samedi 22 janvier 2011

Tom à la ferme

Il y a souvent quelque chose d'émouvant quand on assiste à l'une des premières représentations d'une nouvelle pièce, qui donne parfois l'impression que le texte n'est pas encore entièrement assumé, que le propos s'articule de façon différente chaque soir, que l'on est face à un objet essentiellement imparfait, avec ce que cela peut avoir à la fois d'émouvant et d'énervant. Ici, comme souvent avec le dramaturge Michel Marc Bouchard, le propos est d'une densité incroyable et une violence sublimée jamais totalement absente de la trame narrative.

Tom à la ferme aborde de façon fascinante la notion de mensonge. Doit-on apprendre à mentir quand notre réalité souhaite être tue selon d'autres? Tom vient de perdre son amant, fauché par un accident de motocyclette. Il se rend donc dans la famille du défunt pour assister aux obsèques. Là-bas, personne ne sait qu'il existe. La mère, envahie par des relents de catholicisme mystique (remarquable Lise Roy, à la fois fragile et lucide) possède une photo truquée, dans laquelle son fils enlace et embrasse Helen (en fait Sarah, une collègue de travail). Déchiré entre son homophobie et la douleur d'avoir perdu un frère, Francis (Eric Bruneau, terrifiant et ravageur, dans tous les sens du terme) savait quant à lui la confrontation inévitable.

L'auteur nous propose alors une rhumba à l'équilibre des plus instables, qui mêle pulsions et violence, tendresse et déni. Pour accepter de plonger dans cet univers, il faut toutefois accepter que nous sommes au théâtre, que les choses improbables peuvent s'y produire, devenir complices du deus ex machina. Selon moi, voilà le grain de sable de cet engrenage qui aurait pu sinon être redoutable d'efficacité. Quand, d'entrée de jeu, Tom multiplie les apartés, on a de la difficulté à s'accrocher. (Le procédé permettra néanmoins un des moments les plus forts de la pièce, alors qu'on « entend » Tom réfléchir à voix haute sur ce qu'il voit et ressent à l'église.) Il faut aussi accepter l'inacceptable. Pourquoi Tom (Alexandre Landry, troublant, mais dont le jeu est parfois forcé) ne fuit-il pas cette ferme malsaine, dès la première confrontation brutale avec Francis?

Néanmoins, quelques jours après, le propos continue de m'habiter, certains échanges me reviennent. Inutile de prétendre ici à l'indifférence. Je retiendrai également l'écoute particulièrement respectueuse du public, visiblement suspendu au texte et secoué par le propos.

Une entrevue avec auteur et metteur en scène...

2 commentaires:

no. a dit…

hanté, voilà le mot juste!

en fait, on aurait envie de revoir non?

Lucie a dit…

Je pense, oui, que je reverrais avec d'autres acteurs, histoire d'apprécier le texte autrement...