Demain, première heure, je me dirige avec la plus petite valise possible de vêtements - et peut-être l'équivalent en livres - vers le sud... 850 km plus au sud, histoire de tremper mes pieds dans le sable et mon corps dans l'océan. Déjà, la semaine dernière, un collègue me demandait ce que j'apportais comme livres dans ma valise, lui qui partait pour une semaine dans un tout-inclus avec sa petite famille. (Aurais-je une si « mauvaise » réputation?) Je lui ai expliqué alors qu'il était beaucoup trop tôt pour répondre à cette épineuse question, mais que j'avais l'intention de piocher dans ma PAL, sauf que... Depuis, j'ai acheté un ou deux nouveaux livres à cette vente-trottoir et suis aussi passée par la Bibliothèque nationale. (C'est grave, docteur?)
Comme toujours, j'en apporterai plus que pas assez, rien d'aussi pénible en vacances que de ne pas trouver « le » livre qui convienne au feeling du moment. Mais encore? Qu'y aura-t-il dans ce sac? J'ai opté pour une technique un peu différente cette année, en privilégiant les livres offerts par des amis proches lors de mon dernier anniversaire ou juste pour le plaisir et/ou des livres « signifiants » empruntés à mon double. Pêle-mêle, il y aura donc Olivier Adam (Des vents contraires), Kafka (La lettre au père, en édition bilingue), Céline (Voyage au bout de la nuit), Christian Bobin (Autoportrait au radiateur), Hesse (ses écrits sur la musique) et, achat récent, Les déferlantes de Claudie Gallay (un thème maritime, quand même). Pour les autres titres, je déciderai un peu plus tard aujourd'hui en examinant ma PAL (je risque d'y retrouver des « amis » presque inconnus).
Je vous retrouve début août. Surtout, ne soyez pas trop sages en mon absence!
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
mercredi 21 juillet 2010
mardi 20 juillet 2010
Neige
Alors? Un véritable coup de cœur, tout simplement. Je l'ai dévoré en très peu de temps certes (le livre est tout petit) mais je sens que cette histoire et cette écriture continueront de me hanter pendant de longues semaines. Il y a une magie, une musicalité, dans cette histoire de poète de 17 ans qui n'écrit que des haïkus sur la neige et qui décide d'aller ajouter des couleurs à sa palette en allant consulter le maître du genre.
« La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l’âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l’écriture de la beauté tout à la fois. Si tu désires devenir un maître, il te faudra posséder le don d’artiste absolu. » (p. 33-34)Je ne vous révélerai rien des péripéties mais Maxence Fermine tisse une bien jolie histoire, en apparence aussi dénudée que les 17 pieds des poèmes auxquels s'astreint Yuko, le personnage principal. Après chaque court chapitre, on s'extasie sur une tournure, une image, la dextérité et la subtilité avec laquelle il maîtrise ce premier roman. (Je lirai d'autres titres de l'auteur, c'est certain.) Une fois la dernière page tournée, je n'ai eu qu'une envie: relire ce petit bijou et l'offrir à ceux qui me sont le plus chers.
samedi 17 juillet 2010
S'inspirer
J'aime être inspirée par un artiste, que ce soit au niveau de la recherche musicale, de son travail d'interprète, de ses dons de compositeur mais aussi comment il ou elle a su transformer une douleur en geste créateur. Cette semaine, j'ai vu deux documentaires, nullement liés, mais qui m'ont également interpellée. Le premier, Charisma X, consacré au compositeur Xenakis, présenté cette semaine au CCA, permet de découvrir l'homme grâce à des témoignages de spécialistes, de musiciens et de proches. (Les remarques de sa veuve, Françoise, particulièrement exubérants, sont absolument savoureux.)
Le second trace le portrait d'une jeune artiste de jazz remarquable, Melody Gardot qui, au début de la vingtaine, a dû tout réapprendre, après un accident presque fatal dans les rues de Philadelphie. C'est la musique qui, littéralement, lui a permis de réapprendre à marcher, à vivre, à retrouver une certaine « normalité ». Dans le documentaire, il était intéressant de l'entendre raconter qu'elle ne considérait la création possible que comme sublimation de la douleur (physique ou morale), qu'une journée « parfaite » ne peut mener à une œuvre musicale pertinente. On peut débattre de la chose mais, oui, il est vrai qu'en tant qu'artiste, la douleur fait partie du quotidien, que ce soit dans la répétition du geste, dans l'apprentissage de nouveaux réflexes, la nécessité de plonger dans certaines zones d'ombre pour en extraire l'essence d'une œuvre musicale. Bien sûr, un soir de concert magique, quand les axes compositeur-interprète-public sont idéalement alignés, toute cette douleur est transcendée en beauté ou à tout le moins en art. (Xenakis refusait d'ailleurs de considérer la musique comme « belle » ou « laide », poussant d'ailleurs souvent les instruments dans leurs derniers retranchements.) Mais ce n'est certes pas tous les soirs...
Je partage ici la chanson que l'accident a inspiré à Melody Gardot (qu'elle ne fait pas en spectacle habituellement, parce que cela vient remuer trop de souvenirs)
et une de mes - sinon ma - préférées, Love me like a river does
Le second trace le portrait d'une jeune artiste de jazz remarquable, Melody Gardot qui, au début de la vingtaine, a dû tout réapprendre, après un accident presque fatal dans les rues de Philadelphie. C'est la musique qui, littéralement, lui a permis de réapprendre à marcher, à vivre, à retrouver une certaine « normalité ». Dans le documentaire, il était intéressant de l'entendre raconter qu'elle ne considérait la création possible que comme sublimation de la douleur (physique ou morale), qu'une journée « parfaite » ne peut mener à une œuvre musicale pertinente. On peut débattre de la chose mais, oui, il est vrai qu'en tant qu'artiste, la douleur fait partie du quotidien, que ce soit dans la répétition du geste, dans l'apprentissage de nouveaux réflexes, la nécessité de plonger dans certaines zones d'ombre pour en extraire l'essence d'une œuvre musicale. Bien sûr, un soir de concert magique, quand les axes compositeur-interprète-public sont idéalement alignés, toute cette douleur est transcendée en beauté ou à tout le moins en art. (Xenakis refusait d'ailleurs de considérer la musique comme « belle » ou « laide », poussant d'ailleurs souvent les instruments dans leurs derniers retranchements.) Mais ce n'est certes pas tous les soirs...
Je partage ici la chanson que l'accident a inspiré à Melody Gardot (qu'elle ne fait pas en spectacle habituellement, parce que cela vient remuer trop de souvenirs)
et une de mes - sinon ma - préférées, Love me like a river does
jeudi 15 juillet 2010
Comme si de rien n'était
Maxime Collins possède une plume alerte, fluide, qui révèle très peu des maladresses associées aux premiers ouvrages. Même quand il aborde des sujets plus crus, il le fait toujours avec finesse. L’ajout du cinquième personnage, invisible, qui permet de « justifier » la narration de ces destins parallèles, m’a semblé par contre bien inutile et à certains moments rompait carrément le flot narratif. Je ressentais une certaine irritation quant à cette intrusion, à cette voix dissonante, qui n’ajoutait rien à la texture du discours. Un narrateur omniscient aurait selon moi été beaucoup plus efficace. Quand, à la toute fin, les quatre amis finissent par se retrouver, j’ai eu l’impression d’avoir été vaguement flouée par le vieux truc du deus ex machina.
L’auteur possède-t-il le souffle nécessaire pour nous offrir un roman en bonne et due forme? J’ai été suffisamment séduite par son écriture mature pour attendre avec plaisir son prochain livre.
Les avis des autres collaborateurs de La Recrue...
mardi 13 juillet 2010
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates
Y a-t-il une date de péremption sur les bestsellers? Aurais-je dû éviter de lire deux romans épistolaires de suite? Toujours est-il que de lire enfin (je l'ai reçu en cadeau de Noël) Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates fut agréable mais sans plus. Je me suis attachée aux personnages, à cette île perdue (mais je ne considèrerais pas en faire ma prochaine destination vacances, comme plusieurs semble-t-il qui veulent retrouver tous les lieux de l'histoire). J'ai aimé ce cercle littéraire improbable, né de la pure nécessité (en temps de guerre, on fait ce qu'on peut!), j'ai adoré détester l'imbuvable soupirant américain de la narratrice, j'ai souri quand il était question de Kit mais, comme le gâteau de Juliet, je crois que la recette n'a pas parfaitement levé ou qu'elle comportait un ingrédient mystère auquel je suis vaguement allergique. Question de rythme, peut-être, de souffle? Peut-être est-ce simplement le style des auteures, un peu trop bricolé.
Vous remarquerez peut-être que je n'ai pas pris de chance cette fois et suis passée à Le toucher des philosophes, un livre dense mais déjà fascinant, qui trace le portrait de trois philosophes en... pianistes. Entendre mentalement Sartre jouer du Chopin de façon mièvre, il faut quand même faire tout un effort d'imagination.
Vous remarquerez peut-être que je n'ai pas pris de chance cette fois et suis passée à Le toucher des philosophes, un livre dense mais déjà fascinant, qui trace le portrait de trois philosophes en... pianistes. Entendre mentalement Sartre jouer du Chopin de façon mièvre, il faut quand même faire tout un effort d'imagination.
lundi 12 juillet 2010
Journalisme 101
Parfois, même quand on pratique un métier depuis plusieurs années, on a besoin de se faire ramener sur terre et oublier les réflexes pour vraiment considérer certains gestes posés. Parfois, ces « leçons » nous sont livrées dans les endroits les plus improbables, par exemple dans un recueil d'instants volés signés Éléonore Clovis...
Le grand homme
Dans l’œil journalistique, le grand homme se contemple, immense et admirable. Plongeant au fond de lui-même, son miroir intérieur lui renvoie un reflet légèrement tassé, lassé. L’un des deux doit déformer. La journaliste a bien appris son grand homme, elle pose des questions qu’il pourrait se dispenser de traiter, laissant son image répondre à sa place des réponses de grand homme, des phrases d’auteur, citations classiques avant même d’être dites. Mais le grand homme répond, jouant son rôle jusqu’au bout, avec conscience, sans hauteur ni condescendance. Lui aussi a joué au journaliste jadis, joué à ne pas connaître les réponses. Il aimerait le dire à la journaliste. Le grand homme ne dit rien, il répond avec conscience et résignation.
Éléonore Clovis, Échantillons
vendredi 9 juillet 2010
Livre voyageur: Quand souffle le vent du Nord
Dans un geste d'altruisme total, Fashion a donc décidé de faire circuler son exemplaire au Québec. Il a donc d'abord fait un arrêt chez Kikine, puis chez aBeiLLe puis a fini par arriver chez moi lundi, après un périple moins qu'express, quoi que Postes Canada ait pu prétendre. (Ce doit être le voyage de la reine qui a dû monopoliser toute leur attention, sans doute...) J'aurais pu sagement déposer le livre dans une PAL prioritaire mais non, sa lecture était plus impérative que cela (et non pas seulement parce que, bien sûr, je souhaite le faire voyager ailleurs.) Dès le mardi, j'ai décidé d'en lire quelques pages avant de dormir (non, je n'ai pas la clim et, oui, c'était et c'est toujours insupportable), juste comme ça, histoire de... J'ai réussi à me contenir et à ne lire que... 156 pages le premier soir! Compulsif, vous dites?
Dès les premières pages, j'ai craqué pour ces échanges de courriels, entre Emmi et Leo qui, d'inconnus (Emmi envoit à Leo un courriel pour résilier un abonnement par erreur) deviennent rapidement confidents. Ils n'échangent pas tant des petits détails du quotidien qu'ils s'offrent un lieu intermédiaire de rencontre, bulle de survie pour Emmi (pourtant mariée et heureuse, comme on l'apprend dès le début) ou plage de thérapie pour Leo (qui a de la difficulté à se défaire de sa dernière conquête Marlene).
« Pour moi, vous écrire et vous lire est un « temps mort » dans ma vie familiale. Oui, c'est une petite île isolée de mon univers quotidien, une petite île sur laquelle j'aime beaucoup m'attarder seule avec vous, et j'espère que cela ne vous dérange pas », écrira Emmi (p. 133).Sous le coup de l'alcool, Leo se révèlera plus disert quelques pages plus loin:
« Et maintenant c'est à vous, écrivez-moi, Emmi. Écrire, c'est comme embrasser, mais sans les lèvres. Écrire, c'est embrasser avec l'esprit. Emmi, Emmi, Emmi. » (p. 136)Une piscine accueillante (il y a des limites à ce que je peux endurer!) m'a empêchée de le terminer dès le lendemain, mais je n'ai pas résisté longtemps à l'envie d'y replonger et de savoir, de voir, de vouloir influer sur le sort des personnages. « Emmi, réveille-toi!, s'entend-on presque lui hurler malgré soi. Accepte de le rencontrer, fais quelque chose! » Je ne vous révélerai aucunement comment l'auteur réussit assez adroitement à « conclure » la chose mais, jusqu'à la toute fin, je me suis laissée prendre au jeu. (Une suite a été complétée par l'auteur depuis, si j'ai bien saisi.) Parle-t-on d'une révélation littéraire, d'un livre qui change une vie? Non, quand même... Mais c'est terriblement efficace et, parfois, on souhaite juste se faire raconter une jolie histoire des temps modernes.
Le livre vous intéresse? Je peux le faire voyager jusqu'à vous. Vous n'avez qu'à m'envoyer un mail et le vent du Nord pourra souffler chez vous... Merci Fashion pour le partage!
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