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jeudi 27 août 2015

10e édition du World Press Photo à Montréal

Dans un monde où nous sommes envahis d'images, relayées par diverses plateformes numériques de surcroît, le World Press Photo a-t-il encore sa place d'être? Sans aucun doute, car il faut bien admettre qu'il y a une énorme différence entre contempler en vitesse un cliché (ou dans certains cas détourner le regard, car certaines photos prises en zones de conflits sont insupportables) et prendre le temps d'examiner sa composition, lire ce que le photographe a cherché à capter et prendre vraiment le temps de la regarder.

Une grande humanité se détache d'ailleurs de plusieurs des photos lauréates cette année. On peut penser ici à ce bateau de migrants, photo prise quelques instants avant que ceux-ci ne soient rescapés, prises par Massimo Sestini (2e prix, catégorie Nouvelles générales)
Massimo Sestehni

ou encore à la photo gagnante du grand prix, toute en douceur, du Danois Mads Niessen qui nous montre avec délicatesse un couple homosexuel russe partageant un moment d’intimité. Aucun besoin ici de monter aux barricades; le message atteint le spectateur en plein cœur.
Mads Niessen
Fait d'armes inusité, le travail sensible du photographe français Jérôme Sessini (qui travaille pour la prestigieuse agence Magnum) s'est mérité les 1er et 2e prix dans la catégorie Actualités- Reportages. Cette photo d'une victime de la catastrophe aérienne du vol MH173 encore sanglée dans son siège (sans que l'on ne voit son visage) continuera d'habiter les imaginaires. Le photographe était d'ailleurs présent hier pour évoquer un peu son métier. Impossible de ne pas être troublé par la profonde tristesse de son regard témoin de tant de malheur et de cruauté.
Jérôme Sessini

Si certains clichés sont crus, d'autres se révèlent d'une insidieuse efficacité, comme ces traces laissées par des écolières enlevées au Nigeria de Glenn Gordon, cette photo prise par Ronghing Chen dans une usine de décorations de Noël, celle de cette mère éplorée de Fatimeh Behboudl qui, des années après la disparition de son fils, a enfin accès à une pièce de vêtements ou cette jeune femme accusée d'être une travailleuse de rue de Liu Sond,
Liu Sond


À l'étage, on ne voudra pas manquer l'exposition parallèle de Will Steacy, Deadline, un puissant reportage sur l'érosion de la presse écrite, à travers une série de photos prises dans les bureaux du Philadelphia Enquirer,

Jusqu'au 27 septembre à la Salle de la Commune du Marché Bonsecours.
L'exposition s'arrêtera aussi dans d'autres villes dont Paris et Toronto. Voir les dates ici...

vendredi 1 mai 2015

Sur Tumblr

Des citations, des photos parfois... des instants volés en prolongement de mes lectures...
Parc Montsouris. Photo: Lucie Renaud

Vous pouvez me suivre ici...

mercredi 5 novembre 2014

Vis-à-vis

J'avais beaucoup aimé son travail sur les appartements de New York il y a quelques années, revoici Gail Albert Halaban à Paris cette fois... Ses photos n'optent pas pour un voyeurisme gratuit, mais démontrent plutôt une grande tendresse pour ses sujets, ses semblables.


Gail Albert Halaban - VIS A VIS from Boaz Halaban on Vimeo.

mardi 24 juin 2014

Joyeuse Saint-Jean!

Parfois, on a besoin de se draper dans le fleurdelisée...

Photos prises hier soir à l’Ile-des-Moulins à Terrebonne, lors du spectacle du jeune groupe Korum.





lundi 13 janvier 2014

Le silence uni de l'hiver

Le silence uni de l'hiver 
est remplacé dans l'air 
par un silence à ramage ; 
chaque voix qui accourt
y ajoute un contour, 
y parfait une image.

Et tout cela n'est que le fond 
de ce qui serait l'action 
de notre coeur qui surpasse 
le multiple dessin 
de ce silence plein
d'inexprimable audace.


Rainer Maria Rilke
Montréal, métro Papineau
Photo: Lucie Renaud


Saint-Sauveur
Photo: Lucie Renaud

Mont-Tremblant
Photo: Lucie Renaud


Photo: Lucie Renaud

Photo: Lucie Renaud

samedi 9 novembre 2013

Montréal la belle

Photo: Lucie Renaud
« Longtemps, la ville avait eu cette couleur, la couleur aimée de son arrivée, celle qu'elle avait imaginée et espérée. Puis, avec le premier soleil, les terrasses avaient surgi comme si on avait brusquement levé un rideau, et les rues étaient devenues jaune pâle.C'était une couleur frileuse encore, transparente et nue. Elle avait pris de l'épaisseur quand l'été s'était installé, et elle était devenue plus riche et plus dense et, plus tard, Julia l'avait vu éclater comme un fruit mûr. Montréal était brune les soirs d'orage. Elle était nacrée quand les arbres dégoulinaient de pluie, et ses nuits étaient alors vertes et profondes. » 
Françoise de Luca, Vingt-quatre mille baisers

dimanche 8 septembre 2013

World Press Photo 2013

« J’ai photographié toute cette guerre horrible. Avec mes appareils, j’ai fixé une souffrance inconcevable, un courage inconcevable, une lâcheté inconcevable. J’ai fixé ce qu’est réellement la guerre : quelque chose d’inconcevable. Une souffrance si grande, si constante, si diabolique qu’une cathédrale comme celle de Chartres devrait ployer sous poids. Et s’écrouler de honte. » 
C'est en ces termes que s'exprime le personnage de Robert Capa, mythique photojournaliste, dans la pièce de théâtre Des jours et des nuits à Chartres d'Henning Mankell, récit lucide mais non dépourvu de tendresse de la mise au ban de Simone, au cœur de cette photo célèbre.


Le World Press Photo, c'est un peu ça: une série d'histoires, parfois politiques, parfois instants volés au quotidien, tantôt spectaculaires, tantôt d'une troublante intimité. Presque toujours humaines (sauf les photos présentées dans le cadre des catégories « nature ».) Terriblement humaines. Parce que, oui, même si les journaux télévisés et les manchettes des quotidiens nous saturent la rétine d'images violentes, d'hommes qui sont propulsés dans les airs après avoir mis le pied sur une grenade, d'enfants mutilés attendant que quelqu'un daigne les soigner, on a encore besoin de voir, de comprendre, de ressentir, d'être bousculé. Plus de 5 500 photographes professionnels ont transmis plus de 100 000 photos, prises dans 124 pays, au jury de l'édition 2013.

Comment ne pas être bouleversé par la photo gagnante, prise par le Suédois Paul Hansen à Gaza lors des funérailles de Suhaib (deux ans) et Muhammad (presque quatre ans) Hijazi, fauchés alors que leur maison a été détruite par une frappe israélienne en novembre dernier? (Le père a aussi été tué et la mère gravement blessée.)
Photo: Paul Hansen

Dans un registre entièrement autre (toutes les photos sont cliquables), on ne peut que recevoir en pleine tronche la puissance de cette course de taureaux Pacu Jawi, prise en Indonésie par le Malaisien Wei Seng Chen.
Photo: Wei Seng Chen

Comment oublier ces photos de l'équipe de basketball féminin en Somalie, alors que les femmes risquent leur vie pour pratiquer leur sport (Jan Grarup),
photo: Jan Grarup

ces portraits de couples homosexuels vietnamiens vivant encore et toujours dans la marginalité (la série Le choix rose de Maika Elan),
Photo: Maika Elan

le reportage sur les prostituées immigrantes qui travaillent dans des parcs en périphérie de Rome (Paolo Patrizi)
Photo: Paolo Patrizi

ou encore l'histoire de Mirella qui, après avoir été mariée pendant 40 ans à Luigi, a choisi de s'occuper de lui pendant six ans, jusqu'à ce qu'il perde sa bataille contre la maladie d'Alzheimer (Fausto Podavini).
Photo: Fausto Podavini

On peut voir ces photos sur le site du World Press Photo, mais on les ressent différemment quand on les voit en grand format, articulées autour de thématiques. Au deuxième palier de la salle du Marché du Bonsecours, on pourra aussi découvrir les photos lauréates de la 5e édition du Concours international de photoreportages sur les droits de la personne Anthropographia, ainsi que de très beaux portraits de femmes du Burkina Faso, croqués par Émilie Régnier.

Des activités sont proposées en périphérie de l'événement au Centre Phi, dont la projection du magnifique film d'Helen Doyle Dans un océan d'images (présenté lors du dernier FIFA) le 11 septembre à 18 h 30 et deux soirées multimédia avec le légendaire Larry Towell les 12 et 13 septembre. (Ce dernier offrira aussi un atelier aux professionnels le 14 septembre.)

Tous les détails ici.

vendredi 23 août 2013

Trop jeunes pour le mariage

© Tehani et Ghada mariées à l’âge de 6 ans. Trop jeunes pour le mariage, exposition de photos de Stephanie Sinclair, Agence VII
Chaque année, on estime que  67 millions de jeunes filles sont privées de leur enfance car elles doivent se soumettre à un mariage forcé, la transaction financière permettant parfois de nourrir les autres enfants de la famille ou d'éponger une dette. Conséquence directe de cet état de fait? Les filles abandonnent bien sûr leurs études, doivent faire face aux risques liés aux grossesses précoces (une mère de moins de 15 ans a 5 fois plus de chances de mourir lors de l'accouchement) et vivent dans un isolement important. D'ici 2020, on évalue à 142 millions le nombre de jeunes filles qui seront mariées de gré ou de force.

Qu'elles aient 6 ou 15 ans ne change rien à la donne. Que l'on invoque le respect des traditions non plus. Il faut ouvrir les yeux sur ce phénomène troublant et initier un mouvement de changement. Samia Shariff, auteure de Le voile de la peur et Les femmes de la honte, qui a réussi à fuir au Canada en 2001, après avoir été mariée de force à 15 ans à un homme plus âgé, a livré un témoignage poignant lors de la conférence de presse tenue en ouverture de l'exposition Trop jeunes pour le mariage, présentée gratuitement jusqu'au 29 septembre au Gesù.  
« Je l'ai haï dès le premier soir, je voulais m'enfuir, mourir. On reste blessée à vie. Je voudrais qu'il y ait une loi internationale et que quiconque marie un enfant, avec ou sans son consentement, soit puni. »

© Nujood 12 ans (Yémen). Trop jeunes pour le mariage, exposition de photos de Stephanie Sinclair, Agence VII/tooyoungtowed.org
La photojournaliste Stephanie Sinclair  a sillonné pendant neuf ans l'Afghanistan, le Yémen, l'Éthiopie, le Népal et l'Inde, à la rencontre de ces oubliées, et en a tiré une série de photos bouleversantes, d'un grand esthétisme, non dépourvues de lumière malgré tout, qui raconte l'histoire de ces filles qui porteront en elles jusqu'à leur mort les séquelles de ces mariages forcés. Le comédien Paul Ahmarani, porte-parole de l'exposition, espère que ces photos réussiront à ouvrir une petite porte, « à mettre des décors, des ambiances sur des chiffres », mais surtout à toucher le public, qui pourra s'abreuver aux sources de l'art et de la connaissance. « J'ai beaucoup d'admiration pour ces jeunes filles qui s'en tirent », a-t-il souligné.


Deux films seront également projetés gratuitement au Gesù dans le cadre de l'exposition: 475: Quand le mariage devient un châtiment du Marocain Nadir Bouhmouch (11 septembre) et La source des femmes de Radu Mihaileanu (28 septembre).

On peut consulter le site web de l'exposition ici...


dimanche 21 juillet 2013

C'est de saison!

Quand on fait partie des cinq coins du globe, on n'a forcément pas tous la même définition de « saison ». La chaleur était si oppressante que je n'ai pas eu envie de sortir caméra au poing et ai proposé une des photos prises lors de l'événement 13 Bells, mais aussi celle-ci, qui a une portée presque universelle.


Photo: Lucie Renaud
Vous pouvez voir comment les copines ont décliné le thème ici...

mercredi 19 juin 2013

À boire!

Le collectif des 5 coins du globe avait pris un petit repos, le temps que deux de ses membres fassent quelques clichés au Brésil. Nous avons remis ça avec une photo de notre boisson nationale. C'est par ici...

À la fin de la soirée, cela aurait aussi pu donner cette composition. S'cusez-la!


samedi 6 avril 2013

Still Untitled / Encore sans titre

Crédit photo: Annie Zielinski
Réalisée entre 1977 et 1980, Untitled Film Stills reste une série de photographies mythiques de la photographe américaine Cindy Sherman qui s'y expose, tout en refusant l'autoportrait. Ici, l'artiste joue à être une héroïne de films de série B des années 1950, non pas pour reproduire un stéréotype, mais plutôt pour le déjouer, placer le spectateur dans une situation délicate, entre plaisir et inconfort. D'entrée de jeu, on comprend que l'interprète/photographe prend ses distances par rapport au personnage qu'elle incarne. Elle y arbore d'ailleurs le plus souvent un visage neutre, base que le spectateur peut utiliser pour extraire une lecture critique de la situation. À travers les photos, elle pose un geste féministe, qui décrie le fait que les femmes sont dépouillées de leur individualité par les conventions sociales - et peut-être bien, par le simple regard que les hommes posent sur elles.

Hantée par les photographies de Sherman, Catherine Dumas a choisi non seulement d'intégrer ou détourner certains des clichés de la série, mais de s'en servir comme de matériau, de thème jamais entièrement énoncé à une série de variations, de « recréations ». Ici, dans le confort d'une chambre blanche, comme toute petite fille qui aime se déguiser, la performeuse joue à être Cindy Sherman qui joue à être une série de personnages, avec la complicité de ses trois amies, qui la soutiennent au niveau musical (Léa-Corinne Bolduc), pictural (Éliane Berdat) ou des éclairages (Audrey-Anne Bouchard). Certaines des photographies sont reproduites avec une précision étonnante, d'autres se veulent moteur d'une nouvelle déclinaison. Dans un postmodernisme entièrement assumé, références visuelles, culturelles, historiques et sonores sont tissées les unes aux autres en une étonnante courtepointe (motif que l'on retrouve d'ailleurs indirectement sur les voilages blancs des trois panneaux qui délimitent l'espace de jeu. Dumas parle parfois au micro, parfois par-dessus une trame sonore pré-enregistrée. À d'autres moments, elle « décroche » pour redevenir elle-même, s'adressant à ses copines comme si nous les attrapions au milieu d'une répétition.

Crédit photo: Annie Zielinski
Elle offre ainsi au spectateur une lecture en strates du propos, Dumas étant à la fois elle-même, Cindy Sherman et la représentation des émotions suscitées par les photographies. Grâce à un travail adroit d'acétates (manipulées par Éliane Berdat), qui à certains moments ajoutent des éléments au tableau (coups de pied dans une porte que l'on peine à fermer ou larmes qui coulent par exemple), l'interprète principale devient l'une de ces poupées de papier que les petites filles s'amusent encore à habiller, son visage remplaçant celui, évidé, de Sherman. Comme lors d'une soirée pyjama, chacune a droit à son moment de gloire. Ainsi, Berdat ira remplacer Dumas, celle-ci se jugeant inapte à « prendre la pose » ou Bolduc lira à voix haute un texte que Dumas se contentera de mimer en lipsink. Sur Girls Just Want to Have Fun de Cindy Lauper, les amies dansent, en « décrochage » apparent par rapport à la trame photographique. (N'est-ce pas une façon détournée d'affirmer l'indépendance nouvellement assumée des jeunes femmes, capables de s'extraire des attentes sociales stéréotypées?)

L'objet n'est peut-être pas parfait, mais la prémisse en reste des plus pertinentes. On sort du Centre des arts contemporains du Québec à Montréal avec des images plein la tête, un désir de se réapproprier le travail de Sherman (à qui le Dallas Museum of Art consacre justement ces jours-ci une rétrospective), mais aussi des questions toujours actuelles sur notre société soi-disant évoluée, dans laquelle chacun se voit décerner un rôle, qu'il jouera avec plus ou moins de naturel selon les circonstances.

vendredi 22 mars 2013

FIFA: photo


Vendredi dernier, j'ai replongé avec délice dans l'univers de l'artiste un peu iconoclaste, qui travaille aussi bien la photo que la vidéo ou les installations, avec Sophie Calle, sans titre. Le personnage lui-même, qui se met presque constamment en scène dans ses projets - se met en abime, devrais-je plutôt dire - reste fascinant. On pourrait la croire torturée, volontiers déconnectée de la réalité; on découvre plutôt une femme qui aime rigoler, même - surtout? - de la mort, qui se sert de ses projets à large connotation autofictive pour désamorcer les douleurs qui pourraient la ronger, freiner son élan créateur. On la découvre ici dans son quotidien et à travers certains projets-clés, qui se raconte elle-même, quitte son appartement pendant un certain temps pour que la réalisatrice puisse  piocher comme bon lui semble dans ses archives, refusant le dialogue attendu intervieweuse/interviewée. La vie est bien trop courte pour s'embêter de ce genre de conventions, semble-t-elle nous dire, par exemple quand elle n'hésite pas à nous convier à devenir témoin de l'achat du lot de son dernier repos, lieu où elle a réalisé ses toutes premières photos, en Californie. Savoureux.

De facture très classique, presque clinique, La nouvelle objectivité allemande propose un regard sur l'École de Düsseldorf, fondée dans les années 1960 par Bernd et Hilla Becher, qui avaient alors choisi d'entreprendre un inventaire photographique de bâtiments industriels voués à la destruction. Ici, peu importe la fonction de la structure photographiée (château d'eau, silos, hauts fourneaux), le regard doit apprendre à reconnaître l'assemblage des formes, les lignes horizontales et verticales se trouvant parfaitement définies, les jeux d'ombres proscrits, le sujet se révélant de façon géométrique, en tant que matière première, sculpture en deux dimensions. Le film s'attarde aussi bien aux travaux des Becher que de certains de leurs étudiants les plus influents: Candida Höfer, Petra Wünderlich, Thomas Struth, Thomas Ruff et Andréas Gursky dont la photographie 99 cent a été vendue en 2007 plus de 3 millions de dollars et Rhein II plus de 4 millions quelques années plus tard.


Le film est présenté ce soir 21 h au Musée d'art contemporain et dimanche 18 h 30 au Centre Phi.


Le siècle de Cartier-Bresson nous invite dans un univers tout autre, les prises de vue du célèbre photographe français, reconnaissables entre mille, misant avant toute chose sur un point de vue subjectif, sur l'instant arraché au sujet - que le photographe n'hésite pas à qualifier de « viol » - qui doit néanmoins être traité avec le plus grand respect. Pour lui, il est essentiel d'unir œil, tête et cœur en une même ligne de mire. Refusant les traitements ou correctifs apportés aux photos, fidèle à son Leica dont il apprécie les proportions, Cartier-Bresson croit foncièrement en l'intuition du moment, quand le doigt fige l'instant. Comme chez les Becher peut-être, le noir et blanc permet une certaine abstraction, de raconter l'histoire autrement, sans transposition, mais avec une force certaine. « Il y a l'instant, puis l'éternité. Entre les deux: le vide. » Un très beau portrait.

La photographie devient inspiration, complément littéraire dans l'envoutant film Dans les pas de Joseph Conrad. Ici, une collection de photos prises au Congo dans les années 1890, propriété d'un antiquaire, devient contrepoint visuel aux mots de Conrad, fil narratif subjectif, qui permet la naissance d'un étonnant carnet imaginaire qui s'appuie pourtant uniquement sur les textes de l'auteur. Les images sont traitées de façon fort habile, donnant parfois l'impression de surgir d'un rêve, avant de se reconstruire sous nos yeux. Une fois magnifié par la caméra, le grain des photos devient texture, coup de pinceau, permettant au spectateur de s'approprier ce récit de voyage impressionniste.

Le film est encore présenté demain soir, mais affiche déjà complet.

Même s'il a été présenté le week-end dernier, je m'en voudrais de ne pas revenir sur le magnifique Dans un océan d'images (j'ai entendu le tumulte du monde), qui continue de me hanter à plusieurs niveaux depuis. Ce film sur le photojournalisme, pratiqué notamment en zones de guerre, se veut un véritable questionnement sur notre compréhension des images. Comme le fait remarquer un des intervenants, si nous apprenons à lire à l'école primaire, nous apprend-on jamais à lire les images? Comment peut-on encore extraire un sens d'un cliché quand, chaque jour, des milliers d'images assaillent notre rétine? Peut-on encore se laisser émouvoir par une image prise en zone de conflits, par le regard d'une enfant qui ne comprend pas le monde dans lequel elle vit à des milliers de kilomètres de chez nous? Si on traverse de l'autre côté de l'objectif, le photojournaliste peut-il vivre avec le souvenir de ces instants d'une violence souvent insupportables ?

On y découvre notamment le travail poétique de Lana Šlezić en Afghanistan (qui travaille avec un appareil-photo qu'elle insère dans une boîte, ce qui permet aux visages de rayonner tels des icônes), les transpositions de photos en objets de Philip Blenkinsop (qui couvre les conflits en Asie), l’engagement politique d’Alfredo Jaar (qui lors d'une exposition sur le Rwanda, n'a pas hésité à cacher les photos pour n'en extraire que les légendes, frustré sans doute que les gens ne « voient » plus), les mises en scène miniatures de guerre de Paolo Ventura (qui peuvent à première vue sembler presque inoffensives, mais qui possèdent une réelle charge), le travail narratif de Stanley Greene, la lecture de Geert van Kesteren de la guerre en Irak, la lutte en images contre la mafia en Sicile de Letizia Battaglia ou les troublantes installations de Bertrand Carrière en Normandie, véritable travail de mémoire, comme le sont les romans graphiques de Sera Phousera Ing qui relatent les années sombres du Cambodge. Souhaitons que le film soit présenté en salle ultérieurement et que le jury y ait été sensible. (Le palmarès sera révélé demain soir et le prix du public lundi.)

jeudi 18 octobre 2012

Mon arbre

Larkéo vient de déménager, histoire d'avoir plus d'espace pour accueillir ses photos - et celles de ses amies des cinq coins du globe, dont je fais partie. En octobre, notre mission était d'envoyer un arbre de chez nous. Ayant malencontreusement oublié ma caméra lors de mon passage dans la région d'Ottawa, alors que se déployait déjà le festival des couleurs automnales, j'ai dû me rabattre sur l'un des rares arbres qui avait revêtu ses habits rouges que j'ai croisés à Montréal. Vous pouvez aller faire sa connaissance ici, au milieu de ses amis.

J'admets que l'ombre portée sur la façade par cet autre m'a aussi beaucoup plu.
Photo: Lucie Renaud

mardi 25 septembre 2012

World Press Photo 2012

On ne revient pas indemne d'une visite au World Press Photo 2012 (exposition internationale itinérante qui en est à sa 55e édition) parce que, il faut bien l'admettre, même si je gagne ma vie entre autres avec les mots, parfois, la puissance d'une image réussit à les rendre entièrement caduques. Difficile en effet de résumer en dix mots ou même en mille certaines des émotions brutes - souvent brutales - ressenties à la vue de ces instantanés de vie, de mort, de trouble, de désolation, de beauté pure comme d'horreur insoutenable.

Depuis une semaine, plusieurs de ces images m'habitent. J'ai eu besoin de les revoir, grâce au très complet site (qui propose dans certains cas d'autres clichés d'une série présentée, prolongeant d'autant l'expérience). J'ai eu besoin d'en parler, de vive voix, par courriel, avec des amis ayant vu l'exposition (parfois dans une autre ville que la mienne), avec d'autres que j'ai pressé de se déplacer, avant que l'exposition ne se termine dimanche prochain le 30 septembre.

On y retrouve aussi bien des reportages sur le printemps arabe (ces poings levés, quelle puissance dans le sous-texte!) que sur l'accident nucléaire ou le tsunami japonais (nous sommes bien peu de choses face à la puissance déchaînée de la nature) ou des images prises après la tuerie à Utoya, sur lesquelles on voit parfois les victimes du tueur fou. Pourtant, celle qui m'a le plus bouleversée, c'est celle-ci, une simple fleur au large de l'île fatidique.

photo: Niclas Hammarström
Je reste encore hantée par ces photos prises en salle d'interrogatoire d'Ukraine du Canadien Daniel Weber, 1er prix mérité, catégorie portraits (mais comment a-t-il réussi techniquement à prendre ces photos?).

Photo: Daniel Weber
Je retiens aussi ce cliché insupportable, dans lequel on assiste à un entraînement du « Colonel » Franz Jooste en Afrique du Sud, qui démontre à une bande de jeunes garçons fascinés comment tuer un Noir.
Photo: Ilvy Njiokiktjien
Et puis, il y a toutes ces histoires de gens « ordinaires »: ceux qu'on chasse de chez eux aux États-Unis car ils ne peuvent plus payer leur loyer, Jason, ce père qui doit élever seul sa fille Alyssa (des clichés en noir et blanc incroyables de beauté et de douleur superposées) ou encore la magnifique série « Never let you go », touchant témoignage d'amour d'un homme pour sa femme atteinte d'Alzheimer, à laquelle il est marié depuis plus de 65 ans.

Photo: Alejandro Kirchuk
Photo: Alejandro Kirchuk

De plus, à Montréal, nous sommes gâtés, puisqu'en plus des 161 images présentées, deux expositions satellites sont proposées: AnthropoGraphia, des photoreportages sur les droits humains, qui proviennent d'un peu partout dans le monde et Rouge2 (rouge au carré), photos, vidéos, sérigraphies et textes réalisés en marge des mouvements étudiants et sociaux qui ont secoué le Québec depuis le printemps 2012. On y retrouve aussi bien des photos de professionnels que de particuliers. Soulignons ici la remarquable prise de vue du graffiti « gratuité scolaire » nettoyé par une équipe de professionnels de Guillaume Simoneau pour The Walrus, la terrifiante scène d'immobilisation captée par Edouard Plante-Fréchette de La Presse ou les deux clichés d'Allen McInnis pour The Gazette qui témoignent d'arrestations massives. Ce regard frondeur de manifestant, assis dans un autobus de la STM bondé, qui traverse l'objectif, reste absolument renversant.

Les photographies primées du World Press Photo 2012 seront ensuite présentées à Toronto, du 5 au 26 octobre, au Brookfield Place, Allen Lambert Galleria et du 1er au 25 novembre 2012 à la Pulperie de Chicoutimi / Musée régional, dans le cadre du Zoom Photo Festival / Saguenay.


lundi 17 septembre 2012

Fenêtres

Les 5 coins du globe vous proposent de découvrir des fenêtres typiques de leur coin de pays ce mois-ci. Une envie de partir sur le champ pour le Brésil, surtout après avoir été transporté par la musique du ballet L'homme et son désir de Milhaud donné lors du premier concert de la SMCQ jeudi dernier. Soupir...

J'ai arpenté le Plateau Mont-Royal à la recherche de « la » fenêtre qui représenterait le mieux ma ville. Vous pouvez découvrir celle que j'ai transmise ici (et celle des copines), mais j'aurais aussi pu choisir celles-ci...

J'ai bien aimé la réflexion attrapée dans cet ensemble classique.

© Photo: Lucie Renaud
 Les fleurs surmontant cette vue sur le carré Saint-Louis m'ont fait sourire.
© Photo: Lucie Renaud
Ce mur vitré n'a rien de typiquement montréalais, mais il me semble qu'on pourrait lire dans ce lieu pendant des heures, non?
© Photo: Lucie Renaud

dimanche 12 août 2012

Les cinq coins du globe

De quatre, nous sommes passées à cinq, car nous accueillons ce mois-ci dans notre collectif dispersé Joye, de l'Iowa. On nous avait proposé cette fois de partager nos déclinaisons de « les pieds dans l'eau ». Quand j'ai vu ce lecteur, calmement posé sur le bord de la rivière des Outaouais lors de mon passage à Ottawa, je n'ai pas pu résister et lui ai volé une seconde de sérénité. Il ne m'en voudra pas, j'espère.

Photo: Lucie Renaud ©
Mais il y avait aussi beaucoup d'animation sur la rivière, car c'était jour férié en Ontario.

Photo: Lucie Renaud ©

Photo: Lucie Renaud ©

Pour voir les points de vue des copines et ma photo en taille réelle, c'est par ici...

lundi 16 juillet 2012

P'tit dej

Après quelques mois de repos, Larkeo a de nouveau sollicité les copines d'aux Quat' coins du globe avec un thème auquel on réfléchit indirectement tous les matins (ou presque): petit déjeuner. Je lui ai transmis cette photo prise en terrasse, chez Marius et Fanny, rue Saint-Denis (ce chocolat tanzanien était absolument ma-gni-fi-que, je remercie celui qui m'a fait découvrir ce lieu béni).

© Photo: Lucie Renaud

 Quelques minutes plus tard, il ne restait plus que...



© Photo: Lucie Renaud
On peut découvrir les déclinaisons est, ouest et sud du thème ici... Contente de vous retrouver, les filles!

samedi 14 juillet 2012

Versailles

Les attentifs auront remarqué que j'ai refait la décoration. J'ai utilisé une photo estivale, prise à Versailles la semaine dernière, lors d'une rare journée au ciel de carte postale.

Versailles © Photo: Lucie Renaud
J'aurais aussi pu utiliser l'une de celles-ci.

Versailles © Photo: Lucie Renaud

Versailles © Photo: Lucie Renaud

Versailles © Photo: Lucie Renaud

Versailles © Photo: Lucie Renaud