La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
vendredi 1 août 2008
Inspirant
Chef d'Orchestre du Boston Philharmonic, du Youth Philarmonic, professeur au prestigieux New England Conservatory of Music, il prend le temps, entre deux concerts, d'offrir des conférences de motivation, qu'il dédie aussi bien à des hommes d'affaires, des congressistes qu'aux curieux. Il est également le co-auteur (avec son épouse) de The Art of Possibility, qui se veut un plaidoyer pour l'ouverture d'esprit.
On le retrouve ici dans une conférence prononcée pour Ted TV d'une vingtaine de minutes (que vous pouvez écouter en tranches), des plus inspirantes. À s'approprier sous aucune réserve, que vous croyez ou non aimer la musique classique.
mercredi 30 juillet 2008
La véritable histoire de mon père

La véritable histoire de mon père est un roman coup de poing, soutenu par une écriture particulièrement efficace, d'une sobriété remarquable, maniée comme un scalpel. Dès les premières pages, nous basculons dans l'horreur. Simon, un carriériste type, ambitieux, a commis l'irréparable. « Vous avez mené votre carrière de main de maître, gravissant les échelons quatre à quatre, sans hargne ni revanche à prendre, mais rapidement, avec élégance même. Pensant qu'il suffisait de pourvoir aux besoins matériels de votre famille pour être un bon père, un bon époux. Une excuse plutôt pour justifier votre absence, l'échec de votre premier mariage. » (p. 23) Dans un moment d'égarement qui nous échappe alors, il a mis fin à la vie de son enfant et a pris la fuite au volant d'une Porsche volée à l'un de ses copains friqués, en visite chez lui.
La donne est connue du lecteur et nous devons accepter de monter à bord de la voiture du criminel qui nous racontera, par pans, les instants qui ont précédé et immédiatement suivi cette minute fatidique, les années d'insatisfaction, les hésitations paternelles, les révélations aussi face à ces deux filles qui lui ont toujours échappées. Déclinée au vous, l'histoire se révèle peu à peu, pas du tout celle que l'on croyait au début. Le narrateur nous harangue-t-il? Se semonce-t-il? On hésite, on se questionne, on trépigne, on se révolte. Malgré la multiplicité des signaux, on le suit pourtant dans cette course folle qui ne peut que le mener vers l'expiation.
Nicolas Cauchy signe ici un premier roman parfaitement maîtrisé, comme il y en a trop peu, que j'ai lu d'une traite parce qu'il m'était impossible de m'en extirper. La route est tantôt sombre, tantôt lumineuse. L'horreur cède parfois la place à la tendresse. La petite musique d'une vie est bien présente, déchirante, pas toujours harmonieuse. Pourtant, elle ne laisse pas indifférent.
samedi 26 juillet 2008
Mamma mia!
J'ai déjà avoué ici mon amour unilatéral pour The Sound of Music que j'ai vu un nombre incalculable de fois (et dans les deux langues, en plus). Mais il faut aussi que je crache le morceau: j'adore les comédies musicales! Moulin Rouge, Across the Universe, Hairspray, Rent et les films de l'âge d'or de la MGM... argh! Je fonds! Je peux vous décliner des pans entiers de Gigi, danser pour vous ou chanter des extraits de An American in Paris, Singing in the Rain, Easter Parade, West Side Story... Tant qu'à être complètement honnête, les extravagances musicales filmées d'Esther Williams (la nageuse) ne me laissent pas indifférente.
Bon, et alors, Mamma mia? Craquant, complètement! Les chansons d'ABBA perdent une part de leur côté trop sucré (tant mieux!) quand on les intègre à une histoire et que les paroles prennent alors vraiment leur sens. L'histoire est cousue de fil blanc (la jolie demoiselle invite ses trois papas « potentiels » à son mariage dans l'espoir de « reconnaître » au premier coup d'œil le « vrai ») et les décors et les figurants sont kitschissimes. (L'île grecque de La mandoline du Capitaine Corelli, c'est le canal documentaire à côté de ça!) Mais les acteurs s'en donnent tellement à cœur joie que c'en est contagieux. Meryl Streep, une actrice que je respecte énormément, est délicieuse en mère de la mariée et paraît rajeunie de dix ans (sans aucune chirurgie esthétique) et sa pose de voix est saisissante. Ses deux amies de jeunesse (Julie Walters et Christine Baranski) crèvent l'écran lors de séquences particulièrement réussies. (Elles ont réussi à me réconcilier avec la dite Dancing Queen, c'est tout dire!) Les trois pères potentiels manquent peut-être un peu de relief mais se donnent à fond (des leçons de chant supplémentaires auraient pu être offertes à Pierce Brosnan, par contre... heureusement qu'il est beau, hum...) Et, en plus, on a droit à un moment très touchant, alors que la mariée et sa mère partagent un moment de tendre complicité. Les larmes coulaient doucement sur les joues des trois membres de ma famille présents à ce moment-là, en bel unisson...
Non, le film ne remportera pas un Oscar. Oui, la direction cinématographique est parfois chancelante. Mais ça se prend comme un rayon de soleil au milieu d'un été jusqu'ici couvert de grisaille.
vendredi 25 juillet 2008
Le sixième crime
Premier en lice, Le sixième crime de Sébastien Fritsch. Il faut d'abord que j'explique qu'il y a une histoire derrière cette lecture. En effet, ce livre m'a été remis en main propre par Sébastien et il l'a dédicacé devant moi, un soir frisquet de juin (j'aurais aussi bien pu écrire octobre ou novembre, considérant la météo ce jour-là), alors que je passais un 24 heures éclair à Lyon. Je possède le statut enviable (et que je revendique) de première lectrice québécoise de l'auteur, puisque son premier roman, Le mariage d'Anne d'Orval, avait traversé l'A
tlantique dans les bagages d'un couple ami venu prendre part à un mariage à Montréal avant de m'être remis. Depuis, j'ai appris à mieux connaître Sébastien et, forcément, ma lecture ne peut qu'en être teintée (et, au fond, c'est tant mieux).Le sixième crime a été identifié par l'éditeur « policier » et je trouve bien dommage cette nécessité d'apposer une étiquette sur un produit parce que, ici à tout le moins, elle nous fait faire fausse route. (« Thriller psychologique », par exemple, m'aurait semblé plus approprié, même si pas entièrement concluant non plus.) Oui, d'accord, l'un des personnages de cette histoire est un policier, le commandant Jérôme Babalnic, qui enquête sur cinq crimes particulièrement crapuleux, inspirés par les livres de Jacob Lieberman, auteur qui semble s'être évaporé un bon matin. Notre policier, dangereusement cultivé, au langage particulièrement recherché (on est loin des privés de série B), est venu questionner Lex, « le » grand écrivain de la deuxième moitié du XXe siècle, qui vit entièrement reclus. Après un bon souper, les langues se délient et il révèle que, oui, il n'est autre que le mystérieux Lieberman. On plonge alors dans un intense huis-clos entre Lex, complètement déconnecté de la réalité (il n'a lu aucun livre publié dans les dernières décennies) et assailli de manies d'écriture fascinantes, et Babalnic, d'un prosaïsme néanmoins teinté d'épicurisme et de curiosité artistique. S'engage alors un curieux duel entre les deux protagonistes qui, malgré le danger imminent, ne semblent n'avoir d'autres armes que les mots. Babalnic les utilise pour tenter de mieux saisir la situation et le personnage de l'écrivain tandis que Lex tour à tour les assène pour déstabiliser son adversaire ou mieux transmettre l'univers si particulier d'un être dont les mots écrits sont devenus ni plus ni moins les seuls compagnons.
C'est d'ailleurs quand il est question de littérature que le livre est le plus percutant et non pas dans la « résolution du problème » (le whodunit des Anglais). Dans ce passage, par exemple, Lex explique qui était Lieberman : « L'idée qui me guidait à l'époque, était que l'on n'écrit pas bien sans faire un peu de mal. À soi et au lecteur. C'est un risque, certes, un risque de ne pas plaire; et j'en sais quelque chose. Mais écrire est de toute façon un risque. Alors, lire doit en être un de même. L'écrivain n'est pas là pour servir du lait sucré. Sinon, qu'en reste-t-il ensuite: rien! Avalez n'importe quoi après cela, même un simple verre d'eau, et le goût disparaîtra de votre bouche. Mes pages étaient d'une toute autre saveur: envenimées d'épices, nourries de feu, engorgées de tanins âpres et épais, ruisselantes de substances consistantes, qu'elles fussent moelleuses ou coriaces, et qui s'unissaient harmonieusement pour révéler un goût unique car inconnu. Le goût de la mort peut-être; à côté duquel le plus voluptueux des vins paraît une eau de source. » (p. 77)
Pour moi, le livre n'aurait rien perdu en profondeur par exemple si un journaliste s'était présenté au domaine pour mieux cerner les motivations de l'auteur, au contraire (déformation professionnelle, vous me direz peut-être). En appliquant les « codes » du roman policier et, en me rappelant combien Sébastien Fritsch avait été habile à dissimuler des informations dans son premier roman, je cherchais des indices cachés à chaque tourne de page, ce qui freinait par moment mon plaisir de lecture (ce qu'une étiquette peut faire!).
Le style est maîtrisé, imagé, particulièrement sensible (notamment quand il évoque la mystérieuse pianiste) mais a une légère tendance à s'étaler un peu indûment dans les deux premiers tiers puis à nous laisser pantelant dans la dernière section. J'avais d'ailleurs fait la même remarque au sujet du Mariage d'Anne d'Orval mais cette cassure de rythme m'a semblé plus difficile à assumer dans ce cas-ci, l'ouvrage ne comportant que 133 pages. Mais je n'ai certes pas boudé mon plaisir puisque, au fil des révélations, on comprend que, malgré toute l'attention portée aux détails, on s'est fait avoir comme un débutant et que les pièges n'étaient pas du tout disposés là où on les cherchait (ne comptez pas sur moi pour vous révéler les punchs). Encore une fois ici, Sébastien Fritsch confirme qu'il est un deus ex machina diablement efficace...
Les avis, tous positifs, de Florinette, Michel et Antigone.
mardi 22 juillet 2008
Chagrin d'école
Quelques citations choisies...
« Nos « mauvais élèves » (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l'école. C'est un oignon qui entre dans la classe: quelques couches de chagrin, de peur, d'inquiétude, de rancoeur, de colère, d'envies inassouvies, de renoncements furieux, accumulés sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné. » (p. 70)
« Le savoir est d'abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui captent, notre bouche qui le transmet. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ça fait du bruit, une pensée, et le goût de lire est un héritage du besoin de dire. » (p. 160)
et enfin celle-ci... Vous comprendrez immédiatement pourquoi elle m'a touchée.
« Chaque élève joue de son instrument, ce n'est pas la peine d'aller contre. Le délicat, c'est de bien connaître nos musiciens et de trouver l'harmonie. Une bonne classe, ce n'est pas un régiment qui marche au pas, c'est un orchestre qui travaille une même symphonie. » (p. 138)
dimanche 20 juillet 2008
Chouette, on déménage!
Mais là, enfin, on peut se servir un mimosa ce matin puisque le déménagement est complété et s'est déroulé dans la bonne humeur de A à Z (pouvez-vous en dire autant de votre dernier déménagement?). Oui, je sais, vous êtes curieux, alors, je vous invite à faire un détour par les nouveaux quartiers de La Recrue. Oui, il reste un petit fond de peinture fraîche dans l'humidité de l'air matinal mais, qu'importe... le plaisir y est, entier. La pendaison de crémaillère, c'est par ici... et surtout, parlez-en à vos amis!
mardi 15 juillet 2008
Véronique Papineau: Petites histoires avec un chat dedans (sauf une)
Les auteurs ont des approches fort différentes de la nouvelle et, d’une certaine façon, c’est peut-être ce qui fait le charme des recueils mixtes. Quand un auteur, comme ici Véronique Papineau, décide de publier un recueil de ses nouvelles, le danger rôde forcément que le ton devienne un peu trop uniforme d’un texte à l’autre et que le lecteur en tire un moins grand plaisir que s’il avait lu chaque nouvelle de façon indépendante. En ajoutant le défi supplémentaire d’inclure des félins dans chacun de ses textes (sauf un), la jeune auteure a ici joué le tout pour le tout. Les chats deviennent tour à tour personnages principaux (Petite histoire avec un chat dedans, Claude le chat ayant plus de substance que ses propriétaires), témoins (Garçons en mauvais état, nouvelle rendue avec sensibilité), victimes (Bonbons à la menthe et Dormir très mal, qui auraient eu intérêt à ne pas être présentées l’un à la suite de l’autre), échos à la narration (Bobby Bibbo se fait kidnapper, touchante histoire de fuite adolescente et La mort d’un chat, terrible calvaire amoureux) ou participant récalcitrant (Traitement contre les puces, qui m’a donné l’impression diffuse d’avoir été plaquée là).