J'ai découvert ce documentaire parce que la trame sonore en est signée Gabriel Dharmoo, jeune compositeur que j'ai eu le plaisir d'interviewer il y a quelques semaines, lauréat du Prix d'Europe de composition Fernand-Lindsay.
Pourtant, je n'ai pu faire autrement que d'être happée par l'histoire de Calvin Neufeld, née Caitlin, qui, par intégrité, a choisi de changer de sexe. Il y est question d'acceptation bien sûr (aussi bien pour Calvin que pour les parents et la femme de Calvin, Sharon), d'amour, de soutien. Inspirant...
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
mercredi 31 août 2011
lundi 29 août 2011
Torturez l'artiste!
Un artiste peut-il créer si ce n'est dans la solitude, la douleur, la pauvreté, le désespoir? C'est ce que croit du moins l'influent Lipowitz qui fonde une société vaguement occulte, qui vise à encadrer, dès la première enfance, ceux qui pourraient régénérer l'art et l'industrie du divertissement américains. Il s'explique en ces termes dans une lettre à Harlan Eiffler, critique musical acerbe qui a perdu sa tribune et narrateur du récit, quand il cherche à le convaincre de l'utilité de sa mission:« Irai-je jusqu'à dire que le divertissement a tué l'art? Les responsables du divertissement sont bien souvent plus des sexe-symboles que de véritables artistes. C'est là notre problème fondamental. Au lieu de l'art, nous avons le divertissement, et au lieu d'artistes, nous avons de jolies gueules qui cherchent la gloire, la fortune, et le plaisir. La souffrance est maintenue au minimum pendant que les profits sont maintenus au maximum.Désormais, je veux faire revenir l'art à tout prix, ou du moins renforcer le côté artistique du divertissement. Cela veut dire solliciter l'esprit artistique qui semble si absent des âmes contemporaines. Cela signifie trouver un véritable artiste et le conserver tel quel. »
Perplexe mais séduit, Harlan devient ainsi le manager de Vincent, de père inconnu et de mère nymphomane et droguée. Il opérera dans l'ombre pour apprendre au jeune auteur qu'une vie heureuse ne peut en aucun cas être synonyme de geste créateur. Il ne recule derrière rien pour stimuler l'écriture de chansons ou de scénarios de séries télé prisées: disparition de la mère, destruction de la résidence familiale, petites amies payées pour disparaître...
Joey Goebel en profite évidemment pour faire un procès décapant des univers de la pop, du cinéma, de la télé, n'hésitant pas à égratigner quelques célébrités d'aujourd'hui. Si le récit aurait peut-être eu avantage à être resserré à certains moments, on suit l'auteur avec un sourire vaguement crispé, conscient que, sous l'emphase littéraire essentielle ici (par exemple, cette relecture trash du Magicien d'Oz qui fait un tabac et donne froid dans le dos), le propos est loin d'être si abasourdissant qu'il ne pourrait à prime abord le paraître.
samedi 27 août 2011
La fille de l'imprimeur est triste
Nicolas Gilbert est l'un de ces êtres polyvalents qui refuse les étiquettes et multiplie les casquettes. Jeune compositeur, son catalogue comprend déjà une quarantaine d’œuvres de musique de chambre, de musique vocale et de musique orchestrale. Il est présentement compositeur en résidence de l’Orchestre national des Jeunes du Canada, membre du comité artistique de la SMCQ, président du Conseil régional – Québec du Centre de Musique Canadienne, excellent vulgarisateur qui n'hésite pas à prendre le public par la main lors de créations d’œuvres sans jamais lui donner l'impression qu'il est ignare... ah, et, oui, il écrit et signe un troisième roman, paru il y a quelques semaines à peine.
J'avais trouvé son Récital délicieusement décapant (et avais souri à de nombreuses reprises en reconnaissant les traits de l'un ou l'autre des intervenants du parfois très pointu milieu de la musique contemporaine montréalais), avais été diverti par Le joueur de triangle, qui démystifiait un peu la vie de musicien d'orchestre, mais Nicolas Gilbert pourrait-il écrire sur autre chose que la musique? Il a relevé le défi avec brio avec La fille de l'imprimeur est triste.
En compositeur conscient de la nécessité d'intégrer à une œuvre une forme cohérente, Nicolas Gilbert nous propose un exercice de style séduisant. Alternant au fil des chapitres l'histoire de deux protagonistes, tous deux nommés François Meunier mais que 150 ans et des milliers de kilomètres séparent, nous suivons tantôt l'un, photographe (il est d'abord spécialiste des daguerréotypes), en France puis à la Nouvelle-Orléans, tantôt l'autre, traducteur sans envergure, nègre d'une (auto)biographie d'artiste qui lui offre une rente confortable, qui n'a toutefois pas encore complètement abandonné l'idée qu'un jour il pourrait écrire, pour vrai.
Le second croise un autoportrait du premier au musée, est troublé par les ressemblances. Serions-nous en train de basculer dans le roman fantastique? Là réside peut-être la plus grande force du récit. On commence par s'interroger, cherche des indices, se rebiffe un peu, tente de relever des incohérences, puis on rend tout simplement les armes, tout en admettant les parallèles entre les deux histoires - les réponses musicales plutôt, un motif devenant contresujet d'un autre -, le collègue d'un François Meunier devenant le vieil ami de l'autre, les actions se télescopant d'un récit à l'autre, la figure de Marie, la femme aimée, hantant constamment les deux univers.
Moi que les romans historiques laissent habituellement passablement indifférente, j'ai plongé avec plaisir dans cette Amérique qui se déchirera bientôt, Guerre de Sécession oblige. J'ai aimé que, cherchant à réorienter sa carrière, François Meunier devienne photographe de guerre, qu'il choisisse de s'inscrire comme témoin. J'avais la curieuse impression non pas de regarder la scène d'un air détaché, mais de l'entendre: les chants qui galvanisent les troupes, les rires des soldats qui veulent oublier qu'ils mourront peut-être demain, le grondement des canons, les claquements des fusils, le cliché qui s'inscrit sur la plaque...
Avec ce troisième opus littéraire, Nicolas Gilbert prouve encore une fois qu'il sait transmettre, que ce soit en musique ou en mots. Je continuerai de suivre l'auteur et le compositeur avec intérêt.
J'avais trouvé son Récital délicieusement décapant (et avais souri à de nombreuses reprises en reconnaissant les traits de l'un ou l'autre des intervenants du parfois très pointu milieu de la musique contemporaine montréalais), avais été diverti par Le joueur de triangle, qui démystifiait un peu la vie de musicien d'orchestre, mais Nicolas Gilbert pourrait-il écrire sur autre chose que la musique? Il a relevé le défi avec brio avec La fille de l'imprimeur est triste.En compositeur conscient de la nécessité d'intégrer à une œuvre une forme cohérente, Nicolas Gilbert nous propose un exercice de style séduisant. Alternant au fil des chapitres l'histoire de deux protagonistes, tous deux nommés François Meunier mais que 150 ans et des milliers de kilomètres séparent, nous suivons tantôt l'un, photographe (il est d'abord spécialiste des daguerréotypes), en France puis à la Nouvelle-Orléans, tantôt l'autre, traducteur sans envergure, nègre d'une (auto)biographie d'artiste qui lui offre une rente confortable, qui n'a toutefois pas encore complètement abandonné l'idée qu'un jour il pourrait écrire, pour vrai.
Le second croise un autoportrait du premier au musée, est troublé par les ressemblances. Serions-nous en train de basculer dans le roman fantastique? Là réside peut-être la plus grande force du récit. On commence par s'interroger, cherche des indices, se rebiffe un peu, tente de relever des incohérences, puis on rend tout simplement les armes, tout en admettant les parallèles entre les deux histoires - les réponses musicales plutôt, un motif devenant contresujet d'un autre -, le collègue d'un François Meunier devenant le vieil ami de l'autre, les actions se télescopant d'un récit à l'autre, la figure de Marie, la femme aimée, hantant constamment les deux univers.
Moi que les romans historiques laissent habituellement passablement indifférente, j'ai plongé avec plaisir dans cette Amérique qui se déchirera bientôt, Guerre de Sécession oblige. J'ai aimé que, cherchant à réorienter sa carrière, François Meunier devienne photographe de guerre, qu'il choisisse de s'inscrire comme témoin. J'avais la curieuse impression non pas de regarder la scène d'un air détaché, mais de l'entendre: les chants qui galvanisent les troupes, les rires des soldats qui veulent oublier qu'ils mourront peut-être demain, le grondement des canons, les claquements des fusils, le cliché qui s'inscrit sur la plaque...
Avec ce troisième opus littéraire, Nicolas Gilbert prouve encore une fois qu'il sait transmettre, que ce soit en musique ou en mots. Je continuerai de suivre l'auteur et le compositeur avec intérêt.
jeudi 25 août 2011
Femme de la Renaissance
Le tag courait depuis quelque temps, mais m'avait jusqu'ici épargnée. Puisque Lali insiste, je me prête au jeu, non sans difficulté. En effet, je réalise que si je peux aisément me projeter en femme célèbre du Moyen-Âge (Hildegarde von Bingen) ou encore du 19e ou 20e siècle, quand vient le temps de choisir une inspiration ayant vécu au temps de la Renaissance, je peine à assurer. En fait, la seule à laquelle j'aimerais m'identifier, que j'ai découvert relativement récemment, alors que j'ai dû écrire des notes pour un disque l'année dernière, est en fait à cheval entre la Renaissance et l'époque baroque. (Enfin, tout dépend de la date du début du baroque adoptée, qui diffère selon les divers experts.)
J'ai nommé ici Francesca Caccini (1587-1640). Souvent surnommée La Cecchina (l'oiseau chanteur), elle a été également luthiste, guitariste, claveciniste et, dès 1614, elle devient la musicienne de cour la mieux payée. Au fil des ans, elle produira une impressionnante quantité de compositions, dont au moins 16 œuvres pour la scène, dont il ne reste malheureusement aujourd’hui (presque) plus rien. Versée également en poésie, elle écrit elle-même les poèmes qu'elle mettra en musique.
Vous pouvez en apprendre plus ici en lisant les dites notes que j'ai rédigées, mais surtout en écoutant l'une ou l'autre des plages proposées. Lasciatemi (Laissez-moi seule) est particulièrement troublante.
Je transmets le tag à qui voudra bien s'en emparer...
Vous pouvez en apprendre plus ici en lisant les dites notes que j'ai rédigées, mais surtout en écoutant l'une ou l'autre des plages proposées. Lasciatemi (Laissez-moi seule) est particulièrement troublante.
Je transmets le tag à qui voudra bien s'en emparer...
mardi 23 août 2011
De jeunes pianistes remarquables
J'aime ces journées qui vous offrent des révélations musicales. Hier, grâce à la suggestion d'un blogami, j'ai découvert le pianiste islandais Olafur Arnalds, très proche je trouve dans son esthétique du travail de Max Richter. J'ai tellement aimé ce que j'ai entendu que j'ai dû me procurer sur le champ (ou presque) deux de ses albums sur iTunes. Je partage ici le très beau vidéo de 3055.
Aujour'hui, j'ai abordé un registre tout à fait différent, grâce à un ami, celui de la poésie pure et de la technique transcendée, avec le jeune pianiste britannique de 19 ans Benjamin Grosvenor. Son jeu d'une remarquable maturité donne l'impression d'avoir affaire à un artiste du siècle dernier.
Je l'ai découvert dans ce délicat Nocturne de Chopin.
Je suis ensuite passée à son interprétation du Deuxième Concerto de Liszt aux Proms en juillet. En rappel, il réussit à transformer l'arrangement assez flamboyant (pour ne pas dire autre chose) de la célébrissime Danse hongroise de Brahms de Cziffra en petit bijou.
Curieuse, j'ai décidé de remonter dans le temps, en 2004 plus précisément, alors qu'il remportait le BBC Young Musician Competition... à l'âge de 11 ans. Je crois que rarement Vine a été aussi bien servi qu'ici.
Une carrière à suivre, assurément.
Aujour'hui, j'ai abordé un registre tout à fait différent, grâce à un ami, celui de la poésie pure et de la technique transcendée, avec le jeune pianiste britannique de 19 ans Benjamin Grosvenor. Son jeu d'une remarquable maturité donne l'impression d'avoir affaire à un artiste du siècle dernier.
Je l'ai découvert dans ce délicat Nocturne de Chopin.
Je suis ensuite passée à son interprétation du Deuxième Concerto de Liszt aux Proms en juillet. En rappel, il réussit à transformer l'arrangement assez flamboyant (pour ne pas dire autre chose) de la célébrissime Danse hongroise de Brahms de Cziffra en petit bijou.
Curieuse, j'ai décidé de remonter dans le temps, en 2004 plus précisément, alors qu'il remportait le BBC Young Musician Competition... à l'âge de 11 ans. Je crois que rarement Vine a été aussi bien servi qu'ici.
Une carrière à suivre, assurément.
lundi 22 août 2011
Montréal en août
Les 4 coins ont changé un peu de formule et nous nous collerons maintenant à un thème précis, proposé en alternance par l'une d'entre nous, une fois par mois plutôt que toutes les semaines. Cette fois, il s'agissait de transmettre une photo représentant notre ville en août. Celle d'une terrasse tranquille, sise à l'ombre de la Grande bibliothèque, a été retenue, mais j'aurais aussi pu envoyer celles-ci, prises le même après-midi, le week-end dernier.
samedi 20 août 2011
Merci pour vos mots, M. Courtemanche
Je ne le connaissais pas du tout comme homme, mais respectais infiniment Gil Courtemanche comme journaliste et appréciais l'auteur, découvert avec son premier roman, Un dimanche à la piscine à Kigali. En apprenant la nouvelle de sa mort en lisant mon quotidien, j'ai été bousculée pourtant, comme si je venais de perdre non pas un ami ou un proche, mais une conscience.
Et puis, j'ai ouvert mon dossier « citations » et j'ai cherché quelques phrases de son Je ne veux pas mourir seul. Il aurait sans doute souhaité ici qu'on se taise et que ses mots parlent, une fois de plus, pour lui.
Et puis, j'ai ouvert mon dossier « citations » et j'ai cherché quelques phrases de son Je ne veux pas mourir seul. Il aurait sans doute souhaité ici qu'on se taise et que ses mots parlent, une fois de plus, pour lui.
« On meurt tellement souvent durant le cours de la vie. Ce sont de petites morts que le vin, la musique ou le cul transforment en vies passagères, supportables. Peines d’amour, faillites d’ambitions, congédiements, déficits. Cela tue autant à trente qu’à quarante ans, quand on apprend la vie et l’amour sans savoir qu’on fréquente encore l’école. » (p.58)
« Quand on n’aime plus, les musiques perdent leur mystères et redeviennent musiques, seulement chansons ou symphonies, jamais émotions et rêves partagés. » (p. 60)
« La vie, l’écriture. Combien de fois m’a-t-on demandé pourquoi j’écrivais et combien de fois ma réponse franche a déçu. J’écrivais parce que c’était mon travail, comme d’autres réparent des robinets ou font sauter des cèpes. J’écrivais pour gagner ma vie et aussi, concession intellectuelle, parce que je croyais que j’avais certaines choses à exprimer. Mais cela, je tentais de le dire humblement et de ne pas y accorder une grande importance.
Maintenant, je sais. J’écris pour vivre encore. Quand j’écris, je vis un peu, je te parle, je discute avec toi, je te fais part de mes découvertes, de mes doutes, de mes regrets, de mes angoisses. Quand j’écris, j’entends ton souffle et aussi tes questions ou tes commentaires. Quand j’écris nous sommes ensemble car nous avons été réunis par des mots et des phrases qui formaient un livre dont nous avons parlé, une longue conversation qui s’est transformée en baiser. De baiser en étreinte en amour et en mariage. Puis les baisers que je gardais dans une escarcelle secrète comme un vieil avare de tendresse t’ont éloignée. Je ne peux plus te toucher qu’avec mes mots que tu liras certainement sans crainte d’être trop émue puisque je suis inscrit dans ta colonne des profits et pertes. » (p.111-112)
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