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jeudi 2 octobre 2014

Gros Paul à la Salle Bourgie dimanche

« Un conte à la fois drôle et tragique, branché sur la réalité des limites de notre petite planète et sur notre responsabilité commune, et qui ouvre pourtant sur un espoir. » Voilà en quels termes le compositeur Michel Gonneville évoque Gros Paul, spectacle du Moulin à musique créé en 2011, qui sera repris dimanche le 5 octobre à 14 h, pour le plus grand plaisir de petits et grands.

Gros Paul se veut en effet à la fois comme une charge contre la consommation à outrance et une fable écologique, dans laquelle un d'abord charmant poupon devient Gros Paul (rôle qui sera tenu par Xavier Huard), un être vil et cupide, incapable de résister à l’appel de la surenchère, dévorant littéralement tout sur son passage: objets, terres, cours d’eau, humains. « Je veux et j’exige le plus grand des festins. Monte jusqu’à ma bouche et je vais te susurrer les moindres détails de l’imposant banquet qui me comblerait », explique-t-il à son serviteur Noirot.

Remplie d’effets (glissandos, basse slap traitée de façon rythmique plutôt que mélodique, percussions servant à réguler le débit du comédien, clusters, quintes ouvertes, distorsions de références tonales, explosions), la musique de Michel Gonneville soutient le texte d’Anne-Marie Olivier sans jamais l’envahir. J'avais avec beaucoup de plaisir assisté à la création du spectacle, qui avait alors inclus un volet de médiation culturelle et la participation d'enfants des écoles primaires des environs. Charmée par le texte, j'avais immédiatement demandé si l'on pouvait m'en transmettre une copie, histoire de me replonger dans cette histoire ubuesque à plus d'un niveau. Le Moulin à musique a eu l'excellente idée d'en tirer un livre-disque, illustré par Célina Guiné, narré cette fois par Pierre-Étienne Rouillard, créateur du rôle, qui prolonge l'expérience sur scène en reprenant texte et musique, mais en y intégrant aussi un cahier d'activités qui peut être utilisé en classe ou à la maison et qui aborde l'univers des contes et démystifie avec des mots simples et accessibles l'univers que l'on croit trop souvent raréfié de la musique contemporaine.

Plus de renseignements ici...

vendredi 28 février 2014

Au rythme des papillons

Y a-t-il quelque chose de plus envoûtant que le vol d'un papillon? Comment ne pas être troublé par la métamorphose que subit la simple chenille avant de prendre son envol, que ce soit une journée, une saison ou plus longtemps encore? Alors que la populaire exposition Papillons en liberté bat son plein au Jardin botanique, le Moulin à musique présente sa toute nouvelle production, le concert visuel Au rythme des papillons, un voyage sonore qui laisse une large place au rêve et aux interprétations libres.

Métaphore idéale de la métamorphose (petits et grands ne rêvent-ils pas constamment de s'émanciper d'aussi belle façon?), le spectacle dégage avant toute chose une charge atmosphérique. Pas de pédagogie musicale directe ici, aucune intervention parlée visant à rallier les esprits; plus simplement une démonstration en sons et en images de la puissance des langages non-verbaux.

Photo: Olivier Benoit-Potvin
Deux musiciennes, Mélanie Cullin (pianiste) et Fanny Fresard (violoniste), servent de guides et transmettent les inflexions de la très belle partition de Georges Forget. Les œuvres d'Eugénia Reznik s'inscrivent naturellement en contrepoint, deuxième ligne narratrice complémentaire, qui peut être perçue au premier degré (les quatre étapes menant à la naissance du papillon) ou comme une métaphore de la création artistique. L'immense œuf de la chenille (un ballon enveloppé dans du papier collant brillant) peut représenter les premiers germes d'une idée artistique, la chenille l'étape des croquis (c'est d'ailleurs à ce moment-là que le dessin se fait plus directif), la chrysalide les toiles couvertes d'une bâche quand le peintre quitte l'atelier et le papillon lui-même, traité ici de façon abstraite, l'oeuvre terminée. On sent aussi un réel travail sur les textures et les transparences, magnifiées par des éclairages de Kévin Bergeron.

Les sections oniriques sont entrecoupées de segments plus rythmés. Il faut souligner ici l'efficacité redoutable du passage accompagnant les repas de la chenille qui, non contente de manger quelques brins d'herbe, finit par manger feuilles, arbre au complet et même partition (beau clin d’œil), la musique de Georges Forget nous propulsant vers l'avant de façon implacable. (Un enfant handicapé mental, présent lors de la première, a d'ailleurs éloquemment démontré la puissance de cette musique en tapant parfaitement en mesure tout au long du segment en question.) La « berceuse » de la chrysalide, aux harmonies rappelant parfois Bartók, devient tout de suite après une véritable page de poésie.

La musicienne en moi aurait aimé pouvoir rester encore cinq minutes dans cet univers, histoire sans doute de laisser voler mon esprit avec ce papillon chimérique... ou accepter de le laisser partir.

Vous pouvez vous glisser dans la salle de l'Auditorium Henry-Teuscher du Jardin Botanique de Montréal aujourd'hui, demain et du 6 au 8 mars. Détails ici...

jeudi 30 janvier 2014

Ô lit!

Photo: Rolline Laporte
Les enfants ne sont que très rarement en contact avec la danse, encore moins contemporaine, dans le cadre de leur cursus scolaire. Alors que les programmes artistiques disparaissent les uns après les autres, on ne peut que saluer le travail de la compagnie Bouge de là qui continue à croire en la nécessité d’ancrer l’imaginaire enfantin dans une corporalité.
Dans Ô lit!, la chorégraphe Hélène Langevin articule son propos autour d’un meuble qui fait partie de nos vies et dont la fonction – et l’esthétique – évolue au fil des années. En se transformant de berceau enveloppant, nous protégeant du danger, à lieu pour évacuer notre rage, moteur de rêve ou trampoline, le lit permet d’élaborer un portrait parfois touchant, parfois ludique, de la naissance à l’adolescence.
Les cinq interprètes reproduisent d’abord les mouvements dépourvus de coordination des bébés, passant de la position sur le dos à celle sur le ventre, jusqu’à ce qu’ils puissent ramper ou marcher à quatre pattes. Si les enfants rient de la maladresse de ces «poupons», leurs aînés ne pourront qu’être saisis par la poésie qui se dégage de tout cela et la façon dont la chorégraphe a calibré la progression de la gestuelle.
Vous pouvez lire le reste de ma critique sur le site de la revue Jeu.
Jusqu'au 1er février à l'Agora de la danse

mercredi 1 août 2012

Monsieur Chopin ou le voyage de la note bleue

Depuis quelque temps, je me penche sur des livres jeunesse, la plupart liés directement à la musique classique, afin d'analyser comment on peut transmettre à la fois informations et émotions (dans le but avoué de pouvoir renouveler la façon dont j'ai abordé jusqu'ici la rédaction de documents pédagogiques), mais aussi , il faut bien l'admettre, pour le pur plaisir de me faire raconter autrement une histoire que je connais déjà.

Dans Monsieur Chopin ou le voyage de la note bleue, Carl Norac a privilégié la forme épistolaire, un jeune Frédéric écrivant à son meilleur ami Titus, lui racontant la musique, ses amours, les gens qu'il croise, sa façon d'aborder le piano, la composition, la recherche le fameuse « note bleue » (expression que l'on doit à George Sand). « La musique me comprend, toujours. C'est le début de l'amour. » Il lui rappelle aussi combien leur amitié lui est essentielle.  
« Ta lettre m'a réjoui, extro, extra, extrissime. Je ne t'en veux plus, Titus tête de bois. Aujourd'hui, j'ai compté: je célèbre notre amitié depuis 42 144 000 secondes. […] Ah Titus, ton absence me cause du regret. Il serait si agréable de causer avec  toi, de s'amuser, de chanter, de se bagarrer. Voilà, petite âme, une tape sur ton dos d'ange. »

Jacques Bonnaffé offre une narration complice du texte, même si on aurait peut-être souhaité ici et là une plus grande distanciation de timbres entre les lettres de Frédéric et celles de Titus (ou deux lecteurs). Les illustrations de Delphine Jacquot favorisent l'évasion par le rêve, périple imaginaire porté par une interprétation soignée de la pianiste Shani Diluka qui traite avec autant de délicatesse mazurkas, barcarolle que préludes. Soulignons que trois œuvres de Chopin (qui exigeront un certain investissement du jeune auditeur) sont présentées en version intégrale, histoire de prolonger l'expérience une fois le livre refermé: la Quatrième Ballade, la déchirante Mazurka opus 63 no 3 et l'éthéré Nocturne opus 9 no 1.

En terminant, quelques paroles de sagesse que les petits (et grands) pianistes souhaiteront méditer...
« Tu me demandes dans ta dernière lettre comment je fais pour jouer ainsi, jusqu'à faire voler la note parfaite. D'abord, fais courir tes mains, puis mélange tes doigts comme cartes à jouer, jette-les en l'air, tels des dés. À ce jeu, tu deviendras un vrai gymnaste. Pour le reste, je joue tous les jours. On dit que j'improvise, mais je fais mes devoirs pendant des heures. »


mercredi 25 juillet 2012

Les notes de Monsieur Croche

L'alto est toujours considéré comme le parent pauvre de la section des cordes, quand ce n'est pas de l'orchestre. À preuve, le nombre incroyable de blagues liées à l'instrument. Pourtant, l'alto reproduit avec peut-être encore plus de naturel la voix humaine. Agnès Domergue (une altiste, qui signe les textes) et Sandrine Kao (une pianiste qui dessine) proposent un très bel album pour les petits, qui réconciliera avec l'instrument et avec les vieux ronchons qui nous font tous un peu peur.

Hector Croche aime le silence, les choses claires, les sons classés dans des boîtes ou à la rigueur dans des cages. Il habite rue Primrose, juste sous le petit Rémi qui, lui, aime le clapotis de la pluie, mais surtout « la voix de son alto, si belle et si unique... » Il joue une mélodie « aux couleurs de l'arc-en-ciel », qui s'évade dans la cage d'escalier, arrive aux oreilles de M. Croche qui comprend alors que la musique est faite pour être libérée, puis ordonnée. Leurs vies seront métamorphosées à jamais.

Le ton poétique, elliptique de Domergue sert de parfait complément aux images charmantes, jamais simplistes de Kao. Les mélomanes auront reconnu dès la couverture le M. Croche du titre (pseudonyme de Claude Debussy quand il signait ses textes de critique) et qu'Hector se veut un hommage à Berlioz (qui a signé le très beau Harold en Italie). Les plus jeunes l'apprendront dans « Les Notes d'Agnès » (comme le nom du légendaire William Primrose).

On peut feuilleter quelques images ici...
Le blogue de l'illustratrice, c'est par là...

Merci à Caro_Carito qui m'a fait découvrir ce livre! Il ira rejoindre sur ma tablette à partager avec les petits La boulangerie de la rue des dimanches, un autre album (pour plus vieux) absolument charmant, dans lequel les Quatre Saisons de Vivaldi servent de contrepoint aux baguettes pas trop cuites et aux religieuses au chocolat.