mardi 22 juin 2010

Infrarouge

Ceux - nombreux - qui avaient cédé aux charmes de Lignes de faille attendaient certainement cet ouvrage avec une hâte non dissimulée. Quatre ans, c'est long, quand on aime une auteure. Si la question de la filiation est encore très présente dans ce 12e roman - dans lequel Rena, photographe de 45 ans, offre à son père et sa belle-mère une semaine en Toscane en sa compagnie -, Nancy Huston choisit d'aborder un tout autre registre, rouge... comme dans Infrarouge bien sûr, titre du livre et technique que Rena utilise pour percevoir l'homme sous son enveloppe corporelle dans ses moments de plus grand abandon - et donc de plus grande fragilité. Rouge aussi comme la couleur de la passion, du sang, de la sexualité entièrement assumée.

Résumer ce roman à ces scènes souvent très chargées, parfois très crues, serait toutefois inutilement réducteur. Oui, les choses sont nommées, mais toujours avec une dignité sous laquelle on reconnaît la plume fluide de Huston. Je parlerais plutôt d'écriture assumée, libérée, pas tant féministe (oui, pour une rare fois, c'est la femme qui regarde, qui examine, qui triture, qui ravage parfois) que profondément incarnée dans une féminité moderne, moins vindicative que multiple. Oui, Rena aime les hommes, les consomment parfois comme d'autres engloutissent dans un buffet tout compris, mais elle est bien plus que cela: elle est fille (les liens avec son père ont parfois été troubles), sœur (son frère a dansé dès le début une étrange danse de la séduction avec elle), mère (de deux jeunes hommes qu'elle chérit), professionnelle, amante, épouse, amie. Elle s'indigne, cherche à comprendre les choses, y pose un autre regard, littéralement.

Au cours de cette semaine qui pourrait sembler idyllique à Florence, à Sienne, dans la campagne toscane (ceux qui ont visité les lieux les reconnaîtront, magnifiés), elle devra apprivoiser certaines blessures, les intégrer à ce qu'elle est devenue, afin de pouvoir se renouveler, encore et toujours. Ce livre ne laisse pas indifférent et a déjà suscité certaines réserves chez les blogueuses. Je l'ai plutôt perçu comme l'écoute d'une voix différente, qui transmet un message brûlant certes, mais dans lequel plusieurs se retrouveront.

Nancy Huston, toujours aussi troublante à 56 ans, lit ici un extrait de son livre...

2 commentaires:

Kikine a dit…

Je réessayerai bien un jour Nancy Huston mais pour le moment, je suis mitigée. Elle n'a pas totalement réussi à me séduire avec "une adoration"

Lucie a dit…

Je te recommande Lignes de faille avant celui-ci qui est très « particulier ». Je pense que tu embarqueras plus facilement dans Lignes de faille ou peut-être dans Dolce agonia. Mais je pense que, elle aussi, il y a une question de ton et il faut être « dedans » pour la lire, comme Saramago (même si les styles n'ont rien à voir).