samedi 23 août 2008

Échantillonage

Il y a quelques jours, j'ai participé à une étude de marché, terme mieux connu sous le nom de focus group dans le jargon des publicitaires. J'avais déjà répondu à deux sondages téléphoniques sur mes habitudes d'écoute de chaînes de radio et, comme j'avais fait mention de deux des trois stations ciblées (CHOM au 97,7, Mix 96 au 95,9 et Q92 au 92,5), on m'avait demandé de me joindre à un groupe. Je souhaitais fortement que le format petit groupe intime et/ou table ronde n'ait pas été privilégié ici. Je me voyais mal expliquer que je n'aimais pas telle chanson pop parce que je trouvais son rythme trop répétitif, que je préférais les chansons avec plus de trois accords et que plusieurs compositeurs avaient déjà fait beaucoup mieux dans le genre. En me rendant, je rigolais un peu, m'imaginant un focus group pour amateurs de musique classique. Cela aurait risqué de tourner en cirque avec citations d'enregistrements spécifiques à la clé et tout un tas de balivernes du même type. (Rassurez-vous, je ne parle pas comme ça!)

Sur les lieux, j'ai été saisie par l'esprit examens de fin de session qui y régnait. Près de 200 personnes étaient entassées, trois par table sur laquelle attendaient, bien aiguisés, des crayons mine. À l'entrée, on me remit un paquet de feuilles, certaines comprenant des questions sur diverses émissions et animateurs. Il fallait par exemple identifier si possible pour quelle station ils travaillaient (j'ai été en général lamentable là-dessus), qualifier leur genre, évaluer les performances des trois stations (je n'écoute jamais Q92, leurs ballades sirupeuses m'indisposant). Ouh là! Et ce n'était pas tout, loin de là. Au cours de la soirée, nous avons écouté 600 (oui, vous avez bien lu!) clips musicaux de 10 à 12 secondes chacun et nous devions évaluer notre réaction selon des catégories (doublées d'émoticones): ne connais pas, n'aime pas (selon les explications de la responsable de la session, cela voulait dire en termes clairs: « Je change de poste quand je l'entends »), bof (« J'attends la prochaine chanson tout à coup qu'elle serait bien meilleure »), j'aime, l'une de mes préférées et je l'aimais mais j'en suis fatiguée (j'ai inclus dans cette catégorie toutes les chansons de Mika et de Rihanna entendues par exemple).

Évidemment, on nous bombardait de styles différents (tous en anglais, bien sûr, considérant les stations visées), allant du dance « achtouf-achtouf » (selon moi, supportable seulement quand on sort en boîte pour s'éclater) au rock (très) lourd (CHOM est, après tout, reconnue pour ce son) sans oublier les hits d'aujourd'hui, les oldies des années 1980 (oui, j'ai coché plusieurs fois « l'une de mes préférées » ici, assumant non seulement mon âge mais surtout l'intime conviction que la pop était diablement plus efficace alors) et, horreur, les ballades extra-sirop (les vocalises de Mariah Carey, j'ai un peu de difficulté, je l'avoue).

Amusant et frustrant à la fois d'entendre tous ces extraits. Quand on aime, on voudrait que ça dure plus longtemps. Quand on déteste (les multiples sous-produits ratés de BonJovi et compagnie, ça devient lassant), on essaie de penser à autre chose pendant les huit secondes qui restent. De temps en temps, je jetais un coup d'œil sur la feuille de mon voisin (qui avait mentionné que Q92 était sa station préférée, gasp!) et j'étais fascinée de constater combien nos réponses différaient (après tout, n'est-ce pas, il n'y aurait sinon qu'une station de radio pour tous). J'avoue que j'ai souri à quelques reprises; bien sûr quand j'ai entendu Sweet Dreams are made of these des Eurythmics ou Tainted Love de Soft Cell (même si on a eu aussi droit à la version, nettement moins réussie, des Pussycat Dolls) ou encore ma chanson fétiche de l'été, Viva la vida de Coldplay (numéro 475 sur 600... je commençais à désespérer) mais aussi quand l'un ou l'autre des participants chantonnait discrètement en écho la suite d'un extrait. C'est fou comme la musique pop diffusée à la radio envahit nos vies, qu'on le veuille ou non!
Viva La Vida - Coldplay

Bien sûr, mon oreille musicale n'a pu que noter combien certaines pièces se ressemblaient étrangement (surtout quand on a seulement droit à quelques secondes d'écoute), que plusieurs possédaient un son franchement plutôt préprogrammé (arrangements semblables, mêmes choix au niveau des riffs de guitare, voix mièvres des chanteuses produites en chaîne). C'était par moments confondant. (Oui, je sais, la plupart des participants n'ont certainement pas relevé tout ça.) Vous comprendrez peut-être que, le lendemain, j'aie choisi de me passer de tout fond sonore...

2 commentaires:

Karine a dit…

L'avantage avec les chansons à trois accords, c'est qu'une "pianoteuse" ben ordinaire comme moi peut jouer à peu près n'importe quelle toune à l'oreille avec les 1-4-5 et parfois leur relative mineure!!! Pratique dans les partys de famille quand ils "callent" leurs chansons d'un bord à l'autre du salon!

Ceci dit, Coldplay à pleine tête à 23h30... il semblerait - selon certain - que ça réveille assez raide merci!!! :))

Lucie a dit…

lol...
mais c'est tellement entraînant (et cet accompagnement de cordes, j'adore!)