vendredi 31 janvier 2014

Mr P: Les hauts et les bas d'une icône

Quelle idée rocambolesque que de consacrer un spectacle de marionnettes au personnage de M. Patate, le sympathique jouet remis au goût du jour par les films de la franchise Toy Story! On se dit que, non, quand même, cela ne saurait se transformer en projet artistique cohérent, mais c’est sans compter l’inventivité du band de théâtre Belzébrute, récent Coup de cœur du jury français du Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières (Off).
En effet, ici, théâtre d’objets, cinéma muet, bande dessinée et musique se rencontrent, mariage des plus heureux qui restituera en quelques instants à ceux présents un cœur d’enfant.
Le ton est donné dès qu’Amélie Poirier-Aubry, pin-up des Années folles toute de blanc vêtue, se promène dans la salle du Gesù pour ramasser quelques pièces qui serviront à alimenter le castelet. Avec une timidité étudiée, elle attend qu’un membre du public l’aide à monter sur scène, puis se glisse derrière son clavier pour improviser au fur et à mesure, en temps réel, une trame sonore qui évoluera en deuxième fil narratif (avec multiples clins d’œil à l’appui) de l’ascension stellaire de M. Patate, manipulé par Jocelyn Sioui et Éric Desjardins, l’un portant la tête de M. Patate, leurs quatre mains se divisant mains et pieds blancs.
Vous pouvez lire le reste de ma critique sur le site de la revue Jeu et vous glisser en salle ce soir au Gesù.

jeudi 30 janvier 2014

Ô lit!

Photo: Rolline Laporte
Les enfants ne sont que très rarement en contact avec la danse, encore moins contemporaine, dans le cadre de leur cursus scolaire. Alors que les programmes artistiques disparaissent les uns après les autres, on ne peut que saluer le travail de la compagnie Bouge de là qui continue à croire en la nécessité d’ancrer l’imaginaire enfantin dans une corporalité.
Dans Ô lit!, la chorégraphe Hélène Langevin articule son propos autour d’un meuble qui fait partie de nos vies et dont la fonction – et l’esthétique – évolue au fil des années. En se transformant de berceau enveloppant, nous protégeant du danger, à lieu pour évacuer notre rage, moteur de rêve ou trampoline, le lit permet d’élaborer un portrait parfois touchant, parfois ludique, de la naissance à l’adolescence.
Les cinq interprètes reproduisent d’abord les mouvements dépourvus de coordination des bébés, passant de la position sur le dos à celle sur le ventre, jusqu’à ce qu’ils puissent ramper ou marcher à quatre pattes. Si les enfants rient de la maladresse de ces «poupons», leurs aînés ne pourront qu’être saisis par la poésie qui se dégage de tout cela et la façon dont la chorégraphe a calibré la progression de la gestuelle.
Vous pouvez lire le reste de ma critique sur le site de la revue Jeu.
Jusqu'au 1er février à l'Agora de la danse

mardi 28 janvier 2014

Février mois de l'histoire des Noirs

« Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès. » 
Cette phrase toujours actuelle, tirée du discours d'investiture de Nelson Mandela, sert de moteur à la 23e édition de la Table ronde du Mois de l'histoire des Noirs. Du 1er au 28 février, près de 200 spectacles, expositions, conférences et projections seront offertes dans le cadre de cet événement dont les porte-paroles sont cette année Kim Richardson (éblouissante dans Ain't Misbehavin' à l'automne) et Gardy Fury, chanteur, compositeur, réalisateur, auteur et acteur (que l'on peut voir ces jours-ci dans un rôle de chef de gang dans Les jeunes loups).

C'est en voyant ce dernier dans la salle lors de la première de Porgy and Bess que j'ai eu envie de faire sur ce blogue un mini-challenge « Histoire des Noirs ». J'essaierai au cours du prochain mois de traiter de livres écrits par des auteurs noirs (tant africains qu'haïtiens) ou abordant la cause noire et de parler le cas échéant de productions, expositions, albums ou films mettant en lumière les réalisations des communautés noires.

En amuse-bouche, la relecture black du hit de Daft Punk, Get lucky, un des grands moments de la soirée des Grammys dimanche.


Vous souhaitez vous aussi y participer? Laissez-moi un message ici et je relaierai vos billets.

Vous pouvez consulter la liste des activités proposées (dont une exposition sur Nelson Mandela) ici...

Porgy and Bess: pari tenu

Porgy and Bess fait partie de ces opéras mal-aimés. Les puristes le considèrent trop « comédie musicale » et les jazzophiles qui ont découvert son existence à travers une des nombreuses relectures de Summertime trouveront peut-être le dispositif scénique un peu lourd. Le propos – un portrait de l’Amérique noire des années 1930, écrit par un Blanc qui mourra millionnaire – fera en grincer des dents certains. Pourtant, si l’on accepte de laisser ses préjugés chez soi, cette production de Porgy and Bess, présentée à guichet fermé à cinq reprises – un exploit, à Montréal! – devrait rallier tous les suffrages.

La distribution, entièrement noire (hormis quelques petits rôles parlés, plus que secondaires), se révèle impeccable. Avec son baryton riche, Kenneth Overton campe un Porgy digne malgré son handicap, capable de tout pour défendre Bess, superbement interprétée par Measha Brueggergosman, très en voix et actrice consommée

Vous pouvez lire le reste de ma critique sur le site de la revue Jeu...

lundi 27 janvier 2014

Joyeux anniversaire Wolfgang!

Il n'a pas pris une ride, malgré ses 258 ans aujourd'hui. Il restera toujours le premier amour de la musicienne, mais aussi peut-être de la petite fille (quel destin exceptionnel que le sien!) et l'un des artistes mythiques que la journaliste aurait aimé interviewer.

Un génie certes, mais surtout un homme, avec tout ce que cela comporte.

Saviez-vous que...
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·         À 14 ans, il aurait ainsi parfaitement retranscrit le Miserere d’Allegri, une œuvre complexe qui dure environ quinze minutes, en ne l'ayant écouté qu’une seule fois ?
·         Ce sera Johann Christian Bach, le fils cadet de Johann Sebastian Bach, rencontré à Londres, qui lui fera découvrir le pianoforte, l’opéra italien et lui apprendra les bases  de la symphonie?
·         Intéressé également par la science, il devient membre de l’Accademia filarmonica de Bologne en 1771, à l’âge de 15 ans, alors qu’en principe on n’admettait que des membres âgés de plus de 20 ans?
·         Mozart était profondément attaché à une certaine tradition et a analysé en détail la perfection de la fugue chez Bach avant de s’essayer au genre?
·         Mozart a changé irrévocablement le visage de l’opéra allemand? Avec Die Entführung aus dem Serail (L’enlèvement au sérail), pour la première fois, l’opéra s’adresse au peuple dans sa langue maternelle.  Gluck, lui-même compositeur d’opéra et directeur des concerts publics à Vienne, sera un des premiers à féliciter Mozart.
      ·    Mozart était un grand épistolier, qui aimait évoquer dans ses lettres aussi bien soirées au concert, défis de création que mots tendres et calembours?
·         Même s’il créait des œuvres jour après jour, il n’aimait rien tant que de faire une partie de billard avec ses amis ou jouer aux charades?
·         Il n’a pas hésité à accepter les commandes  (opéras, concertos, symphonies) mais en repoussera constamment les limites.
·         Plusieurs compositeurs portent un respect infini à Mozart, dont Schubert, Mendelssohn (lui aussi enfant prodige), Tchaïkovski (qui écrira notamment Mozartiana), Rossini (qui reprendra les personnages du Mariage de Figaro dans son Barbier de Séville), Chopin (qui aurait demandé à écouter du Mozart sur son lit de mort) et Dvorak (le Requiem de Mozart sera joué à ses funérailles).
·         La musique de Mozart reste l’une des plus jouées aujourd’hui et continue de posséder un caractère universel, qui rejoint les publics de tous les continents.


 En complément, une vidéo d'un air de Don Giovanni, chanté par le jeune Britannique Ashley Riches, qui redéfinit le concept même de la sérénade au balcon, découverte sur le site de Norman Lebrecht...
 

vendredi 24 janvier 2014

Novecento: pianiste

Alessandro Baricco a conçu Novecento : pianiste comme un monologue dans lequel Tim Tooney, trompettiste revenu de tout, mais qui n’a jamais pu oublier ses années passées sur le Virginian, raconte l’histoire de Dany Boodman T.D. Lemon Novecento, enfant du siècle, mais surtout de l’océan. La metteure en scène Geneviève Dionne a eu la fort belle idée de déconstruire la pièce pour que deux voix s’y entrecroisent, transformant le texte en hommage à la puissance d’une amitié qui traverse les ans.
Si Martin Lebrun en Tim reste l’ancrage – la basse chiffrée pourrait-on dire –, Simon Dépôt en Nocevento (et quelques personnages secondaires) ajoute une résonance réelle au propos, transmettant en mots et en musique les grandes lignes d’un destin, qui ne peut devenir entièrement exceptionnel que parce qu’un autre en a été témoin. «Tu n’es pas vraiment fichu tant qu’il te reste une bonne histoire et quelqu’un à qui la raconter.» La complicité entre les deux acteurs est palpable, qu’ils s’assoient côte à côte ou dos à dos sur le banc de piano, qu’ils partagent une même couchette imaginaire ou qu’ils se tiennent, l’un côté cour, l’autre côté jardin, reflets complémentaires.
Vous pouvez lire le reste de ma critique sur le site de la revue Jeu...

mercredi 22 janvier 2014

Les laissés pour contes

Le conte possède plus d'un visage et c'est tant mieux. Certains aimeront que des voix d'aujourd'hui leur racontent des histoires d'hier, d'autres que de jeunes auteurs traitent de sujets parfois difficiles, toujours essentiels, qui témoignent de notre vie urbaine, de nos travers, de nos angoisses, mais de nos rêves aussi. L'édition 2014 des Laissés pour contes est articulé cette année autour du thème de la convoitise, « désir extrême ou immodéré de posséder quelque chose », nous rappelle le Larousse.

Les textes des auteurs mis en lumière ne feront pas de quartiers. Qu'il soit question de voler - ou reprendre - un amoureux, d'un désir brûlant de maternité, d'un malaise d'acteur ressenti lors d'un soir de première, pas de demi-mesures. Pourtant, rien ne sera jamais blanc ou noir. L'émotion prime, le mot devient ici scalpel, qu'il fasse rire plus ou moins jaune ou qu'il s'attarde à débusquer certaines de nos peurs.


Photo: Patrice Tremblay
Le premier de la première de Paul Bradley relate avec brio l'histoire d'une première de théâtre ratée, l'émotion poussée à son paroxysme empêchant les spectateurs d'applaudir. En quelques secondes, Martin Vaillancourt prend la salle en otage et l'amène dans sa folie paranoïaque alors qu'il raconte comment, lors de l'édition précédente de l'événement, alors qu'il était assis « dans la troisième rangée, troisième siège », il n'avait pas su être le premier à applaudir, ce qui avait irrévocablement altéré le cours de toute la soirée. Quand à la toute fin, il demande au public de ne pas applaudir afin d'expier sa faute, il réussit à suffisamment semer le doute pour que tous retiennent leur souffle.


Photo: Patrice Tremblay
Alors que le texte de Bradley fait astucieusement référence à un numéro de burlesque, on découvre ensuite un numéro de marionnettes, porté par une partition astucieuse, Des souris ou des hommes, numéro poétique mais mordant, fruit de l'imagination de Iulian Ciobanu et Carmen Bulancea, métaphore réussie de la quête du pouvoir rendue avec deux marionnettes et quelques accessoires. 

La force de courir après toi, qui fait partie du recueil Danser a capella de Simon Boulerice, offre un répit au spectateur, alors que la narratrice, campée avec une belle énergie par Catherine Dumas, raconte comment elle a remporté une course en talons hauts en Russie. On rit d'abord de sa dégaine, du venin qu'elle déverse sur ses adversaires, de son romantisme exacerbé - alors qu'elle transforme le mot Glamour inscrit au fil d'arrivée en Amour puis en version russifiée du prénom de son amoureux - et puis, tout bascule quand on réalise que, au fond, la course n'est que prétexte et qu'elle souhaiterait regagner un cœur plutôt que de gagner l'or.


Photo: Patrice Tremblay
Antoine Touchette se révèle un véhicule idéal pour transmettre tout le côté désenchanté de La pleureuse de Véronique Pascal, portrait d'un maquilleur homosexuel qui a couché avec une partie du bottin de l'Union des Artistes, mais parce qu'au fond, sa sensibilité le pousse à tomber amoureux de gars à la plastique parfaite. Tantôt suave, tantôt franchement mesquin - « Son rire, c'est comme Cuba. C'est chaud, pis ça donne envie de se frotter sur un palmier » -, il se dévoile, jusqu'à la fracture finale, dont il ne reviendra que difficilement.

Fait divers_Blanche de Jocelyn Roy reste l'un de ces textes qui donnent froid dans le dos. Ici, une jeune fille (Marie-Michèle Boutet, particulièrement éblouissante quand elle se prend pour Céline Dion) déçue par la vie, prisonnière d'un corps qu'elle voudrait aimer, mais que les autres dénigrent, envieuse de sa longiligne jumelle Rose, finira par faire l'indicible, aussi bien par désir de vengeance que celui de devenir célèbre et passer à la télé. Le regard que l'auteur pose sur notre société avide de gloire, mais au fond toujours en manque d'amour, demeure implacable. 

La soirée se termine dans un registre mi-tendre, mi-trouble, avec Parents-secours de Pierre Chamberland, également metteur en scène de l'événement. Une jeune femme raconte son désir inextinguible de maternité, alors qu'à 30 ans, elle se sait stérile. Si le misérabilisme est occulté, on réalise, troublé, que nos codes de conduite ont été recalibrés au cours des dernières années, après avoir été témoin au journal télévisé de trop d'histoires sordides. Peut-on encore regarder un enfant qui n'est pas le nôtre avec un regard entièrement détaché, libre de tout sous-entendu? La tendresse doit-elle automatiquement se voir teintée d’ambiguïté? Pourquoi cherche-t-on automatiquement un coupable? 

La scénographie de David Poisson tire adroitement profit des Ateliers Jean-Brillant, les diverses scènes se trouvant ancrées dans un lieu ou l'autre. Les éclairages de Caroline Daigle jouent avec le cercle de lumière, un choix astucieux qui rappelle que nous sommes au théâtre, certes, mais aussi que le conte se veut une expérience plus intime, qui abolit naturellement le fameux quatrième mur. Une soirée dense, riche; un rendez-vous annuel à prendre.

Aux Ateliers Jean-Brillant jusqu'au 26 janvier