lundi 31 mars 2014

Une nouvelle sur le thème de la (des) ville(s)

Les Éditions Itinéraires et l'Association Autour du court qui édite la revue de micro-nouvelles Lu si... organisent ensemble une sélection de nouvelles autour du thème: Ville(s).

Un recueil rassemblant les textes retenus par le jury sera édité en novembre 2014 par les Éditions Itinéraires.
Ce projet concrétise la volonté de Lu si... de travailler le texte court sous toutes ses formes et de participer activement à sa diffusion. Le texte francophone soit à l’honneur, toutes origines géographiques confondues. En ce sens, le jury sera constitué de membres français, québécois et belges, issus du monde du livre.

Le règlement et les modalités de participation sont disponibles ici.

dimanche 30 mars 2014

Norman: pas de deux

« Enfin quelque chose de neuf dans l’art du dessin! », se serait exclamé Pablo Picasso, après avoir vu Hen Hop de Norman McLaren en 1942. Même si le spectacle a d’abord été créé en 2007 par le tandem Lemieux/Pilon, en collaboration avec le danseur et chorégraphe Peter Trosztmer, il n’a pas pris une ride, comme l’œuvre de McLaren, l’un des plus grands innovateurs du cinéma canadien.
McLaren signera au cours de sa carrière près de 60 films qui misent tous sur une transmission de l’émotion plutôt que sur l’étalage de la technologie, malgré leur côté expérimental, souvent volontairement abstrait. Norman joue lui aussi sur cette compréhension plus émotive qu’intellectuelle d’un langage. Les trois concepteurs vouent visiblement un amour profond au créateur «à la fois terrestre et céleste» et ont choisi d’aller au-delà du documentaire.
Certes, ils évoquent certains moments-clé de la vie du cinéaste (dont sa participation à la Guerre d’Espagne) et prennent soin de montrer ses grands films, d’Il était une chaiseà Voisins, lauréat d’un Oscar, d’une incroyable pertinence plus de 60 ans après (qui avait fait dire à son auteur que si tous ses films devaient être brûlés sauf un, il choisirait de le sauver). Ils nous offrent aussi des témoignages d’intervenants du milieu qui s’incarnent en tant qu’hologrammes, comme s’ils discutaient de façon informelle avec Peter Trostzmer.

Pour lire le reste de ma critique...

Jusqu'au 12 avril à la 5e Salle.

samedi 29 mars 2014

Songs of the Wanderers

D'abord écrivain, puis chorégraphe, Lin Hwai-min reste l'une des figures les plus mythiques de la danse asiatique. Si j'avais vu plusieurs entrevues avec lui, des extraits de production, je me frottais néanmoins pour la première fois à son univers avec The Songs of the Wanderers, présenté ce soir encore au Théâtre Maisonneuve, autre beau coup de Danse danse, qui nous offre une saison exceptionnelle.
Photo : Yu Hui-hung

Peut-on encore parler de danse ici? Nous sommes plutôt conviés à une longue méditation, les gestes des danseurs se déployant dans l'extrêmement lenteur, chaque segment étant conçu comme un tableau qui ondoie doucement, irrévocablement, comme cette rivière de riz qui coule du début à la fin du spectacle sur la tête d'un moine, qui devient véritable homme-sablier, témoin du temps qui passe aussi bien que de celui qui s'éternise.

Si le traitement esthétique et la gestuelle se révèlent essentiellement orientaux, la superposition de la lecture d'Hesse de la quête de l'éveil (traitée dans Siddhartha) et surtout l'utilisation des magnifiques chants géorgiens rend le propos puissamment universel. Les 3,5 tonnes de riz déversées sur scène (recyclées après chaque représentation) se métamorphosent au fil des tableaux, évoquant aussi bien les rizières que la lumière du soleil, la pluie (quand le riz est déversé en rideau) ou les vagues animant un cours d'eau. La fluidité du mouvement finit par agir comme un apaisement, comme en témoignait une salle particulièrement attentive, même lors de l'épilogue, dans laquelle un danseur trace une série de cercles concentriques, mandala qui nous rappelle que la vie est par nature éphémère. Si par moments, les différences entre les danseurs semblent gommées - chacun devenant un parmi le groupe de pèlerins -, à d'autres la spécificité de leurs gestes nous rappellent que chacun est unique et chemine au fond seul sur cette difficile voie vers la libération des contraintes matérielles.

Vingt ans après sa création, Songs of the Wanderers a peut-être pris quelques rides au niveau du langage chorégraphique, mais demeure d'une rare pertinence, dans ce rythme de vie beaucoup trop rapide qui est le nôtre.

FIFA - musique

Le FIFA nous en met comme d'habitude plein la vue - et les oreilles surtout - avec sa série de films musicaux. Les amateurs d'opéra ont été choyés avec la présentation de Cosi fan tutte de Mozart, dans sa relecture de Michael Haneke, mais aussi avec Unveiling Salomé (certes le grand moment de la saison 2012-13 de l'Opéra de Montréal), qui nous mène dans les coulisses d'une production mettant en vedette la soprano bulgare Penda, qui dialogue ici non seulement avec le chef d'orchestre Modestas Pitrenas lors des répétitions, mais aussi avec Christian Lacroix qui l'inclut dans son processus de création de costumes. Ce film était présenté en programme double avec Dmitri Hvorostovsky - The Music and I, le toujours très séduisant « lion de l’opéra » (qui sera en récital à Montréal en mai), un documentaire assez sage (comme celui sur Pollini réalisé par Monsaingeon), mais qui nous en apprend néanmoins beaucoup sur la carrière du chanteur.

Vous voudrez peut-être vous glisser en salle ce soir 18 h 30, dans la Salle 1 de l'UQÀM pour la reprise du programme double Colin Davis: The Man and His Music et L'autre Karajan.

Le premier se veut un portrait en souvenirs et en musique du chef d'orchestre britannique, disparu en avril 2013. Ce grand Mozartien se confie à Reiner E. Moritz, aussi bien sur son enfance musicale (le chef sera d'abord clarinettiste) que la façon dont il dirige. Il s'attarde notamment sur l'importance de respecter les musiciens devant lui, un sujet toujours délicat. Mitsuko Uchida parle quant à elle de la façon dont il invite les gens à faire de la musique, sur son refus d'imposer une vision. D'autres parleront de la beauté intrinsèque de ses interprétations, de son évolution en tant que chef d'orchestre. On ne pourra qu'être ému également de l'entendre évoquer sa femme en tricotant ou de constater la délicatesse avec laquelle il encadre les jeunes chefs lors d'un cours de maître.

Tout le monde croit connaître Karajan. Était-ce le côté flamboyant du personnage? Peut-être plus, 25 ans après sa mort. Et si, au fond, la raison était purement musicale, si elle se trouvait au cœur même de ses interprétations, dont plusieurs légendaires, notamment avec le Philharmonique de Berlin? L'autre Karajan fait la lumière sur le musicien de studio, celui qui, à toute heure du jour - et peut-être même de la nuit - appelle l'ingénieur du son pour évoquer avec lui un ajustement à apporter à un timbre, une scorie à gommer, un moment à mettre en lumière.« Avec les disques, je suis éternel. » Il a certes su profiter des possibilités que lui offraient le disque, considérant d'ailleurs le travail de studio comme une expérience entièrement dissociée de celle du concert. Il travaillera notamment sur la spatialisation, mais toujours, malgré son égo en apparence démesuré, il gardera le compositeur au centre de sa démarche, offrant à l'interprète (et à l'auditeur), « le désir non pas de rejouer l'oeuvre, mais de la revivre », comme le résume fort justement la violoniste Anne-Sophie Mutter.
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Dans un registre autre, j'ai beaucoup aimé Dreaming Chavela (reprise ce soir à 21 h, en doublé avec Mercedes Sosa: The Voice of Latin America), premier film du danseur et chorégraphe Rafael Amargo qui, lors d'une crise créatrice, décide d'aller puiser l'inspiration en partant à la recherche de sa muse, la chanteuse mexicaine Chavela Vargas (décédée en 2012), pour lui remettre en main propre une lettre de Federico Garcia Lorca. Vêtu de blanc, avec un sac rouge en bandoulière, il croise celle qui s'est occupé de la chanteuse pendant des années, quelques-uns de ses musiciens, une jeune chanteuse qu'elle a influencée, esquissant un portrait presque impressionniste de Chavela. Quand il finit par la retrouver dans sa demeure, recluse certes, mais toujours habitée par une fièvre ravageuse, le déclic se fait et il lui offre une danse, métaphore de l'inspiration retrouvée, mais aussi de la marque indélébile que la chanteuse a laissé dans les imaginaires. Un film émotif, qui nous reconnecte avec la source même du geste créateur.
EL AMOR AMARGO DE CHAVELA, Rafael Amargo [TRAILER, English subtitles] from FREAK Independent Film Agency on Vimeo.

FIFA: séances supplémentaires

Plus que deux jours avant la fin du festival et c'est le moment de jeter un coup d’œil aux ajouts à la programmation, certains films ayant séduit les foules étant de nouveau présentés. Parmi ceux-ci, vous ne voudrez pas rater

Aujourd'hui, 13 h 30, Cinémathèque québécoise, Kraftwerk - Pop art. Si, comme moi, vous avez raté la soirée avec DJ proposée jeudi dernier, mais vouez un intérêt certain au mythique groupe allemand (mais n'êtes pas nécessairement prêts à débourser 65 $ pour les voir en spectacle demain soir), ce film est pour vous.

Aujourd'hui 18 h 30 à l'UQÀM - Salle 1, Le défi des bâtisseurs - La cathédrale de Strasbourg, un film très fouillé qui vous en mettra plein la vue, tourné en 3D relief, qui nous plonge dans la construction de ce majestueux édifice, à travers documents d'époque, entretiens, séquences de fiction et images de synthèse.

Demain 16 h, Musée des beaux-arts de Montréal – Auditorium Maxwell-Cummings, un programme quadruple qui comprend deux films que j'ai vus, Tadao Ando, l'architecte du vide et de l'infini, magnifique hommage au grand architecte, et Jean Nouvel and the Tormented Concerthouse qui traite de la conception de la Maison de la radio danoise de Copenhague, un superbe objet qui a tout de même coûté son poste à son initiateur.

Demain à 18 h 30 au Musée des beaux-arts de Montréal – Auditorium Maxwell-Cummings, The new Rijksmuseum 3 et The new Rijksmuseum 4 qui évoque le processus absolument fascinant de la rénovation du plus célèbre musée des Pays-Bas, projet qui a duré 10 ans.

Demain à 18 h 30 à l'UQÀM - Salle 1, Cosi fan tutte, production filmée de la mise en scène fort réussie de Michael Haneke (réalisateur notamment du Ruban blanc et d'Amour). Des heures magiques en compagnie de Mozart et un dénouement absolument surprenant.

Demain à 18 h 30 toujours, Auditorium de la Grande bibliothèque, un doublé exceptionnel pour les mélomanes: Happy Birthday Claudio Abbado et surtout Maurizio Pollini,de main de maître, plus récent documentaire de Bruno Monsaingeon, consacré à un des géants du piano du 20e siècle. Absolument fascinant de revoir le jeune Pollini de 18 ans remporter le Concours Chopin, de serrer la main de Rubinstein, de danser même à ses côtés lors d'une soirée de gala, mais surtout de comprendre comment la carrière de Pollini s'est développée au cours des décennies.

vendredi 28 mars 2014

Le dernier jour d'un condamné

Un homme n'en a plus que pour quelques heures à vivre. Il a rendez-vous avec la guillotine, pour un acte qui ne sera jamais nommé, mais qu'il admet avoir commis. Peut-on justifier - et si oui en quelles circonstances - la peine de mort? Avec ce texte, Victor Hugo offre un prélude essentiel à son Plaidoyer contre la peine de mort, prononcé à l'Assemblée nationale constituante en 1858, trente ans plus tard. Il trouve aussi une étrange résonance dans Dead Man Walking, présenté l'année dernière par l'Opéra de Montréal.

Un homme va mourir, mais avant, il écrit, sur des feuilles éparses, parce que tant qu'il écrit il ne peut pas mourir, il est dans le geste de création. Il doit laisser un legs aussi, à sa fille qui ne le connaîtra pas, aux dirigeants, à ceux qui tout à l'heure acclameront sa mort aussi. « Peut-être cette lecture leur rendra-t-elle la main moins légère, quand il s’agira quelque autre fois de jeter une tête qui pense, une tête d’homme, dans ce qu’ils appellent la balance de la justice? Peut-être n’ont-ils jamais réfléchi, les malheureux, à cette lente succession de tortures que renferme la formule expéditive d’un arrêt de mort? »

Éric J. St-Jean a fort habilement extrait l'essentiel du roman pour en tirer une proposition théâtrale de 75 minutes sans aucune longueur, malgré la langue riche, parfois exigeante de Victor Hugo, et la lourdeur inhérente du propos. Il faut dire qu'Ariel Ifergan maîtrise parfaitement son texte - ou plutôt en est entièrement libéré -, passant avec une remarquable facilité d'un personnage à l'autre quand nécessaire. Tout ici est question d'intonation, de dosage d'intention, mais aussi de respirations, qui offrent à l'auditeur le temps nécessaire pour assimiler une phrase ou même une scène entière. Si l'interprétation s'inscrit dans un courant classique, peut-être en marge de nombreuses productions, elle reste néanmoins le complément idéal de ce texte.

La scénographie de Christian Jutras et les éclairages de Steve Croteau (en rouge et bleu) jouent ici un rôle crucial. Grâce à une utilisation intelligente de l'écran vidéo en fond de scène, on a l'impression d'être dans la tête du condamné. Ainsi, quand il évoque des souvenirs, un double vidéo déclame le texte. Plus intéressant encore est le traitement presque minimaliste de l'image, son côté abstrait, le texte se dévoilant aussi bien qu'il révèle des éléments que l'on entend pas. Le monologue se transforme ainsi en dialogue, avec le soi intérieur, avec le geste créateur, avec la mort, avec les condamnés qui ont habité cette cellule avant, avec le spectateur. Soulignons également le très réussi environnement sonore de Jean-François Morasse qui nous happe dès les premiers instants et se décline aussi bien comme un prolongement des ambiances qu'un contrepoint rythmique, cœur qui bat, main qui crisse sur le papier, souffle qui vient du plus profond de soi.

Jusqu'au 12 avril à la Salle Fred-Barry


jeudi 27 mars 2014

FIFA au théâtre

Le FIFA bat son plein et je ne vous en ai pas encore parlé... mais ce n'est pas parce que je n'ai pas vu quelques très beaux films déjà. Alors que nous amorçons le dernier droit (le festival prend malheureusement fin dimanche), je fais un bref retour ici sur les films liés au théâtre.

J'ai malheureusement raté Tunisie, l'ère d'une révolution culturelle et Patrice Chéreau: le corps au travail, parce que j'étais... au théâtre ces deux soirs-là, mais je n'ai pas raté Avec rage et courage - Le théâtre politique en Europe, un film essentiel d'Eva Schötteldreir (il reste deux représentations samedi le 29 à 16 h et dimanche le 30 à 13 h 30 à la BANQ), articulé autour de trois figures importantes du théâtre contemporain:  la directrice du Deutsches Schauspielhaus Karin Beier (directrice du théâtre de Cologne lors du tournage), l'auteur, metteur en scène et directeur du Festival d'Avignon Olivier Py (qui terminait lors du tournage son mandat à l'Odéon) et le dramaturge Simon Stephens, auteur notamment de Pornographie, artiste associé au Lyric Hammersmith de Londres, beaucoup joué en Allemagne. Ils évoquent chacun à leur façon la nécessité d'inscrire le théâtre dans l'actualité, mais aussi de permettre au spectateur de prendre position, que ce soit en l'interpellant directement ou en lui offrant une catharsis - par exemple avec Kein Licht d'Elfride Jelinek, écrit après le tsunami de Tohoku ou Ein Sturz de la même auteure, écrit en réaction à l'effondrement du centre des archives de la ville, dénonciation de l'incompétence, monté en 2010. Les artisans du théâtre d'aujourd'hui auront peut-être le courage après avoir vu ce film de poser certains gestes essentiels. À voir...

Côté théâtre d'ici, Louise Latraverse, libre et moderne se révèle pertinent pour ceux qui s'intéressent à cette comédienne, qui a aussi été animatrice de radio, auteure, directrice artistique du Quat' Sous (on nous rappelle d'ailleurs qu'elle a été celle qui a fait connaître ici Robert Lepage), mais qui reste sage dans sa facture. On reste loin du grand moment d'émotion ressenti l'année dernière après le visionnement de Le goût de vivre, magnifique film en hommage à Huguette Oligny.

Je me glisserai assurément en salle samedi pour Meeting with a Young Poet, autour de Samuel Beckett (Université Concordia, 18 h 30, en salles le 4 avril).