mercredi 26 novembre 2014

Franchir la mare

Je prends l'avion pour l'Europe demain soir et ai l'impression de courir un marathon... Au programme: cinq jours à Bruxelles et cinq à Paris. Je ferai le plein de visite de musées (dont celui des instruments de musique bien sûr!), de concerts (musique contemporaine, classique, la comédie musicale An American in Paris au Châtelet) et de théâtre, alors que je mettrai les pieds pour la première fois à la Comédie-Française, pour voir l'adaptation d'Olivier Meyrou (qui avait collaboré au spectacle Acrobates présenté au Festival Montréal Complètement Cirque l'été dernier) de La petite fille aux allumettes d'Andersen, un auteur que j'aime énormément. Et puis, il y aura tous ces amis que je croiserai dans l'une ou l'autre de ces capitales...

Je pars avec tout au plus deux ou trois livres dans mes valises (hormis mes guides et cartes), histoire de pouvoir en rapporter d'autres. À bientôt!

 

dimanche 23 novembre 2014

Avant la retraite: suffocant

« Ce qu'on ne peut perdre, c'est le souvenir. » Avant la retraite, texte massue de Thomas Bernhard est présenté ces jours-ci au Théâtre Prospero. Une histoire d'horreur ordinaire, dans laquelle on découvre un frère et deux sœurs qui, comme tous les 7 octobre, s'apprêtent à célébrer l'anniversaire d'Himmler.

Le texte a eu l'effet d'une bombe lors de sa création en 1979 et l'on comprend aisément pourquoi. Profondément politique, il jette un regard sans concessions sur la montée - ou le maintien diront certains - du national-socialisme en Autriche. Ici, la culture ne sauve de rien, comme en témoigne le piano à queue déglingué au cœur de la scénographie de Geneviève Lizotte ou les remontrances de Vera à sa sœur invalide qui l'« empêche » d'aller au concert et au théâtre (ou plutôt d'y être vue). « Chacun son costume, chacun son rôle » et la vie pourra continuer, un jour de plus, une année encore, même si elle est synonyme de subversion et de haine la plus létale.

Égaux à eux-mêmes, Gabriel Arcand, Violette Chauveau et Marie-France Lambert tirent adroitement leur épingle du jeu et réussissent à ne pas se perdre dans les méandres parfois sinueux du texte. Histoire de faciliter une meilleure réception du propos, certaines coupes supplémentaires auraient sans doute dû être envisagées par la metteure en scène Catherine Vidal dont la relecture du Grand cahier (un autre texte parfois à la limite du supportable) m'avait pourtant envoûtée. Peut-être a-t-elle sciemment choisi de nous servir l'horreur jusqu'à ce que celle-ci nous étouffe.

Jusqu'au 13 décembre au Prospero.

vendredi 21 novembre 2014

Opus: oeuvre maîtresse

On m’avait vanté la proposition de la troupe australienne Circa et du Quatuor Debussy, articulée autour de trois quatuors de Chostakovitch. Je m’attendais à être séduite, mais pas à ce point, car en effet, dans Opus, tout s’articule parfaitement.

Contrairement à la plupart des spectacles de cirque, la musique ne fait pas que soutenir les prouesses. Elle les inspire; mieux, elle les justifie. Absolument rien de gratuit ici : chaque geste naît de la musique de Chostakovitch, de son univers, de l’ère soviétique au cours de laquelle il a cherché à s’émanciper des diktats, à transformer des musiques patriotiques en critiques grinçantes de la société, à décrier la guerre, à pleurer les purges. Autant d’émotions brutes qu’il confie de façon intime dans ses quatuors, moins scrutés par Staline et ses sbires que sa musique symphonique.

D’entrée de jeu, la chute dramatique du numéro de sangles nous invite à plonger dans cette musique exigeante, à laisser la force des images nous envahir. Impossible de contempler les pyramides humaines sans penser aux structures érigées, les numéros dans lesquels les acrobates se propulsent dans de multiples directions les mains dans le dos au peuple soviétique qui, les mains liées par la doctrine aussi bien que par les rafles, continue d’avancer, d’être déporté – image forte que ces corps roulant sur eux-mêmes pour servir de rails –, de compter ses morts (moment bouleversant quand un des interprètes récupère trois corps tombés au combat).

Photo: Justin Nicholas
Adroitement, quand le public atteint peut-être un certain point de saturation, le ton change, la chorégraphie devient plus ludique, athlétique. L’étincelle de vie plus forte que l’impulsion de mort, toujours… Traitant le spectacle comme une grande œuvre musicale, Yaron Lifschitz intègre des rappels, réexposition de motifs visuels qui se superposent à une nouvelle partition. On retrouve le trapèze (le premier trapéziste servant d’ailleurs de soutien à la seconde), les cerceaux, les cascades, les pyramides… On reconnaît la signature musicale – ici également visuelle – de Chostakovitch, son DSCH. Une façon de rappeler qu’Opus est un tout, une seule et même œuvre, une seule et même parole au fond.

Les membres du Quatuor Debussy livrent une interprétation absolument saisissante des quatuors – qui donne envie de se plonger dans leur intégrale en six disques –, interagissent avec les acrobates, qu’ils offrent leur chant déchirant à une trapéziste ou soient forcés de jouer les yeux bandés. Rarement pourra-t-on voir un spectacle aussi cohérent, aussi réfléchi jusque dans ces moindres gestes.


À voir absolument d’ici au 26 novembre à la TOHU! 

jeudi 20 novembre 2014

Bianco su bianco: l'éther des souvenirs

Il y a déjà vingt ans de cela, Daniele Finzi Pasca nous avait séduits avec Icaro, théâtre de l’intime pour un spectateur privilégié qui devient complice de cette fable inclassable sur l’amitié et la maladie.
On a retrouvé cette touche magique, cette volonté de pratiquer le « théâtre de la caresse », ce parti-pris de jeter un regard sur les choses à partir des coulisses, dans les productions signées pour le Cirque Éloize (tout particulièrement Rain et La nebbia), le Cirque du Soleil ou son projet Donka; une lettre à Tchekhov. 
Avec Bianco su bianco, Finzi Pasca souhaitait revenir aux origines, à la plus simple expression. Il s’inspire une fois encore d’instants volés pour tisser un canevas lâche sur lequel il dessine à traits légers, en blanc : celui de la neige, de la forêt d’ampoules (détournement de celle qui illuminait la cérémonie de clôture des Jeux de Sotchi), des hôpitaux, de l’absence, des souvenirs qui nous fuient dès qu’on les conjure. Le blanc des clowns aussi, qui peuvent se permettre d’aborder, l’air de ne pas y toucher, la violence, la maladie, la mort, mais surtout le doute. Doit-on se méfier de la gentillesse des gens quand on porte sur le corps la marque des blessures intentées? Peut-on s’ouvrir à l’amour? Est-il encore possible de vivre sa vie sans se faire broyer par la soif de pouvoir des autres?

mardi 18 novembre 2014

L'éveil: tableaux d'une émancipation

L’éveil du corps, de la conscience, du désir, des rêves, d’un certain sens de la communauté… L’éveil, collaboration du Fils d’Adrien danse et Les enfants terribles, ratisse large et ne fait pas nécessairement mouche à tout coup. Juxtaposant danse (une chorégraphie d’Harold Rhéaume), textes (Steve Gagnon et Marie-Josée Bastien) et projections vidéo, le spectacle suggère plutôt qu’il exprime, à travers une série de chapitres qui fractionnent le propos et freinent de temps à autre la fluidité de l’ensemble.


On a sans doute souhaité ici tenir compte la capacité de rétention parfois volatile des adolescents dans cette adaptation très libre de L’éveil du printemps de Wedekind, qui traite essentiellement de la difficulté de laisser derrière soi son enfance. La scène où le jeune homme part s’installer en appartement et réalise en descendant de la voiture que, lui aussi, s’ennuiera de sa mère, reste un moment fort du spectacle, mais il risque d’interpeller plus directement l’adulte qui a déjà fait le deuil de sa jeunesse – peut-être lui-même parent – que le public cible (qui n’avait pu s’empêcher de ricaner, siffler et commenter à voix haute quand un baiser a été échangé sur scène quelques instants auparavant).

Pour lire le reste de ma critique, passez chez Jeu...

Présenté dans le cadre du Festival Coups de théâtre. Programmation ici...

samedi 15 novembre 2014

Continuer d'y croire

À quelques jours de l’ouverture de la 37e édition du Salon du livre de Montréal (qui se tiendra du 19 au 24 novembre), difficile de se réjouir. Oui, bien sûr, des centaines d’auteurs sont attendus, désireux d’établir un contact direct avec leurs lecteurs. Les gros noms y côtoieront nombre de primoromanciers, dont notre Recrue ce mois-ci, François Racine, auteur de Truculence, qui sera en séance de signatures jeudi le 19 en soirée et samedi le 22 en fin d’après-midi. Mais il y aura un grand absent, La courte échelle, le populaire éditeur jeunesse (qui ne néglige pas pour autant la littérature pour adultes), qui a dû récemment se mettre sous la loi de la protection de la faillite.

Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait toujours pas si un acheteur sérieux pourra sauver la mise. Malgré les remous suscités, les prises de position tranchées, nombre de livres restent prisonniers sous scellés et, bien sûr, les auteurs ne sont pas payés, la Loi fédérale sur la faillite et l’insolvabilité ayant préséance sur la loi provinciale sur le statut professionnel des artistes. Les auteurs risquent donc non seulement de ne pas recevoir leurs cachets, mais – plus grave encore – de perdre le contrôle de leurs œuvres, les droits pouvant passer aux mains des racheteurs potentiels. « Le développement culturel du Québec n’a pas à subir de telles dérives juridiques, notre indépendance politique et culturelle est la seule façon d’en assurer durablement la pérennité », soulignait par voie de communiqué Mario Beaulieu, chef du Bloc québécois.

Malgré la grogne, il faut continuer de croire en la vitalité de la littérature québécoise et en son indiscutable nécessité. C’est avec plaisir que nous retrouvons deux anciennes Recrues, Stéphanie Pelletier qui, après un recueil de nouvelles primé nous propose son premier roman Dagaz, ainsi que Anna Raymonde Gazaille qui nous revient avec Déni, une nouvelle aventure du sympathique inspecteur Paul Morel. Tout comme dans Truculence, la route joue un rôle essentiel dans Go West Gloria de Sarah Rocheville. Le nain de Francine Brunet vous fera plutôt plonger dans un univers baroque avec sa galerie de personnages plus colorés les uns que les autres. Notre duplex d’Éléonore Létourneau établit quant à lui des parallèles avec le monde du cinéma, Barcarolle de Fabrice Amchin (catégorie Hors-Québec) avec la musique.

« La langue française, c’est une question de vie ou de mort, ici, c’est qui nous sommes en tant que peuple. Il faut la défendre toujours, il faut savoir que chaque fois que l’anglais gagne du terrain, c’est un peu de nous qui se perd, savoir que chaque raccourci angléfié, chaque paresse et chaque statut facebookien dans la grosse langue dominante de l’Autre omniprésent (pour vouloir faire universel, bien de son temps, pour rejoindre le plus grand nombre, etcétéra), chaque Oh my God! lancé (plus capable de l’entendre, cel’-là), chaque incapacité à dire notre réel dans notre langue à nous, c’est une abdication, c’est une défaite. […] Bref, il faut résister. Pas le choix », nous rappelle François Racine dans ses réponses à notre questionnaire. À bon entendeur, salut!

Vous pouvez lire le numéro courant de La Recrue du mois ici...

vendredi 14 novembre 2014

Vous pouvez maintenant me suivre sur...

... eh oui, après avoir été narguée des centaines de fois au fil des ans, j'ai enfin accepté d'offrir une page FB à Clavier bien tempéré... J'y déposerai le matériel du blogue, mais aussi partagerai articles intéressants, événements culturels, coups de cœur - et peut-être de gueule qui sait... Certaines entrées seront publiques, d'autres réservées aux amis.

C'est par ici...