mardi 24 mai 2011

Leslie Muller ou le principe d'incertitude


Belle surprise de mon week-end de lecture (je continue de lire à petites doses L'amateur de musique, une série d'articles parus dans Liberté à la fin des années 1980 début des années 1990): Leslie Muller ou le principe d'incertitude, qui trace un portrait saisissant d'un univers très rarement évoqué au roman: celui de militants engagés en Amérique centrale au début des années 1980.
« Dans la forêt, couchée sur la terre d’un monde que je ne reconnaissais plus, dans une réalité qui me hurlait cruellement mes mots anciens, alors innocents et naïf, étaient mortes comme autant d’idéaux mes phrases aux lettres devenues chair déchiquetée. » (p. 70) 
Les lieux et les époques s'emmêlent, en une trame narrative non linéaire, pourtant habilement tissée par Lynn Diamond. Il y est question d'idéaux bien sûr, mais aussi de choix parfois difficiles à assumer, d'amours troubles mais essentielles, de liens amicaux qui se distendent parfois sans jamais se rompre, du temps qui passe et nous pousse aux questionnements.
« En signant le registre, je remarquai un léger froissement sur la peau fine de ma main, et pour la première fois, je compris dans ma chair la durée éphémère de la jeunesse, aucun mouvement, seulement une pensée fugitive et triste. Mon corps changeait peu à peu d’identité, s’apprêtait à revêtir le vêtement de l’âge qui désormais me cacherait aux autres, et si je n’y prenais garde, peut-être aussi à moi-même. » (p. 174-175)
Le récit est parsemé de références aux romans Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry (qui manque à ma culture), Le vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda (la parenté entre les deux couvertures ne peut d'ailleurs relever du hasard) et du Loup des steppes d'Hermann Hesse (encore très frais dans ma mémoire).

Le style demeure des plus maîtrisés et jamais on ne sent que ce dernier envahit l'espace narratif. On accepte sans hésitation de se plier au rythme particulier de celle qui a déjà été surnommée « la chercheuse d'âme », de devenir témoin de ce voyage intérieur, dont ni personnages ni lecteur ne sortiront totalement indemnes.

2 commentaires:

no. a dit…

Il te faudra alors lire le petit essai-roman au titre identique : Le principe d'incertitude de Michel Rio, un de mes écrivains préférés dont personne ne parle jamais, et que trop peu connaissent.

no.

Lucie a dit…

Je note! :)