dimanche 17 octobre 2010

L'OSM et Mutek: une soirée en effet assez éclatée

J'assistais hier soir à l'événement de la saison pour l'OSM, du moins à en croire la surenchère des revendeurs qui n'hésitaient pas semble-t-il à proposer des billets pour ce concert éclaté, donné à la Brasserie Molson, au prix unitaire de 125 $ (prix régulier du billet: 28 $!). D'abord, premier choc en sortant du métro, station Papineau. Au lieu d'être l'une des plus jeunes à me masser hors des wagons, comme c'est le cas station Place-des-Arts, soir de concert régulier, j'étais clairement dans les plus âgées, au milieu d'un groupe assez hétéroclite de 20-30 ans, certains plutôt intellos, d'autres plus branchés, la plupart, arborant jeans et t-shirts propres. J'ai rejoint les amis qui m'accompagnaient, aussi ébahis que mois de la faune bigarrée. Dans une des quatre navettes offertes gracieusement par la STM, les sourires étaient nombreux. On se promettait une belle soirée, sous le signe de la découverte mais surtout du plaisir partagé.

En descendant de l'autobus, nous avons longé l'édifice de la brasserie à la file indienne pour nous retrouver, massés, pendant une dizaine de minutes fébriles, dans le stationnement de l'entrepôt. Les appareils photo multipliaient les flashs, tout le monde tentait de s'étirer le cou et avançait des pronostics; une nette impression de se retrouver au milieu de groupies qui ont entendu dire sur Facebook ou Tweeter que leur groupe underground préféré allait offrir un concert privé dans un petit bar miteux au milieu de nulle part.

Les portes se sont ouvertes et les quelque 1700 personnes se sont avancées sagement vers la salle, où des rangées de chaises attendaient les invités pour la partie « concert » de l'événement. Habillage lumineux soigné - où primait le violet, couleur officielle OSM -, bars (le prix d'entrée permettait d'obtenir deux bières gratuites) situés au milieu de l'entrepôt et faciles d'accès, tout avait été pensé pour transformer un lieu qu'on aurait pu croire sans âme en temple de la musique, toutes catégories confondues.

Un peu après 22 h, Kent Nagano s'est avancé avec les six violoncellistes qui interprèteraient Messagesquisse de Boulez. Le maestro semblait visiblement déstabilisé par tous ces visages inconnus mais a offert un message de bienvenue sans fard mais sympathique, expliquant les grandes lignes des œuvres qui seraient entendues et leur pertinence en ce 21e siècle. Oui, le public a applaudi entre les mouvements de la symphonie (le critique de The Gazette, présent, a dû grincer des dents...) et peu importe. Le directeur musical de l'OSM en a profité pour présenter chaque mouvement (sa relecture du deuxième mouvement, valse légèrement alcoolisée qui trouvait un curieux écho dans le lieu hier, était particulièrement savoureuse). Malgré la densité de la partition (et certaines longueurs dans la « Titan » qu'il serait malhonnête de tenter de dissimuler), le public a été remarquablement attentif. L'acoustique aurait pu être désastreuse mais, étonnamment, le lieu se prêtait admirablement à un OSM en très grande forme. Les cuivres ont été remarquables de bout en bout (moi qui trouve toujours à redire sur la section de cors, je leur lève mon chapeau!) et on sentait que les musiciens avaient à cœur de livrer le maximum. En toute honnêteté, l'orchestre sonnait franchement mieux qu'en salle, une dizaine de jours auparavant!

Le concert terminé, les chaises ont été ramassées par une équipe efficace pendant que les invités se désaltéraient et échangeaient leurs impressions. En tendant l'oreille, j'ai surtout perçu du contentement, même si certains ont admis avoir trouvé la deuxième pièce (qui fait près d'une heure) trop longue. Vraisemblablement, ici, une série de pièces plus courtes auraient peut-être été plus faciles à « digérer ». J'ai failli éclater de rire à quelques reprises en entendant un jeune homme expliquer l'histoire de la musique classique à un autre, à coup de terminologies bilingues assez amusantes et de généralisations crasses mais, peu importe, il semblait convaincu et voulait « partager ».

La partie électro pouvait commencer. Thomas Fehlmann (photo) a d'abord offert une relecture de la « Titan », un peu trop « planante » à laquelle se sont prêtés quelques (braves) musiciens de l'OSM, qui m'a laissé perplexe par moments, puis a proposé une de ses compositions, beaucoup plus convaincante.  Des D-J étaient maintenant prêts à faire osciller la foule car, je l'ai réalisé hier, l'écoute de la musique électro reste une activité plutôt intellectuelle. On se laisse moins porter par le beat (ce qu'on fera en techno ou en transe, par exemple) qu'on en apprécie les variations. Pas de mouvement effréné donc, plutôt une communion avec le son qui, selon ceux opérant aux platines et ordis, se faisaient avec plus ou moins de naturel. J'ai quitté un peu avant 2 h (l'événement se terminait autour de 3 h), ai sauté dans le premier taxi venu (une longue file attendait sagement, initiative fort appréciée) et suis rentrée sagement à la maison. Retournerais-je dans un tel événement? Oui. Aura-t-on suffisamment séduit les 20-30 ans pour qu'ils décident de venir entendre l'OSM en salle? Là est toute la question. Je leur souhaite.


On peut lire le compte rendu (et voir quelques photos) de mon ami No ici...

6 commentaires:

Kikine a dit…

Le concept a le mérite d'essayer de séduire un autre public cible. Espérons que ça ait marché ;)

Adrienne a dit…

là est toute la question, en effet! mais il faut continuer à essayer, je suppose?
en tout cas, c'est fort bien raconté!

anne-marie a dit…

c'est intéressant de voir le point de vue d'une personne plus habituée de la musique de l'osm. :)
de la part d'une trippeuse de musique électronique qui s'est retrouvée a lire ceci par hasard :)

Lucie a dit…

Kikine: en musique classique, on n'aura rien si on ne tend pas la main...

Adrienne: il faut continuer d'essayer. Je travaille sur un autre projet semblable pour l'hiver. On se retrousse les manches et on fonce!

Anne-Marie: Si tu étais sur les lieux, j'aurais bien aimé connaître ta perception de la soirée.

cath a dit…

Une vraie bibliothèque ! Et la magie d'Internet qui me permet de vous lire.

Au plaisir, je vous mets en lien sur mon site d'invités :) (http://revueetvisitee.unblog.fr)

Lucie a dit…

Merci de ton passage ici Cath! Au plaisir!