vendredi 9 janvier 2009

Seul le silence

Seul le silence m'a été offert en cadeau d'anniversaire et, jusque là, je n'avais rien lu dans les médias imprimés ou sur les blogues à son sujet (puisque ce titre est le premier à être traduit). Ne levant certes pas le nez sur un petit polar de temps en temps, je me disais que je pourrais m'offrir une lecture « légère » pendant le temps des fêtes. Dès les premières pages, j'ai compris que ce ne serait pas le cas, que le livre serait beaucoup plus qu'un simple thriller qui tente de dénouer les fils qui lient une dizaine de meurtres de petites filles particulièrement sordides. Déjà, j'avais noté des passages, saisie par la maîtrise avec laquelle l'auteur suscitait des images fortes. « Je me tus. Les mots avaient jailli comme un torrent. Lorsque je m'en aperçus, ils étaient déjà loin et la poussière qu'ils avaient soulevée dans leur sillage me brûla la gorge et me fit tousser. » (p. 34)

Le roman est sombre mais le noir s'y décline ici en une sorte de camaïeu. R. J. Ellory dépeint avec autant d'attention les paysages, les lieux que les conflits intérieurs du personnage principal, Joseph Vaughan, victime de ses souvenirs, de ses démons, de la fatalité, d'un système de justice particulièrement aveugle. La mort le suit, il le sait et tente de s'en libérer, à travers un déménagement newyorkais, l'écriture de ses livres, les amitiés et les amours qu'il noue.

Ellory signe ici non seulement un roman policier mais bien une oeuvre littéraire, véritable récit d'apprentissage d'un enfant qui se mue sous nos yeux progressivement en homme rompu par le destin mais aussi en écrivain - ce qui permet éventuellement un astucieux jeu de miroirs, le roman s'écrivant presque littéralement sous nos yeux. « Ce ne fut que plus tard que je compris que les deux étaient liées: l'expérience, façonnée par l'imagination, devenant de la fiction, et la vie, vue à travers le prisme de l'imagination, devenait une chose que l'on pouvait mieux tolérer et comprendre. » (p. 165) Même si les règles du genre nous poussent à vouloir identifier le coupable, j'ai été beaucoup plus fascinée par la peinture d'époque et le parcours du personnage principal. Un auteur au parcours plus qu'éclectique auquel je retournerai sans nul doute.

On peut lire son blogue ici...

4 commentaires:

Karine :) a dit…

Peinture d'époque... c'est attirant ça!! Je le note dans un petit coin de ma tête mais trop tout de même... Un roman policier avec des images fortes, on ne peut pas passer à côté, je pense!

Danaée a dit…

La deuxième citation est vraiment très belle.

Un bon choix.

Lucie a dit…

Karine: je pense que tu sauras apprécier.

Danaée: on sent la réflexion derrière le texte, c'est ce qui m'a tout de suite plu.

Guillaume Martineau et Claudio Pinto a dit…

En relisant ce billet, je constate la force de la deuxième citation. Un Proust aurait approuvé, plus aimé.