En prolongement de mon bilan lectures d'hier, voici celui dédié aux autres formes artistiques qui m'ont secouée, émue, transformée, cette année.
Expositions
À des niveaux différents, deux expositions montréalaises m'ont séduite. La première, consacrée à Cuba au Musée des beaux-arts m'a permis de découvrir un univers pictural (et même conceptuel, quand on considère les œuvres plus récentes) tout à fait inusité, entre stylisme européen et effervescence et explosion de couleurs des Caraïbes. Elle m'a aussi permis de réaliser combien la condition d'artiste peut être précaire, quand elle n'est pas soutenue par des instances gouvernementales, des mécènes, des amateurs, combien le choix de créer peut être difficile mais néanmoins exaltant.
Je ne peux pas non plus passer sous silence l'exposition Prenez soin de vous de Sophie Calle, présentée par la fondation DHC/ART, qui m'a rejointe à plus d'un niveau, en me permettant de plonger de plain-pied dans l'univers de Sophie Calle, de revisiter la notion que l'on peut entretenir de manifestation artistique, d'être intimement touchée par ses multiples déclinaisons, émotions qui allaient de la douleur au rire le plus franc. J'en avais parlé ici...
Hors catégorie, car vue à Philadelphie lors de mon périple d'exploration culturelle avec des ados, l'exposition consacrée aux oeuvres et à l'univers de Frida Kahlo, intime, magnifique, rare.
Théâtre
Je ne fréquente que très peu les salles de cinéma mais adore l'univers du théâtre. J'aime la fragilité du médium, sa force, la façon dont les mots se transmettent, se transforment en émotion brute les grands soirs, se prolongent dans notre conscient et parfois notre inconscient, des jours ou même des mois après.
Je retiendrai, pour la puissance du texte de Timothy Findley, auteur canadien que j'adore, la dextérité du jeu de Marie-Thérèse Fortin mais aussi la subtilité de celui de Jean-François Casabonne, Elizabeth, roi d'Angleterre, présenté au TNM.
J'ai aussi apprécié la ludicité et la mise en scène éclatée de la production double La cantatrice chauve / La leçon présentée au Centre Pierre-Péladeau par la NCT, en année de rénovation.
Et, bien sûr, je ne peux pas passer sous silence Bob de René-Daniel Dubois (qui signait d'ailleurs la traduction d'Elizabeth) et dont le texte continuera de m'habiter encore longtemps, à des niveaux différents, je pense.
Musique classique
Même si, au fil des ans, je suis devenue un peu blasée, j'ai quand même engrangé quelques souvenirs mémorables cette année: la Sonate de Liszt de David Fray en octobre, l'événement exceptionnel qu'était la présentation de l'opéra Saint François d'Assise de Messiaen (et ce, même si j'ai trouvé le « Prêche aux oiseaux » interminable) par l'OSM en décembre, mais surtout le Troisième Concerto de Beethoven joué par Alfred Brendel avec un OSM aux couleurs somptueuses, lors de son dernier passage montréalais à vie en février dernier.
Autres musiques
Juin 2008 restera éternellement teinté pour moi de l'annonce du départ brutal d'Esbjörn Svennson, âme du trio du même nom, mort noyé dans un accident de plongée. Mes billets inutilisés pour son spectacle non donné au Festival de jazz, un dernier opus devenu testament (Leucocyte), l'émotion est encore vive pour moi, six mois après.
Autre grand coup de coeur, la découverte de l'univers musical du pianiste et compositeur norvégien Ketil Björnstad, rencontré par hasard (mais existe-t-il un hasard?) dans un poste d'écoute de disquaire. Depuis cet achat de Devotions, j'ai écumé ce qui se trouvait en streaming sur Internet, me suis procuré Life in Leipzig (que j'apprivoise encore) et une amie m'a offert pour Noël Epigrahs, un disque envoûtant réalisé avec David Darling. Je n'ai pas fini de faire le tour de l'artiste...
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
mercredi 31 décembre 2008
mardi 30 décembre 2008
Bilan lectures 2008
Je viens de passer un certain temps à démêler ma liste de lectures 2008 et à faire des liens vers tous les commentaires avant d'archiver le tout (le tout sera en ligne le 2 janvier). Je suis confuse d'avouer que tout n'était pas parfaitement réglementaire de ce côté, hum... Peut-être que je devrais prendre comme résolution 2009 de mieux suivre mes deux listes de lecture? (Ça n'implique pas de grand changement dramatique, juste un regard plus attentif.) Tout de même, cela m'a permis de faire un bon survol de l'année et de retrouver certains titres avec plaisir. Après tout, douze mois de lecture, c'est long...
Alors, un peu pêle-mêle, quelques incontournables...
Catégorie littérature québécoise
Je fais mentir les statistiques avec délectation, puisque je connais de mieux en mieux la littérature d'ici, en partie grâce à La Recrue du mois et ses premiers romans mais aussi parce que, admettons-le, ce qui s'écrit au Québec n'a rien à envier à ce qui est produit chez nos cousins français. Alors, un top 3?
Pour la complicité, ex-aequo: Neil Smith et Nicolas Gilbert, parce que, à des niveaux différents, leurs parcours rejoignent le mien. Et je reste encore émue de la séance de signature avec Catherine Mavrikakis.
Littérature canadienne (comme dans, oui, ROC, le Rest of Canada)
un incontestable: Les romantiques de Barbara Gowdy et un incontournable: Logogryphe de Thomas Wharton
Littérature européenne
Oui, je sais, les puristes s'insurgeront. Certains de ces titres ont été écrits en français, d'autres pas. Peu importe. Mes coups de coeur toutes catégories confondues sont (roulements de tambour):
L'histoire de l'amour de Nicole Krauss pour son propos, la forme narrative adoptée, la tendresse qui se dégage des pages mais qui évite toujours les évidences, pour le souffle et surtout pour les personnages.
Des attentes pour 2009? Faire diminuer ma PAL? Je sais, c'est irréaliste... Elle fluctue, comme la météo... Peut-être un seul livre alors, le prochain Paul Auster, auteur fétiche s'il en reste un, pour me faire oublier Dans le scriptorium... Sinon, j'aime mieux rester ouverte aux découvertes!
Alors, un peu pêle-mêle, quelques incontournables...
Catégorie littérature québécoise
Je fais mentir les statistiques avec délectation, puisque je connais de mieux en mieux la littérature d'ici, en partie grâce à La Recrue du mois et ses premiers romans mais aussi parce que, admettons-le, ce qui s'écrit au Québec n'a rien à envier à ce qui est produit chez nos cousins français. Alors, un top 3?
- L'art de la fugue de Guillaume Corbeil: une réelle découverte pour moi. Un ton, une écriture, une façon de manipuler/détourner le langage que j'ai beaucoup appréciée.
- Le ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis: certainement mon auteur chouchou de cette dernière partie d'année, avec la lecture de trois de ses cinq titres. Un univers sombre certes mais une plume inspirée, acérée, qui habite longtemps.
- Vandal love de D. Y. Béchard: pour le souffle, la folie de la narration, le travail sur la forme, l'achèvement du récit (premier roman, spécifions-le).
Pour la complicité, ex-aequo: Neil Smith et Nicolas Gilbert, parce que, à des niveaux différents, leurs parcours rejoignent le mien. Et je reste encore émue de la séance de signature avec Catherine Mavrikakis.
Littérature canadienne (comme dans, oui, ROC, le Rest of Canada)
un incontestable: Les romantiques de Barbara Gowdy et un incontournable: Logogryphe de Thomas Wharton
Littérature européenne
Oui, je sais, les puristes s'insurgeront. Certains de ces titres ont été écrits en français, d'autres pas. Peu importe. Mes coups de coeur toutes catégories confondues sont (roulements de tambour):
- La petite fille silencieuse de Peter Hoeg: pour la force de la narration, le sous-texte musical, le style extrêmement touffu. Le seul titre qui m'a fait franchir la barre psychologique des 4 étoiles en 2008.
- La véritable histoire de mon père de Nicolas Cauchy: un premier roman coup de poing, diablement bien mené, qui nous laisse bouche bée, entre violence brute et tendresse
- Malavita encore de Tonino Benacquista: encore meilleur que Malavita selon moi, une lecture foisonnante et véritablement jouissive. J'admets ici que j'ai tout lu de l'auteur, ce qui me rend peut-être un peu moins objective mais, bon...
- Cette histoire-là d'Alessandro Baricco: pour la façon magistrale dont Baricco a tissé ses histoires l'une dans l'autre, qu'elles croisent l'Histoire, la musicalité du texte, encore et toujours.
L'histoire de l'amour de Nicole Krauss pour son propos, la forme narrative adoptée, la tendresse qui se dégage des pages mais qui évite toujours les évidences, pour le souffle et surtout pour les personnages.
Des attentes pour 2009? Faire diminuer ma PAL? Je sais, c'est irréaliste... Elle fluctue, comme la météo... Peut-être un seul livre alors, le prochain Paul Auster, auteur fétiche s'il en reste un, pour me faire oublier Dans le scriptorium... Sinon, j'aime mieux rester ouverte aux découvertes!
lundi 29 décembre 2008
Les adolescents troglodytes
De retour dans mon modeste home, après quelques jours passés dans l'effervescence. Trop de bruit, de cris, mais heureusement, quelques instants volés, ici et là, pour lire. Dans mon sac à livres très mince (je me doutais bien que le niveau de concentration ne pourrait être maximal), j'avais glissé deux livres aux couvertures blanches, comme la neige qui est malheureusement presque entièrement disparue: Le récital de Nicolas Gilbert, notre recrue de janvier (dont je vous reparlerai bientôt) mais aussi, Les adolescents troglodytes d'Emmanuelle Pagano, un cadeau de Seb qui l'avait adoré et en avait parlé avec infiniment de poésie ici, qui attendait patiemment dans ma PAL depuis juin.
Dès les premières pages, j'ai été happée par cet univers à la fois sombre et lumineux, désertique et profondément habité, non pas uniquement par ces habitants du plateau ardéchois mais surtout de l'intérieur, grâce au ton de la narratrice, entre confidence et poème en prose. « Je m'arrête là, parce que j'ai besoin du lac et de l'ombre pour me souvenir, pleurnicher sur ma mémoire comme une vieille. La mémoire, il faut la laver et la remplir tous les jours. » (p. 17) Ces adolescents troglodytes (i.e. qui séjournent dans des excavations naturelles ou artificielles), on s'y attache, mieux, on les comprend, les ressent instantanément. En questionnement, en mutation, en marge de leur corps, ils nous rappellent ceux que nous avons été à une autre époque, ceux qui se nichent au cœur de nous encore aujourd'hui. Ils nous rappellent aussi la solitude à laquelle nous devons tous faire face, l'intolérance, la sainte manie d'apposer des étiquettes à tout ce qui nous est plus ou moins étranger.
Celle qui nous raconte leur quotidien, c'est Adèle, chauffeure du car scolaire qui les mène, par monts, par vaux, par vent, par tempête, à l'école, au lycée, au collège. Adèle, elle aussi, éternelle adolescente, en mue. Au fil des pages, on comprend que les liens qui l'unissent à son propre corps ont d'abord été troubles, douloureux, avant d'être acceptés, assumés. Elle, avant, était lui, incapable de faire face aux muscles qui se mettent à saillir, à cette absence de poitrine, à ces jeux rudes qu'elle ne comprend pas.
Avec une délicatesse exemplaire, jamais complaisante, à petites touches, Emmanuelle Pagano nous raconte la façon dont Adèle s'est affranchie des limites du corps qui lui avait été dévolu par erreur. Elle bascule du masculin au féminin, selon qu'est narré un épisode récent ou de ce passé impossible à nier, avec dextérité, avec tendresse. Jamais elle ne tombe dans le voyeurisme et pourtant, elle ne cache rien, des hésitations, de la douleur, des élancements, des joies, de la tendresse qu'Adèle éprouve pour ses « petits » qu'elle suit avec attention tous les jours, mais aussi des coups dans le bas-ventre quand on est balayé par la vague de l'amour. « Je ne me rappelle pas ce que je lui ai répondu à côté samedi, mais je sais que mes mots sont tombés par terre, et que ça l'a fait rire. Il était beau dans son rire et son gilet. » (p. 111) À travers cette métamorphose, presque métaphore, elle évoque ce qu'être femme englobe comme contradictions. « J'ai su dans la douleur que ne pas avoir d'enfant, c'est ça, être une femme. Ce n'est pas avoir un enfant. Être mère c'est perdre un enfant, porter ce caveau où s'accrocheront les frères et sœurs. J'ai eu mal là, avec un savoir cru, violent, j'ai eu mal à cette alvéole mortuaire, celle de ma mère, celle d'où je viens. » (p. 139)
« Le jour est bleu à s'ouvrir les plis du ciel. Il fait si beau et si froid que l'air se gerce par endroits, nous paraît impénétrable. Il va bien falloir passer dedans, pourtant. » (p. 166) Parfois, un livre nous attend, patiemment, jusqu'à ce qu'on soit prêt à le recevoir. Celui-ci est l'un de ceux-là. Merci Seb!
vendredi 26 décembre 2008
Entre deux bouchées...
Au milieu du tohubohu du temps des fêtes (et parce que je repousse le moment de faire une vaisselle monstrueuse ce matin), un petit coucou, quelque peu décousu...
Certains curieux voudront peut-être savoir si j'ai reçu des livres pour Noël... Toute une pression quand on doit offrir un livre à quelqu'un qui lit beaucoup. Enfin, c'est ce que mon mari m'a laissé sous-entendre, impressionné qu'il est sans doute par ma PAL, les livres que je lis dans le cadre de La Recrue, mes visites à la bibliothèque, mes lectures musicologiques... Alors, j'ai magasiné mon propre cadeau cette année, enfin presque. J'ai acheté deux livres, le dernier Goncourt et le dernier Yasmina Khadra, les ai rapportés à la maison et lui ai dit d'en envelopper un et que l'autre serait donné à ma mère. (Je me doute bien qu'il y aura éventuellement retour du dit livre dans ma bibliothèque, ma mère habitant en appartement et refusant de s'encombrer de livres de façon permanente. Admirez la ruse ici. Pour la petite histoire, j'ai déballé Ce que le jour doit à la nuit de Khadra le 24.) Mais certains proches, des « littéraires », ont quand même osé me donner des livres, dont La beauté du geste de Catherine David, que j'ai très hâte de lire (un écrit qui analyse le rapport entre le piano et le taï-chi-chuan) ou La terre nous est étroite de Mahmoud Darwich, un livre de poésie qui me plongera dans un univers très lointain.
Alors, prêts pour une autre bouchée de tourtière? Euh, moi non plus... Mais si vous souhaitez prolonger Noël en musique, vous pouvez aussi m'entendre ici dans Sainte-Nuit et là dans un Premier Noël Satiesque ...
Si vous préférez Mozart...
Mozart Sonate K330 (Andante) - Lucie Renaud
Certains curieux voudront peut-être savoir si j'ai reçu des livres pour Noël... Toute une pression quand on doit offrir un livre à quelqu'un qui lit beaucoup. Enfin, c'est ce que mon mari m'a laissé sous-entendre, impressionné qu'il est sans doute par ma PAL, les livres que je lis dans le cadre de La Recrue, mes visites à la bibliothèque, mes lectures musicologiques... Alors, j'ai magasiné mon propre cadeau cette année, enfin presque. J'ai acheté deux livres, le dernier Goncourt et le dernier Yasmina Khadra, les ai rapportés à la maison et lui ai dit d'en envelopper un et que l'autre serait donné à ma mère. (Je me doute bien qu'il y aura éventuellement retour du dit livre dans ma bibliothèque, ma mère habitant en appartement et refusant de s'encombrer de livres de façon permanente. Admirez la ruse ici. Pour la petite histoire, j'ai déballé Ce que le jour doit à la nuit de Khadra le 24.) Mais certains proches, des « littéraires », ont quand même osé me donner des livres, dont La beauté du geste de Catherine David, que j'ai très hâte de lire (un écrit qui analyse le rapport entre le piano et le taï-chi-chuan) ou La terre nous est étroite de Mahmoud Darwich, un livre de poésie qui me plongera dans un univers très lointain.
Alors, prêts pour une autre bouchée de tourtière? Euh, moi non plus... Mais si vous souhaitez prolonger Noël en musique, vous pouvez aussi m'entendre ici dans Sainte-Nuit et là dans un Premier Noël Satiesque ...
Si vous préférez Mozart...
Mozart Sonate K330 (Andante) - Lucie Renaud
mardi 23 décembre 2008
Joyeuses fêtes
Eh oui, Noël est presque là... Que vous souhaitez, qui compte vraiment? De la tendresse, de la lumière, des mots tendres, de la musique d'antan, des sourires francs...
J'ai pensé vous offrir, sans façon, enregistré avec les moyens du bord (un logiciel gratuit et le micro de mon portable) quelques mesures d'un autre âge, d'un autre univers. Je vous retrouve bientôt. À cliquer à gauche ou ici...
J'ai pensé vous offrir, sans façon, enregistré avec les moyens du bord (un logiciel gratuit et le micro de mon portable) quelques mesures d'un autre âge, d'un autre univers. Je vous retrouve bientôt. À cliquer à gauche ou ici...
dimanche 21 décembre 2008
Écrire le réel
Parfois, je cède de façon impulsive à des livres que je croise en bibliothèque. Ce fut le cas du dernier ouvrage de Naïm Kattan, Écrire le réel, une collection d'essais qui prolonge sa réflexion amorcée en 1970 par Le réel et le théâtral. Le livre s'ouvre sur quelques pages littéraires (souvenirs, amorce de romans, bribes de nouvelles, tous ces qualificatifs à la fois?), déposées en marge, en partage, véritables bijoux d'écriture. Après quelques paragraphes à peine, je me semonçais de ne pas avoir lu avant cet auteur québécois, véritable légende vivante.
Dans les textes présentés ici, il aborde son périple d'écrivain arabe (juif de Bagdad), étudiant à Paris, devenu Montréalais entièrement assumé il y a déjà plus de cinq décennies. « Montréal ne sera pas une simple halte, un jalon sur une route, ni non plus un lieu fixe, mais un point de départ tout autant que d'arrivée, car tout mouvement implique un départ et un retour. » (p. 50) Il trace des parallèles fascinants entre l'Orient et l'Occident, entre les littératures, les esthétiques, les façons d'aborder la religion, de s'approprier le sacré, s'interroge au passage sur la place de la lecture, de la culture, de l'art dans notre société. « L’art est né en partie d’un besoin de comprendre en même temps que d’une recherche de cohérence. Il donne naissance à un environnement, pour ne pas parler d’une totalité où le sensible rejoint le raisonné et l’enchantement, la réflexion, ce qui ouvre la voie à l’individuel, au personnel, autrement dit à l’unique. Enlever à la personne sa capacité d’approcher le monde par le sensible, c’est lui bloquer le chemin du réel, l’accabler d’une incertitude dans la saisie de ce qui l’entoure, dans sa réflexion et sa recherche de sens. C’est, en d’autres termes, la priver de sa liberté. Or, celle-ci pourrait lui être assurée par un recours à l’image, mais à condition de préserver, de réhabiliter le pouvoir de la langue. » (p. 123)
Il présente, évoque, questionne, sans jamais tomber dans le piège du dogmatique. Il s'arrête, se pose, regarde en arrière mais sans jamais oublier de se tourner vers l'avenir. Il nous force à demeurer alerte, sensible, à accepter le mouvement. On ne peut que l'en remercier.
Une présentation de son oeuvre, alors qu'on lui remettait il y a quelques années Le Prix du Québec est à lire ici...
vendredi 19 décembre 2008
M. Ré-dièse et Mlle Mi-bémol
Noël arrive à grands pas et je suis très loin d'être dans un état d'esprit pour accueillir cette fête. J'ai donc décidé hier de faire un petit effort et de lire ce charmant conte de Jules Verne, paru jadis dans Le Figaro illustré de Noël 1893. J'avais craqué pour ce livre des Éditions de Saint Mont au marché de la poésie à Paris et leur édition des Lettres d'amour à George Sand de Musset (choix qui avait suscité tout un débat avec l'éditeur qui, harô sur moi!, avait cru un instant que j'étais sandiste quand je lui ai demandé s'il avait aussi publié les lettres de Sand à Musset!). Quand j'ai extirpé la plaquette de sa pochette protectrice en plastique, une bouffée un brin nostalgique de Paris s'est libérée, je l'admets volontiers.
La nouvelle de Verne est à des lieues de ses écrits célèbres mais possède un certain charme suranné à la fois pétillant et tendre. Pendant le récit, j'ai rêvé, comme le petit Ré-dièse à cet orgue improbable qui intègrerait un jeu de voix enfantines aux flûtes, bourdons et autres prestans. Je me suis dit que, en effet, peut-être bien que nous possédons tous « notre » note à nous, qu'il s'agit de la trouver et de l'accepter. J'ai refermé le livre avec le sourire, de la musique plein les oreilles...
On peut lire le conte en ligne, ici même...
La nouvelle de Verne est à des lieues de ses écrits célèbres mais possède un certain charme suranné à la fois pétillant et tendre. Pendant le récit, j'ai rêvé, comme le petit Ré-dièse à cet orgue improbable qui intègrerait un jeu de voix enfantines aux flûtes, bourdons et autres prestans. Je me suis dit que, en effet, peut-être bien que nous possédons tous « notre » note à nous, qu'il s'agit de la trouver et de l'accepter. J'ai refermé le livre avec le sourire, de la musique plein les oreilles...
On peut lire le conte en ligne, ici même...
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