mercredi 1 septembre 2010

Journal irrévérencieux d'une mère normale

Être mère au foyer, de nos jours, n'est pas une sinécure. Pas tant que le « travail » impliqué ait changé tant que cela au fil des ans, mais la perception des autres est souvent devenue plutôt péjorative, ce qui est bien dommage. Quand on fait le choix de consacrer quelques années à ses enfants et - ciel! - refuse de les mettre en garderie, on aura droit à regards courroucés ou au moins totalement incompréhensifs. « Quoi? tu ne travailles pas? », « Tu ne t'ennuies pas, toute seule avec les enfants? », « Tu n'as pas l'impression que ton cerveau fond? Je ne sais pas comment tu fais! » ne sont que quelques-uns des poncifs assenés régulièrement à la « pauvre » mère.

Dans son Journal irrévérencieux d'une mère normale, Véronique Fortin ose briser l'isolement, tente de déboulonner quelques préjugés tenaces et le fait de façon non seulement convaincante mais surtout attrayante. Elle y évoque aussi bien la frénésie de l'heure qui précède le souper (la pire de toutes, comme chacune sait) ou les nuits blanches (je serais incapable d'y faire face maintenant) que ses hésitations envers ses aptitudes de mère. Au fil de courts chapitres (retravaillés à partir de textes parus sur son blogue), elle nous fait souvent rire aux éclats (savoureux dialogue entre mère et fillette qui feint la maladie pour rater l'école ou les craquantes « photos de famille », instantanés charmants intégrés ça et là dans le texte) mais n'hésite pas à aborder la part sombre du rôle de mère. Le recul qu'elle doit prendre par exemple face à la petite correction physique qu'elle inflige à sa fille (presque rien, au fond, mais qui génère un poids de culpabilité certaine chez quiconque est passé par là) est admirablement rendu, de même que ses questionnements face à l'« après », quand les petites poursuivront toutes les deux leur éducation.

J'aurais aimé que jadis, on me glisse en douce entre les mains un tel livre, joliment illustré par Rémy Simard, dont j'ai toujours apprécié le coup de crayon. En ces instants où je considérais sérieusement déposer les deux garnements dans un sac vert et me sauver en courant, de savoir que, bien sûr, je n'étais pas seule dans cette galère, aurait peut-être apporté un bienvenu répit de quelques instants à ma journée - et à ma santé mentale. À voir le nombre de ventres bombés que je croise depuis quelque temps - témoin éloquent du baby-bump qui fleurit au Québec -, l'auteure ne devrait pas manquer de lectrices... et, rêvons un instant, si on le glissait aussi dans les mains de ces messieurs...

Merci à l'opération Masse critique lancée par le chapitre québécois de Babelio pour cette lecture. Je l'offrirai sans hésiter la prochaine fois que je serai invitée à un shower de bébé.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Pâques a dit…

Je vais offrir ce livre à ma belle-fille, elle a choisi de rester à la maison pour éléver ces jumeaux 1 an 1/2 et elle a droit elle aussi à quelques remarques ironiques :-)
Merci
Marcelle

Lucie a dit…

Je pense que ça devrait lui plaire...

Venise a dit…

J'ai eu quelques hésitations face à ce titre, pour la redite - Mère indigne bien sûr qui a commencé par un blogue elle aussi. Il y a nettement une vague là.

Tu sembles avoir beaucoup apprécié, alors ça doit être comme les histoires d'amour, finalement, on ne se lasse pas de la redite.

Eh non, dans mon temps, on avait aucun exutoire, on se sentait plutôt esseulée (si ce n'est condamnable) quand on poussait des soupirs et levait les yeux au ciel en lui demandant qu'est-ce qu'on avait fait pour mériter des enfants aussi impossibles !

Adrienne a dit…

peut-être, mais il me semble que le contraire arrive tout autant: on culpabilise la jeune mère qui "préfère abandonner ses enfants" à la crèche pour pouvoir travailler...
joli, le nouveau look du blog!

Lucie a dit…

Venise: je n'ai pas vraiment lu « Mère indigne » (quelques pages ici et là) donc n'ai pas eu l'impression d'une redite. Je pense qu'on n'a évidemment pas besoin de lire les deux en même temps! Mais j'ai aussi apprécié qu'elle habite à la campagne, qu'elle ne se sent pas le besoin d'être « branchée ».

Adrienne: ici, on ne culpabilise jamais la mère qui dépose ses enfants en garderie, c'est le contraire qui semble « étrange ». J'ai choisi de travailler à mi-temps quand mes enfants étaient petits (j'avais de sacrés samedis d'enseignement par contre!) et de les accompagner du mieux possible avant qu'ils ne rentrent à l'école. Tout le monde dans mon entourage immédiat pensait que j'étais une extraterrestre. Pas toujours facile à assumer...

Lucie a dit…

Adrienne: pour le look, j'en avais un peu marre que tout le monde commentait le mauvais billet (c'est vrai que c'était idiot, ces commentaires en haut du billet) et en ai profité pour souligner la rentrée! :)

Kikine a dit…

J'avais pas osé lire ce livre de peur que ce soit trop caricatural mais tu arrives à me convaincre et je le lirai probablement à un moment donné...
Sympa ce nouveau look pour la rentrée ;)

Lucie a dit…

Je te le garde et le glisserai en addendum d'un certain paquet que je finis de préparer aujourd'hui ou demain ;-)