vendredi 19 février 2010

La chute du mur


Après avoir lu Ce qui s'endigue, premier roman d'Annie Cloutier, j'avais été à la fois séduite par une langue riche, forte, touffue, et vaguement irritée par le côté plaqué de certaines juxtapositions, l'utilisation un peu envahissante du néerlandais et quelques incohérences temporelles. J'avais retiré néanmoins de ma lecture un plaisir suffisamment grand pour ne pas hésiter à lire un deuxième opus de l'auteure, La chute du mur.

Là aussi, on a affaire à des histoires parallèles, mais présentées sous un angle différent puisque les deux points de vue (Allemagne 1989 et États-Unis 2001) sont véhiculés par Liv et Sabine, sa fille de dix ans. On ne ressent pourtant pas du tout la même impression de suspension presque poétique qui avait accompagné la lecture de Ce qui s'endigue. L'auteure a su se renouveler et le propos est beaucoup plus incarné, ancré dans un quotidien.

On y suit avec intérêt l'affranchissement de Liv qui quitte une banlieue cossue de Québec pour vivre une expérience d'immersion en sol allemand, dans une famille musicienne et végétarienne. À la fois troublée par le souvenir d'un amour ébauché avant de quitter le Québec et un mal du pays envahissant, l'adolescente réussit pourtant à s'affranchir et à poser un regard autre sur le monde qui l'entoure. Que la période évoquée soit celle de la chute du mur de Berlin m'a semblé intéressant mais parfois vaguement anecdotique. Après tout, Liv ne vivra l'expérience que par téléviseur interposé. Par contre, l'évocation du quotidien allemand de la jeune fille - alimenté en partie par les souvenirs de l'auteure - m'a plu, malgré certaines maladresses.

Était-il nécessaire de souhaiter juxtaposer à cet événement important de l'histoire du 20e siècle la chute des tours jumelles du World Trade Center? J'en suis beaucoup moins certaine. L'étude de la relation mère-fille reste intéressante mais aurait pu aussi bien se décliner en 2005 ou 2010. Plutôt que d'effleurer le sujet à travers des images convenues, maintes fois véhiculées depuis l'attentat, j'aurais nettement préféré plonger dans le cœur même de cette relation un peu trouble et vaguement symbiotique, absence de figure paternelle oblige.

Comme dans son premier roman, l'auteure choisit de laisser une langue étrangère (l'anglais et parfois l'allemand) envahir son propos et, cette fois encore, le geste ne m'a pas convaincue. Le roman reste néanmoins l'un de ces livres que l'on dévore, happé à la fois par la juxtaposition de la petite et de la grande histoires et le sentiment doux-amer qui nous envahit quand on laisse remonter à la surface nos souvenirs d'adolescence.

4 commentaires:

Karine:) a dit…

Tentée, vraiment. J'aime les histoires d'ados qui se cherchent...

Lucie a dit…

Dans ce cas, c'est pour toi!

Samuel Pothier a dit…

Bel aperçu de l'ouvrage!

Malheureusement, je suis dévoué à la nouvelle, et je n'ose rien lire de plus «robuste» (en terme de pages et non de contenu) de crainte de sombrer dans les longueurs et d'oublier quelque passage crucial.

Peut-être m'y remettrais-je un jour, quand j'aurai épuisé mon inventaire d'Alphonse Allais... L'envie me reprend!

Lucie a dit…

C'est intéressant, cet intérêt pour la nouvelle, que si peu de gens entretiennent.