samedi 28 février 2009

Semaine de lecture

Avant d'être rebaptisée « semaine de relâche », cette semaine sans cours se voulait d'abord une semaine de lecture, pendant laquelle les étudiants de niveau universitaire pouvaient compléter leurs travaux de mi-session et les professeurs se mettre à jour dans leurs lectures professionnelles. Si elle est devenue au fil des ans synonyme de voyage dans le Sud ou de moment privilégié pour dévaler les pentes (avec des centaines de vos plus proches amis, mais, bon...), j'ai décidé cette année de lui redonner son sens premier et de - ciel! - faire diminuer ma PAL et ma PAE (pile à écouter) pendant la semaine. Alors, si vous ne me trouvez pas ici, c'est que je suis sur un sentier de raquette ou plongée dans un livre.

jeudi 26 février 2009

Man on Wire

Êtes-vous de ceux qui croyez encore qu'un documentaire doit être lénifiant et traiter de sujets aussi essentiels que les habitudes de reproduction de la sauterelle africaine? De toute évidence, vous n'avez pas fréquenté le genre récemment! De nos jours, les documentaires visent un large public, qui apprécie d'apprendre tout en étant diverti.

Man on Wire, qui vient de se mériter l'Oscar dans cette catégorie (en plus d'avoir remporté un prix à Sundance) est particulièrement intéressant, tant au niveau du sujet lui-même (la folle traversée, sur fil de fer, du gouffre entre les deux tours jumelles du World Trade Center par le Français Philippe Petit) que du traitement privilégié. Le réalisateur James Marsh a choisi de raconter le périple comme s'il assemblait un film de suspense, en intégrant aux témoignages de Petit (absolument captivants) ceux de ses complices mais aussi des vidéos d'époque mais surtout en décomposant l'histoire pour y insuffler un rythme particulièrement haletant. Grâce à un découpage astucieux, qui refuse une narration linéaire, à une trame musicale composée en grande partie par Michael Nyman (The Piano), à des angles et éclairages très contemporains, nous devenons témoins abasourdis, complices même, de ce que plusieurs ont qualifié de « crime artistique du siècle ».

Absolument séduite par mon visionnement, j'ai apporté le film dans ma classe de journalisme aujourd'hui. Pour une fois - ô miracle! -, j'ai eu droit à un silence impressionnant. Comme quoi, les rêves les plus fous demeurent encore source d'inspiration.

Je partage ici la bande-annonce du film, disponible sur vidéo.


mardi 24 février 2009

Un ménage rouge


Vincent Morin, jeune trentaine, courtier en valeurs mobilière reconnu par ses pairs mais loup solitaire, se libère de ses obligations new-yorkaises et rentre à la maison un jour plus tôt que prévu. Une surprise des plus douloureuses l'attend à son arrivée: sa femme s'éclate dans la chambre conjugale... avec deux amants de passage. Fou de rage, il les tue tous les trois. Le premier chapitre présente l'odieux, le reste du roman nous entraîne dans la psyché du personnage qui passera de la colère au désespoir, de la violence à l'abattement, des certitudes aux questionnements.

Si plusieurs auteurs ont choisi de décortiquer les motivations d'un psychopate, Richard Ste-Marie préfère une voie toute autre dans ce premier roman particulièrement abouti. Il nous livre les interrogations du coupable et nous invite plutôt à nous glisser dans la tête, dans la peau, de cet homme en apparence si ordinaire qui, suite à un aveuglement passager, voit sa vie basculer entièrement. Loin de poser un jugement de valeur sur le geste, Ste-Marie se consacre plutôt sur la suite des événements: nettoyage des lieux, élaboration d'un scénario rocambolesque qui pourrait justifier la découverte des corps, tentatives de poursuivre une vie « normale ». On assiste à un curieux jeu du chat et de la souris, non pas tant entre le policier et le meurtrier qu'entre un homme et sa conscience, qui se pose soudainement (enfin?) des questions essentielles sur ses choix de vie, tant professionnels qu'amoureux.

L'écriture de Richard Ste-Marie est limpide, directe, mais non dépourvue d'images habiles. Le rythme est mené d'une main de maître, sauf peut-être lors de légères digressions pro-littérature ou face à la société dans laquelle nous vivons dans la dernière section (considérations qui auraient pu sembler inspirées et inspirantes dans d'autres circonstances mais qui alourdissent inutilement le propos ici). Jusqu'à la fin pourtant, l'auteur danse une délicieuse valse-hésitation avec nous. La musique cesse, on referme le livre, avalé d'un trait, et on salue la délicatesse avec laquelle on a été mené.

Une entrevue avec l'auteur peut être écoutée ici...

vendredi 20 février 2009

Décombres de la beauté


Poète, essayiste, théologie, philosophe, animateur d'ateliers littéraires, Jacques Flamand est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages. Fil conducteur de presque tous ces ouvrages: la beauté et la fragilité de l'âme humaine mais aussi de la planète.

Dans Décombres de la beauté, l'auteur nous propose une série de poèmes et de réflexions, entrecoupés de citations (parfois de lui mais souvent d'autres auteurs) et rehaussés d'illustrations de François-Xavier Noir, qui tentent de mieux cerner la douloureuse situation actuelle au Proche Orient.

Dans la première partie du livre, Flamand nous plonge dans l'horreur de la guerre, usant à l'occasion d'une palette pour le moins inusitée. « Et l'orchestre s'emballe/spectateurs en cadence/feux d'artifice/pétards de joie/voitures piégées/Bagdag en mille éclats » (dans La fête par exemple). On se sent interpellé presque viscéralement, on s'interroge, on se désole, on hésite à avancer plus profondément. Et puis, avec subtilité et finesse, il nous force à ouvrir les yeux, ceux du du cœur, ceux qui nous permettent de déceler la parcelle d'humanité au milieu du charnier, la beauté qui réside dans un geste simple, dans le sourire d'un enfant, le visage parcheminé d'une veillard. La vie reprend alors ses droits, son sens et les mots du poète se prolongent dans notre quotidien, plus éloquents que les si terribles images véhiculées par les médias. « L'inhumanité de la guerre, son insupportable atrocité, sa laideur terrifiante nous font mieux découvrir et apprécier son antidote radical, le beau, lequel ouvre des horizons infinis, jusqu'au seuil de l'absolue Beauté. Tel est bien le lieu de l'homme, lieu où celui-ci, ayant tourné pour de bon le dos au mal dont il s'est délecté et dont il a pâti, rencontre la beauté, retrouve la sérénité, reprend possession de sa véritable d'être humain, se fait artisan de paix. » (p. 86) Une réflexion nécessaire, qui a trouvé un écho en moi.

mercredi 18 février 2009

Photojournalisme

Février est principalement consacré au photojournalisme dans ma classe et je partage donc avec les élèves, depuis quelques semaines, certaines des photos les plus parlantes du genre, afin de les inspirer dans la réalisation de leur projet personnel « Montréal vu par... » (que j'ai bien hâte de voir au retour de la semaine de relâche). On oublie trop souvent le pouvoir d'une image et l'impact qu'elle peut laisser tant dans notre conscient que notre inconscient.

Vous en doutez? Je vous invite à visionner ce montage.

lundi 16 février 2009

Polytechnique

On aura rarement assisté à une telle déferlante de prépapiers, entrevues, analyses, commentaires. Les débats pro ou contre se sont multipliés sur la place publique, ainsi que les interprétations les plus échevelées. Je cède rarement aux sirènes des blitz médiatiques mais, cette fois, j'avais besoin de constater de visu ce que le geste de Denis Villeneuve avait de cohérent ou de déplacé.

Le 6 décembre 1989 reste une date marquée dans ma mémoire, comme peut l'être le 11 septembre 2001. Je compte dans mon entourage immédiat plusieurs ingénieurs, tous diplômés de l'institution. J'ai joué en concert-midi là-bas une fois mais y ai retrouvé des amis à deux ou trois reprises, fascinée par cet univers à des lieues du mien. Dans ce monde foncièrement machiste, on fumait à la chaîne, on buvait dès l'heure du lunch une quantité phénoménale de bières, la sono était toujours poussée à fond et on se provoquait en duel à coups de calculatrice et d'énoncés mathématiques ou, pour les plus placides, de joutes d'échecs. Parmi les victimes de la tuerie, se retrouvaient la soeur d'un pianiste avec lequel j'avais fait mes premières armes au concert, ainsi que l'amie proche de celle qui deviendrait la marraine de ma fille. On ne parle donc pas ici de six degrés de séparation mais plutôt d'une zone de confort minimal et j'hésitais donc à me replonger dans ce passé plus ou moins lointain.

Dès les premières secondes du film, on bascule, le sourire se fige, les images ressurgissent. La photographie absolument magnifique enveloppe aussi bien les personnages qu'elle dénude l'âme du spectateur. Les dialogues restent minimaux, la folie, l'horreur, la douleur, se glissant subrepticement entre deux silences, deux pages d'une musique minimaliste de Benoit Charest, aux échos de Ketil Björnstadt. On assiste, pétrifié, aux événements, les yeux gonflés de larmes, le coeur, le corps alourdis par la puissance de la narration. Pourtant, Villeneuve a su s'arrêter aux limites de l'insoutenable et la direction des acteurs a été faite avec doigté. On lit facilement sur les visages la folie, la tendresse, la peur brute, le désespoir, l'incompréhension, l'impossibilité de revenir en arrière.

Le film réussira-t-il à être catharsis pour une génération et leçon d'histoire pour une autre? J'ai rarement perçu un silence aussi épais dans une salle de cinéma. Quand le film s'est terminé - sur une note à la fois déchirante et optimiste -, les gestes des spectateurs étaient mesurés, lourds du poids des images reçues, des réflexions qu'elles suscitent. J'admets avoir eu de la difficulté à reprendre pied dans la réalité une fois la porte de la salle de projection franchie. Si l'on accepte la définition de l'art comme synonyme de questionnements, de bouleversements, de gestes qui modifient éventuellement la trajectoire du spectateur, de l'auditeur, Polytechnique est une réussite. Néanmoins, tous ne seront peut-être pas prêts à y faire face.

dimanche 15 février 2009

Le train pour Samarcande


Danielle Trussart propose avec ce premier roman une réflexion sur la vieillesse, la solitude, l’oubli. Blanche, la narratrice, se laisse des notes sur les murs et renomme ses voisins mais, avec l’ombre de la faucheuse qui plane dès les premières lignes, on ne peut que se demander dans combien d’années – de mois? – elle disparaîtra du souvenir de ceux qu’elle a fréquentés, de près ou de loin.

L’amorce du roman n’a pas été aisée pour moi, ne m’étant attachée au personnage principal que fort tardivement. Oui, elle va mourir, fait le tri, tant au figuré (dans ses souvenirs) qu'au propre (elle remplit ses boîtes pour simplifier la vie de ses héritiers). Si certains retours en arrière m’ont semblé assez bien rendus (la mort du fils, du mari), d'autres lieux communs m’ont exaspérée (l’évolution du rôle de la femme au cours des âges, la dichotomie un peu simpliste entre la campagne et la ville), tout comme le fait d’intégrer au passé de Blanche des « rencontres » avec Gabrielle Roy, Jean-Paul Lemieux ou Philippe Noiret. Les références littéraires restent néanmoins touchantes. J’ai par exemple apprécié la présence du plan de Paris sur les murs de la vieille dame, qui lui permet de suivre les périples des personnages de ses romans préférés.

Le style est parfois légèrement ampoulé, tantôt fort joliment travaillé. J’ai ainsi lu avec un plaisir entier les passages consacrés à la voisine de Blanche, la femme aux pinceaux (double de l’auteure, elle-même artiste-peintre). Les images suscitées fortes, les descriptions du geste créateur précises et l’émotion qui transparaissait de ces pages saisissantes m’ont remuée de façon bien plus profonde que le reste de l’ouvrage. J’aurais simplement souhaité que tout le roman fût de la même eau.

Mes collègues de La Recrue n'ont certes pas perçu le roman de la même façon que moi. Pour lire leurs commentaires, c'est ici...