samedi 31 décembre 2011

Fin d'année

Je termine mon année de lecture dans la tendresse. Je voudrais d'abord vous parler du dernier Foenkinos, Les souvenirs, ode aux liens qui nous unissent aux autres, aux grands-parents qui nous soutiennent, aux parents que nous ne comprenons (et qui ne nous comprennent) pas toujours, à ces amours évanescentes que nous croyons éternelles.
« Je trouve ça fou à quel point la jouissance, pourtant réelle et belle, s'appauvrit de son émotion initiale. Ainsi, il m'est arrivé parfois en embrassant Louise un peu mécaniquement par la suite de repenser à ce premier souvenir. Et je le voyais non pas comme un vestige, mais comme une cachette où je pourrais me réfugier pour me protéger de la lassitude. »
Si, bien sûr, on retrouve, glissés entre les lignes, les célèbres Polonais et cette imperturbable Suisse qui hantent tous les romans de Foenkinos, on sent que l'auteur a atteint une certaine maturité - pour ne pas dire une maturité certaine - et qu'il a enfin accepté de se détacher de certains de ses tics d'écriture. Certains commentateurs ont émis des réserves par rapport à ce titre, je n'en ai que très peu. Je retiendrai la délicatesse (et j'attendrai patiemment jusqu'au printemps pour voir le film du même nom) qui se dégage des pages, la nécessité du devoir de mémoire, mais aussi celui de s'en émanciper et de nous offrir un véritable objet littéraire. Merci Caroline pour cet exemplaire signé par ce cher David!

Et puis, j'ai enchaîné avec Une année étrangère de Brigitte Giraud, découvert par hasard lors d'un périple à la bibliothèque. Laura, jeune fille au pair, part vivre six mois dans l'Allemagne d'avant la chute du mur, encore zébrée en son sein par cette frontière encore aujourd'hui impossible à oublier. L'auteure nous raconte cette histoire à mi-voix, par petites bribes, comme lorsque l'on ose enfin émettre une première phrase, une première réflexion, dans une langue étrangère. Que celle-ci soit l'allemand, langue qui me malmène (et que je malmène) depuis un peu plus d'un an maintenant n'est certes pas un hasard.   
« Je ne dispose pas des adverbes qui me permettraient de nuancer mon refus, tous ces petits mots qui enrobent la langue et son comme des béquilles, qui colmatent ici, amortissent là. savoir parler une langue étrangère, c'est bien cela: être dans le confort de la demi-teinte, dans le doigté de la nuance. Et je suis loin d'être capable de parler, je m'en rends compte avec douleur chaque jour. »
Mais au-delà du prétexte, j'ai  surtout aimé la façon dont la jeune fille devient femme, qu'elle se déleste du poids des souvenirs, de la culpabilité qui mine ses parents, pour se forger doucement une identité bien à elle, accepter qui elle deviendra, oser sortir de sa chrysalide en lisant La montagne magique de Mann  et en acceptant le rythme autre de ses six mois qui changeront irrévocablement sa vie. Déjà, les nouvelles de Brigitte Giraud m'avaient plu, mais là, chapeau!

À vous tous, que 2012 vous soit clément. Qu'il vous apporte lectures, musique, manifestations culturelles qui vous transformeront sans que vous ne vous compreniez entièrement pourquoi, qui vous permettront de grandir et de vous indigner... dignement!


vendredi 30 décembre 2011

L'année 2011 en lectures

L'archivage se fera dans les prochains billets (histoire de pouvoir repartir en neuf avec le début de l'année et donner brièvement l'impression que je ne lis plus), mais que reste-t-il de cette année?

Auteurs chouchous

Paul Auster m'a peut-être moins séduite avec Sunset Park qu'avec Invisible, mais pourtant j'ai l'impression que les personnages du roman continuent de mener une vie parallèle, ce qui est sans aucun doute significatif...

Il faudrait aussi que j'intègre à la catégorie Rainer Maria Rilke, l'auteur que j'ai le plus lu cette année (et que je commence à lire en allemand, mais tout doucement). Que j'aurais aimé avoir une relation épistolaire avec lui...

Littérature québécoise

Grande année côté québécois. La littérature d'ici n'a jamais semblé si bien se porter, alors que celle signée par les cousins français démontrent un réel essoufflement. Elle est multiple, comme notre nation, semble définitivement sortie des ornières du terroir et du je-me-moi, et j'ai passé des heures magnifiques en sa compagnie.

Côté lectures coups de poing: Le bruit que fait la mort en tombant de Guy Lalancette, avec lequel j'ai eu le plaisir de m'entretenir assez longuement au Salon du livre de Montréal et Drag de Marie-Christine Arbour, parce qu'il y est question d'acceptation des différences, de musique, d'art. Côté classiques, Les yeux bleus de Mistassini de Jacques Poulin, que je me suis empressée d'offrir à mon meilleur ami, parce que cet auteur reste l'un de nos plus grands et nous rappelle que la beauté s'atteint par le dépouillement. J'ai hâte de lire son dernier opus, L'homme de la Saskatchewan, cadeau de moi à moi.  Côté BD, un grand coup de cœur pour Paul au parc, hommage au monde du scoutisme mais aussi d'une certaine époque, un tome des plus personnels.

Littérature française

L'année 2011 a commencé en force avec Les déferlantes de Claudie Gallay, mais je devrais aussi noter ici Les heures souterraines de Delphine de Vigan (les deux titres, des cadeaux de Caro_Carito) et  aimerais offrir une mention spéciale à Un smoking à la mer de Louis-Henri de la Rochefoucauld.

Littérature étrangère

Un seul livre a franchi le cap du 4 étoiles, pour atteindre le 4 1/2 étoiles (et aurait peut-être même mérité 5 étoiles): Contrepoint d'Anna Enquist, une lecture extraordinaire, qui continue encore de m'habiter, dont j'ai extrait des dizaines de citations. Magnifique!


En périphérie du livre

Le livre, c'est une rencontre avec l'auteur, bien sûr, dans un univers parallèle, dans lequel nous régnons en maître, même si placé sous la férule de la fiction. Parfois, on ose passer de l'autre côté du miroir et rencontrer l'auteur en vrai. Dans certains cas, cela donne droit à des échanges tantôt ludiques, tantôt presque intimes lors d'un salon du livre. Dans d'autres, cela mène à une amitié, à une complicité qui se prolonge dans le quotidien. Merci la vie!

jeudi 29 décembre 2011

Bilan 2011

L'année s'achève déjà et vient l'heure des traditionnels bilans. Je n'oserai proposer un top 10, restant persuadée qu'il se transformerait en top 8 ou top 12. Plutôt quelques moments forts de l'année, classés dans quelques catégories pour la convenance.

Concerts classiques
 
Je vais ici paraître d'un snobisme involontaire, mais aucun doute dans mon esprit, si je ne devais retenir qu'un seul concert, il faudrait que ce soit celui du Philharmonique de Berlin en février. J'en ai parlé de vive voix des dizaines de fois depuis et le souvenir reste incroyablement vif: la cohésion de l'ensemble, le sourire comblé de Sir Simon Rattle quand il a cessé de diriger pendant une quinzaine de mesures dans Apollon Musagète de Stravinski, un son de hautbois comme je n'en ai jamais entendu auparavant dans ma vie (sublime Albrecht Mayer dans la Quatrième de Mahler!), mais surtout le plaisir évident qu'avaient les musiciens de jouer ensemble. De les voir se taper dans le dos avant de quitter la scène de la Philharmonie comme s'ils venaient de jouer un match de foot, ça n'avait pas de prix.

Sinon, je m'en voudrais d'oublier l'Appassionata de Pollini à Pleyel, le retour (après presque 45 ans!) du New York Philharmonic à Montréal, la poésie pure de Marc-André Hamelin avec l'OSM dans la Ballade de Fauré et les Variations symphoniques de Franck ainsi que le plaisir d'assister à la naissance d'une étoile en entendant Beatrice Rana, lauréate du grand prix du Concours Musical International de Montréal.

Opéra

Trois villes, trois coups de cœur. Je ne pourrai pas oublier Lulu de Berg, à l'Opéra de Paris, une œuvre que j'admire et que j'ai enfin pu voir sur scène dans une mise en scène qui magnifiait l'univers de l’œuvre. À Québec, il y aura eu cette présentation enchanteresse du Rossignol et autres fables de Stravinski, une réussite totale de Robert Lepage. À Montréal, je m'en voudrais de ne pas mentionner Arias, le spectacle 20e anniversaire de Chants libres, qui m'a fait regretter de ne pas avoir vu l'intégralité de la majorité des productions proposées. Je serai assurément dans la salle pour la première d'Alexandra, opéra consacré à l'exploratrice Alexandra David-Néel, à la mi-mai.

Autres musiques
 
Je serais tentée de faire mienne cette phrase que m'a récemment confiée l'altiste Antoine Tamestit: « J’ai toujours pensé que la musique, c’est toutes les musiques. » Fan convaincue du travail de Pierre Lapointe, j'ai pris plaisir à me glisser dans la galerie de l'UQAM lors de la première de son Conte crépusculaire, projet iconoclaste réalisé en collaboration avec David Altmejd, spectacle qui a ébranlé la critique qui n'a pas su réaliser qu'elle assistait à un événement unique.

Sinon, sur disque, j'ai craqué pour le travail de Francesco Tristano, entre musique classique et électro, la délicatesse du premier album de l'Epsen Eriksen Trio, les derniers albums de Yann Perreau (Un serpent sous les fleurs) et Philippe B (Variations fantômes), le piano planant d'Olafur Arnalds. Je ne peux pas passer sous silence mon plaisir coupable de l'année, Broken Hearts & Madmen du Gryphon Trio et Patricia O'Callaghan, que j'ai écouté un nombre incalculable de fois.

Expos

Là aussi, trois villes, trois expos. À Montréal, Big Bang (il vous reste jusqu'au 22 janvier pour y aller, n'hésitez pas, c'est gratuit! J'y retourne!), à Paris, Expressionismus Expressionismi à la Pinacothèque (jusqu'au 11 mars) et à New York, l'exposition Alexander McQueen, qui m'a permis de constater que la haute couture pouvait susciter des émotions autres que de l'admiration pour la finesse des détails.


Théâtre


Si je n'ai pas eu d'illumination cette année, quelques souvenirs puissants refont surface, par exemple la densité de Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard qui, même si pas tout à fait aboutie, continue de me hanter et les coups de poing qu'ont été Temps de Wadji Mouawad et Trust du tandem Falk Richter et Anouk Van Dijk du Schaubühne Am Lehniner Platz de Berlin, présenté au Festival Transamériques.

Cinéma

Cela me permet de revenir encore une fois sur Pina de Wim Wenders, bien sûr. Je ne l'ai pas encore revu, mais ai depuis téléchargé la BO sur iTunes. J'adore!

Journalisme

Parce que je fais un métier quand même chouette, qui me permet de faire des rencontres (ne furent-elles que téléphoniques), qui me portent ailleurs, me font réfléchir, je ne peux passer cette catégorie sous silence. La pianiste ne peut oublier cette conversation avec Emanuel Ax (même si mon voyage en Allemagne m'a empêché d'entendre son récital Schubert). La fan a pris beaucoup de plaisir à écouter Pierre Lapointe parler de ses recherches et de la nécessité de renouveler la chanson française. Celle qui aime comprendre a apprécié cette rencontre sur la scène de la nouvelle Maison symphonique de Montréal avec l'acousticien Tateo Nakajima, Richard Roberts, Paul Merkelo et Marianne Perron (ce qui m'a permis d'être lue pour la première fois en sol britannique). La lectrice et l'artiste retiendront ce lunch passé en compagnie de Jean Derome, à parler de Kafka et des défis liés à la création.

Demain, l'année en lectures...

mardi 27 décembre 2011

Les petites voix

Paul Grenz: musicien réputé, compositeur de pages qui s'immiscent dans l'imaginaire collectif. Avant de se tourner vers la composition, il a publié des vers. « J’aime la littérature mais je préfère la musique parce qu’il y a plus de silence dedans », aurait-il confié pour justifier sa réorientation de carrière. On lui connaît quelques flammes, une lignée. Mais qui est-il vraiment? Un magazine confie le mandat d'un portrait à une journaliste. Elle hésite à accepter, ne sait comment elle réussira à aborder le mandat. « Mais j’ai écouté la musique et j’en suis tombée amoureuse, ce qui est une autre forme de sagesse, et pas la moindre. » 

Ignorant où il vit - où même s'il vit encore, les rumeurs circulant à son sujet se révélant autant de fausses pistes -, elle amorce un portrait impressionniste, par petites touches, interrogeant ceux qui l'ont côtoyé, de l'ancienne collaboratrice à la fille, en passant par le meilleur ami et le musicien qui le considère comme un mentor. « C’était si simple, ce qu’il faisait, le genre de truc qu’on aurait un peu honte de jouer parce qu’on a l’impression que n’importe qui peut le faire. Jusqu’au jour où on se rend compte que cette musique vous est rentrée dans la peau. Qu’on peut la réécouter sans qu’elle s’use. Un peu comme des chaussures qui grandiraient avec vous. »

Anecdotes, révélations et confidences des interrogés finissent par tisser une trame étonnante, qui dévoile le personnage autant qu'elle l'entoure de mystère. « Classer les notes que j’avais écrites et qui commençaient à s’accumuler? C’étaient comme des îlots qui attendent qu’on leur construise des passerelles. Pour l’instant, ils flottaient les uns près des autres, prêts à se rapprocher – ou à s’éloigner définitivement. » Cette quête finira par devenir but en soi plutôt que finalité, mais surtout changera irrévocablement la façon dont la journaliste abordera la vie. Après tout, ne dit-on pas qu'un portrait réussi en révèle autant sur celui mis en lumière que celui (celle ici) qui reste dans l'ombre pour en tracer les grandes lignes?



dimanche 25 décembre 2011

Joyeux Noël

Parce que, lorsque je suis tombée par hasard sur cette émission au réseau PBS le 22 au soir, j'ai commencé à croire que, oui, Noël était à nos portes... Belmont est une université américaine, située à Nashville, qui compte pas moins de 700 étudiants en musique et possède orchestre symphoniques, chœurs, ensembles jazz, country, big band, etc. et est la seule à offrir un programme en écriture de chansons. Alors, en partage, une relecture de Carol of the Bells... Joyeux Noël à tous!

vendredi 23 décembre 2011

Scènes d'enfants

Un dramaturge réputé vient de perdre sa femme, qui a cédé aux avances de la folie, ravagée par un souvenir d'enfance qu'elle n'aura jamais pu exprimer autrement qu'en se mettant au piano et en jouant les Scènes d'enfants de Schumann, ce recueil  qui se veut évocation de l'enfance, sublimée par la distance, le passage du temps, à la profondeur presque impossible à saisir pour les jeunes pianistes qui oseraient s'y frotter.

Le roman s'ouvre sur un passage magnifique sur la musique de Schumann que j'ai relu d'emblée et que je rêve de pouvoir utiliser un jour dans une note de programme:
« La musique de Robert Schumann est douce, enveloppante et parfois si passionnée que, même à ses heures les plus inoffensives, il s’en dégage une impression de tempête qui alerte les fous. Ce doit être la raison pour laquelle j’ai aimé Vanessa. Sa vie était un énorme malentendu se traduisant par de longs entretiens avec le piano, où tout semblait se résoudre en apparence, mais où l’on sentait, plus que jamais une brisure. Je n’aurais su dire s’il s’agissait d’un trait particulier à la musique de Schumann ou si cette fébrilité venait de l’interprétation de Vanessa. Par le mélange des deux, probablement, celle-ci semblait évoquer d’anciens secrets avec plus de précision que ne l’aurait fait les mots. La musique étant ce qu’elle est, j’eus plus d’une fois l’impression qu’un récit m’était conté. »

Lui-même dramaturge renommé, Normand Chaurette a signé un roman à tiroirs qui se veut aussi bien un hommage au pouvoir libérateur du théâtre qu'à celui, consolateur ou peut-être magnifiant de la musique. On y retrouve les personnages dans leur « réel » mais aussi dans un prolongement théâtral, Mark Wilbraham ayant choisi d’exorciser ses démons en écrivant une pièce dont le rôle principal sera tenu lors d'une unique représentation  par son ancienne belle-mère, envahissante castratrice dont la profondeur se révélera au fil des pages. On suit le processus créatif de l'auteur à travers ses notes de travail, les conversations avec ses actrices (l'une jouant le rôle de la professeure de musique ressuscitée et l'autre d'une soldate prétendant avoir connu le fils aîné de cette famille ensevelie sous les secrets), les répétitions souvent houleuses (les actrices travaillant à partir d'un canevas qui se verra modifié selon les interventions des beaux-parents). On reconnaît la maîtrise du texte de Chaurette, le ton si particulier qui hante nombre de ses pièces. En filigrane, les premières mesures des Scènes d'enfants hantent, lancinantes, rappel de ce qui a été et aurait pu - dû - être vécu autrement.


Merci Lali pour cet exemplaire signé par l'auteur!
Et, en complément, l'oeuvre, jouée par Horowitz...

mercredi 21 décembre 2011

Se tenir au chaud...

Le projet est trop fou pour ne pas partager ici le dernier clip du Calgary Philharmonic Chorus, qui propose des façons de se tenir au chaud (quand on habite Calgary, il faut y penser sérieusement), chantés sur fond musical d'« O fortuna » du Carmina burana de Carl Orff.

Des détails? Entre le 21 et le 24 novembre, Tourisme Calgary a utilisé Twitter de façon assez inusitée, en posant la question : « Comment vous gardez-vous au chaud? » Les tweets soumis reprenant le mot-clic #cpowarmup ou transmis au compte Twitter @Calgary ont été compilés et transformés par le chef de chœur du Calgary Philharmonic Chorus, Timothy Shantz, en trame sonore assez inusitée.

À écouter les pieds près du foyer ou les mains autour d'une tasse de chocolat chaud.