samedi 17 juillet 2010

S'inspirer

J'aime être inspirée par un artiste, que ce soit au niveau de la recherche musicale, de son travail d'interprète, de ses dons de compositeur mais aussi comment il ou elle a su transformer une douleur en geste créateur. Cette semaine, j'ai vu deux documentaires, nullement liés, mais qui m'ont également interpellée. Le premier, Charisma X, consacré au compositeur Xenakis, présenté cette semaine au CCA, permet de découvrir l'homme grâce à des témoignages de spécialistes, de musiciens et de proches. (Les remarques de sa veuve, Françoise, particulièrement exubérants, sont absolument savoureux.)

Le second trace le portrait d'une jeune artiste de jazz remarquable, Melody Gardot qui, au début de la vingtaine, a dû tout réapprendre, après un accident presque fatal dans les rues de Philadelphie. C'est la musique qui, littéralement, lui a permis de réapprendre à marcher, à vivre, à retrouver une certaine « normalité ». Dans le documentaire, il était intéressant de l'entendre raconter qu'elle ne considérait la création possible que comme sublimation de la douleur (physique ou morale), qu'une journée « parfaite » ne peut mener à une œuvre musicale pertinente. On peut débattre de la chose mais, oui, il est vrai qu'en tant qu'artiste, la douleur fait partie du quotidien, que ce soit dans la répétition du geste, dans l'apprentissage de nouveaux réflexes, la nécessité de plonger dans certaines zones d'ombre pour en extraire l'essence d'une œuvre musicale. Bien sûr, un soir de concert magique, quand les axes compositeur-interprète-public sont idéalement alignés, toute cette douleur est transcendée en beauté ou à tout le moins en art. (Xenakis refusait d'ailleurs de considérer la musique comme « belle » ou « laide », poussant d'ailleurs souvent les instruments dans leurs derniers retranchements.) Mais ce n'est certes pas tous les soirs...

Je partage ici la chanson que l'accident a inspiré à Melody Gardot (qu'elle ne fait pas en spectacle habituellement, parce que cela vient remuer trop de souvenirs)



et une de mes - sinon ma - préférées, Love me like a river does

4 commentaires:

Oberbaum a dit…

Incroyable ! Je l'ai lu aussi ! Moi qui parle justement de synchronie... Même si ca devait être il y a trois ans. Je me rappelle encore l'avoir trouvé très intense; beaucoup de choses dites avec peu de mots, tels de haikus, et on leur donne le sens qui nous correspond.
Moi aussi je vais le relire, tiens !

Lucie a dit…

Tu as laissé ton commentaire sous le mauvais onglet mais peu importe. :)
Je l'ai prêté à mon meilleur ami avant de partir et j'ai hâte de savoir ce qu'il en pensera... et toi aussi, peut-être?

Margotte a dit…

Je ne connaissais pas "Love me like a river does" : superbe ! J'en suis à la 2e écoute (et sûrement pas la dernière) et vais le proposer sur mon blog... Pour une semaine du noir, il s'adaptera parfaitement bien... Merci pour cette belle découverte.

Lucie a dit…

Heureuse que ce grand coup de cœur en séduise une autre. Elle se maintient toujours dans mes titres les plus écoutés dans mon iTunes :)