lundi 15 septembre 2008

Big Bang

Huit récits, huit mondes, huit façons différentes de traiter personnages et trame narrative: avec ce premier recueil de nouvelles, Neil Smith frappe fort. Dès la première nouvelle, Incubateurs, on sent qu'on bascule dans un univers littéraire où tout peut arriver, l'auteur n'hésitant pas à traiter une histoire tragique avec un humour acerbe, volontairement décalé. « Pendant ce temps, les néonatologues font leurs visites. Quelques-uns reversent sur les genoux d'An un plein bol de soupe à l'alphabet bouillante dont les lettres forment des mots incompréhensibles: rétinopathie de la prématurité, dysplasie broncho-pulmonaire, ventilation spontanée en perssion positive continue... » (p. 13) Malgré les termes médicaux qui émaillent le discours, le ton grinçant, en quelques pages, on s'attache à An, presque sans s'en rendre compte.

L’écriture de Neil Smith est fluide, rythmée mais surtout multiforme. « Les mots s'alignaient n'importe comment sur la page, pareils à des enfants se tenant à une corde, gauches et puérils. » (p. 115) L'auteur possède une qualité rare: pouvoir se glisser avec autant de facilité dans l’univers d’un adolescent (troublant et poétique Protéine vert fluo), d’une femme d’âge mur (la mère de l'adolescent de la précédente nouvelle, Drôle tordant ou drôle bizarre), d’une enfant qui vieillit puis rajeunit à vitesse grand V (Big Bang), d'un couple troublé par une tuerie qui évoque celle de Polytechnique (Album, audacieusement découpée en segments qui, une fois perçus dans leur ensemble, nous permettent de mieux comprendre l'histoire), d'un jeune homme qui cherche à s'affranchir de son père (magnifique La boîte à papillon) ou même d’une paire de gants (Extrémités, peut-être la nouvelle la plus difficile à apprivoiser, un clin d’œil à George Saunders qui met en scène une paire de gants et un pied).

Malgré une traduction experte du duo Paul Gagné et Lori Saint-Martin (qui sera vraisemblablement en lice pour un prix du Gouverneur général pour celle-ci), je me suis par moment sentie brimée, ayant l'impression diffuse qu'il me manquait un petit quelque chose pour apprécier entièrement les textes présentés. J'ai alors relu quelques nouvelles en langue originale et ai immédiatement compris que, malgré tous les efforts des traducteurs, la musicalité si particulière de Smith, à cheval entre les cultures anglophone et francophone, était plus facilement perceptible en langue originale. La version anglaise du recueil se clôt par une novella d'une soixantaine de pages, Jaybird, sise dans le milieu du théâtre québécois, qui confirme que Neil Smith a le souffle nécessaire pour s'attaquer à des textes de plus longue haleine. J'attendrai son premier roman avec impatience.

Vous pouvez lire les commentaires des autres collaborateurs de La recrue, plutôt partagés, ici...

1 commentaire:

Karine a dit…

J'ai lu tous vos billets... et je ne sais pas encore si j'ai le goût de me mettre à cette lecture. C'est hoooorrible, les pannes!