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mardi 31 mai 2016

Let's Not Beat Each Other to Death

Entre mémorial, plaidoyer, réflexion, tant personnelle que collective, Let’s Not Beat Each Other to Death se révèle un curieux objet que l’on aborde d’abord par les sens, de façon presque organique. On est d’abord intrigué par la proposition visuelle, puis musicale, avant de céder à cette proposition théâtrale.

Ma critique sur le site de JEU...

mardi 24 mai 2016

Les feluettes: une relecture essentielle

« Je te compose, je te crée. Je te fais vivre et je te tue. Je te ressuscite. » Michel Marc Bouchard a réussi à transmettre en quelques phrases l’essence même de ce qui ne demandait qu’à devenir opéra.

Vous pouvez lire ma critique sur le site de JEU ici...

jeudi 19 mai 2016

Lucie va au théâtre 2015

Janvier

Mademoiselle Molière (Salle Fred-Barry)
Le journal d'Anne Franck (TNM)
Audition: me, myself and I (Quat'Sous)
Les laissés pour contes (Usine C)
Constellations (Petite licorne)
Spécialités féminines (Espace libre)
Peep show (La Chapelle)

Février

Forever Plaid (Centre Segal)
Le chemin des passes dangereuses (Prospero)
La cantatrice chauve / La leçon (Théâtre Denise-Pelletier)
Splendeur du mobilier russe (Espace libre)
Victor Hugo mon amour (Salle Fred-Barry)
La république du bonheur (5e Salle)
Le désert de GOBI (Prospero, salle intime)
Oh les beaux jours (TNM)
We are not alone (Centre Segal)
Ennemi public (Théâtre d'aujourd'hui)

Mars

Little Iliad (Espace libre)
Richard III (TNM)
Illusions (Prospero)
Collection printemps-été (Espace libre)
Javotte (Salle Fred-Barry)

Avril

Judy Garland, la fin d'une étoile (Duceppe)
Ceci est un meurtre (Aux Écuries)
J'accuse (Théâtre d'Aujourd'hui)
Travesties (Centre Segal)
Ludi Magni (Espace libre)
Judy Garland a dormi ici (Espace 4001)
Selfie (Théâtre d'Aujourd'hui)

Mai

Je te vois me regarder (La Chapelle)
The Tashme Project: The Living Archives (MAI)
Covers (Segal Centre)
Le repas des fauves (Rideau Vert)
Tartuffe (Schaubühne de Berlin, FTA)
What Happened to the Seeker? (FTA)
By Heart (FTA)

Juin

Orphée Karaoké (OFFTA)
The Apprenticeship of Duddy Kravitz - The Musical (Centre Segal)

Août

80 000 âmes vers Albany (Dramaturgies en dialogue)
Mythmaker ou de l'obscénité marchande (Dramaturgies en dialogue)
La terreur et le ravissement: Hubert Aquin (Dramaturgies en dialogue)

Octobre

Si les oiseaux (Prosperpo)
Tel quel, as is (Duceppe)
Funny Girl (Centre Segal)

Novembre

Guérillas (Studio Jean-Valcourt, Conservatoire de musique et de théâtre de Montréal)
Bientôt viendra le temps (Espace Go)
La divine illusion (TNM)

La liste complète

jeudi 12 mai 2016

Pôle Sud: pas la même magie

J'avais été séduite par le documentaire scénique Vrais mondel y a deux ans. Sans aucune réserve. Alors que je vois un nombre certain de spectacles chaque année et que, forcément, certains me laissent une impression plus floue, je me rappelas avec précision de plusieurs de ces rencontres plus grandes que nature, de cette complicité indéniable entre Anaïs Barbeau-Lavalette et ces « sujets » qui n'avaient rien d'ordinaire, de l'accompagnement musical en direct d'Émile Proulx-Cloutier.

La mouture proposée cette fois-ci, liée directement au quartier Centre-Sud (belle initiative d'ailleurs de l'Espace libre de chercher à s'ancrer de cette façon dans son quartier, notamment en offrant un tarif réduit aux résidents pour tous les spectacles de la saison) n'est étrangement pas de la même eau. La formule semble identique pourtant (l'idée d'intégrer des images du quartier de jadis, avant la construction de Radio-Canada, se révèle par exemple une brillante idée) et certaines tranches de vie poussent à la réflexion.

Ainsi, Jaqueline, l'effeuilleuse qui était l'un des premiers transsexuels du quartier, peut être perçu comme un écho de Jean-Guy, qui s'habille maintenant en femme (sauf quand il voit ses petits-enfants), croisé après le spectacle alors qu'il troquait les talons hauts pour des souliers plus confortables. On est fasciné par le travail de François qui a passé des années à traquer aux quatre coins du pays des taches de sang, charmé par le libraire du Chasseur de trésors, touché par le regard unique que pose Cybelle sur la vie malgré un passé que plusieurs qualifieraient de lourd.

Malgré cela, il y a quelque chose qui semble enrayé. Le lieu se révèle pourtant plus propice que la Cinquième salle aux confidences. On se sent au cœur même d'une communauté, indéniablement. Alors, d'où provient le malaise? Du regard posé lui-même? Du montage qui aurait eu avantage à être resserré? De l'impression de devenir voyeur? Pourtant, pas une seconde je n'ai ressenti cette impression il y a deux ans.

J'ai quitté les lieux avec une impression de rendez-vous manqué, alors que je ne demandait qu'à changer le regard que trop souvent nous posons sur notre monde.

mardi 10 mai 2016

Le petit livre des Ravalet : Revisiter ses classiques

Julien et Marguerite sont les enfants de Jean III de Ravalet, seigneur de Tourlaville, en Normandie. Cela aurait pu être une histoire banale de fratrie, mais leur complicité se mue en quelque chose qui les dépasse, qui pousse leur famille à les séparer et marier Marguerite à Jean Lefevre.

Vous pouvez en apprendre plus sur l’œuvre de John Rea qui s'inspire du Petit livre de Ravalet sur le blogue de JEU...  Le tout sera présenté lundi prochain le 16 mai à l'Usine C.

dimanche 1 mai 2016

887: je me souviens

Avec 887, son dernier spectacle présenté jusqu'au 8 juin au TNM (faites vite, il ne reste déjà que quelques billets), Robert Lepage propose un travail fascinant sur la mémoire, aussi bien individuelle que collective. Largement autobiographique (nul besoin ici de même tenter de franchir la frontière de l'autofiction), le one man show, porté par une équipe de collaborateurs vêtus de noir, véritables ex machina de la pièce, se décline comme un plaidoyer sur la nécessité de se souvenir.

Oui, il sera question de la famille Lepage, de ce bloc appartement de la rue Murray à Québec dans lesquels se côtoient vies parallèles et complémentaires. Fratrie, parents, grand-mère et voisins sont évoqués, mais ces tranches de vie servent d'ancrage à un propos qui va bien au-delà de l'anecdotique, le tout permettant de tracer le portrait oh combien essentiel d'une époque, révolution qui au fond n'avait de tranquille que le nom.  Que sont devenus les interrogations, les bouleversements sociétaires? Notre parole aseptisée a malheureusement oublié de se souvenir. (Rarement maxime s'est révélée aussi dépouillée de sens.)

Menant de façon implacable au redoutable Speak White de Michèle Lalonde (toujours aussi essentiel aujourd'hui qu'en 1970), la pièce est construite de façon magistrale, véhémence et nostalgie se succédant en une série de tableaux qui forcent le spectateur à s'interroger sur sa propre lecture de l'histoire (petite et grande).

Robert Lepage est l'un de nos plus grands créateurs et il serait futile de l'oublier. Après nous avoir offert un troublant portrait de Sade dans Quills il y a quelques semaines à peine, il marque de nouveau les imaginaires, refuse le statu quo et la langue de bois. Indéniablement, 887 fera assurément date.

vendredi 15 avril 2016

Televizione: débordement

On voudrait aimer Televizione sans aucune restriction. Sébastien Dodge aborde de front des questions essentielles, à coups de phrases souvent assassinent héritées du slapstick. On y fait feu de tout bois: l'omniprésence de la télévision (et sa collection d'émissions plus insipides les unes que les autres), la désinvolture crasse de nos gouvernements, l'indifférence de tout un chacun, qu'il s'agisse de son voisin habite à quelques coins de rue ou à plusieurs milliers de kilomètres. (Qui se souvient encore de la seconde guerre italo-étiopienne?)

Malheureusement, trop c'est comme pas assez et on sort du Quat' Sous avec une impression d'attention dispersée, voire de coups d'épée dans l'eau. Impossible par exemple d'oublier la lourdeur gratuite du segment sur la beauté perdue de Gina (interminable) ou le caca nerveux de ce cher Mike qui ne sait plus comment attirer l'attention de ses anciens fidèles.

Mais impossible d'oublier le travail exceptionnel de la distribution, souvent jouissif. Le plaisir du théâtre à sa plus simple - et fascinante - expression. Louis-Olivier Mauffette campe un ancien militaire canadien parfait sous tout rapport, aux ouaip! retentissants. Marie-Ève Trudel dans le double rôle d'une Colombine frustrée de ne pas travailler et de Gina qui voit sa carrière péricliter la première ride venue, hérite d'une partition plus difficile à calibrer. On ne peut cependant qu'être soufflé par les performances électrisantes de Mathieu Gosselin (Benito et multiples rôles délirants) et surtout de David-Alexandre Després en Arlequin. Son jeu physique (qu'il a notamment pu travailler dans Kurios du Cirque du soleil) et l'ampleur de sa palette séduisent sans aucune réserve.

Cette pièce passera-t-elle à l'histoire, suscitera-t-elle une volonté de changer le monde? Non, malheureusement. Elle nous rappellera cependant que nous disposons ici d'une pépinière de talents qui ne demandent qu'à être exploités.

Jusqu'au 28 avril au Quat' Sous

dimanche 3 avril 2016

Impressions de lecture

Que reste-t-il d'un livre dans notre esprit, une semaine, un mois, dix ans après sa lecture? Quelques réflexions sur le sujet, après avoir vu la mise en scène du roman L'orangeraie.

Impressions audio...

mardi 29 mars 2016

L'orangeraie: oui, mais...

L'orangeraie de Larry Tremblay est un livre qui hante bien après la dernière page tournée. Un conte qui ne se termine certes pas sur le traditionnel « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants », mais qui donne l'impression d'avoir voyagé, autant ailleurs qu'en soi. En effet, on y raconte en termes volontiers flous un de ces conflits idéologiques (trop nombreux), sur une terre où brille le soleil et fleurit la haine de père en fils.

Il était presque naturel qu'on souhaite porter à la scène cette histoire de jumeaux identiques (chapeau côté casting!) dont un sera sacrifié, qui avait séduit la critique lors de sa parution. Et puis, quel meilleur adaptateur que son auteur, également dramaturge, romancier et poète, Larry Tremblay!

Photo: Gunther Gamper
On voudrait endosser unilatéralement la proposition, mais c'est malheureusement impossible. Si la scénographie épurée de Michel Gauthier et l'environnement sonore imaginatif de Philippe Brault transmettent à merveille cette histoire en demi-teintes et que la mise en scène de Claude Poissant déborde de trouvailles qui enchantent, il y a du sable dans l'engrenage du texte, en deux lieux et deux époques. Si, dans le confort de son salon, on peut choisir de faire une pause franche entre les deux segments, difficile de transmettre cette fractures entre l'hier et l'aujourd'hui. On ne se surprendra pas qu'un dramaturge ait souhaité faire l'apologie du théâtre. (Michel-Marc Bouchard a fait de même récemment avec sa Divine illusion.) Malgré tout, il y a quelque chose de plaqué dans cette deuxième section qui, à la lecture aussi, touchait moins que la première. Est-ce une question de ton? De forme? Aurait-on pu ici contourner le problème en transformant la deuxième section en ellipse, en intégrant une coupure franche entre les deux sections (difficile compte tenu du public souvent souvent adolescent du Théâtre Denise-Pelletier)?

Il faut néanmoins souligner le jeu irréprochable des jumeaux, Gabriel Cloutier-Tremblay et Sébastien, ces deux « gouttes d'eau » qui ne demandaient qu'à abreuver le désert. Daniel Parent dans le rôle du père, déchiré par le choix cornélien qu'il doit poser, Jean-Moïse Martin en seigneur de guerre et Ève Daigle dans la peau de la mère sont tout aussi convaincants. Difficile par contre de comprendre ce que Vincent-Guillaume Otis (qui envahit depuis quelques années le petit écran avec brio) a cherché à transmettre en professeur de théâtre.

N'empêche... Difficile de ne pas se sentir interpellé par cette histoire, éternellement contemporaine.

« Celui qui a le courage de s'élever embrasse d'un seul coup d’œil toute sa vie. Et aussi toute sa mort. »

samedi 26 mars 2016

Boum: histoire 101

Les attentes sont faites pour être défiées et c'est tant mieux. Je n'en avais pas beaucoup, à vrai dire, avec Boum, one-man-show de Ricky Miller, qui collectionne les projets hybrides et qui a notamment travaillé avec Robert Lepage. Je m'attendais à un tour de chant, dans lequel Miller aurait enchaîné les imitations, refaisant vivre aux baby-boomers (dont je ne suis pas) les émotions de leur jeunesse, mais le spectacle va bien au-delà de la prouesse vocale et des aptitudes de l'interprète de confondre le public à l'oreille.

Il est plutôt question d'une leçon d'histoire nouveau genre, la petite (celle de trois personnages principaux, ayant vécu cette époque) se mêlant à la grande. En un véritable feu roulant, Ricky Miller évoque certains moments historiques clés (d'autres défilant sur un astucieux écran transparent cylindrique pendant qu'il chante). Pas de temps mort, mais néanmoins aucune sensation d'étourdissement. (Quand on réfléchit au nombre d'heures de recherche et de répétitions pour que tout cela roule sans heur, on ne peut qu'être soufflé!) On a le temps d'assimiler aussi bien les histoires des charmants personnages principaux que de revivre les événements historiques importants, incluant une belle brochette de moments 100 % canadiens. (Si on nous avait présenté le cours d'histoire du Canada de façon aussi dynamique, on aurait sans doute retenu plus que des bribes... La production devrait faire merveille auprès du public adolescent.)

Miller a étudié en architecture avant de se tourner vers le théâtre et cela se immédiatement perceptible. Chaque choix (audio ou vidéo) s'articule comme une série de blocs parfaitement encastrés les uns dans les autres, chose suffisamment rare au théâtre pour ne pas être mentionné.

La suite (années 1970-80) compte parmi les projets de Miller des prochaines saisons. Hâte de voir comment celui-ci pourra évoquer son époque plutôt que celle de ses parents.

Jusqu'au 10 avril au Centre Segal

lundi 21 mars 2016

Quills: un grand moment de théâtre

Oui, plusieurs iront voir Quills pour Robert Lepage et on reconnaît indéniablement la facture si particulière de ses spectacles (la scène circulaire ou les trappes dans le plancher par exemple), mais cela va encore bien plus loin. Oui, il est question de Sade, de ses excès, de sa cruauté, de ses dernières années passées emprisonné, mais la pièce de Doug Wright va bien au-delà de l'anecdotique ou du choquant. Elle se lit plutôt comme un pamphlet contre la censure, qu'elle soit littéraire, sociale ou politique, malheureusement encore plus pertinent aujourd'hui que lors de la création de la pièce en 1995.

La magistrale traduction de Jean-Pierre Cloutier (qui tient également le rôle de l'Abbé de Coulmier et assure la co-mise en scène), qui intègre des termes en français d'époque, ajoutant un indéniable cachet d'authenticité au tout. Malgré la modernité évidente de la scénographie (une série de jeux de miroirs qui nous renvoie à la nature même des faux-semblants), on a l'impression d'un retour dans le temps, de vivre les aventures du marquis (brûlé en effigie en 1772 pourtant) presque en temps réel.

Portée par une distribution sans faille (incluant Robert Lepage, qu'on voit trop rarement dans des productions qu'il n'a pas signées, dans le rôle-clé du marquis) et par des images d'une grande puissance, qui favorise les doubles lectures, Quills se rapproche indéniablement de l'Oeuvre d'art totale qui faisait tant rêver Wagner.

Rarement a-t-on l'occasion d'être témoin d'un tel moment de théâtre.

Jusqu'au 9 avril à l'Usine C

vendredi 18 mars 2016

FIFA musique


Le combat des chefs: dimanche 20 mars, 14 h

Deux monstres sacrés, deux esthétiques fort différentes, presque diamétralement opposées. L'un mise avant tout sur le contact avec le public et la pédagogie (pas moins de 10 millions de spectateurs suivaient avec passion les émissions jeunesse de Bernstein), l'autre la diffusion par voie audio ou cinématographique (jusqu'à la toute fin, Karajan relira ces films musicaux, se taillant le plus souvent la part du lion). L'un avait été affilié au parti Nazi (moins par conviction que par volonté de disposer d'un orchestre), l'autre allait mettre sur pied l'Orchestre symphonique d'Israël. Karajan privilégiait un regard presque sacré sur la musique, Bernstein l'expression. L'un se veut démagogue, l'autre démiurge et pourtant, ils se retrouvent, se complètent plutôt, quand ils se frottent à Mahler.

Du début à la fin, le documentaire mise sur les oppositions entre les deux chefs, Seiji Ozawa (qui a étudié avec Bernstein avant d'être associé à Karajan) servant de pont entre les deux, offrant certaines clés pour comprendre les forces si particulières des deux géants. « J'aime la musique et les gens, conclut Bernstein. Entre les deux, je ne sais pas ce que je préfère. » La grande différence, au fond, est là.

Le paradis perdu - Arvo Pärt: : samedi 19 mars, 19 h 30 et dimanche 20 mars, midi. On propose aussi un film autour d'Adam's Passion dimanche à midi.

Pärt reste l'un des rares compositeurs contemporains à faire l'unanimité ou presque, particulièrement au niveau du public. Langage minimaliste, souvent mystique, en séduisent en effet beaucoup dans cette ère de je-me-moi ou de dépersonnalisation.

Günter Atteln propose un portrait nuancé du compositeur, mais aussi de la production scénique qu'a tiré Robert Wilson d'Adam's Passion du compositeur estonien. Comme souvent, Wilson a fait fort avec ce portrait mettant au premier plan le sacré - et non la religion. En effet, pour lui, le religieux (tout comme le politique) n'a pas sa place sur scène. On y entendra également des extraits de Tabula rasa et Spiegel im Spiegel, ainsi que de son Credo.
Je vous recommande aussi, lors d'une présentation dans un autre cadre, le très inspirant L'art fait du bien 2 - Cirque et théâtre, qui traite de théâtre et de cirque social, ainsi que Soundhunters, une série de portraits de spécialistes en musique concrète. Fascinant. 

lundi 29 février 2016

Une belle surprise

Un spectacle peut susciter l’attente, un autre la surprise, Mérédith de Marie-Christine Lavallée par exemple, mis en scène par Jean-François Lapierre. Une de ces soirées où tout peut se passer, car au fond on n’a rien pris le temps d’imaginer.

Photo: Samuel Johnson
Mérédith est une femme comme tant d’autres au fond : bien mise, efficace, mais sans grande interaction avec son entourage. Elle fuit les conversations de bureau, tente de se fondre dans le décor, sans être entièrement asociale. Et puis, un soir, tout bascule. Elle entend des gargouillis dans sa cuvette, s’en rapproche, analyse ce qu’elle entend et en arrive à la conclusion que son bol de toilette est amoureux d’elle! Rien de moins…

Une telle prémisse nous mène spontanément vers l’univers d’Ionesco, mais cela n’a rien à y voir en réalité. Il est plutôt question de cette solitude vécue par tant d’entre nous. Parle-t-on ici d’une tare des grandes villes? Dans le monde virtuel dans lequel on vit, il est permis d’en douter… J’ai aussitôt fait le parallèle avec le film Her, cette histoire troublante - et touchante -, si contemporaine, dans lequel un jeune homme entretient une relation qu’il croit essentielle avec un ordinateur, jusqu’à ce qu’il découvre que cette « femme » idéale entretient des centaines de relations parallèles avec d’autres usagers.

Le propos est certes intéressant, mais Mérédith va plus loin. Le travail sur la langue de Lavallée se révèle particulièrement intéressant, l’auteure multipliant assonances et allitérations. J’ai d’ailleurs cru que j’avais affaire à une adaptation d’un texte européen, sans que cela ne sonne jamais faux. (On ne saurait trop pousser les intervenants à proposer le tout en Europe…) On se glisse avec grand plaisir dans ce texte, porté avec grand aplomb par Geneviève St Louis, qui transmet avec autant d’aisance rire franc (la sortie au bar de Mérédith est particulièrement bien amenée) que pincements de cœur. Une impression de complicité plus que de virtuosité se dégage de la chose.

Et si nous étions tous un peu Mérédith?


Petite salle du Prospero

vendredi 26 février 2016

Fusion réussie entre BD, théâtre et histoire dans Louis Riel

J’aime les propositions hybrides, qui font le pont entre les arts. On ne sait pas toujours dans quoi on se lance, mais quand la fusion entre les genres fonctionne, impossible d’y résister! C’est le cas de la bande dessinée théâtrale Louis Riel de Rustwerk Refinery mise en scène par Zach Fraser, inspirée du roman graphique Louis Riel : A Comic-Strip Biography, qui transforme le tout en objet théâtral cohérent, des dessins devenant des marionnettes traitées en un faux 2-D, mais dont les deux côtés sont utilisés, facilitant une impression de mouvement.

Il n’est pas tant question ici d’illusion (même si les interprètes sont vêtus de noir pour éviter toute distraction inutile), mais d’une autre façon de traiter tant les éléments visuels que l’information historique contenue dans la BD originale.

Les éléments plus didactiques sont traités avec finesse, humour (plusieurs scènes sont particulièrement savoureuses), sans que la véracité historique n’en souffre. Il serait tentant de classer cette production dans la catégorie « pédagogique » (et on souhaite une belle carrière au spectacle qui doit absolument tourner dans les écoles secondaires), mais elle va bien au-delà de la simple transmission d’informations, si intéressantes soient-elles. De façon ludique, on en apprend plus sur une page d’histoire que plusieurs ont sans doute occultée (s’ils l’ont même étudiée), mais on peut aussi appréhender l’objet théâtral de façon indépendante, celui-ci possédant de qualités indéniables.

Soulignons en terminant la fluidité avec lesquelles les artisans de la production passent du français à l’anglais (le sujet s’y prêtait tout particulièrement) et la très belle trame musicale de Tristan Capoccione, toujours subtilement traitée.


Présenté à La Chapelle jusqu’au 5 mars

lundi 22 février 2016

Race

Il y a toujours quelque chose de particulièrement jouissif dans la langue de Mamet. Race ne fait pas exception à la règle et suscitera je l'espère de nombreux questionnements chez le spectateur.

Chez Duceptte jusqu'au 26 mars

Ma critique audio est ici...

jeudi 18 février 2016

L'ignorance

Rendez-vous annuel devenu incontournable, les Laissés pour contes est placé cette fois sous le thème de l’ignorance, malheureusement toujours d’une rare actualité. Mise en scène par Patrick Renaud, celle quatrième édition se décline en six tableaux qui nous font passer de la légèreté exubérante de Conseil d’ami à  l’extrême violence de Rose nanane. Détail intéressant : la maternité (et la paternité) jouent un rôle-clé dans quatre des six textes. Hasard? Signe des temps?

Écrit et interprété par Alexandre Dubois, Conseils d’ami (proposé en segments, ce qui facilite les ajustements au décor) met en vedette un acteur qui tente de convaincre son amie (qu’il ne traite pas souvent comme telle) de ne pas tenter sa chance dans le milieu. Avec beaucoup d’humour, on voit défiler l’un après l’autre tous les clichés associés au genre.

La part d’ombre de Pierre Chamberland, également fondateur et directeur artistique, se veut une tranche de vie savoureuse, dans laquelle la narratrice exprime sa frustration par rapport au manque de disponibilité de son copain, qui travaille trop et ne trouve pas le temps de rénover le sous-sol sur terre battue de son triplex ou d’avoir des enfants. Brigitte Soucy démontre l’étendue de sa palette dans cette histoire de faux-semblants.
Photo: Jules Bédard

Dans Rose nanane de Pierre-Marc Drouin, Alphé Gagné interprète avec brio un personnage natif de Sorel qui, quelques jours avant de devenir père, se rappelle un événement de son adolescence, l’homophobie et la violence servant d’élément déclencheur. À donner froid dans le dos!

La grossesse de Jean-René Bérard semble de prime abord simple peinture de société - la comédienne Audrey Rancourt-Lessard se déplaçant au fil de l’histoire derrière un décor constitué des personnages principaux de l’histoire. (Si ces déplacements et multiples incarnations font d’abord sourire, ils finissent par alourdir un peu la transmission du texte, la comédienne devant prendre le temps à chaque scène de se glisser derrière le personnage ciblé.) On y rit beaucoup, avant que l’auteur ne tire le tapis de sous nos pas.

J’aurais donc dû de (et interprété par) Danielle Fichaud se veut le réquisitoire  d’une mère, féministe jusqu’à la moelle, qui cherche à comprendre comment sa fille, qu’elle croyait avoir si bien élevée, a pu se faire battre par son amoureux. Cela donne un texte dense, presque trop par moments (comme si l’auteure avait tenté de dresser un portrait le plus complet possible d’une époque en quelques minutes), qui laisse la mère face à un constat d’échec.

S’inspirant d’un fait divers dans lequel un handicapé mental s’était fait battre alors qu’il attendait l’autobus au métro Angrignon, Le mal des transports de Juliane Léveillé-Trudel (interprété avec une belle retenue par Jani Pronovost) suscite avec adresse le malaise et la réflexion. Auriez-vous osé venir en aide à ce jeune homme ou auriez-vous détourné le regard comme tous ceux présents?

Peut-on encore vivre en société, être capable d’établir des relations vraies? Pour y arriver, il faudra assurément beaucoup de courage, thème de la prochaine édition. On a déjà hâte!

D’ici au 21 janvier au Théâtre La Chapelle. Belle initiative : un recueil reprenant les textes est offert aux spectateurs à la sortie.

lundi 1 février 2016

Doublé Dostoïevski

Le Groupe de la Veillé fête ses 40 ans cette saison et souligne le tout avec un doublé Dostoïevski dans les salles du Prospero, regards distincts, mais complémentaires, posé sur l’auteur russe (revisité à plusieurs reprises par la compagnie).

S’il semble à première vue impossible de lier esthétiquement Le joueur et L’homme du sous-sol (d’après Les carnets du sous-sol, texte revisité par Nicolas Coutlée dans son premier roman en 2014), on ne peut nier en les juxtaposant l’unicité de la voix de Dostoïevski et surtout son indéniable musicalité. La désespérance des personnages n’est jamais gratuite, servant de moteur à autre chose, témoigne de ses dons de conteur.

La mise en scène de Gregory Hlady du Joueur (et mise en mouvement de Jon Lachlan Stewart) représentation de tous les excès et fonctionne à merveille. Chaque geste, chaque intonation sont calibrés au millimètre près, en une chorégraphie qui transmet bien la frénésie du jeu, le tout campé dans un décor de Vladimir Kovalchuk et soutenu par une trame sonore constituée de pages du répertoire classique, Wagner y jouant un rôle non négligeable (alors que l’on aurait plutôt attendu Tchaïkovski, choix intéressant.)



Paul Ahmarani nous offre un Joueur en rien unidimensionnel, transmettant aussi bien son humiliation (par rapport à ses pertes au jeu et le dénigrement de la belle Paulina) qu’une étonnante résilience. Soulignons aussi le travail d’Évelyne Rompré et Danielle Proulx, même si chacun des acteurs a su tirer le maximum de la partition qui lui a été confiée.

Après avoir cédé à cette déferlante, changement de registre le lendemain avec L’homme du sous-sol, dans lequel Simon Pitaqaj s’entoure d’objets bricolés pour établir une complicité souvent palpable avec le spectateur, ce qui facilite un meilleur apprivoisement de ce texte très dense, qui s’apprivoise par petites touches (ce que les pauses musicales et les dialogues avec le public permettent).

Simon Pitaqaj semble presque possédé par le texte et on a vraiment l’impression que chaque choix de mise en scène se veut prolongement naturel d’une réflexion ou d’une émotion, donnant au tout un côté presque improvisé, comme si le spectateur faisait les mêmes constats que lui au fil des scènes.
© Alexandra Camara

Deux façons complémentaires de s’approprier la voix de Dostoïevski, qui donne envie de lire ou relire ses autres textes.

vendredi 28 août 2015

La terreur et le ravissement: Hubert Aquin

Hubert Aquin reste l'un de nos géants. Intellectuel, cinéaste, écrivain, penseur, au-delà des époques et de la mort, l'homme continue de troubler. René Gingras revient pour la seconde fois au créateur, particulièrement à travers ses premiers et derniers romans (Prochain épisode et Neige noire). À la lecture de ce texte hier, qui n'avait de pièce de théâtre que le nom, on ne peut que saisir toute la révérence que Gingras porte à son aîné, citant des passages ciblés (tant des romans que de certains essais), intégrant le fil narratif des deux romans à sa proposition, reprenant et se jouant de certains des thèmes chers de l'auteur. On ne peut qu'être fasciné par ce voyage au cœur même de l'univers d'Aquin, par une volonté d'aller plus loin dans la découverte de son oeuvre. Cela ne fait malheureusement pas une pièce de théâtre - du moins dans sa forme actuelle. On imaginerait plutôt une lecture théâtralisée, présentée peut-être dans le cadre du FIL

Étrangement, j'ai redécouvert l'univers d'Hubert Aquin à travers un film, Nuit no 1, dans lequel l'héroïne (Catherine de Léan) cite des passages de Prochain épisode à son amant d'un soir. Par effet d'entraînement - ou par fascination -, j'ai plongé dans le roman, dans l'édition originale de 1965 qui fait partie de ma bibliothèque depuis des années, livre annoté à la mine par une femme que je n'ai jamais connue, qui restera - comme Aquin au fond - un mythe entier. En sortant du Centre du Théâtre d'aujourd'hui hier soir, troublée une fois encore par ces mots aux résonances si particulière, je me suis dit qu'il me faudrait lire Neige noire et puis peut-être bien certains essais. Il faut parfois accepter les détours improbables de la vie...

mercredi 26 août 2015

Mythmaker ou de l'obscénité marchande

Il y a parfois de ces rencontres presque magiques, avec un auteur, une voix, un texte. Mythmaker ou de l'obscénité marchande est assurément de celles-là. Librement inspirée d'une nouvelle de Karen Blixen (adaptée au cinéma par Orson Welles), cette pièce de l'auteur Manuel Antonio Pereira (installé en Belgique depuis une vingtaine d'années) mise en lecture par Alice Rondard dans le cadre de Dramaturgies en dialogue s'articule autour du personnage de M. Clay, un requin de la pire espèce, exportateur de textile multimilliardaire de la Côte Est américaine, imbu de sa personne (admirablement transmis par Jacques Lavallée). « Dans votre indignation, je me suis taillé un manteau. »

Sans héritier, il ne reculera devant rien pour mettre lui-même en scène une histoire d'un soir entre un marin russe (Alex Bergeron, subtil) et une jeune femme d'une beauté sublime (Rachel Graton, entre fragilité et dépit), fille d'un de ses ex-employés ruiné. Bien évidemment, le tout se fera dans un environnement entièrement contrôlé, un trio d'internautes commentant le tout en direct, tout en évoquant brièvement certaines des difficultés liées à la notion même de l'amour et du couple dans ce siècle où l'on ne vit plus que pour les autres.

Avec une telle prémisse, Pereira aurait pu choisir de grossir inutilement le trait. Il n'en est rien. Grâce à une langue d'une musicalité indéniable, il se transforme en une Shéhérazade du 21e siècke, le texte oscillant entre conte de fées et pamphlet vitriolique, intemporalité et modernité. La belle et son marin réussiront-ils à s'échapper des rets de Clay? Accepteront-ils de jouer leur rôle jusqu'au bout, d'incarner le mythe? « Ce n'est pas une histoire, c'est ma vie, soulignera le marin. Je ne veux rien raconter, cela deviendrait une histoire justement. » Une affirmation certes en porte-à-faux des multiples « partages » que l'on retrouve sur les réseaux sociaux.

Un très beau texte, que l'on souhaite voir monté!

vendredi 21 août 2015

80 000 âmes vers Albany: un quintette d'acteurs renversant

L’ambiance était festive hier lors de la soirée d’ouverture de l’édition 2015 de Dramaturgies en dialogue, qui servait également de coup d’envoi aux célébrations entourant le 50e anniversaire du Centre des auteurs dramatiques. Ce n’est certes pas tous les soirs que cinq géants se retrouvent sur une même scène! Avant que Jacques Godin, Andrée Lachapelle, Albert Millaire, Monique Miller et Béatrice Picard prennent place derrière leurs lutrins, une ovation monstre avait été réservée à ces pionniers de ce que l’on appelait jadis le « théâtre canadien-français ».

Contrairement à plusieurs nouveaux diplômés du programme d’écriture de  l’École nationale de théâtre, Benjamin Pradet Jeune n’a pas joué la carte de l’autofiction dans cette première pièce, 80 000 âmes vers Albany. Elle s’articule en effet autour de cinq octogénaires. On s’attarde d’abord à leur quotidien, alors qu’ils échangent quelques banalités, procèdent à leur toilette, mangent des rôties, se moquent volontiers des propriétaires de la résidence, les Walker, arborant même les couronnes des maîtres des lieux, bien sûr un château (de Terrebonne). Les conversations en apparence sans importance permettent néanmoins d’aborder la question de la mémoire (celle que l’on perd comme celle, souvent plus éloignée, qui nous reste). « Tu te souviens de b’en trop d’affaires que tu t’inventes », avance Pierre Pierre (Albert Millaire, convaincant), un acteur sur le déclin qui montera pour la première fois sur les planches lors du spectacle de Noël de la résidence. Et puis, à l’arrivée de Colette d’Orange, fille de Mme Walker, le ton bascule et devient volontiers plus onirique. Nos cinq larrons feront en effet une fugue, à dos de chevaux blancs (!) afin d’assister à un mariage à Albany. « Un dernier voyage avant de rentrer », mais aussi un dernier voyage avant de partir pour un au-delà aux contours indéterminés. « J’fais tout ça pour pas pleurer », souligne Pierre Pierre.

Il y a de très beaux instants dans cette pièce de Pradet et certains débordent d’une indéniable poésie - « la forêt, c’est ma grosse boîte de nuit » par exemple. On s’attache aux personnages et une série de monologues bien intégrés feront la joie de leurs interprètes le moment venu : une touchante lettre d’amour d’Henri (transmise avec une retenue presque douloureuse par Jacques Godin) à sa chère Désirée (Monique Miller, le boute-en-train du quintette), la superposition de certains éléments du Petit chaperon rouge aux souvenirs de Gertrude (Béatrice Picard, d’une vivacité extraordinaire) ou le duo/duel entre Colette d’Orange et sa fille (Andrée Lachapelle, stupéfiante, épousant les deux rôles). On retrouve également de réelles longueurs dans cette mouture totalisant presque deux heures. Si hilarantes soient-elles (tous s’en donnaient à cœur joie), la scène du petit déjeuner de groupe et la partie de cartes s’éternisent inutilement (une seule des deux pourrait être maintenue au final) et certaines tirades auraient avantage à être élaguées. On voudra peut-être aussi ajouter une densité supplémentaire au personnage d’Henri qui ne prend forme qu’à la fin de la pièce.


Un auteur à surveiller!