La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
lundi 10 novembre 2008
Hommage à Jacques Poulin
Côté littérature, encore, on vient d'annoncer que le prix Goncourt 2008 a été décerné à l'auteur afghan Atiq Rahimi pour Syngué sabour publié par P-O-L. L'écrivain afghan est récompensé pour son premier roman écrit directement en français.
Le prix Renaudot quant à lui a été attribué à Tierno Monénembo pour Le roi de Kahel paru chez Seuil.
vendredi 7 novembre 2008
Le plaisir d'écrire
Plus loin
Un peu plus que des amis mais pas tout à fait des amoureux, David et Marie quittent un appartement, sans qu'on sache pourquoi, et partent à l'aventure, sur le pouce. À ceux qui acceptent de les faire monter dans leur voiture et qui demandent leur destination, ils répondent, systématiquement: « Plus loin. » Rentrent-ils chez eux, espèrent-ils trouver une terre plus hospitalière? La réponse n'est pas dans la destination mais bien dans le périple.
David Dorais (auteur d'un recueil de nouvelles et de plusieurs textes publiés par Solaris) et Marie-Ève Mathieu, couple à la ville, signent ici un curieux premier roman à quatre mains. Mi-récit initiatique et mi-galerie de personnages plus ou moins rocambolesques, qu'on découvre au détour de chacun des courts chapitres et des lifts qu'ils réussissent à obtenir, le roman laisse perplexe parce que, plus d'une fois, on se demandera où tout cela nous mènera. Si plusieurs des conducteurs rencontrés sont suffisamment typés pour qu'on sourit en découvrant comment ils interagiront avec David et Marie et les dialogues généralement savoureux, j'ai eu de la difficulté à m'y attacher. Cela n'aurait pas été très grave si j'avais pu plonger dans la psyché de ces deux jeunes idéalistes, mieux saisir ce qu'ils étaient venus chercher sur cette route. Quelques perches pseudo-philosophiques sont tendues ici et là qui tentent de débouter les préjugés généralement entretenus face aux « différences » (orientation sexuelle, âge, ethnies, familles reconstituées, etc.) mais j'ai eu l'impression que, tels les coups de sabre laser de David, elles tombaient le plus souvent à l'eau. On est très loin de Sur la route de Kerouac ou de certains récits inspirés par le voyage à Compostelle par exemple.
Le projet aurait d'abord vu le jour comme une télésérie qui aurait présenté à chaque semaine une nouvelle rencontre, une nouvelle micro-histoire, un nouveau rebondissement. Cette forme aurait été de loin plus satisfaisante à celle-ci, plus bancale qu'hybride. (Cela explique aussi peut-être que d'un chapitre à l'autre, il neige ou que le soleil tape presque sans transition, détail sans importance si on sent clairement que toutes ces rencontres sont indépendantes l'une de l'autre mais qui me semblait ici tenir de l'incohérence.) Certes, je ne me suis pas ennuyée le long de la route mais j'aurais voulu que tout ceci aille plus loin...
mercredi 5 novembre 2008
John Williams... vu (entendu) autrement
mardi 4 novembre 2008
Jacques Poulin reçoit le prix Gilles-Corbeil
Pour l'ensemble de son œuvre, Jacques Poulin a reçu hier le prix Gilles-Corbeil, remis aux trois ans par la fondation Émile-Nelligan. Le «Nobel Québécois», comme l'a appelé Robert Lévesque, président du jury, est doté de 100 000 $, bourse qui place ce prix parmi les plus importantes récompenses littéraires au Canada.
Ceux qui ont lu Jacques Poulin savent combien la voix de cet auteur est unique, combien chaque mot est travaillé, retravaillé, poncé. Pour ma part, j'ai d'abord abordé Les grandes marées, un peu par hasard (mon fils l'avait lu en classe et j'étais curieuse de découvrir cet auteur), et je suis tombée immédiatement sous le charme. J'en ai ensuite lu quelques autres, qui m'ont tous interpellée à des degrés différents, en ai offerts en cadeau. Ces atmosphères de bord de fleuve, la façon dont le temps semble toujours suspendu, la tendresse que Poulin porte à ses personnages aux destins atypiques mais en même temps si près de nous, restent autant de forces indéniables de cet auteur qui sait se concentrer sur l'infiniment petit pour en faire ressortir l'universel.
Un article de La Presse à lire ici...
dimanche 2 novembre 2008
Anne Bonhomme: La suppléante
La semaine avait été suffisamment dense entre enseignement, écriture, entrevue, concerts et je cherchais une lecture évasion, qui ne me prendrait pas la tête et me permettrait de plonger dans les mots d'une autre plutôt que les miens. J'ai donc pioché dans ma PAL La suppléante d'Anne Bonhomme, un livre doudou. Oui, dès les premières pages, on comprend que, malgré les embûches semées sur son parcours, Mathilde triomphera mais, quel plaisir à la suivre pendant cette demi-année passée à l'école Notre-Dame, une école primaire comme il en existe des centaines.
Quand le roman débute, Mathilde file un mauvais coton. Son amoureux l'a laissée puis l'a éjecté du groupe rock dont elle fait partie depuis des années, Les Bleuets sauvages. Elle n'aura pas le temps de s'apitoyer longuement sur son sort puisque M. Charland, directeur d'école vaguement désespéré (Mathilde est la 27e de 27 sur sa liste de candidats), lui propose d'assumer un remplacement d'une professeur en burnout. Du jour au lendemain et sans expérience autre que d'enseigner le piano à quelques élèves, elle se trouve parachutée dans le merveilleux monde de l'enseignement au niveau primaire. Elle y découvrira les guerres de pouvoir, la tutumanie (« Les amis, tu vas sortir ton cahier! », maladie malheureusement très généralisée), l'absence de matériel adéquat (son piano ne sera accordé que parce que l'ami d'un ami le fera gratuitement et encore, cela fera des vagues) mais surtout le criant manque de soutien devenu la norme dans notre système d'éducation publique. Elle aura à s'adapter, à faire des choix, à trouver sa voie. En route, elle tombera sous le charme des enfants, du père d'un élève doué, Paul, violoncelliste de profession, pas tout à fait libre.
Anne Bonhomme, orthophoniste en milieu scolaire pendant 13 ans, jette un regard parfois caustique sur cet univers si particulier mais le plus souvent tendre. Son attachement au monde de l'enfance transparaît au détour de plusieurs de ces pages. Le style est enlevé, direct et attrayant. Bien sûr, on ne se plonge pas dans un tel roman pour s'extasier sur une figure de style réussie ou une trame narrative inusitée. Parfois, en lecture comme dans la vie, on a besoin d'être édifié et, à d'autres moments, d'être diverti (les deux n'étant pas nécessairement mutuellement exclusifs). Dans la catégorie « lecture légère mais de qualité », ce premier roman tient amplement son pari. En terminant, chapeau aux titres de chapitres qui reprennent des titres du répertoire québécois. Quand on connaît bien la chanson...
En complément, une entrevue avec l'auteure ici...
Un commentaire de lecture d'une revue pédagogique...
vendredi 31 octobre 2008
Hommage à la création musicale
Le concert s'ouvrait avec Lontano de György Ligeti, éternité faite musique, « une coupe de quelque chose qui déjà est commencé depuis toujours » selon le compositeur, une œuvre absolument fascinante, qui permet de percevoir le son en mouvement, en mutation, qui s'écoule, sans rupture tranchante, dans l'espace. Complexe et en même temps extrêmement fluide pour l'oreille, Lontano exige qu'on s'immerge dans le son, qu'on le sente vivre, nous traverser, se jouer de notre perception pour rebondir ailleurs. La battue de Susanna Malkki y était magistrale, d'une précision inouïe mais d'une grande fluidité et toute en subtilité. Un instant, j'ai rêvé que j'étais dans l'orchestre et répondais à ses gestes, son intensité, sa concentration.
Elle dirigeait également le Concerto pour violon d'André Prévost. Avant de plonger dans l'univers de cette page dense mais surtout hautement poétique, nous étions invités à visionner un extrait du Journal d'une création de James Dormeyer, documentaire tournée en périphérie de la création de l'œuvre par la violoniste Chantal Juillet en avril 1998. Ces images nous permettaient fort astucieusement de nous glisser en répétition avec le compositeur (décédé en 2001), d'assister à la première rencontre de ce dernier avec Charles Dutoit, de comprendre que toute oeuvre est en son essence incarnée (on a souvent tendance à l'oublier) et de s'approprier déjà quelques bribes de la partition. Quand les dernières images se sont dissoutes sur l'écran, la violoniste et la chef avaient pris place, belle union entre hier et aujourd'hui. Redoutable pour la violoniste, le concerto reste néanmoins d'une grande clarté, même si conçu dans une forme en apparence libre. La charge émotive de l'œuvre reste importante, particulièrement dans les moments plus tendres. Les dernières minutes proposent un dialogue efficace mais surtout touchant entre la violoniste et son double (elle-même, sur bande enregistrée). Si je ressentais très clairement l'intensité du violon sur l'enregistrement, je trouvais que le jeu de Chantal Juillet restait un peu trop distancié sur scène, toujours un peu sur la réserve, comme si elle n'osait pas pousser l'émotion plus loin.
Lila de Paul Frehner entamait la deuxième partie du concert. J'avais entendu cette œuvre en janvier 2007 lors de la finale du Prix international de composition de l'OSM, à la radio. (Le compositeur s'est mérité le Prix national Claude-Vivier, étant le seul compositeur canadien en lice.) L'animateur avait évoqué un effet stéréophonique (que je n'avais aucunement perçu à l'écoute), que j'étais curieuse d'apprécier en salle mais, comme disait un de mes professeurs jadis: « Il y a eu de bons moments mais de foutus quarts d'heure ». Si certains passages restent intéressants (ceux à la rythmique hindoue par exemple ou certains traitements sonores plus intimes), on ne parvient pas à saisir la grande structure de l'œuvre. À plusieurs reprises, je me demandais où nous en étions, incapable d'en percevoir la cohésion. Quand à la stéréophonie tentée, je ne l'ai perçue clairement qu'à une seule reprise. Sans aller jusqu'à qualifier l'œuvre de « daube » (voir la critique de Christophe Huss), je peux affirmer que je me passerai très bien d'une troisième écoute.
Une vidéo plutôt réussie de Jérôme Bosc accompagnait City Life de Steve Reich, oeuvre datée de 1995 intégrant klaxons, claquements de portières, sirènes, extraits parlés et battements de cœur. Fort astucieusement, les sons préenregistrés deviennent éléments intégrants de la partition, pulsation, ostinato alors que les sonorités des instruments s'y superposent, créant l'illusion par moment que les « vrais » instruments ne sont plus ni moins qu'une projection sonore de l'esprit. L'OSM, en détachement relativement intime, a bien transmis la partition, toujours très actuelle. Je reste par contre vaguement sceptique par rapport à la nécessité d'intégrer l'élément visuel à cette page qui me semble suffisamment forte pour s'en passer (et j'ai fini par me lasser de ce disque EMI qui tournait sans cesse dans la section « It's been a honeymoon »).
La soirée se terminait avec Orion, une commande de l'OSM à Claude Vivier (la création en sera donnée en octobre 1981), dense, mystique, cosmique, à l'orchestration magistrale. Si le concert exigeait une attention soutenue pour en profiter au maximum, il a su démontrer que le répertoire symphonique contemporain est vibrant et surtout pertinent. Il reste à souhaiter que de telles initiatives soient reprises plus souvent par nos organismes montréalais.
La critique de Christophe Huss du Devoir ici...
Celle de Claude Gingras de La Presse là...