Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles

mardi 24 mai 2016

Les feluettes: une relecture essentielle

« Je te compose, je te crée. Je te fais vivre et je te tue. Je te ressuscite. » Michel Marc Bouchard a réussi à transmettre en quelques phrases l’essence même de ce qui ne demandait qu’à devenir opéra.

Vous pouvez lire ma critique sur le site de JEU ici...

vendredi 20 mai 2016

The Trials of Patricia Isasa: mémorable

Chants libres frappe fort avec cette nouvelle production, proposée seulement jusqu'à demain soir. En effet, on a indéniablement droit à un sans faute avec The Trials of Patricia Isasa, un récit fascinant dans lequel on revient sur la captivité (pendant 33 ans) de l'héroïne éponyme argentine. La compositrice (qui tient aussi le rôle-titre!) Kristin Norderval et la librettiste Naomi Wallace nous offrent une lecture particulièrement réussie de cette page d'histoire qui évoque aussi les tortures pratiquées à Guantánamo.

Un livret intéressant ne suffit certes pas à rendre un opéra mémorable. Il faut séduire le public, aussi bien grâce à une distribution de haut niveau, quelques airs mémorables et une mise en scène qui fait corps avec le propos. C'est le cas ici. On a indéniablement envie de revoir cet opéra et de l'apprivoiser en détails.
Photo: Mathieu Dupuis

Aucune faiblesse au niveau des rôles principaux et des choristes (l'Ensemble Kô), de la mise en scène de Pauline Vaillancourt (mémorable) et de la scénographie de Dominique Blain. Il aurait été facile d'en faire trop - ou trop peu -, mais on se révèle rapidement séduit par les projections évoquant le labyrinthe dans lequel l'architecte évolue (qui n'est pas sans rappeler l'Icare d'Olivier Kemeid et du duo Lemieux et Pilon présenté il y a deux ans au TNM).

La compositrice Kristin Norderval opte pour un lyrisme qui évoque à l'occasion du tango (un bandonéon fait d'ailleurs partie de l'instrumentation), qui pourtant ne tombe jamais dans les excès qu'on pourrait associer au genre, misant plutôt sur une partition lyrique, qui fait fi de l'hermétisme malheureusement trop souvent associé à la musique contemporaine. On y reconnaît un travail indéniable sur les couleurs orchestrales et vocales (la complémentarité des timbres séduit). Le tout est porté par une direction particulièrement précise et inspirée de Cristian Gort.

Courez-y ce soir ou demain, au Monument-National.

    Kristin Norderval, soprano — Patricia âgée
    Rebecca Woodmass, soprano colorature — Patricia jeune
    Dion Mazerolle, baryton — Ramos
    Claude Lemieux, comédien — Scilingo
    Vincent Ranallo, baryton — Facino
    Daniel Pincus, ténor — Juge Brusa
    Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano — Gestionnaire Ford

    Daniel Binelli, bandonéon
    Francis Perron, piano
    Nick Danielson, violon
    Isabel Castellvi, violoncelle
    Pablo Aslan, contrebasse
    Marc-Olivier Lamontagne, guitare
    Eric Phinney, percussions
    Ensemble Kô, chœur
    Cristian Germán Gort, chef


mardi 10 mai 2016

Le petit livre des Ravalet : Revisiter ses classiques

Julien et Marguerite sont les enfants de Jean III de Ravalet, seigneur de Tourlaville, en Normandie. Cela aurait pu être une histoire banale de fratrie, mais leur complicité se mue en quelque chose qui les dépasse, qui pousse leur famille à les séparer et marier Marguerite à Jean Lefevre.

Vous pouvez en apprendre plus sur l’œuvre de John Rea qui s'inspire du Petit livre de Ravalet sur le blogue de JEU...  Le tout sera présenté lundi prochain le 16 mai à l'Usine C.

mardi 19 avril 2016

Le Bach de Gould

Il y avait quelque chose de fascinant à retrouver après toutes ces années le Clavier bien tempéré de Gould. Une telle force dans l'interprétation, presque trop véhémente selon moi. Une impossibilité de se caler dans le texte de Bach d'une certaine façon, d'être condamné plus ou moins contre son gré à écouter du Gould. Pourtant, on ne sent pas cet envahissement quand on écoute les Goldberg, que ce soit la première ou la deuxième version (selon vos préférences).

En superposant la danse au Clavier bien tempéré (pourtant un texte dansant, surtout les préludes), je me suis retrouvée devant une série de questions esthétiques qui me confrontent avec ma propre interprétation du Clavier bien tempéré. Les certitudes sont faites pour être déboulonnées! Heureusement!

À écouter ici...

vendredi 18 mars 2016

FIFA musique


Le combat des chefs: dimanche 20 mars, 14 h

Deux monstres sacrés, deux esthétiques fort différentes, presque diamétralement opposées. L'un mise avant tout sur le contact avec le public et la pédagogie (pas moins de 10 millions de spectateurs suivaient avec passion les émissions jeunesse de Bernstein), l'autre la diffusion par voie audio ou cinématographique (jusqu'à la toute fin, Karajan relira ces films musicaux, se taillant le plus souvent la part du lion). L'un avait été affilié au parti Nazi (moins par conviction que par volonté de disposer d'un orchestre), l'autre allait mettre sur pied l'Orchestre symphonique d'Israël. Karajan privilégiait un regard presque sacré sur la musique, Bernstein l'expression. L'un se veut démagogue, l'autre démiurge et pourtant, ils se retrouvent, se complètent plutôt, quand ils se frottent à Mahler.

Du début à la fin, le documentaire mise sur les oppositions entre les deux chefs, Seiji Ozawa (qui a étudié avec Bernstein avant d'être associé à Karajan) servant de pont entre les deux, offrant certaines clés pour comprendre les forces si particulières des deux géants. « J'aime la musique et les gens, conclut Bernstein. Entre les deux, je ne sais pas ce que je préfère. » La grande différence, au fond, est là.

Le paradis perdu - Arvo Pärt: : samedi 19 mars, 19 h 30 et dimanche 20 mars, midi. On propose aussi un film autour d'Adam's Passion dimanche à midi.

Pärt reste l'un des rares compositeurs contemporains à faire l'unanimité ou presque, particulièrement au niveau du public. Langage minimaliste, souvent mystique, en séduisent en effet beaucoup dans cette ère de je-me-moi ou de dépersonnalisation.

Günter Atteln propose un portrait nuancé du compositeur, mais aussi de la production scénique qu'a tiré Robert Wilson d'Adam's Passion du compositeur estonien. Comme souvent, Wilson a fait fort avec ce portrait mettant au premier plan le sacré - et non la religion. En effet, pour lui, le religieux (tout comme le politique) n'a pas sa place sur scène. On y entendra également des extraits de Tabula rasa et Spiegel im Spiegel, ainsi que de son Credo.
Je vous recommande aussi, lors d'une présentation dans un autre cadre, le très inspirant L'art fait du bien 2 - Cirque et théâtre, qui traite de théâtre et de cirque social, ainsi que Soundhunters, une série de portraits de spécialistes en musique concrète. Fascinant. 

vendredi 19 février 2016

mercredi 17 février 2016

This is Opera: apprendre avec le sourire

J’ai découvert dans la dernière année seulement le plaisir - et la dépendance - que peut susciter le visionnement de séries télé, par le visionnement de Mozart in the Jungle, néanmoins lié à la musique classique, à classer dans la catégorie des « plaisirs coupables ». Je ne croyais pas cependant succomber de la même façon aux épisodes de This is Opera, une série documentaire espagnole créée, réalisée et animée par Ramon Gener.

Doté d’un indéniable charisme, ce polyglotte (ce qui lui permet de s’entretenir avec des spécialistes aussi bien espagnol qu’en anglais, en allemand, en italien ou en français) démystifie avec une aisance remarquable 15 thématiques par saison (2 tournées jusqu’ici, maintenant disponible en anglais) sans jamais tomber dans le populisme crasse.

Les informations que l’on pourrait considérer musicologiques (événements entourant la première de l’opéra, réception, analyse de motifs musicaux, etc.) côtoient des segments mettant en lumière des spécialistes des œuvres étudiés (historiens, interprètes, etc.) et d’autres auxquels prennent part des participants sans bagage particulier (des passants qui chantent les thèmes de Carmen sur une place, trois jeunes qui dessinent sur le Clair de lune de Debussy pour présenter la synesthésie, des étudiants de la réputé école de cinéma de Rome décortiquant les ressorts dramatiques de Tosca, un remix d’un air de Don Giovanni dans une discothèque branchée de Barcelone, etc.).

Jamais le ton ne tombe dans le dogmatisme, même s’il est évident que Genar maîtrise son sujet et s’entretient avec des spécialistes. (Les Montréalais retrouveront ainsi l’ancien directeur général du Musée des Beaux-Arts Guy Cogevel dans un segment sur l’impressionnisme.)

La série est tournée dans des décors souvent somptueux (la résidence de Salvator et Gala Dali pour l’épisode sur Tristan et Isolde par exemple), dans lesquels se glisse tout naturellement le Bösendorfer de Ramon Gener.

On aurait peut-être aimé des sous-titres quand on présente des extraits tirés de productions ou que l’émission sur Pelléas et Mélisande contienne plus d’extraits de l’opéra plutôt que des références à des pages plus « accessibles » de Debussy, mais rien qui n'ait entaché mon plaisir.  

Poursuivrai-je mon écoute de la première saison au fil des prochains jours? Absolument! 

Disponible en ligne.

mercredi 27 janvier 2016

Around the World in 50 Concerts

Certains anniversaires méritent d’être soulignés avec faste et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam a sorti le grand jeu pour son 125e anniversaire, notamment en donnant 50 concerts au cours de cette saison. Si des milliers de spectateurs ont pu assister à l’un ou l’autre de ces concerts sur six continents, les cinéphiles pourront eux aussi en profiter grâce au documentaire Around the World in 50 Concerts d’Heddy Honigmann, présenté demain le 28 janvier au Cinéma du Parc.

Oui, bien sûr, le film fait une large part à la musique classique, mais s’attarde aussi au quotidien du musicien d’orchestre. On en apprend par exemple un peu plus sur les dessous des tournées (distribution des passeports à l’aéroport, violons que l’on dispose après le concert dans des housses rappelant les emballages matelassés de surgelés, parents téléphonant à leurs enfants, travail préparatoire du chef Mariss Jansons, etc.), mais ce qui séduira sans doute encore plus est le côté profondément humain de l’aventure. 

Comment oublier le séjour de l’orchestre à Soweto (et le plaisir indéniable ressenti par les enfants qui découvrent Pierre et le loup), ces deux musiciens qui remercient une chocolatière en lui offrant un concert privé qui ne la laisse pas indifférente, l’enthousiasme contagieux du contrebassiste évoquant les subtilités de sa ligne mélodique, mais aussi les dessous de la Dixième symphonie de Chostakovitch, sa préférée, l’unique coup de cymbale que le percussionniste doit donner dans une autre de Bruckner.

L’œil est tout aussi stimulé que l’oreille (paysages inspirants, salles de concert magnifiques). Un constat s’impose cruellement : peu importe le continent visité, le public est constitué essentiellement d’hommes et de femmes d’un âge plus que certain, habillé de façon cossue, en très grande majorité blanc (sauf en Afrique du Sud peut-être, et encore). L’enthousiasme des musiciens (plutôt dans la quarantaine) est pourtant ici contagieux.

Ce documentaire est le premier d’une série de rendez-vous mensuels des RIDM.


vendredi 15 janvier 2016

Un opéra-surf qui décoiffe

Un opéra surf. Que voilà une proposition intrigante! Il ne faut pas se surprendre outre-mesure de la proposition, celle-ci étant la dernière création du Théâtre du Futur, à qui on doit notamment Clothaire Rapaille, l’opéra-rock, L’assassinat du président (une espèce de radioroman politique) et Épopée nord, relecture décapante des soirées traditionnelles.

On assiste au quotidien de surfeurs à la recherche de la vague parfaite (rien de tel qu’on tsunami ici). On y retrouve deux bandes : l’une débordant de « coolitude », l’autre de « wannabees ».

Qui dit opéra dit codes du genre et Olivier Morin et Guillaume Tremblay multiplient les clins d’œil: textes en allemand, italien, français et anglais, solos dramatiques, numéro d’ensemble final qui permet le « happy end », quand on ne fait pas directement référence aux œuvres classiques, le tout adroitement accompagnée par la musique de Philippe Prud’homme, interprétée en direct avec fougue par ce dernier. On trouve aussi des références à Mozart, de Puccini (avec un personnage qui évoque Madame Butterfly) et Wagner, le tout toujours réalisé avec un doigté indéniable.

Le livret mise sur un humour facile, volontiers absurde, souvent grossier, mais fait mouche. (On imagine mal des surfeurs échanger sur le sens de la vie.)

Le tout est porté par une équipe de jeunes chanteurs lytiques qui tirent avec conviction leur épingle du jeu, tant au niveau vocal que théâtral.

Une façon décapante d’introduire le concept même de l’opéra à la jeune génération. Tous ceux présents hier semblaient ravis de leur soirée. Obtiendra-t-on un tel succès avec Otello à l’Opéra de Montréal? La réponse relève de l’évidence…





lundi 24 août 2015

Glenn Gould - Une vie à contretemps

Certains artistes continuent de hanter les mémoires bien après leur mort; Glenn Gould est assurément de ceux-là. Que l'on préfère la première ou la deuxième version de ses mythiques Variations Goldberg ou que ses tempi parfois rocambolesques vous laissent perplexes importe peu au final: on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage bien plus grand que nature, ses manies, ses lubies, sa volonté d'établir un lien direct avec l'auditeur (qui aurait pu dans un monde idéal calibrer la moindre intention d'interprétation - on n'y est toujours pas, plus de 30 ans après la mort de Gould).

Sandrine Revel propose un très bel album, tout en demi-teintes, qui nous permet de plonger dans la vie de l'artiste, non pas de façon chronologique, mais en laissant les images et les événements venir à nous par vagues, un peu comme si nous devenions Gould et nous rappelions dans un demi-délire certains moments-clés de note vie.

Au début, on peut être déstabilisé par ce choix, puis on se plie volontiers au rythme, sans nécessairement espérer en apprendre plus sur le pianiste, compositeur et réalisateur canadien (de nombreuses biographies fouillées l'ont fait avant), mais pour le sentir autrement, de façon presque intuitive, épidermique même (les planches où l'on voit ses mains s'activer demeurent les plus envoûtantes), comme si nous étions dans un monde aux contours oniriques, que la musique nous traversait car, à travers ces pages, impossible de ne pas entendre Gould, de ne pas souhaiter revenir à ses enregistrements, particulièrement de Bach, mais aussi son audacieuse Solitude Trilogy, dans laquelle il nous offre un contrepoint d'un tout autre genre.

jeudi 6 août 2015

Bach au Parc Lafontaine

Un après-midi paresseux d'été, quand le temps oscille au gré du vent et des vaguelettes dansées par les pieds qui clapotent dans l'étang. Les citadins ont pris possession du parc Lafontaine, l'utilisent pour échanger, lire, dormir, oublier qu'à quelques dizaines de mètres à peine, la métropole continue à s'agiter frénétiquement.

Ils sont deux, qui se retrouvent enfin, exaltés par l'instant. Ils rigolent comme des adolescents en contemplant cette dame d'un âge certain qui semble vouloir apprivoiser un des canards placides, s'attendrissent quand le chien attend patiemment que sa balle revienne près du bord. Il glousse quand le petit homme se lève du banc qui l'accueillait et fonce vers un ailleurs d'une démarche chaloupée de top-modèle. Elle remarque le vieillard en chaise roulante, vêtu de l'horrible chemise de nuit verte, en permission, qui fait le tour du parc le sourire aux lèvres avant de retrouver lumière glauque et couloirs javellisés.

Les minutes se sont liquéfiées en heures avant que l'appel du glacier ne se fasse plus pressant. Ils reprennent le sentier quand, hypnotisés par le son d'une suite pour violoncelle de Bach, ils bifurquent. L'instrumentiste est assis sur un banc, son reflet se fondant dans l'onde alors que les notes s'effilochent dans la douceur d'une fin d'après-midi. À ses côtés, en apparence immobile, un badaud écoute, dans une pose qui rappelle les vases grecs anciens. Il n'ose troubler le fil de l'inspiration mais, de temps en temps, son corps oscille très légèrement au son de ces danses oubliées. De l'autre côté de l'étang, ils écoutent, ils observent. Les relents de musique les enveloppent, se fichent profondément en eux. En silence, ils reprennent la route.

lundi 3 août 2015

Bibliothèques... bis

Dans ma chambre d’enfant, il n’y avait que l’essentiel, du moins le croyais-je alors: mon piano, un bureau de travail qui me semblait drôlement imposant quand je m’y suis assise la première fois, un lit sous lequel je lançais les médicaments antirhume que je refusais systématiquement d’avaler, et une bibliothèque, construite par mon père. Je ne conserve qu’un souvenir plutôt flou de ce que j’y avais empilé. Un casier était vraisemblablement dédié à la Comtesse de Ségur, un autre (peut-être même deux) à mon encyclopédie Tout connaître et mon fidèle Dis pourquoi?, un dernier aux disques que j’écoutais fiévreusement. De ceux-ci, surgissent spontanément à ma mémoire Le petit prince lu par Gérard Philippe, La vie de Mozart de la collection du Petit ménestrel et Alice au pays des merveilles. À la fin de mon cours primaire, une section avait été envahie par deux gros dictionnaires, étranges – m’avait-il semblé alors – cadeaux d’anniversaire d’une tante traductrice à l’ONU. Au fil des ans, les partitions avaient grugé le reste, faisant dangereusement ployer les planches de bois bon marché, le banc de piano ayant démissionné très tôt devant l’impossibilité de les contenir toutes.


Le bureau m’a toujours suivie; j’y dépose maintenant mon ordinateur portable - même s'il n'est pas d'une hauteur idéale. Des piles de papiers sur lesquelles sont griffés notes, corrections, rêves, des disques et des pots remplis de crayons s’en sont emparé, le transformant en meuble beaucoup moins imposant. Le piano (un cousin en fait, plus Wolfie) sont dans la salle de musique. L’étagère de mon enfance a rendu l’âme il y a plusieurs années déjà, remplacée par d'autres bibliothèques (suédoises), robustes. Dans l’une sont glissées – plus ou moins sagement et en ordre alphabétique relatif – mes partitions. Dans une autre, les biographies de compositeurs, les analyses d’œuvres, les traités d’orchestration et de composition. Dans une autre, élancée, j’y ai glissé mes dictionnaires – qui ne me semblent plus si étranges –, mes archives de journaliste. Sur le côté, punaisées sur un babillard fait main, des cartes d'amis, des souvenirs, mon essentiel macaron «Why be normal » et un texte, Essayez… c’est si facile!, publié jadis, dans lequel mon père livre ses conseils d’écriture journalistique. Et puis, bien sûr, il y a celles contenant les ouvrages littéraires, regroupés en ordre alphabétique par genres (québécois, autres, poésie, théâtre, essai, lettres allemandes) et l'inénarrable PAL, tout sauf ordonnée. 

Il faudrait bien que j'arrête d'aller à la bibliothèque, tiens, et que je lui fasse subir une (légère) cure de minceur!

lundi 13 juillet 2015

Bach

« Là, le Concerto pour violon en la mineur, puis celui en mi majeur ont existé pour la première fois. Dans l’âme émerveillée de la petite fille, qui n’avais jamais entendu que du rock & roll et du country, s’est élevé quelque chose comme l’espoir, comme une lumière qu’elle n’avait jamais imaginée. Elle s’est dit : « C’est Dieu. C’est Lui. Il me parle à moi. Il me parle! » Et quand le disque a été fini, elle a prié, d’une voix transfigurée, oubliant la redoutable jointure de madame Dubé : 
- Encore, oh! Encore! » 

Marie Christine Bernard, Autoportrait au revolver 

vendredi 5 juin 2015

Orphée Karaoké: la pièce dont vous serez les héros

Photo: Maxime Paré-Fortin  
Quelle façon ludique et allumée de terminer l'OFFTA! Un spectacle-événement sans acteurs qui promet une relecture de certains mythes grecs (que l'on peut considérer les ancêtres des soap operas et téléréalités).

« I need a hero », chantait Bonnie Tyler il y a quelques décennies (hit qui aurait très bien se retrouver dans la liste de titres d'ailleurs). Où le trouver? Parmi les spectateurs qui auront transmis leurs prières (cinq choix tirés dans un répertoire allant de Je t'aime moi non plus de Gainsbourg à une chanson des Beastie Boys, en passant par la Lambada et Father and Son de Cat Stevens) grâce à leur téléphone intelligent (ou à celui de la copine qui les accompagne, comme cela a été mon cas). Pendant que ceux-ci votent, Orphée le barde (Jean-François Malo) se promène au milieu des porteurs de chapeaux d'anniversaire de carton, visiblement perplexes quant à la suite des événements, mais le sourire aux lèvres.

Photo: Maxime Paré-Fortin  
Un numéro chanté et puis, tout bascule. Le rideau s'ouvre devant le public qui réalise qu'il n'est pas dans une salle de répétition, mais bien sur la scène principale du Théâtre d'Aujourd'hui. Étrange perspective quand on est habitué de contempler le tout de l'angle inverse! Des élus sont appelés par une voix de synthèse; ils deviendront Égée, Thésée, Hippolyte, Ariane, Phèdre, Ménélas, Hélène... J'ai hérité du rôle de Sisyphe, mais rapidement ai « voulu mourir sur scène » (sous le feu de lasers, rien de moins) et dû rendre mon couvre-chef de papier au Styx (une déchiqueteuse) puis revêtir le chapeau noir des morts (qui ne tenait bien sûr pas sur ma tignasse fournie). Dès lors, je me croyais à l'abri des feux de la rampe, mais l'auteur aurait le dernier mot (et, heureusement, le ridicule ne tue pas).

Je m'en voudrais de révéler les détours narratifs pris ici par Félix-Antoine Boutin qui dispose assurément d'une voix dramaturgique affirmée, le plaisir du jeu pour les spectateurs étant à la base même de la proposition. Oui, certains segments pourraient être légèrement resserrés, certaines redites éliminées, mais cela sera sans doute ajusté lors des prochaines représentations, car je ne pense pas me transformer en oracle en affirmant que, tel le phénix, ce spectacle renaîtra de ses cendres (du moins, on le souhaite).

mercredi 3 juin 2015

Keep in Touch / Gloria: entrer en contact

Si Keep in Touch et Gloria semblent liés par la présence de la musique, difficile de trouver programmes plus disparates ou de les faire entrer en résonance.

Pour lire ma critique, passez chez JEU...

Une chose est certaine: je surveillerai avec attention le parcours de Mykalle Bielinski.
OFFTA 2015 | Gloria from OFFTA on Vimeo.

jeudi 21 mai 2015

Gauvreau le magnifique

Claude Gauvreau est l'un de ces monstres sacrés que l'on révère autant que l'on craint. Poète souvent explosif, dramaturge qui dissèque avec une rare clairvoyance la société dans laquelle il évoluait, essayiste, romancier, épistolier, Gauvreau demeurera toujours un personnage plus grand que nature. Que l'on ait vu une fois ou vingt sa prestation à la mythique Nuit de la poésie de 1970, impossible de ne pas être renversé à chaque fois par son incommensurable magnétisme. Souvent cité, mais en réalité assez peu monté, Gauvreau est sans doute victime indirecte de sa propre ombre portée.

Belle idée donc de la SMCQ de clôturer sa saison par un hommage en mots et en musique à cet artiste iconoclaste, devant une salle archi-comble. S'y côtoyaient le prélude de la musique de scène de L'asile de la pureté  (enfin monté en 2004 par le TNM, plus de 50 ans après sa complétion!) et sa maintenant bien connue Valse de l'asile de Walter Boudreau, des extraits de deux pièces phares dans une mise en scène de Lorraine Pintal, la prestation de Gauvreau lors de la Nuit de la poésie et une version pour deux pianos du dernier mouvement du Concerto de l'asile, créé en janvier 2013 par Alain Lefèvre et l'OSM. L'expérience aurait certes été plus satisfaisante si elle avait été conçue comme un nouvel objet dramaturgique, d'un seul tenant, les applaudissements étant réservés à la toute fin de la proposition.

Que retiendrons-nous essentiellement de cette soirée? La parole, essentielle, de Gauvreau, qu'elle soit suggérée comme dans le prélude de L'asile de la pureté, brillant collage électroacoustique de Boudreau, auquel se superposaient les voix et les cloches (des feuilles de métal de différentes tailles) de l'Ensemble Mruta Mertsi, ou explicitée, à travers des extraits de L'asile de la pureté et de La charge de l'orignal épormyable. François Papineau (qui avait incarné le monumental Mycroft Mixeudeim au TNM en 2009) a démonté ici toute la puissance et la profondeur de son jeu, happant le spectateur en quelques secondes à peine, qu'il joue la carte de la folie démesurée ou de l'intériorité et de la contemplation d'un amour blessé. Superbe idée ici de faire dialoguer les mots de Gauvreau avec la prestation sur instrument inventé d'André Pappothomas (on avait déjà pu tomber sous le charme d'instrument et interprète lors de la production de l'opéra Notre Damn à l'automne 2014), ces cordes pincées, frottées, détournées, nous permettant d'une certaine façon d'entrer dans la tête de Donatien Marcassillar ou Mycroft Mixeudeim (Gauvreau lui-même).

Alain Lefèvre nous a offert une prestation toute en finesse de la Valse de l'asile, parfaitement dégagée, tantôt intime, tantôt presque orchestrale, portée par l'ampleur du souffle et la subtilité des multiples rubatos. Il reviendrait sur scène après la projection de la prestation de Gauvreau lui-même, magnétique, qu'il récite en exploréen ou nous livre des textes en apparence plus accessibles, cette fois en compagnie de Matthieu Fortin dans une version pour deux pianos de « La charge de l'orignal épormyable », dernier mouvement du Concerto de l'asile. Difficile ici de ne pas regretter la puissance, mais surtout les couleurs de l'orchestre et ce, malgré un soutien irréprochable de Matthieu Fortin, particulièrement raffiné, jouant sur les textures et les couleurs. Si cet arrangement pour deux pianos permet d'appréhender la rythmique complexe du mouvement de l'intérieur d'une certaine façon, l'opposition entre masse orchestrale et piano est nécessaire pour saisir les paliers de l'émancipation de Gauvreau de ses tortionnaires (le deuxième mouvement se passant à Saint-Jean-de-Dieu, rappelons-le) et apprécier au maximum le déploiement de la virtuosité soliste. À quand l'enregistrement avec orchestre?

« La banalité est la loi. L’unique est tabou. Les hommes justes souhaiteraient qu’il fût possible d’expier d’être unique. Hélas, l’unicité est inexpiable », écrivait Gauvreau dans les premières lignes de son roman Beauté baroque. La soirée d'hier nous a rappelé la pertinence de cette parole certes mordante, mais surtout appel à une prise de conscience tant individuelle que collective.

mardi 5 mai 2015

Illusions: magique

Je m'en voudrais de ne pas revenir brièvement sur le concert Illusions proposé par l'ECM+ et le Gryphon Trio​ jeudi soir dernier, une fête foraine unique en son genre, ludisme et intensité s'y côtoyant avec un naturel étonnant.


Parfaitement exécutées, les quatre pièces proposées - le Trio de Charles Ives et trois créations, dirigées de main de maître par Véronique Lacroix - se faisaient ici écho. Ainsi, le côté presque abstrait du premier mouvement du Ives se voyait prolongé par Musique d'art pour orchestre de chambre II de Simon Martin, un jeu audacieux sur l'intervalle (parfaitement juste) de la tierce majeure, véritable tour de force qui laissait l'auditeur pantois. TSIAJ (This Scherzo is a Joke) devenait prélude à l'évocateur Wanmansho de Gabriel Dharmoo​, superbement défendu par Vincent Ranallo​ qui, dans son splendide costume inspiré de ceux des maîtres de piste des temps oubliés, nous a fait voyager dans un imaginaire foisonnant. Le finale du Trio et sa juxtaposition détonante de styles nous permettait ensuite de découvrir le Wunderkammer (cabinet de curiosité) de Nicole Lizée et ses tiroirs (parfois secrets) qui s'ouvrent et qui se referment à répétition, autant de clins d’œil se déployant sur une pulsation implacable rappelant certaines pages de Steve Reich.
Photo: Jonathan Goulet
Si les projections de Kara Blake et Corinne Merrell s'intégraient tout naturellement (même si, à certains moments, cette succession de carrousels et de chaises volantes, Véronique Lacroix se retrouvant malgré elle pivot d'une certaine façon des manèges, étourdissait) à la trame post-moderne du Lizée, on aurait aimé pouvoir écouter sans aucune interférence au moins un des mouvements du Trio de Ives (le deuxième peut-être, particulièrement flamboyant), le tulle de projection créant une distance que l'on aurait voulu voir abolie entre nous et l'impeccable Gryphon Trio.
Photo: Jonathan Goulet

Chapeau à tous les interprètes! Mélomanes ontariens. réservez votre soirée du 22 mai (Toronto) et du 26 juillet (Ottawa, dans le cadre du Festival de musique de chambre). Vous ne le regretterez pas!

mercredi 22 avril 2015

Illusions : fête foraine multisensorielle

L’ECM+ affectionne les projets hybrides, dans lesquels les frontières entre les genres sont éliminées, une nouvelle carte de l’expérience de concert se dessine sous nos yeux. Illusions, présenté à la Salle Pierre-Mercure le 30 avril (le 22 mai à Toronto et le 26 juillet à Ottawa dans le cadre du Festival de musique de chambre) ne fait pas exception à la règle.

Le programme s’articule adroitement autour du Trio pour piano de Charles Ives, datant de 1910-11 (révisé en 1914-15), dans lequel le compositeur revient sur ses années universitaires à Yale. Il sera interprété par le Gryphon Trio, avec lequel l’ECM+ souhaitait collaborer depuis un moment, lui aussi adepte des projets multidisciplinaires. « Des affinités étaient évidentes, explique Véronique Lacroix, directrice artistique de l’ECM+. C’est un groupe qui, comme nous, ne fait pas seulement du contemporain, mais intègre des œuvres classiques à ses programmes. »

Trop peu joué, le Trio avec piano se révèle une porte d’entrée idéale pour s’approprier l’univers du compositeur américain iconoclaste et son humour si particulier. Le premier mouvement est constitué de deux lectures en duo puis une en trio d’un même thème de 27 mesures. Le deuxième, TSIAJ (« This scherzo is a joke »), aborde la polytonalité, les contrastes de timbres, et intègre des fragments de chants folkloriques et de fraternités tout au long du mouvement. (Une esquisse comprend d’ailleurs le sous-titre « Medley on the Campus Fence ».) Le lyrisme du finale, presque romantique, semble en totale opposition avec le collage de TSIAJ, mais Ives continue de multiplier les clins d’œil, glissant par exemple une musique écrite pour le Yale Glee Club (qui n’avait pas été retenue), traitée en canon par le violon et violoncelle, ou citant dans la coda Rock of Ages de Thomas Hastings au violoncelle, nous plongeant indéniablement dans une atmosphère des plus populaires.

La forme d’arche du trio permettait de le scinder facilement en trois segments et d’y greffer trois créations sans que celles-ci ne semblent plaquées : Musique d’art pour orchestre de chambre II de Simon Martin, Wanmansho de Gabriel Dharmoo et Wunderkammer de Nicole Lizée. Trois compositeurs aux personnalités fortes, aux esthétiques uniques, néanmoins complémentaires.

Le côté très ramassé de la pièce de Simon Martin devient ainsi un écho au minimalisme du premier mouvement du Ives. Composée de cinq sons microtonaux, une superposition de tierces majeures parfaitement calibrée, elle joue avec la justesse des intervalles, en les isolant ou en les élargissant par des frottements par exemple.

L’americana du deuxième mouvement se fond dans l’exotisme et l’exubérance de la proposition de Dharmoo, prolongement de ses Anthropologies imaginaires, dans laquelle un chanteur qui vient d’Orient croisera deux autres individus, une femme et un homme – ou peut-être bien un monstre –, tous trois interprétés par Vincent Ranallo. L’effervescence de la partition rappelle les fêtes foraines et les cirques d’antan, à leur apogée à l’époque d’Ives, assemblage hétéroclite de démonstrations scientifiques, de freak shows et de prouesses physiques.

Wunderkammer de Nicole Lizée (récente lauréate du Programme de mentorat des Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle qui devient pour un an la protégée d’Howard Shore), que l’on peut concevoir comme un triple concerto au très grand souffle, complète le programme. Articulée autour de sept grandes sections, l’œuvre possède une rythmique particulièrement complexe, de légères modifications de matériau gardant le spectateur en haleine pendant 25 minutes.

Parfois traitées de façon abstraite en noir et blanc (premier mouvement du Ives) ou misant sur une explosion de couleurs (dans le Lizée), des vidéos originales de Kara Blake et Corinne Merrell (qui ont notamment collaboré au film Le petit prince, sur nos écrans bientôt) prolongeront cet univers vaguement décalé d’une époque en apparence révolue, mais qui n’a rien perdu de son charme.

  

lundi 30 mars 2015

TomPlay: de vraies partitions interactives

Peut-on marier adéquatement technologie et apprentissage de la musique classique? À en croire la récente application pour iPad de la société suisse Tombooks, assurément. Si Minus One offrait depuis plusieurs années déjà des accompagnements de concertos donnant l'illusion aux élèves de jouer avec un « vrai » orchestre, les limites de l'offre étaient évidentes. En effet, même si les partitions sont proposées avec deux CD, l'un à vitesse de concert, l'autre de travail, il faut admettre que même la deuxième option est souvent impraticable pour un élève moyennement doué, à moins de ralentir chaque section (on peut en retrouver une dizaine pour un seul mouvement de concerto de Mozart par exemple) individuellement avec un logiciel approprié. Lourd à gérer...

TomPlay au contraire permet de le faire avec une déconcertante facilité. Il suffit d'adapter la battue (l'icone métronome) dans l'écran d'accueil et en un clic, le tour est joué. En période d'apprentissage, on pourra aussi choisir d'intégrer une battue régulière à la lecture de la partition (qui défile en temps réel à l'écran un peu comme le ferait un logiciel de karaoké), le métronome intégré nous aidant à garder une pulsation bien régulière. L'apprenti pianiste pourra aussi choisir de ne garder que l'accompagnement orchestral ou même la battue, ce qui permet de rapidement en arriver à un tempo de travail cohérent. Détail non négligeable: l'accompagnement orchestral a été enregistré en live, ce qui ajoute une profondeur supplémentaire au rendu.

On peut personnaliser sa partition, en y intégrant ses doigtés ou toute autre indication pertinente (de nuances notamment) et l'imprimer. On accédera ensuite si désiré à la communauté des utilisateurs et déposera partition annotée ou enregistrement d'une exécution en particulier. Quelques conseils ciblés d'interprétation sont proposés en complément (on évoquera par exemple la théâtralité du concerto K. 488), même si l'on mentionne bien en introduction que rien ne remplacera jamais un contact direct avec un professeur d'expérience. 

TomPlay va encore plus loin dans l'étude de chacune des partitions proposées (pour l'instant, au niveau des concertos, on retrouve le K. 467 et le 488 de Mozart, ainsi qu'un concerto de Haydn et le Deuxième de Bach, mais plusieurs pages solo sont aussi proposées, dont la Sonate « à la lune ») en intégrant au produit une section « Auditorium - Comprendre », approche plus musicologique de l'oeuvre permettant de la cibler dans un corpus, mais aussi dans la vie du compositeur, avec photos et extraits audio. Ceux qui voudront s'inspirer par l'exemple ont aussi accès à quelques interprétations marquantes du concerto.

Le produit est soigné, attrayant, convivial et offert en français, anglais et allemand. Chaque application pour iPad ne coûte que 5,79 $ (4,99 €) et est également disponible en paquet de quatre (les deux concertos de Mozart, celui de Bach et celui de Haydn) pour 15,99 $, bien moins cher qu'une partition standard. L'offre sera augmentée au fil des prochains mois et on annonce déjà deux extraits des Scènes d'enfants de Schumann.

On peut accéder à la liste complète ici...