samedi 4 décembre 2010

Rencontre inédite

Peut-on juxtaposer le monde très pointu de la musique contemporaine à l'univers iconoclaste de Pierre Lapointe? Voilà le pari assez audacieux pris hier par le Quatuor Molinari qui a décidé de défendre, avec sa rigueur habituelle, deux soirs seulement, des relectures signées par des compositeurs de demain de chansons connues et aimées.

Impression troublante d'avoir été invité à pénétrer dans un laboratoire de création unique, de laisser au vestiaire tout repère préétabli, tout souvenir qu'on croyait avoir de l'une ou l'autre des pièces du répertoire de Pierre Lapointe. Déjà, lors de son précédent spectacle, piano solo (le disque devrait être lancé en mars), l'auteur-compositeur-interprète avait joué la carte de l'audace, privilégiant nouveaux tempos et harmonies dépouillées pour magnifier ses textes. Ici, la donne semble encore plus complexe, l'auteur-compositeur devant laisser toute la place à l'interprète et accepter de fondre sa voix dans le langage harmonique d'étudiants en composition du Conservatoire. Il y avait quelque chose d'émouvant à le découvrir fragilisé, moins en contrôle (lui qui, on le devine, doit roder ses spectacles au silence près) mais en même temps profondément émerveillé par les nouveaux habillages que l'un ou l'autre avait offerts.

On a eu droit à clins d'œil ludiques (astucieux, cette introduction nébuleuse signée Gabriel Ledoux à laquelle le public participait en chantant la tierce sol-mi sous la main de Pierre chef d'orchestre, avant de plonger dans 27100 rue des Partances), des arrangements resserrés (dont la dense relecture d'Émilie Girard-Charest du Lion imberbe ou le très subtil accompagnement d'Hugo Gravel, qui nous a également offert un Colombarium inspiré, de la chanson inédite, douloureusement poétique, La date, l'heure et le moment) et trois pièces résolument baroques sur instruments d'époque (saluons ici les arrangements de Sean Dagher - un pro du genre qui roule sa bosse depuis quelques années - des Vertiges d'en haut et des Petites morts).

En milieu de ce (trop) court spectacle, le Quatuor Molinari a glissé en douce le Quatuor no 3 de Philip Glass. La qualité d'écoute des fans du chanteur a-t-elle semblé se dissiper? Nullement. La preuve, encore une fois, que, lorsque le contexte s'y prête, le public n'est pas si fermé qu'on le croirait à la découverte.

2 commentaires:

Oberbaum a dit…

*shame* je n'étais pas au courant que ça se passait à deux pas de chez moi... Ca aurait vraiment valu le coup !! N'hésite pas à prévenir si tu entends parer d'événements à voir à Berlin ! Merci !

Lucie a dit…

Tu parles de Flying Steps, sans doute? (tu as commenté au mauvais endroit ;-)
Surveille leur horaire de spectacle. Ils sont aussi très impliqués dans la communauté et offrent des ateliers de hip-hop gratuits très souvent.