mercredi 15 septembre 2010

Brigitte des Colères

Certains romans nous happent instantanément, question de propos, de style, de rythme. D’autres nous ennuient dès les premières pages. Parfois, on y croit et on se trouve récompensé de nos efforts; à d’autres moments, on abdique. Parfois, on a affaire à une très curieuse expérience, qui vous fait tour à tour aimer un texte et le détester : voilà l’impression que m’a laissée Brigitte des Colères, un premier roman à la prémisse pourtant sympathique.


J’aurais voulu aimer cette jeune fille à la vie tranquille mais à l’imagination foisonnante, pyromane, complètement décalée, qui signe ses copies d’examen Ted Bundy, écrit des lettres enflammées à un tueur en série qui sévit dans les Basses-Laurentides, palpite pour un beau guitariste grunge et écoute du Schoenberg. (Oui, les deux derniers éléments sont essentiels, évidemment.) J’aurais aimé retrouver une certaine jeunesse perdue – ou du moins son illusion – tout en me plongeant dans un vécu dont je ne connais rien, où les adolescents aident leur père à mettre à bas un veau, doivent accepter de voir mourir une vache enlisée ou passent la nuit dans un cimetière isolé. J’aurais souhaité suivre l’auteur sans hésitation, simplement charmée par une narration efficace. Mais la magie n’a pas opéré pour moi, en grande partie parce que je n’ai pas su me glisser dans le rythme imposé par Jérôme Lafond qui, en deux phrases, nous fait basculer d’une certaine tendresse à l’énervement.


Que Brigitte délire et écrive des lettres à un tueur, soit. Qu’elle se pâme sur le beau gosse de l’école et ignore les œillades enamourées de son meilleur ami, d’accord. Qu’elle en profite pour jeter un regard caustique sur une certaine tranche de la société québécoise, pourquoi pas. Mais qu’elle nous propose un horoscope bidon au milieu d’un cours ennuyeux, vraiment? Qu’elle songe à mettre sur pied une nouvelle religion? Qu’elle joue la manipulatrice un instant et la fragilisée le suivant? Je comprends bien que l’adolescence est une période trouble pendant laquelle s’affolent les hormones, mais le style de l’auteur avait-il besoin d’en subir les contrecoups? Malgré une lecture montagnes russes, je me suis accrochée et là, à la toute fin, j’ai ressenti, succombé, frémi face aux hasards de la vie, cédé à une écriture maîtrisée qui, enfin, s’était trouvée. Dommage que cette révélation se soit révélée si tardive…

Les autres collaborateurs de La Recrue seront vraisemblablement moins ronchons que moi. À lire ici...

6 commentaires:

no. a dit…

un bûche pour la foyer, ou bien un cale pour ta bibliothèque??

Lucie a dit…

L'avantage d'un exemplaire emprunté, c'est que tu n'as pas besoin de te poser cette question :)

liceal a dit…

Commencé, mais jamais fini. Un style trop saccadé à mon goût, un exercice qui se voulait un exercice de style, mais raté selon moi

Lucie a dit…

Au début, c'est effectivement pénible. Les 20 dernières pages (ou quelque) ont racheté le livre pour moi mais si je n'avais pas eu à le lire pour La Recrue, je ne me serais peut-être pas accrochée...

Karine:) a dit…

Ah oui, ça fait un peu peur. Je sens que je serais un peu énervée alors je pense que je vais passer...

Lucie a dit…

Ce n'est vraiment pas un « must »... même si j'ai bien aimé que Brigitte écoutait du Schoenberg ;-)