce moment.

Le désengagement. On PEUT - doit - changer le monde... un geste à la fois!
19. Si tu pouvais posséder instantanément quelque chose, rien qu'en claquant des doigts, qu'est-ce que ce serait?
Une vieille (mais parfaitement fonctionnelle)
Westphalia, idéalement avec des fleurs sur le côté. Si je suis très peu camping (les moustiques m'aiment trop pour que ce soit agréable), j'aime bien l'idée que je pourrais m'arrêter où et quand je veux, y dormir une nuit, une semaine, un mois... comme un personnage d'un roman de Jacques Poulin!
20. Qui tagues-tu?
Si vous vous sentez inspirés, n'hésitez pas!
mercredi 12 août 2015
Quelques pas dans l'éternité
« Plus le temps passe et plus je me persuade qu’écrire équivaut pour une bonne part à chanter. Les livres dont je me rappellerai seront ceux qui m’ont bercé. Tous les autres sont oubliables, parce que je ne parviens pas à en retrouver le refrain. »
« Écrire m’a en quelque sorte sauvé de Dieu, puisque je me suis aperçu que je disposais avec les mots de tout ce dont j’avais besoin pour m’apaiser, me recueillir, me donner de l’espoir et surtout pour donner un sens à ce monde qui en lui-même n’en a pas. »Dans Quelques pas dans l'éternité, il nous offre le rare privilège de l'accompagner pendant un an, au jour le jour ou presque, alors qu'il consigne dans son journal non pas tant son quotidien (ses trois ou quatre pages écrites chaque matin dans son bureau, ses promenades avec son chien, ses conversations avec la douce Manon qu'il aime comme au premier jour, le passage de ses amis) que des réflexions sur le geste même d'écrire, sur la société qui est la nôtre (dont il a choisi volontairement de se retirer en habitant à la campagne), sur sa quête d'une spiritualité distincte de la religion, sur le travail de ses confrères, sur la cohabitation entre vie et mort.
Une lecture qui nous force à arrêter le temps, à relire certaines phrases, mais aussi à fermer ce cadeau, histoire de mieux plonger dans le monde qui nous entoure, sentir le pouls de cette vie en constante évolution, de notre être en perpétuelle mutation.
« Je ne veux pas dire que la vie réelle est dans les livres; elle n’y est pas. Ce qu’on y aperçoit, c’est son ombre, ou son souvenir. Mais cette ombre et ce souvenir doivent y être en entier, et ce n’est pas en s’éloignant des jardins, en détournant le regard des étoiles lointaines ou en oubliant d’aller à la rencontre des hommes que l’écrivain parviendra le mieux à dresser ce fuyant portrait. »
lundi 3 août 2015
Bibliothèques... bis
Dans ma chambre d’enfant, il n’y avait que
l’essentiel, du moins le croyais-je alors: mon piano, un bureau
de travail qui me semblait drôlement imposant quand je m’y suis assise la
première fois, un lit sous lequel je lançais les médicaments antirhume que je
refusais systématiquement d’avaler, et une bibliothèque, construite par mon
père. Je ne conserve qu’un souvenir plutôt flou de ce que j’y avais empilé. Un
casier était vraisemblablement dédié à la Comtesse de Ségur, un autre
(peut-être même deux) à mon encyclopédie Tout connaître et mon fidèle Dis
pourquoi?, un dernier aux disques que j’écoutais fiévreusement. De ceux-ci,
surgissent spontanément à ma mémoire Le petit prince lu par Gérard
Philippe, La vie de Mozart de la collection du Petit ménestrel et Alice
au pays des merveilles. À la fin de mon cours primaire, une section avait
été envahie par deux gros dictionnaires, étranges – m’avait-il semblé alors –
cadeaux d’anniversaire d’une tante traductrice à l’ONU. Au fil des ans, les
partitions avaient grugé le reste, faisant dangereusement ployer les planches de
bois bon marché, le banc de piano ayant démissionné très tôt devant
l’impossibilité de les contenir toutes.
Le bureau m’a toujours suivie; j’y dépose
maintenant mon ordinateur portable - même s'il n'est pas d'une hauteur idéale. Des piles de papiers sur lesquelles sont
griffés notes, corrections, rêves, des disques et des pots remplis de crayons
s’en sont emparé, le transformant en meuble beaucoup moins imposant. Le piano (un cousin en fait, plus Wolfie) sont dans la salle de musique. L’étagère de mon enfance a rendu l’âme il y a plusieurs années
déjà, remplacée par d'autres bibliothèques (suédoises), robustes. Dans
l’une sont glissées – plus ou moins sagement et en ordre
alphabétique relatif – mes partitions. Dans une autre, les
biographies de compositeurs, les analyses d’œuvres, les traités d’orchestration
et de composition. Dans une autre, élancée, j’y ai glissé mes dictionnaires –
qui ne me semblent plus si étranges –, mes archives de journaliste. Sur le côté, punaisées sur un babillard fait main, des cartes d'amis, des souvenirs, mon essentiel macaron «Why be normal » et un texte, Essayez… c’est si facile!, publié jadis, dans
lequel mon père livre ses conseils d’écriture journalistique. Et puis, bien sûr, il y a celles contenant les ouvrages littéraires, regroupés en ordre alphabétique par genres (québécois, autres, poésie, théâtre, essai, lettres allemandes) et l'inénarrable PAL, tout sauf ordonnée.
Il faudrait bien que j'arrête d'aller à la bibliothèque, tiens, et que je lui fasse subir une (légère) cure de minceur!
vendredi 31 juillet 2015
Des emprunts
Je ne prends jamais de listes imprimées de mes emprunts à la bibliothèque, histoire de sauver du papier, consciente que je recevrai de toute façon un rappel deux jours avant l'échéance. Par contre, il n'y a rien que j'aime plus que de trouver les listes de titres empruntés par la personne ayant eu en main un livre avant moi. J'essaie toujours alors d'établir des correspondances, des liens entre ses choix, ce qui permet d'en apprendre un peu plus sur cet(te) inconnu(e) - dont le nom apparaît sur le bout de papier, mais qui ne révèle aucune importance.
J'aime aussi cette idée que toutes ces autres personnes ont touché ce livre avant moi (de la même façon, j'aime beaucoup être la première à mettre la main sur une nouveauté, tout juste arrivée), que leurs lectures, mais aussi leurs vécus, leurs intérêts, se mêlent à ma perception du livre, la teinte peut-être sans que je ne m'en rende compte, que moi aussi je laisse une part de moi dans ces pages, qu'elles aient été lu dans les transports, dans le jardin, en vacances.
Il y a quelque chose de troublant dans cet acte de partage, intime de par sa nature même (il n'y aura jamais personne d'autre que l'auteur et le lecteur dans cette relation, sauf bien sûr si on choisit de faire la lecture à haute voix à un ami ou un amoureux), quelque chose d'universel qui nous lie les uns aux autres autrement.
J'aime aussi cette idée que toutes ces autres personnes ont touché ce livre avant moi (de la même façon, j'aime beaucoup être la première à mettre la main sur une nouveauté, tout juste arrivée), que leurs lectures, mais aussi leurs vécus, leurs intérêts, se mêlent à ma perception du livre, la teinte peut-être sans que je ne m'en rende compte, que moi aussi je laisse une part de moi dans ces pages, qu'elles aient été lu dans les transports, dans le jardin, en vacances.
Il y a quelque chose de troublant dans cet acte de partage, intime de par sa nature même (il n'y aura jamais personne d'autre que l'auteur et le lecteur dans cette relation, sauf bien sûr si on choisit de faire la lecture à haute voix à un ami ou un amoureux), quelque chose d'universel qui nous lie les uns aux autres autrement.
lundi 27 juillet 2015
Sept d'un coup
Ah, le bonheur des weekends sans rendez-vous, quand le soleil est de la partie... Certains fuient le brouhaha de la ville. J'ai plutôt choisi de voler du temps au temps, bien installée dans mon jardin, malgré les rénovations d'un voisin. Le décompte: trois BD, trois pièces de théâtre et un roman, dernier achat impulsif effectué à ma librairie indépendante préférée il y a deux semaines.
Côté BD, trois styles tout à fait différents. My Depression d'Elizabeth Swados (auteure encensée sur Broadway) n'est en rien sombre et glauque, malgré ses dessins en noir et blanc. L'auteure revient sur une de ses chutes, avec tendresse, humour, de façon rassembleuse. On sourit souvent et on retient certaines choses pour mieux soutenir un ami la prochaine fois.
Belle découverte que celle de Minimax, charmant personnage de François Donatien, musicienne dans un groupe punk-rock le soir, à la maîtrise le jour, fan de vinyles. On s'attache en quelques secondes à l'échevelée aux grosses lunettes carrées et apprécie le trait de crayon alerte.
Autre palette entièrement pour Love in Vain, qui se veut une biographie en noir et très peu de blanc de la vie du bluesman Robert Johnson. On se perd dans la contemplation des dessins (presque des eaux-fortes), en apprend plus sur la vie du musicien, referme le livre avec l'envie de l'écouter (surtout qu'un songbook a été intégré à la fin, avec traductions mêmes pour les moins fluides dans la langue de Shakespeare). Un très bel album!
Si j'ai négligé depuis quelques semaines les salles de théâtre, cela ne m'a pas coupé l'envie d'en lire: trois voix qui ont fait leur preuve, dans des registres très différents. Je n'aurais jamais pensé à Michel Marc Bouchard comme à un auteur léger. Les papillons de nuit relève assurément du théâtre d'été, avec multiplication des quiproquos et portes qui claquent (ou presque, la mère ayant décidé de cirer le plancher du chalet loué, ce qui force tout le monde à rester dehors, de la fille policière aux frères échappés de prison et à l'entomologiste homosexuel). Cul sec de François Archambault se veut un portrait sans concession d'une certaine jeunesse désabusée, à travers l'histoire de trois amis dans la mi-vingtaine partis pour une moyenne soirée de brosse. Finiront-ils par se réveiller avant qu'il ne soit trop tard? L'alcool coule aussi à flots dans Oublier de Marie Laberge, une de ses pièces les plus montées. Quatre sœurs, la maison familiale: un huis-clos étouffant (l'ombre de la mère atteinte d'Alzheimer plane sur toute la pièce), comme on le voit souvent au théâtre, mais rendu avec beaucoup d'habilité. De quoi regretter Marie Laberge la dramaturge...
Je me suis finalement plongée dans L'amour est une île de Claudie Gallay qui se passe au Festival d'Avignon, cet été fatidique ou les grèves d'intermittents avaient paralysé l'événement. On y suit Odon, propriétaire d'un petit théâtre, qui n'a jamais réussi à oublier Mathilde, devenue vedette de la scène, les comédiens de sa troupe, l'attachante Isabelle qui a vu passer tous les grands chez elle, sans oublier Marie, la sœur de cet auteur mort quelques jours après avoir envoyé son manuscrit, dont on monte enfin une pièce. Là aussi, on étouffe, autant sous la chaleur que sous le poids des secrets, l'écheveau se dénouant habilement jusqu'au punch final.
Côté BD, trois styles tout à fait différents. My Depression d'Elizabeth Swados (auteure encensée sur Broadway) n'est en rien sombre et glauque, malgré ses dessins en noir et blanc. L'auteure revient sur une de ses chutes, avec tendresse, humour, de façon rassembleuse. On sourit souvent et on retient certaines choses pour mieux soutenir un ami la prochaine fois.
Belle découverte que celle de Minimax, charmant personnage de François Donatien, musicienne dans un groupe punk-rock le soir, à la maîtrise le jour, fan de vinyles. On s'attache en quelques secondes à l'échevelée aux grosses lunettes carrées et apprécie le trait de crayon alerte.
Autre palette entièrement pour Love in Vain, qui se veut une biographie en noir et très peu de blanc de la vie du bluesman Robert Johnson. On se perd dans la contemplation des dessins (presque des eaux-fortes), en apprend plus sur la vie du musicien, referme le livre avec l'envie de l'écouter (surtout qu'un songbook a été intégré à la fin, avec traductions mêmes pour les moins fluides dans la langue de Shakespeare). Un très bel album!
Si j'ai négligé depuis quelques semaines les salles de théâtre, cela ne m'a pas coupé l'envie d'en lire: trois voix qui ont fait leur preuve, dans des registres très différents. Je n'aurais jamais pensé à Michel Marc Bouchard comme à un auteur léger. Les papillons de nuit relève assurément du théâtre d'été, avec multiplication des quiproquos et portes qui claquent (ou presque, la mère ayant décidé de cirer le plancher du chalet loué, ce qui force tout le monde à rester dehors, de la fille policière aux frères échappés de prison et à l'entomologiste homosexuel). Cul sec de François Archambault se veut un portrait sans concession d'une certaine jeunesse désabusée, à travers l'histoire de trois amis dans la mi-vingtaine partis pour une moyenne soirée de brosse. Finiront-ils par se réveiller avant qu'il ne soit trop tard? L'alcool coule aussi à flots dans Oublier de Marie Laberge, une de ses pièces les plus montées. Quatre sœurs, la maison familiale: un huis-clos étouffant (l'ombre de la mère atteinte d'Alzheimer plane sur toute la pièce), comme on le voit souvent au théâtre, mais rendu avec beaucoup d'habilité. De quoi regretter Marie Laberge la dramaturge...
vendredi 24 juillet 2015
Constellation
Les vies de ces trois célébrités ne valent bien sûr pas plus que celle des 45 autres victimes (dont un journaliste québécois) et c'est là que le roman de Bosc, entre travail d'investigation d'un grand sérieux (on sent dans l'attention portée aux détails le nombre d'heures investies en recherche) et fiction pure, se révèle particulièrement brillant.
On s'attache à cette jeune Amélie Ringler, bobineuse dans une usine de textile se dirigeant vers Detroit, sa marraine fortunée lui ayant laissé un héritage conséquent, à ces bergers basques cédant à l'appât du « rêve américain », à Kay Kamen, celui à qui on doit la commercialisation des produits dérivés Walt Disney. « Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit. »
Chaque chapitre se lit comme un mini-roman (ou prémisse de), chaque segment offrant un éclairage autre sur la tragédie, comme autant de fragments d'un kaléidoscope complémentaires, mais qui n'apportent pas de réelle réponse. Saura-t-on un jour exactement ce qui s'est passé cette nuit-là? Probablement pas. On se rappellera par contre de l'atmosphère si particulière de cet ouvrage d'Adrien Bosc, en espérant que le prochain soit aussi abouti.
mercredi 22 juillet 2015
Journal de Julie Delporte
On a lu des centaines de déclinaisons d'histoires de rupture, bien sûr. Pourtant, celle-là, par sa forme même, sort des sentiers battus, nous permet d'apprivoiser autrement le propos, de comprendre aussi combien une expérience malheureuse peut servir de levier à un projet créateur cohérent, le personnel ici devenant universel, le je de l'auteure se démultipliant en un essentiel nous.
dimanche 19 juillet 2015
L'haleine de la Carabosse: la catharsis par les contes
Les contes se prêtent aux relectures, aux réinterprétations. Ils nous aident à apprivoiser l’innommable, les blessures, les peurs, permettent parfois l’émancipation. C’est du moins ce qu’espère Ève, la narratrice de L’haleine de la Carabosse, roman à clés autant que d’apprentissage
Les contes notés par le père dans son album comme les pans de l’histoire familiale dévoilés au fur et à mesure deviendront autant de petites pierres blanches que l’on sème non pas pour retrouver un passé que l’on recompose de toute façon au fur et à mesure que pour se délester de poids en apparence inconséquents, dont la somme finit par entraver l’avancée.
« Un homme qui ne pouvait être raconté que par d’autres était un homme mort », soutient la narratrice. On serait au contraire tenté d’alléguer que le geste même du récit – qu’il soit fictif ou non importe peu ici –, le maintiendra vivant.
« On rejoue sur ces mythes issus des contes.
On les collectionne comme des pièces honteuses. On les cache. On les barricade dans les musées.
Ça nous reste dans la peau, dans la tête, comme un ver d’oreille. » Un peu comme ce premier roman de Marise Belletête…
vendredi 17 juillet 2015
La marchande de sable: une voix, une vraie
Nous avons très rarement affaire à une voix, distincte, précise, unique; une voix que l’on reconnaît en quelques pages à peine, même si on ne l’a croisée qu’une seule fois auparavant, il y a sept ans de cela déjà. Katia Belkhodja indéniablement est de celles-là. Elle ne fait pas partie de ces romanciers interchangeables qui privilégient une approche formatée du récit. Au contraire, elle se révèle une auteure exigeante, pas tant dans le choix des termes que dans la manipulation même du fil narratif, le lecteur devant faire rapidement fi des codes qu’il considérait acquis pour adopter un rythme différent, sans se laisser démonter par une compréhension d’abord diffuse du propos. Il voudra peut-être reprendre sa lecture du début – la longueur s’y prête –, céder autrement à ces allégories relevant presque du mirage.
Froideur du désert autant que des étendues de glace, ville en mouvement constant qui déstabilise ses habitants, paroles qui ne réussissent jamais à s’affranchir, regards qui figent l’autre dans ses derniers retranchements; ici, temps et espace deviennent synonymes de flou, les images s’affrontent, portées par une langue à l’oralité trafiquée, qui multiplie les détournements, proche de l’incantation. Dans ce lieu fantasmé, on pend les absents, sectionne une part essentielle de soi pour résister à l’envahisseur, mais on continue de croire à la puissance de l’amour, de la vie.
« Peut-être qu’ils s’étaient consommés encore comme des desserts au chocolat avant de séparer leurs peaux l’une de l’autre, les peaux suantes qui refusent et qui finissent par obéir et par se décoller, lentement, avec la tentation, toujours, du raccrochage des peaux et des membres ensemble. »
On voudra assurément y retourner, s’y perdre, s’y découvrir autre.
mercredi 15 juillet 2015
Marise Belletête recrue de juillet
« Lui, peut-être, peut-être qu’il le savait, peut-être qu’il devenait peu à peu un conte pour les autres en oubliant de se plier au réel, en égratignant les souvenirs, en confondant les noms. Par l’écriture, qui rafistolait sa mémoire, il comblait les trous intimidants dans lesquels il craignait de s’abîmer. Tout devenait fiction. Tout devenait vérité. Il se reconstituait au plus vite. Jusqu’à ce que cela devienne vain et lui fasse plus de mal que de bien. »
Les contes jouent un rôle clé dans L’haleine de la Carabosse de Marise Belletête, notre recrue ce mois-ci. Ils permettront notamment à sa narratrice, Ève, de s’émanciper de l’emprise oppressante de sa mère et d’apprivoiser les ombres laissées par ce père parti jadis aux quatre coins du monde transcrire dans son journal les histoires des autres, celles que l’on se raconte le soir au coin du feu, pour oublier notre quotidien, mais aussi pour mieux se comprendre.
Dans son deuxième roman, La marchande de sable, notre ancienne recrue Katia Belkhodja use d’un stratagème semblable, détournant l’essence même de la conteuse Shéhérazade. La fable qu’elle nous propose, qui peut évoquer le désert aussi bien que les grands espaces gelés, favorise les interprétations multiples, une lecture presque contre le grain du texte.
Play Boys de Ghayas Hachem lui aussi s’amuse à détourner les frontières entre les univers, jeu et réalité, guerre réelle et fantasmée. Comme ces adolescents, le narrateur de Même ceux qui s’appellent Marcel de Thomas O. St-Pierre semble à première vue désabusé, en quête d’une identité qu’il peine à cerner. Il est intéressant de juxtaposer son destin à celui de l’héroïne d’un premier roman mythique, L’avalée des avalés de Réjean Ducharme. Bérénice aussi se révoltait contre les horreurs d’un monde qu’elle considérait en perdition. Les temps ont-ils tant changé au fond? Ces titres ont été lus par deux nouveaux collaborateurs, Normand Babin et Charles-David Tremblay, que je me réjouis de voir rejoindre notre équipe de passionnés. Bienvenue à vous deux!
Juillet est synonyme pour plusieurs de vacances. Vous pourrez également choisir de vous évader avec Les Inuits résistants! d’Anne Pélouas, entre essai et récit d’aventures, ou à travers les haïkus du recueil Soupçon de lumière de Danielle Delorme, autant d’instantanés nous rappelant la merveilleuse fragilité de cette vie qui trop souvent nous échappe.
jeudi 2 juillet 2015
Gloire et déchéance des grandes puissances
« Les gens conservaient leurs livres, songea-t-elle, non pas parce qu’ils avaient le projet de les relire, mais bien parce que ces objets étaient les dépositaires de leur passé – la texture du moi à une époque et à un endroit donnés, chaque volume une fraction d’un intellect, que l’ouvrage ait été aimé ou détesté, ou qu’il ait provoqué un vaste dodo dès la page quarante. Les gens avaient beau être prisonniers de leur tête, ils passaient leur vie à tenter de s’échapper de cette pièce close. C’est pour cette raison qu’ils avaient des enfants et souhaitaient posséder un lopin de terre; c’est aussi pour cette raison que, après un long voyage, rien ne valait la sensation de retrouver son lit. »
Aucun doute, on reconnaît la plume incisive de Rachman, qui adopte de nouveau une narration fragmentée qui nous fait passer au fil des chapitres en 1988, 1999 (au moment charnière du basculement vers l'an 2000) et 2011. Le passé de Tooly, une sympathique et lunatique libraire, se révèle par à-coups - parfois même par coups d'éclat -, nous fait voyager à Bangkok, à New York, au Pays de Galles, en Irlande, en Italie. Ballottée d'un lieu à l'autre, incapable d'établir des liens affectifs durables (parents et adultes signifiants dans sa vie n'ont certes pas prêché par l'exemple), elle cherche à se réinventer aussi bien qu'à se retrouver.
On a parfois l'impression que Rachman a visé trop grand ici, en choisissant d'intégrer de multitudes de réflexions philosophiques et politiques à la narration (déjà non linéaire) et en multipliant les lieux (ce qu'on retrouvait aussi dans son livre précédent). S'il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher de ce roman de plus de 600 pages, le charme opère en grande partie grâce à une galerie de personnages plus grands que nature, auxquels on s'attache malgré leurs - nombreux - travers.
mardi 30 juin 2015
Blues nègre dans une chambre rose
« On aurait dit que ses retours me faisaient plus mal que ses départs. »Le blues... une musique, mais aussi une couleur, qui entre en écho avec cette chambre rose, avec la peau blanche de Fanny Murray, en début de carrière musicale, et celle, noire, de Bobo Ako, au sommet de la gloire, qui la bouleverse dès l'instant où leurs destins se croisent à la Nouvelle-Orléans lors d'un festival.
L'histoire est condamnée d'avance (Bobo est marié et coureur), mais peu importe, Fanny accepte de la vivre, par segments intenses, souvent torrides, à travers des apparitions rarement annoncées de l'homme qui revient la prendre avec fulgurance, mais que l'on ne sent pas profiteur. Oui, il veut le beurre et l'argent du beurre, mais la connexion entre les deux artistes semble réelle, aller au-delà de la chimie des corps, même si celle-ci joue un rôle essentiel.
« La femme blanche qui n’a jamais goûté un Nègre en jeans, chemise rose, parfum suave de terre et d’épices n’a jamais rien goûté, c’est ce que je dis à mes amies, si vous n’avez pas fait l’amour avec un beau Nègre parfumé, aussi bien dire que vous n’avez jamais fait l’amour. Celles qui connaissent la peau noire sont d’accord avec moi. Nous sommes d’accord aussi pour dire que si l’homme noir est facile à attraper, il faut accepter de le partager, on ne sait jamais avec combien de femmes on le partage, mais l’idée de la facilité vient justement du fait qu’il n’est fidèle à aucune. »Pour tenter d'exorciser l'emprise incontestée qu'il a sur elle, Fanny écrit dans des carnets, dont le ton évoluera au fil du temps, revient sur certains moments clés. Une telle prémisse aurait pu donner un livre sombre, aux atmosphères étouffantes; il n'en est rien. Jennifer Tremblay raconte cette passion dévorante avec retenue, refuse le mélodrame et le pathos, dose le récit de façon minutieuse, même dans les scènes érotiques. Si on a envie de secouer Fanny de temps en temps, on la suit néanmoins jusqu'au bout, d'un seul souffle ou presque, jusqu'à la combustion finale, celle des carnets, sans que l'on sache si le geste suffira à la libérer enfin de ce joug.
jeudi 25 juin 2015
J'aimais mieux quand c'était toi
« Le théâtre est dangereux, c’est sa seule permanence, et sans danger la vie n’est qu’une vaste zone d’ennui. Les héros de Tchekhov font des tentatives de suicide ou des tentatives d’amour, pour sortir de l’ornière de la désillusion et de la lucidité. Aimer ou vouloir mourir, c’est la même chose. On veut être ailleurs. »
Oui, on finit par connaître les détails de cet amour plus ou moins condamné dès le départ (assez banals de fait), avoir accès à cette douleur que l'on croyait avoir matée, mais qui nous saisit d'un seul coup quand on s'y attend le moins. Avant, pourtant, l'auteure nous plonge dans un univers autre, rarement visité de cette façon, celui du théâtre.
La narratrice est comédienne, se prépare à jouer la Mère douleur de Six personnages en quête d'auteur de Pirandello. On la suit alors qu'elle arpente Paris, histoire de repousser quelques instants encore la fatale échéance de se retrouver dans cette loge de théâtre, de s'incarner véritablement sur scène. Et si, au fond, tous, nous ne faisions que jouer un rôle, ne prenions vie que lorsqu'un autre nous a intégrés à la trame dramaturgique de sa vie, nous offre un rôle de soutien le plus souvent, parfois un premier rôle?
« J’avais compris déjà que nous nous emparons de l’être aimé pour le détourner et le façonner, et c’est ainsi que la lutte commence : un jour le personnage se révolte et s’échappe. Sa liberté est notre déchirure. »Un détournement pertinent du théâtre de la vie, porté par une écriture fluide, au souffle indéniable.
mardi 23 juin 2015
24 titres québécois pour la Saint-Jean
Quels sont les titres québécois qui vous ont le plus marqué, qui ont continué de vous habiter des semaines, des années durant, dont vous ne vous départiriez pas, sauf pour les prêter à un ami? Combien en retiendrez-vous? Pourquoi pas 24 pour fêter cette Saint-Jean? Voilà le défi que je me suis lancé. Après-demain, la liste pourrait être autre.
Les voici, en ordre alphabétique et non de préférence, toutes catégories confondues (roman, théâtre, poésie, journal). Quand on aime, on ne compte pas.
Les voici, en ordre alphabétique et non de préférence, toutes catégories confondues (roman, théâtre, poésie, journal). Quand on aime, on ne compte pas.
- Hubert Aquin, Prochain épisode
- Marie-Christine Arbour, Drag
- Marie-Christine Bernard, Matisiwin
- Michel-Marc Bouchard, Le chemin des passes dangereuses
- Guillaume Corbeil, L’art de la fugue
- Denise Desautels, Sans toi je n’aurais pas regardé si haut
- Réjean Ducharme, L’avalée des avalés
- René-Daniel Dubois, Bob
- Carole Forget, Le sol ralentit sous mes pas
- Carole Fréchette, Small Talk
- Claude Gauvreau, L’asile de la pureté
- Anne Hébert, Le torrent
- Dany Laferrière, L’énigme du retour
- Gaston Miron, L'homme rapaillé
- Emile Nelligan, Poésies
- Jacques Poulin, Les yeux bleus de Mistassini
- Fernand Ouellette, L’abrupt
- Pascale Quiviger, Le cercle parfait
- Gabrielle Roy, Ces enfants de ma vie
- Gaétan Soucy, La petite fille aux allumettes
- Olivia Tapiero, Les murs
- Michel Tremblay, Le cœur découvert
- Marie Uguay, Journal
- Louise Warren, Attachements : Observation d’une bibliothèque
samedi 20 juin 2015
Le tao du tagueur
« Le geste ne se transmet pas, il se vole! » Homme de théâtre ayant signé une quarantaine de mises en scène, Serge Ouaknine opte pour le risque avec ce premier roman, en s’attaquant à un sujet jusqu’ici délaissé par la fiction (le tag) et en le traitant à travers 182 fragments et 2 textes plus longs (prologue et épilogue).
Ce choix de la forme courte peut se comprendre comme le prolongement du souffle du tagueur qui ne dispose que de quelques secondes pour laisser sa marque, pour s’incarner dans un croquis ou dans une succession de lettres. Ce ton haletant pourra dérouter au début quelques lecteurs habitués à une narrativité plus linéaire, mais il se révèlera rapidement une des forces de ce premier roman qui s’apprivoise par images, par instants, par signes.
Au fil des pages, l’auteur traitera des motivations de Panda, ex-publicitaire revenu de tout qui a troqué sa table à dessin pour les murs de Montpellier. En liant son personnage principal à la belle Leily, fille de calligraphe, il évoquera la naissance – la nécessité même – du geste artistique, de la communication, des barrières que l’on érige entre soi et l’autre. En lui permettant de croiser des êtres ayant choisi comme lui la marginalité, il sensibilisera le lecteur à une réalité parallèle, celle de la rue, des expédients.
Grâce à une écriture souvent poétique qui refuse néanmoins l’enflure et les formules toutes faites (« Le temps est un jardin qui fuit la rivière qui veut l’arroser » par exemple) à une succession de phrases fugaces se jetant les unes dans les autres, Serge Ouaknine dessine une toile que l’on croit d’abord composée exclusivement de noir et de blanc, mais qui bientôt démontrera l’étonnante richesse de sa palette.
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