« Je te compose, je te crée. Je te fais vivre et je te tue. Je te
ressuscite. » Michel Marc Bouchard a réussi à transmettre en quelques
phrases l’essence même de ce qui ne demandait qu’à devenir opéra.
Vous pouvez lire ma critique sur le site de JEU ici...
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
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mardi 24 mai 2016
vendredi 20 mai 2016
The Trials of Patricia Isasa: mémorable
Chants libres frappe fort avec cette nouvelle production, proposée seulement jusqu'à demain soir. En effet, on a indéniablement droit à un sans faute avec The Trials of Patricia Isasa, un récit fascinant dans lequel on revient sur la captivité (pendant 33 ans) de l'héroïne éponyme argentine. La compositrice (qui tient aussi le rôle-titre!) Kristin Norderval et la librettiste Naomi Wallace nous offrent une lecture particulièrement réussie de cette page d'histoire qui évoque aussi les tortures pratiquées à Guantánamo.
Un livret intéressant ne suffit certes pas à rendre un opéra mémorable. Il faut séduire le public, aussi bien grâce à une distribution de haut niveau, quelques airs mémorables et une mise en scène qui fait corps avec le propos. C'est le cas ici. On a indéniablement envie de revoir cet opéra et de l'apprivoiser en détails.
Aucune faiblesse au niveau des rôles principaux et des choristes (l'Ensemble Kô), de la mise en scène de Pauline Vaillancourt (mémorable) et de la scénographie de Dominique Blain. Il aurait été facile d'en faire trop - ou trop peu -, mais on se révèle rapidement séduit par les projections évoquant le labyrinthe dans lequel l'architecte évolue (qui n'est pas sans rappeler l'Icare d'Olivier Kemeid et du duo Lemieux et Pilon présenté il y a deux ans au TNM).
La compositrice Kristin Norderval opte pour un lyrisme qui évoque à l'occasion du tango (un bandonéon fait d'ailleurs partie de l'instrumentation), qui pourtant ne tombe jamais dans les excès qu'on pourrait associer au genre, misant plutôt sur une partition lyrique, qui fait fi de l'hermétisme malheureusement trop souvent associé à la musique contemporaine. On y reconnaît un travail indéniable sur les couleurs orchestrales et vocales (la complémentarité des timbres séduit). Le tout est porté par une direction particulièrement précise et inspirée de Cristian Gort.
Courez-y ce soir ou demain, au Monument-National.
Kristin Norderval, soprano — Patricia âgée
Rebecca Woodmass, soprano colorature — Patricia jeune
Dion Mazerolle, baryton — Ramos
Claude Lemieux, comédien — Scilingo
Vincent Ranallo, baryton — Facino
Daniel Pincus, ténor — Juge Brusa
Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano — Gestionnaire Ford
Daniel Binelli, bandonéon
Francis Perron, piano
Nick Danielson, violon
Isabel Castellvi, violoncelle
Pablo Aslan, contrebasse
Marc-Olivier Lamontagne, guitare
Eric Phinney, percussions
Ensemble Kô, chœur
Cristian Germán Gort, chef
Un livret intéressant ne suffit certes pas à rendre un opéra mémorable. Il faut séduire le public, aussi bien grâce à une distribution de haut niveau, quelques airs mémorables et une mise en scène qui fait corps avec le propos. C'est le cas ici. On a indéniablement envie de revoir cet opéra et de l'apprivoiser en détails.
| Photo: Mathieu Dupuis |
Aucune faiblesse au niveau des rôles principaux et des choristes (l'Ensemble Kô), de la mise en scène de Pauline Vaillancourt (mémorable) et de la scénographie de Dominique Blain. Il aurait été facile d'en faire trop - ou trop peu -, mais on se révèle rapidement séduit par les projections évoquant le labyrinthe dans lequel l'architecte évolue (qui n'est pas sans rappeler l'Icare d'Olivier Kemeid et du duo Lemieux et Pilon présenté il y a deux ans au TNM).
La compositrice Kristin Norderval opte pour un lyrisme qui évoque à l'occasion du tango (un bandonéon fait d'ailleurs partie de l'instrumentation), qui pourtant ne tombe jamais dans les excès qu'on pourrait associer au genre, misant plutôt sur une partition lyrique, qui fait fi de l'hermétisme malheureusement trop souvent associé à la musique contemporaine. On y reconnaît un travail indéniable sur les couleurs orchestrales et vocales (la complémentarité des timbres séduit). Le tout est porté par une direction particulièrement précise et inspirée de Cristian Gort.
Courez-y ce soir ou demain, au Monument-National.
Kristin Norderval, soprano — Patricia âgée
Rebecca Woodmass, soprano colorature — Patricia jeune
Dion Mazerolle, baryton — Ramos
Claude Lemieux, comédien — Scilingo
Vincent Ranallo, baryton — Facino
Daniel Pincus, ténor — Juge Brusa
Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano — Gestionnaire Ford
Daniel Binelli, bandonéon
Francis Perron, piano
Nick Danielson, violon
Isabel Castellvi, violoncelle
Pablo Aslan, contrebasse
Marc-Olivier Lamontagne, guitare
Eric Phinney, percussions
Ensemble Kô, chœur
Cristian Germán Gort, chef
mardi 10 mai 2016
Le petit livre des Ravalet : Revisiter ses classiques
Julien et Marguerite sont les enfants de Jean III de Ravalet, seigneur
de Tourlaville, en Normandie. Cela aurait pu être une histoire banale de
fratrie, mais leur complicité se mue en quelque chose qui les dépasse,
qui pousse leur famille à les séparer et marier Marguerite à Jean
Lefevre.
Vous pouvez en apprendre plus sur l’œuvre de John Rea qui s'inspire du Petit livre de Ravalet sur le blogue de JEU... Le tout sera présenté lundi prochain le 16 mai à l'Usine C.
Vous pouvez en apprendre plus sur l’œuvre de John Rea qui s'inspire du Petit livre de Ravalet sur le blogue de JEU... Le tout sera présenté lundi prochain le 16 mai à l'Usine C.
mardi 19 avril 2016
Le Bach de Gould
Il y avait quelque chose de fascinant à retrouver après toutes ces années le Clavier bien tempéré de Gould. Une telle force dans l'interprétation, presque trop véhémente selon moi. Une impossibilité de se caler dans le texte de Bach d'une certaine façon, d'être condamné plus ou moins contre son gré à écouter du Gould. Pourtant, on ne sent pas cet envahissement quand on écoute les Goldberg, que ce soit la première ou la deuxième version (selon vos préférences).
En superposant la danse au Clavier bien tempéré (pourtant un texte dansant, surtout les préludes), je me suis retrouvée devant une série de questions esthétiques qui me confrontent avec ma propre interprétation du Clavier bien tempéré. Les certitudes sont faites pour être déboulonnées! Heureusement!
À écouter ici...
En superposant la danse au Clavier bien tempéré (pourtant un texte dansant, surtout les préludes), je me suis retrouvée devant une série de questions esthétiques qui me confrontent avec ma propre interprétation du Clavier bien tempéré. Les certitudes sont faites pour être déboulonnées! Heureusement!
À écouter ici...
lundi 28 mars 2016
vendredi 18 mars 2016
FIFA musique
Le combat des chefs: dimanche 20 mars, 14 h
Deux monstres sacrés, deux esthétiques fort différentes, presque diamétralement opposées. L'un mise avant tout sur le contact avec le public et la pédagogie (pas moins de 10 millions de spectateurs suivaient avec passion les émissions jeunesse de Bernstein), l'autre la diffusion par voie audio ou cinématographique (jusqu'à la toute fin, Karajan relira ces films musicaux, se taillant le plus souvent la part du lion). L'un avait été affilié au parti Nazi (moins par conviction que par volonté de disposer d'un orchestre), l'autre allait mettre sur pied l'Orchestre symphonique d'Israël. Karajan privilégiait un regard presque sacré sur la musique, Bernstein l'expression. L'un se veut démagogue, l'autre démiurge et pourtant, ils se retrouvent, se complètent plutôt, quand ils se frottent à Mahler.
Du début à la fin, le documentaire mise sur les oppositions entre les deux chefs, Seiji Ozawa (qui a étudié avec Bernstein avant d'être associé à Karajan) servant de pont entre les deux, offrant certaines clés pour comprendre les forces si particulières des deux géants. « J'aime la musique et les gens, conclut Bernstein. Entre les deux, je ne sais pas ce que je préfère. » La grande différence, au fond, est là.
Le paradis perdu - Arvo Pärt: : samedi 19 mars, 19 h 30 et dimanche 20 mars, midi. On propose aussi un film autour d'Adam's Passion dimanche à midi.
Pärt reste l'un des rares compositeurs contemporains à faire l'unanimité ou presque, particulièrement au niveau du public. Langage minimaliste, souvent mystique, en séduisent en effet beaucoup dans cette ère de je-me-moi ou de dépersonnalisation.
Günter Atteln propose un portrait nuancé du compositeur, mais aussi de la production scénique qu'a tiré Robert Wilson d'Adam's Passion du compositeur estonien. Comme souvent, Wilson a fait fort avec ce portrait mettant au premier plan le sacré - et non la religion. En effet, pour lui, le religieux (tout comme le politique) n'a pas sa place sur scène. On y entendra également des extraits de Tabula rasa et Spiegel im Spiegel, ainsi que de son Credo.
Je vous recommande aussi, lors d'une présentation dans un autre cadre, le très inspirant L'art fait du bien 2 - Cirque et théâtre, qui traite de théâtre et de cirque social, ainsi que Soundhunters, une série de portraits de spécialistes en musique concrète. Fascinant.
vendredi 19 février 2016
Les retrouvailles de Dutoit et d'Argerich
Une soirée magique, de celle à marquer d'une pierre blanche. Mes impressions en balado sur Soundcloud.
mercredi 17 février 2016
This is Opera: apprendre avec le sourire
J’ai découvert dans la dernière année seulement le plaisir -
et la dépendance - que peut susciter le visionnement de séries télé, par le
visionnement de Mozart in the Jungle,
néanmoins lié à la musique classique, à classer dans la catégorie des « plaisirs
coupables ». Je ne croyais pas cependant succomber de la même façon aux
épisodes de This is Opera, une série
documentaire espagnole créée, réalisée et animée par Ramon Gener.
Doté d’un indéniable charisme, ce polyglotte (ce qui lui
permet de s’entretenir avec des spécialistes aussi bien espagnol qu’en anglais,
en allemand, en italien ou en français) démystifie avec une aisance remarquable
15 thématiques par saison (2 tournées jusqu’ici, maintenant disponible en anglais) sans jamais tomber dans le
populisme crasse.
Les informations que l’on pourrait considérer musicologiques
(événements entourant la première de l’opéra, réception, analyse de motifs
musicaux, etc.) côtoient des segments mettant en lumière des spécialistes des œuvres
étudiés (historiens, interprètes, etc.) et d’autres auxquels prennent part des participants
sans bagage particulier (des passants qui chantent les thèmes de Carmen sur une place, trois jeunes qui
dessinent sur le Clair de lune de Debussy
pour présenter la synesthésie, des étudiants de la réputé école de cinéma de
Rome décortiquant les ressorts dramatiques de Tosca, un remix d’un air de Don
Giovanni dans une discothèque branchée de Barcelone, etc.).
Jamais le ton ne tombe dans le dogmatisme, même s’il est
évident que Genar maîtrise son sujet et s’entretient avec des spécialistes.
(Les Montréalais retrouveront ainsi l’ancien directeur général du Musée des
Beaux-Arts Guy Cogevel dans un segment sur l’impressionnisme.)
La série est tournée dans des décors souvent somptueux (la résidence
de Salvator et Gala Dali pour l’épisode sur Tristan
et Isolde par exemple), dans lesquels se glisse tout naturellement le Bösendorfer
de Ramon Gener.
On aurait peut-être aimé des sous-titres quand on présente
des extraits tirés de productions ou que l’émission sur Pelléas et Mélisande contienne plus d’extraits de l’opéra plutôt
que des références à des pages plus « accessibles » de Debussy, mais
rien qui n'ait entaché mon plaisir.
Disponible en ligne.
Poursuivrai-je mon écoute de la première saison au fil des
prochains jours? Absolument!
Disponible en ligne.
mercredi 27 janvier 2016
Around the World in 50 Concerts
Certains
anniversaires méritent d’être soulignés avec faste et l’Orchestre royal du
Concertgebouw d’Amsterdam a sorti le grand jeu pour son 125e
anniversaire, notamment en donnant 50 concerts au cours de cette saison. Si des
milliers de spectateurs ont pu assister à l’un ou l’autre de ces concerts sur
six continents, les cinéphiles pourront eux aussi en profiter grâce au
documentaire Around the World in 50 Concerts
d’Heddy
Honigmann,
présenté demain le 28 janvier au Cinéma du Parc.
Oui,
bien sûr, le film fait une large part à la musique classique, mais s’attarde aussi
au quotidien du musicien d’orchestre. On en apprend par exemple un peu plus sur
les dessous des tournées (distribution des passeports à l’aéroport, violons que
l’on dispose après le concert dans des housses rappelant les emballages
matelassés de surgelés, parents téléphonant à leurs enfants, travail
préparatoire du chef Mariss Jansons, etc.), mais ce qui séduira sans doute
encore plus est le côté profondément humain de l’aventure.
Comment oublier le
séjour de l’orchestre à Soweto (et le plaisir indéniable ressenti par les
enfants qui découvrent Pierre et le loup),
ces deux musiciens qui remercient une chocolatière en lui offrant un concert
privé qui ne la laisse pas indifférente, l’enthousiasme contagieux du
contrebassiste évoquant les subtilités de sa ligne mélodique, mais aussi les
dessous de la Dixième symphonie de Chostakovitch,
sa préférée, l’unique coup de cymbale que le percussionniste doit donner dans
une autre de Bruckner.
L’œil
est tout aussi stimulé que l’oreille (paysages inspirants, salles de
concert magnifiques). Un constat s’impose cruellement : peu importe le
continent visité, le public est constitué essentiellement d’hommes et de femmes
d’un âge plus que certain, habillé de façon cossue, en très grande majorité
blanc (sauf en Afrique du Sud peut-être, et encore). L’enthousiasme des musiciens (plutôt dans la quarantaine) est
pourtant ici contagieux.
Ce
documentaire est le premier d’une série de rendez-vous mensuels des RIDM.
vendredi 15 janvier 2016
Un opéra-surf qui décoiffe
On assiste au quotidien de surfeurs à la recherche de la vague parfaite (rien de tel qu’on tsunami ici). On y retrouve deux bandes : l’une débordant de « coolitude », l’autre de « wannabees ».
Qui dit opéra dit codes du genre et Olivier Morin et Guillaume Tremblay multiplient les clins d’œil: textes en allemand, italien, français et anglais, solos dramatiques, numéro d’ensemble final qui permet le « happy end », quand on ne fait pas directement référence aux œuvres classiques, le tout adroitement accompagnée par la musique de Philippe Prud’homme, interprétée en direct avec fougue par ce dernier. On trouve aussi des références à Mozart, de Puccini (avec un personnage qui évoque Madame Butterfly) et Wagner, le tout toujours réalisé avec un doigté indéniable.
Le livret mise sur un humour facile, volontiers absurde, souvent grossier, mais fait mouche. (On imagine mal des surfeurs échanger sur le sens de la vie.)
Le tout est porté par une équipe de jeunes chanteurs lytiques qui tirent avec conviction leur épingle du jeu, tant au niveau vocal que théâtral.
Une façon décapante d’introduire le concept même de l’opéra à la jeune génération. Tous ceux présents hier semblaient ravis de leur soirée. Obtiendra-t-on un tel succès avec Otello à l’Opéra de Montréal? La réponse relève de l’évidence…
lundi 24 août 2015
Glenn Gould - Une vie à contretemps
Certains artistes continuent de hanter les mémoires bien après leur mort; Glenn Gould est assurément de ceux-là. Que l'on préfère la première ou la deuxième version de ses mythiques Variations Goldberg ou que ses tempi parfois rocambolesques vous laissent perplexes importe peu au final: on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage bien plus grand que nature, ses manies, ses lubies, sa volonté d'établir un lien direct avec l'auditeur (qui aurait pu dans un monde idéal calibrer la moindre intention d'interprétation - on n'y est toujours pas, plus de 30 ans après la mort de Gould).
Sandrine Revel propose un très bel album, tout en demi-teintes, qui nous permet de plonger dans la vie de l'artiste, non pas de façon chronologique, mais en laissant les images et les événements venir à nous par vagues, un peu comme si nous devenions Gould et nous rappelions dans un demi-délire certains moments-clés de note vie.
Au début, on peut être déstabilisé par ce choix, puis on se plie volontiers au rythme, sans nécessairement espérer en apprendre plus sur le pianiste, compositeur et réalisateur canadien (de nombreuses biographies fouillées l'ont fait avant), mais pour le sentir autrement, de façon presque intuitive, épidermique même (les planches où l'on voit ses mains s'activer demeurent les plus envoûtantes), comme si nous étions dans un monde aux contours oniriques, que la musique nous traversait car, à travers ces pages, impossible de ne pas entendre Gould, de ne pas souhaiter revenir à ses enregistrements, particulièrement de Bach, mais aussi son audacieuse Solitude Trilogy, dans laquelle il nous offre un contrepoint d'un tout autre genre.
Sandrine Revel propose un très bel album, tout en demi-teintes, qui nous permet de plonger dans la vie de l'artiste, non pas de façon chronologique, mais en laissant les images et les événements venir à nous par vagues, un peu comme si nous devenions Gould et nous rappelions dans un demi-délire certains moments-clés de note vie.
Au début, on peut être déstabilisé par ce choix, puis on se plie volontiers au rythme, sans nécessairement espérer en apprendre plus sur le pianiste, compositeur et réalisateur canadien (de nombreuses biographies fouillées l'ont fait avant), mais pour le sentir autrement, de façon presque intuitive, épidermique même (les planches où l'on voit ses mains s'activer demeurent les plus envoûtantes), comme si nous étions dans un monde aux contours oniriques, que la musique nous traversait car, à travers ces pages, impossible de ne pas entendre Gould, de ne pas souhaiter revenir à ses enregistrements, particulièrement de Bach, mais aussi son audacieuse Solitude Trilogy, dans laquelle il nous offre un contrepoint d'un tout autre genre.
jeudi 6 août 2015
Bach au Parc Lafontaine
Un
après-midi paresseux d'été, quand le temps oscille au gré du vent et des
vaguelettes dansées par les pieds qui clapotent dans l'étang. Les citadins ont
pris possession du parc Lafontaine, l'utilisent pour échanger, lire, dormir,
oublier qu'à quelques dizaines de mètres à peine, la métropole continue à
s'agiter frénétiquement.
Ils sont deux, qui se retrouvent enfin, exaltés par l'instant. Ils rigolent comme des adolescents en contemplant cette dame d'un âge certain qui semble vouloir apprivoiser un des canards placides, s'attendrissent quand le chien attend patiemment que sa balle revienne près du bord. Il glousse quand le petit homme se lève du banc qui l'accueillait et fonce vers un ailleurs d'une démarche chaloupée de top-modèle. Elle remarque le vieillard en chaise roulante, vêtu de l'horrible chemise de nuit verte, en permission, qui fait le tour du parc le sourire aux lèvres avant de retrouver lumière glauque et couloirs javellisés.
Les minutes se sont liquéfiées en heures avant que l'appel du glacier ne se fasse plus pressant. Ils reprennent le sentier quand, hypnotisés par le son d'une suite pour violoncelle de Bach, ils bifurquent. L'instrumentiste est assis sur un banc, son reflet se fondant dans l'onde alors que les notes s'effilochent dans la douceur d'une fin d'après-midi. À ses côtés, en apparence immobile, un badaud écoute, dans une pose qui rappelle les vases grecs anciens. Il n'ose troubler le fil de l'inspiration mais, de temps en temps, son corps oscille très légèrement au son de ces danses oubliées. De l'autre côté de l'étang, ils écoutent, ils observent. Les relents de musique les enveloppent, se fichent profondément en eux. En silence, ils reprennent la route.
Ils sont deux, qui se retrouvent enfin, exaltés par l'instant. Ils rigolent comme des adolescents en contemplant cette dame d'un âge certain qui semble vouloir apprivoiser un des canards placides, s'attendrissent quand le chien attend patiemment que sa balle revienne près du bord. Il glousse quand le petit homme se lève du banc qui l'accueillait et fonce vers un ailleurs d'une démarche chaloupée de top-modèle. Elle remarque le vieillard en chaise roulante, vêtu de l'horrible chemise de nuit verte, en permission, qui fait le tour du parc le sourire aux lèvres avant de retrouver lumière glauque et couloirs javellisés.
Les minutes se sont liquéfiées en heures avant que l'appel du glacier ne se fasse plus pressant. Ils reprennent le sentier quand, hypnotisés par le son d'une suite pour violoncelle de Bach, ils bifurquent. L'instrumentiste est assis sur un banc, son reflet se fondant dans l'onde alors que les notes s'effilochent dans la douceur d'une fin d'après-midi. À ses côtés, en apparence immobile, un badaud écoute, dans une pose qui rappelle les vases grecs anciens. Il n'ose troubler le fil de l'inspiration mais, de temps en temps, son corps oscille très légèrement au son de ces danses oubliées. De l'autre côté de l'étang, ils écoutent, ils observent. Les relents de musique les enveloppent, se fichent profondément en eux. En silence, ils reprennent la route.
lundi 3 août 2015
Bibliothèques... bis
Dans ma chambre d’enfant, il n’y avait que
l’essentiel, du moins le croyais-je alors: mon piano, un bureau
de travail qui me semblait drôlement imposant quand je m’y suis assise la
première fois, un lit sous lequel je lançais les médicaments antirhume que je
refusais systématiquement d’avaler, et une bibliothèque, construite par mon
père. Je ne conserve qu’un souvenir plutôt flou de ce que j’y avais empilé. Un
casier était vraisemblablement dédié à la Comtesse de Ségur, un autre
(peut-être même deux) à mon encyclopédie Tout connaître et mon fidèle Dis
pourquoi?, un dernier aux disques que j’écoutais fiévreusement. De ceux-ci,
surgissent spontanément à ma mémoire Le petit prince lu par Gérard
Philippe, La vie de Mozart de la collection du Petit ménestrel et Alice
au pays des merveilles. À la fin de mon cours primaire, une section avait
été envahie par deux gros dictionnaires, étranges – m’avait-il semblé alors –
cadeaux d’anniversaire d’une tante traductrice à l’ONU. Au fil des ans, les
partitions avaient grugé le reste, faisant dangereusement ployer les planches de
bois bon marché, le banc de piano ayant démissionné très tôt devant
l’impossibilité de les contenir toutes.
Le bureau m’a toujours suivie; j’y dépose
maintenant mon ordinateur portable - même s'il n'est pas d'une hauteur idéale. Des piles de papiers sur lesquelles sont
griffés notes, corrections, rêves, des disques et des pots remplis de crayons
s’en sont emparé, le transformant en meuble beaucoup moins imposant. Le piano (un cousin en fait, plus Wolfie) sont dans la salle de musique. L’étagère de mon enfance a rendu l’âme il y a plusieurs années
déjà, remplacée par d'autres bibliothèques (suédoises), robustes. Dans
l’une sont glissées – plus ou moins sagement et en ordre
alphabétique relatif – mes partitions. Dans une autre, les
biographies de compositeurs, les analyses d’œuvres, les traités d’orchestration
et de composition. Dans une autre, élancée, j’y ai glissé mes dictionnaires –
qui ne me semblent plus si étranges –, mes archives de journaliste. Sur le côté, punaisées sur un babillard fait main, des cartes d'amis, des souvenirs, mon essentiel macaron «Why be normal » et un texte, Essayez… c’est si facile!, publié jadis, dans
lequel mon père livre ses conseils d’écriture journalistique. Et puis, bien sûr, il y a celles contenant les ouvrages littéraires, regroupés en ordre alphabétique par genres (québécois, autres, poésie, théâtre, essai, lettres allemandes) et l'inénarrable PAL, tout sauf ordonnée.
Il faudrait bien que j'arrête d'aller à la bibliothèque, tiens, et que je lui fasse subir une (légère) cure de minceur!
lundi 13 juillet 2015
Bach
« Là, le Concerto pour violon en la mineur, puis celui en mi majeur ont existé pour la première fois. Dans l’âme émerveillée de la petite fille, qui n’avais jamais entendu que du rock & roll et du country, s’est élevé quelque chose comme l’espoir, comme une lumière qu’elle n’avait jamais imaginée. Elle s’est dit : « C’est Dieu. C’est Lui. Il me parle à moi. Il me parle! » Et quand le disque a été fini, elle a prié, d’une voix transfigurée, oubliant la redoutable jointure de madame Dubé :
- Encore, oh! Encore! »
Marie Christine Bernard, Autoportrait au revolver
vendredi 5 juin 2015
Orphée Karaoké: la pièce dont vous serez les héros
![]() |
| Photo: Maxime Paré-Fortin |
« I need a hero », chantait Bonnie Tyler il y a quelques décennies (hit qui aurait très bien se retrouver dans la liste de titres d'ailleurs). Où le trouver? Parmi les spectateurs qui auront transmis leurs prières (cinq choix tirés dans un répertoire allant de Je t'aime moi non plus de Gainsbourg à une chanson des Beastie Boys, en passant par la Lambada et Father and Son de Cat Stevens) grâce à leur téléphone intelligent (ou à celui de la copine qui les accompagne, comme cela a été mon cas). Pendant que ceux-ci votent, Orphée le barde (Jean-François Malo) se promène au milieu des porteurs de chapeaux d'anniversaire de carton, visiblement perplexes quant à la suite des événements, mais le sourire aux lèvres.
![]() |
| Photo: Maxime Paré-Fortin |
Je m'en voudrais de révéler les détours narratifs pris ici par Félix-Antoine Boutin qui dispose assurément d'une voix dramaturgique affirmée, le plaisir du jeu pour les spectateurs étant à la base même de la proposition. Oui, certains segments pourraient être légèrement resserrés, certaines redites éliminées, mais cela sera sans doute ajusté lors des prochaines représentations, car je ne pense pas me transformer en oracle en affirmant que, tel le phénix, ce spectacle renaîtra de ses cendres (du moins, on le souhaite).
mercredi 3 juin 2015
Keep in Touch / Gloria: entrer en contact
Si Keep in Touch et Gloria semblent liés par la présence de la musique, difficile de trouver programmes plus disparates ou de les faire entrer en résonance.
Pour lire ma critique, passez chez JEU...
Une chose est certaine: je surveillerai avec attention le parcours de Mykalle Bielinski.
OFFTA 2015 | Gloria from OFFTA on Vimeo.
Pour lire ma critique, passez chez JEU...
Une chose est certaine: je surveillerai avec attention le parcours de Mykalle Bielinski.
OFFTA 2015 | Gloria from OFFTA on Vimeo.
jeudi 21 mai 2015
Gauvreau le magnifique
Claude Gauvreau est l'un de ces monstres sacrés que l'on révère autant que l'on craint. Poète souvent explosif, dramaturge qui dissèque avec une rare clairvoyance la société dans laquelle il évoluait, essayiste, romancier, épistolier, Gauvreau demeurera toujours un personnage plus grand que nature. Que l'on ait vu une fois ou vingt sa prestation à la mythique Nuit de la poésie de 1970, impossible de ne pas être renversé à chaque fois par son incommensurable magnétisme. Souvent cité, mais en réalité assez peu monté, Gauvreau est sans doute victime indirecte de sa propre ombre portée.

Belle idée donc de la SMCQ de clôturer sa saison par un hommage en mots et en musique à cet artiste iconoclaste, devant une salle archi-comble. S'y côtoyaient le prélude de la musique de scène de L'asile de la pureté (enfin monté en 2004 par le TNM, plus de 50 ans après sa complétion!) et sa maintenant bien connue Valse de l'asile de Walter Boudreau, des extraits de deux pièces phares dans une mise en scène de Lorraine Pintal, la prestation de Gauvreau lors de la Nuit de la poésie et une version pour deux pianos du dernier mouvement du Concerto de l'asile, créé en janvier 2013 par Alain Lefèvre et l'OSM. L'expérience aurait certes été plus satisfaisante si elle avait été conçue comme un nouvel objet dramaturgique, d'un seul tenant, les applaudissements étant réservés à la toute fin de la proposition.
Que retiendrons-nous essentiellement de cette soirée? La parole, essentielle, de Gauvreau, qu'elle soit suggérée comme dans le prélude de L'asile de la pureté, brillant collage électroacoustique de Boudreau, auquel se superposaient les voix et les cloches (des feuilles de métal de différentes tailles) de l'Ensemble Mruta Mertsi, ou explicitée, à travers des extraits de L'asile de la pureté et de La charge de l'orignal épormyable. François Papineau (qui avait incarné le monumental Mycroft Mixeudeim au TNM en 2009) a démonté ici toute la puissance et la profondeur de son jeu, happant le spectateur en quelques secondes à peine, qu'il joue la carte de la folie démesurée ou de l'intériorité et de la contemplation d'un amour blessé. Superbe idée ici de faire dialoguer les mots de Gauvreau avec la prestation sur instrument inventé d'André Pappothomas (on avait déjà pu tomber sous le charme d'instrument et interprète lors de la production de l'opéra Notre Damn à l'automne 2014), ces cordes pincées, frottées, détournées, nous permettant d'une certaine façon d'entrer dans la tête de Donatien Marcassillar ou Mycroft Mixeudeim (Gauvreau lui-même).
Alain Lefèvre nous a offert une prestation toute en finesse de la Valse de l'asile, parfaitement dégagée, tantôt intime, tantôt presque orchestrale, portée par l'ampleur du souffle et la subtilité des multiples rubatos. Il reviendrait sur scène après la projection de la prestation de Gauvreau lui-même, magnétique, qu'il récite en exploréen ou nous livre des textes en apparence plus accessibles, cette fois en compagnie de Matthieu Fortin dans une version pour deux pianos de « La charge de l'orignal épormyable », dernier mouvement du Concerto de l'asile. Difficile ici de ne pas regretter la puissance, mais surtout les couleurs de l'orchestre et ce, malgré un soutien irréprochable de Matthieu Fortin, particulièrement raffiné, jouant sur les textures et les couleurs. Si cet arrangement pour deux pianos permet d'appréhender la rythmique complexe du mouvement de l'intérieur d'une certaine façon, l'opposition entre masse orchestrale et piano est nécessaire pour saisir les paliers de l'émancipation de Gauvreau de ses tortionnaires (le deuxième mouvement se passant à Saint-Jean-de-Dieu, rappelons-le) et apprécier au maximum le déploiement de la virtuosité soliste. À quand l'enregistrement avec orchestre?

Belle idée donc de la SMCQ de clôturer sa saison par un hommage en mots et en musique à cet artiste iconoclaste, devant une salle archi-comble. S'y côtoyaient le prélude de la musique de scène de L'asile de la pureté (enfin monté en 2004 par le TNM, plus de 50 ans après sa complétion!) et sa maintenant bien connue Valse de l'asile de Walter Boudreau, des extraits de deux pièces phares dans une mise en scène de Lorraine Pintal, la prestation de Gauvreau lors de la Nuit de la poésie et une version pour deux pianos du dernier mouvement du Concerto de l'asile, créé en janvier 2013 par Alain Lefèvre et l'OSM. L'expérience aurait certes été plus satisfaisante si elle avait été conçue comme un nouvel objet dramaturgique, d'un seul tenant, les applaudissements étant réservés à la toute fin de la proposition.
Que retiendrons-nous essentiellement de cette soirée? La parole, essentielle, de Gauvreau, qu'elle soit suggérée comme dans le prélude de L'asile de la pureté, brillant collage électroacoustique de Boudreau, auquel se superposaient les voix et les cloches (des feuilles de métal de différentes tailles) de l'Ensemble Mruta Mertsi, ou explicitée, à travers des extraits de L'asile de la pureté et de La charge de l'orignal épormyable. François Papineau (qui avait incarné le monumental Mycroft Mixeudeim au TNM en 2009) a démonté ici toute la puissance et la profondeur de son jeu, happant le spectateur en quelques secondes à peine, qu'il joue la carte de la folie démesurée ou de l'intériorité et de la contemplation d'un amour blessé. Superbe idée ici de faire dialoguer les mots de Gauvreau avec la prestation sur instrument inventé d'André Pappothomas (on avait déjà pu tomber sous le charme d'instrument et interprète lors de la production de l'opéra Notre Damn à l'automne 2014), ces cordes pincées, frottées, détournées, nous permettant d'une certaine façon d'entrer dans la tête de Donatien Marcassillar ou Mycroft Mixeudeim (Gauvreau lui-même).Alain Lefèvre nous a offert une prestation toute en finesse de la Valse de l'asile, parfaitement dégagée, tantôt intime, tantôt presque orchestrale, portée par l'ampleur du souffle et la subtilité des multiples rubatos. Il reviendrait sur scène après la projection de la prestation de Gauvreau lui-même, magnétique, qu'il récite en exploréen ou nous livre des textes en apparence plus accessibles, cette fois en compagnie de Matthieu Fortin dans une version pour deux pianos de « La charge de l'orignal épormyable », dernier mouvement du Concerto de l'asile. Difficile ici de ne pas regretter la puissance, mais surtout les couleurs de l'orchestre et ce, malgré un soutien irréprochable de Matthieu Fortin, particulièrement raffiné, jouant sur les textures et les couleurs. Si cet arrangement pour deux pianos permet d'appréhender la rythmique complexe du mouvement de l'intérieur d'une certaine façon, l'opposition entre masse orchestrale et piano est nécessaire pour saisir les paliers de l'émancipation de Gauvreau de ses tortionnaires (le deuxième mouvement se passant à Saint-Jean-de-Dieu, rappelons-le) et apprécier au maximum le déploiement de la virtuosité soliste. À quand l'enregistrement avec orchestre?
« La banalité est la loi. L’unique est tabou. Les hommes justes souhaiteraient qu’il fût possible d’expier
d’être unique. Hélas, l’unicité est inexpiable », écrivait Gauvreau dans les premières lignes de son roman Beauté baroque. La soirée d'hier nous a rappelé la pertinence de cette parole certes mordante, mais surtout appel à une prise de conscience tant individuelle que collective.
mardi 5 mai 2015
Illusions: magique
Je m'en voudrais de ne pas revenir brièvement sur le concert Illusions proposé par l'ECM+ et le Gryphon Trio jeudi soir dernier, une fête foraine unique en son genre, ludisme et intensité s'y côtoyant avec un naturel étonnant.
Parfaitement exécutées, les quatre pièces proposées - le Trio de Charles Ives et trois créations, dirigées de main de maître par Véronique Lacroix - se faisaient ici écho. Ainsi, le côté presque abstrait du premier mouvement du Ives se voyait prolongé par Musique d'art pour orchestre de chambre II de Simon Martin, un jeu audacieux sur l'intervalle (parfaitement juste) de la tierce majeure, véritable tour de force qui laissait l'auditeur pantois. TSIAJ (This Scherzo is a Joke) devenait prélude à l'évocateur Wanmansho de Gabriel Dharmoo, superbement défendu par Vincent Ranallo qui, dans son splendide costume inspiré de ceux des maîtres de piste des temps oubliés, nous a fait voyager dans un imaginaire foisonnant. Le finale du Trio et sa juxtaposition détonante de styles nous permettait ensuite de découvrir le Wunderkammer (cabinet de curiosité) de Nicole Lizée et ses tiroirs (parfois secrets) qui s'ouvrent et qui se referment à répétition, autant de clins d’œil se déployant sur une pulsation implacable rappelant certaines pages de Steve Reich.
Si les projections de Kara Blake et Corinne Merrell s'intégraient tout naturellement (même si, à certains moments, cette succession de carrousels et de chaises volantes, Véronique Lacroix se retrouvant malgré elle pivot d'une certaine façon des manèges, étourdissait) à la trame post-moderne du Lizée, on aurait aimé pouvoir écouter sans aucune interférence au moins un des mouvements du Trio de Ives (le deuxième peut-être, particulièrement flamboyant), le tulle de projection créant une distance que l'on aurait voulu voir abolie entre nous et l'impeccable Gryphon Trio.
Chapeau à tous les interprètes! Mélomanes ontariens. réservez votre soirée du 22 mai (Toronto) et du 26 juillet (Ottawa, dans le cadre du Festival de musique de chambre). Vous ne le regretterez pas!
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| Photo: Jonathan Goulet |
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| Photo: Jonathan Goulet |
Chapeau à tous les interprètes! Mélomanes ontariens. réservez votre soirée du 22 mai (Toronto) et du 26 juillet (Ottawa, dans le cadre du Festival de musique de chambre). Vous ne le regretterez pas!
mercredi 22 avril 2015
Illusions : fête foraine multisensorielle
L’ECM+ affectionne les projets hybrides, dans lesquels les
frontières entre les genres sont éliminées, une nouvelle carte de l’expérience
de concert se dessine sous nos yeux. Illusions,
présenté à la Salle Pierre-Mercure le 30 avril (le 22 mai à Toronto et le 26
juillet à Ottawa dans le cadre du Festival de musique de chambre) ne fait pas
exception à la règle.
Le programme s’articule adroitement autour du Trio pour
piano de Charles Ives, datant de 1910-11 (révisé en 1914-15), dans lequel le
compositeur revient sur ses années universitaires à Yale. Il sera interprété
par le Gryphon Trio, avec lequel l’ECM+ souhaitait collaborer depuis un moment,
lui aussi adepte des projets multidisciplinaires. « Des affinités étaient
évidentes, explique Véronique Lacroix, directrice artistique de l’ECM+. C’est
un groupe qui, comme nous, ne fait pas seulement du contemporain, mais intègre
des œuvres classiques à ses programmes. »
Trop peu joué, le Trio avec piano se révèle une porte d’entrée
idéale pour s’approprier l’univers du compositeur américain iconoclaste et son humour
si particulier. Le premier mouvement est constitué de deux lectures en duo puis
une en trio d’un même thème de 27 mesures. Le deuxième, TSIAJ (« This
scherzo is a joke »), aborde la polytonalité, les contrastes de timbres, et
intègre des fragments de chants folkloriques et de fraternités tout au long du
mouvement. (Une esquisse comprend d’ailleurs le sous-titre « Medley on the
Campus Fence ».) Le lyrisme du finale, presque romantique, semble en totale
opposition avec le collage de TSIAJ, mais Ives continue de multiplier les clins
d’œil, glissant par exemple une musique écrite pour le Yale Glee Club (qui n’avait
pas été retenue), traitée en canon par le violon et violoncelle, ou citant dans
la coda Rock of Ages de Thomas
Hastings au violoncelle, nous plongeant indéniablement dans une atmosphère des
plus populaires.
La forme d’arche du trio permettait de le scinder facilement
en trois segments et d’y greffer trois créations sans que celles-ci ne semblent
plaquées : Musique d’art pour
orchestre de chambre II de Simon Martin, Wanmansho de Gabriel Dharmoo et Wunderkammer
de Nicole Lizée. Trois compositeurs aux personnalités fortes, aux esthétiques uniques,
néanmoins complémentaires.
Le côté très ramassé de la pièce de Simon Martin devient
ainsi un écho au minimalisme du premier mouvement du Ives. Composée de cinq
sons microtonaux, une superposition de tierces majeures parfaitement calibrée,
elle joue avec la justesse des intervalles, en les isolant ou en les élargissant
par des frottements par exemple.
L’americana du
deuxième mouvement se fond dans l’exotisme et l’exubérance de la proposition de
Dharmoo, prolongement de ses Anthropologies
imaginaires, dans laquelle un chanteur qui vient d’Orient croisera deux
autres individus, une femme et un homme – ou peut-être bien un monstre –, tous
trois interprétés par Vincent Ranallo. L’effervescence de la partition rappelle
les fêtes foraines et les cirques d’antan, à leur apogée à l’époque d’Ives, assemblage
hétéroclite de démonstrations scientifiques, de freak shows et de prouesses physiques.
Wunderkammer de
Nicole Lizée (récente lauréate du Programme de mentorat des Prix du Gouverneur
général pour les arts du spectacle qui devient pour un an la protégée d’Howard
Shore), que l’on peut concevoir comme un triple concerto au très grand souffle,
complète le programme. Articulée autour de sept grandes sections, l’œuvre possède
une rythmique particulièrement complexe, de légères modifications de matériau
gardant le spectateur en haleine pendant 25 minutes.
Parfois traitées de façon abstraite en noir et blanc
(premier mouvement du Ives) ou misant sur une explosion de couleurs (dans le
Lizée), des vidéos originales de
Kara Blake et Corinne Merrell (qui ont notamment collaboré au film Le petit prince, sur nos écrans bientôt)
prolongeront cet univers vaguement décalé d’une époque en apparence révolue,
mais qui n’a rien perdu de son charme.
lundi 30 mars 2015
TomPlay: de vraies partitions interactives
Peut-on marier adéquatement technologie et apprentissage de la musique classique? À en croire la récente application pour iPad de la société suisse Tombooks, assurément. Si Minus One offrait depuis plusieurs années déjà des accompagnements de concertos donnant l'illusion aux élèves de jouer avec un « vrai » orchestre, les limites de l'offre étaient évidentes. En effet, même si les partitions sont proposées avec deux CD, l'un à vitesse de concert, l'autre de travail, il faut admettre que même la deuxième option est souvent impraticable pour un élève moyennement doué, à moins de ralentir chaque section (on peut en retrouver une dizaine pour un seul mouvement de concerto de Mozart par exemple) individuellement avec un logiciel approprié. Lourd à gérer...
TomPlay au contraire permet de le faire avec une déconcertante facilité. Il suffit d'adapter la battue (l'icone métronome) dans l'écran d'accueil et en un clic, le tour est joué. En période d'apprentissage, on pourra aussi choisir d'intégrer une battue régulière à la lecture de la partition (qui défile en temps réel à l'écran un peu comme le ferait un logiciel de karaoké), le métronome intégré nous aidant à garder une pulsation bien régulière. L'apprenti pianiste pourra aussi choisir de ne garder que l'accompagnement orchestral ou même la battue, ce qui permet de rapidement en arriver à un tempo de travail cohérent. Détail non négligeable: l'accompagnement orchestral a été enregistré en live, ce qui ajoute une profondeur supplémentaire au rendu.
On peut personnaliser sa partition, en y intégrant ses doigtés ou toute autre indication pertinente (de nuances notamment) et l'imprimer. On accédera ensuite si désiré à la communauté des utilisateurs et déposera partition annotée ou enregistrement d'une exécution en particulier. Quelques conseils ciblés d'interprétation sont proposés en complément (on évoquera par exemple la théâtralité du concerto K. 488), même si l'on mentionne bien en introduction que rien ne remplacera jamais un contact direct avec un professeur d'expérience.
TomPlay va encore plus loin dans l'étude de chacune des partitions proposées (pour l'instant, au niveau des concertos, on retrouve le K. 467 et le 488 de Mozart, ainsi qu'un concerto de Haydn et le Deuxième de Bach, mais plusieurs pages solo sont aussi proposées, dont la Sonate « à la lune ») en intégrant au produit une section « Auditorium - Comprendre », approche plus musicologique de l'oeuvre permettant de la cibler dans un corpus, mais aussi dans la vie du compositeur, avec photos et extraits audio. Ceux qui voudront s'inspirer par l'exemple ont aussi accès à quelques interprétations marquantes du concerto.
Le produit est soigné, attrayant, convivial et offert en français, anglais et allemand. Chaque application pour iPad ne coûte que 5,79 $ (4,99 €) et est également disponible en paquet de quatre (les deux concertos de Mozart, celui de Bach et celui de Haydn) pour 15,99 $, bien moins cher qu'une partition standard. L'offre sera augmentée au fil des prochains mois et on annonce déjà deux extraits des Scènes d'enfants de Schumann.
On peut accéder à la liste complète ici...
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