La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
vendredi 10 octobre 2008
Art-Peur
mercredi 8 octobre 2008
Guillaume Corbeil: L'art de la fugue
Je l'avoue, j'ai d'abord été séduite par le titre de ce recueil de nouvelles (il faut quand même ne pas être trop barré pour détourner ainsi le nom d'une œuvre-phare du répertoire baroque) et puis le quatrième de couverture m'a convaincue. Enfin, un auteur optait pour une façon différente de présenter ces courtes histoires, en les traitant comme si elles étaient matériau d'une composition musicale.
Dès son prologue, sous-titré Aria (référence ici plutôt aux Variations Goldberg), Guillaume Corbeil met cartes sur table. « J'imagine que c'est là que m'est venu le besoin d'écrire: pour créer des lieux qui me seraient pour toujours étrangers. Pour faire exister des endroits où je ne serais pas, et des personnes qui ne seraient pas moi. Pour décrire des gestes autres que les miens, et réfléchir à propos de choses qui ne me sont jamais passées par la tête. Si j'écris, c'est pour devenir quelqu'un d'autre que moi, pour me nier en consacrant ma tête à autre chose que mes tracas et mes pensées à moi. Au fond, tout ça est anti-biographique. » (p. 12)
Avec une maîtrise remarquable pour un premier écrit, Guillaume Corbeil nous plonge dans une succession d'univers, en apparence disparates mais au fond facettes multiples d'un même entité. Le sujet est présenté, puis son contre-sujet, avant d'être renversé, suggéré, cité (parfois, ce n'est qu'un mot, un adjectif) dans une autre nouvelle n'ayant en apparence aucun lien avec la précédente. Il glisse par exemple des répétitions de mots, de situations, de lieux, précédemment évoqués. Plutôt que simple florilège d'histoires multiples, le recueil devient parfaitement unifié, comme si chaque voix avait été traité de façon à s'intégrer à une autre, à la mieux révéler, à lui servir de contrepoint.
Certaines nouvelles sont particulièrement réussies, dont L'œil droit du cyclope, terrifiante d'actualité malgré son caractère décalé, les deux variations de Elles détestaient Madrid dans laquelle la mort devient simple passage obligé, la délicate et tendre Le relais, l'envoûtante Annexe à la genèse, exercice de style très réussi qui traite le néant comme un tout mais se veut critique caustique du poids des institutions. « Le projet doit aussi contenir des locaux pour accueillir l'orchestre symphonique et les conservatoires de musique et d'art dramatique, tous les trois dépourvus de lettre majuscule et localisés depuis leur fondation, mais de manière temporaire seulement qu'on ne manque jamais de rappeler, dans un vieil abattoir désaffecté dans le Nord de la ville. » (p. 76)
Le style de Guillaume Corbeil est dense mais fluide, ludique, malgré l'absence de dialogue et les longues phrases qui m'ont parfois rappelé Saramago, la structure du recueil suggérant plutôt Si par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino. On sort de la lecture avec l'impression d'avoir vécu une expérience tout à fait inhabituelle, les motifs se greffant dans la mémoire comme des parcelles de phrase musicale. Le jeune auteur aura-t-il le souffle nécessaire pour s'investir dans un roman? J'ai hâte de le découvrir.
Un futur sombre?
Dans un article fascinant paru dans le Wall Street Journal (eh oui!), il déboute les mythes tenaces. Les ventes de disque sont en chute libre? C'est bien parce que la musique classique est plus accessible que jamais sur Internet. Les amateurs profitent des téléchargements à petit prix (notamment sur le site de Naxos, qui offre tout son catalogue en ligne), découvrent du nouveau répertoire, le glissent dans leur Ipod. (Même si les puristes décrient la « piètre » qualité sonore due à la compression, la plupart d'entre nous peuvent s'en satisfaire sans trop de difficulté, admettons-le.) Une fois l'œuvre découverte, appréciée, « appropriée », bien sûr, ils s'en procurent peut-être une nouvelle version (ou préfèrent défricher de nouveaux territoires) mais surtout, ils souhaitent l'entendre « live », rien ne pouvant remplacer l'expérience de concert.
Bolstein en profite pour rappeler que la musique classique n'a jamais été la musique des jeunes (et ce, même si l'apprentissage de la musique classique redevient in depuis quelques années après quelques années de non-intérêt de la part des parents, comme je peux le constater avec plaisir) et que la masse imposante des baby-boomers devrait devenir une clientèle de choix pour le médium.
Bolstein insiste sur la nécessité pour les organismes musicaux de se renouveler, en proposant autre chose que les sempiternels hits du répertoire, en adoptant une formule de concert plus flexible, en visant de nouveaux marchés... en ne traitant pas la musique de concert comme une langue morte, quoi!
À lire ici... (en anglais)
mardi 7 octobre 2008
I love your blog sooooo much!

Eh bien, oui, j'ai de nouveau été taggée mais cette fois de façon si charmante et si subtile (elle m'en a avertie dans ma boîte de courriel) que je n'ai pu que sentir le rose me monter aux joues. En plus, elle m'a dit que je n'étais pas obligée de m'exécuter, m'a écrit quelques mots tendres et s'est retirée sur la pointe des pieds. De quoi est-ce qu'elle parle, juste ciel, vous dites-vous? J'y arrive, j'y arrive... J'ai été choisie dans les blogues favoris de Karine (d'où le mignon dessin qui circule ces jours-ci, d'où le titre du billet, vous avez compris maintenant?)
En principe, il faut choisir sept blogues favoris et les partager. Sept? Mais ça ne va pas la tête? Je comprends bien que le chiffre devrait me plaire: après tout, il y a bien sept notes de musique. Mais ce serait comme de me dire que pour les sept prochaines années, je n'aurais le droit de lire que sept livres ou de jouer sept œuvres musicales! Ce n'est pas un choix déchirant, c'est purement et simplement impossible.
Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es... Mes goûts sont peut-être un peu trop multiples pour dresser un portrait convaincant. (Quoique...) J'ai plusieurs dizaines de blogues que je suis avec attention dans mon agrégateur. Je vous confie un secret: j'adore voir apparaître un nouveau message à côté de l'un de vos noms et il faudra que je sois vraiment débordée (ça arrive, rassurez-vous!) pour ne pas cliquer sur le lien.
Je commence par faire le tour des blogues de mes amis, oui, ceux que je côtoie dans la vraie vie, même si plusieurs ne publient que de façon fort intermittente. Je parle ici de Claudio, Michel, tidoigts, Sébastien, Tisseuse, Caro_Carito. Mais il y a aussi les blogues de ceux que j'ai rencontrés dans la vraie vie: Caroline, Venise, Maxime, Catherine, Danaée, Eric (oui, les membres de La Recrue, mais il ne faudrait pas oublier le blogue de Jules que je suis avec attention même si nous ne sommes pas encore rencontrées). Dans la catégorie « hors catégorie », il faut que j'inclus Karine (oui, la même qui m'a taggée). J'adoooore la façon dont elle présente ses lectures, dont elle raconte des pans de sa (si trépidante) vie et aussi le fait qu'elle soit musicienne aussi. (C'est si rare de pouvoir échanger musique ET littérature avec quelqu'un!) Je ne l'ai pas rencontrée en « live » mais nous avons tout pour nous entendre.
Et puis il y a tous ces blogues tenus par des passionnés de musique: Philippe du Poisson rêveur, Ben, Papageno, Pierre-Arnaud, David...
Je vous l'avais bien dit que je ne pouvais pas en choisir sept. Si les « taggés » le souhaitent, n'hésitez pas à partager vos coups de cœur avec nous!
vendredi 3 octobre 2008
La gueule du loup

Elle a 28 ans, lui 30 de plus. Elle habite le Québec, lui la Belgique. Leurs routes se sont croisées dans Internet (on ne saura jamais comment). Ils ont entamé une relation épistolaire qui s'est muée en grand amour. On peut imaginer que des dizaines, des centaines de courriels ont été échangés avant qu'ils ne décident de se rencontrer « pour vrai ». « Le commun des mortels ne pouvait saisir la pureté, la fougue et la démesure de tels sentiments. Nous avions déjà fait mille fois l'amour avec les mots de l'autre. Nous nous étions cajolés par l'entremise du verbe et cela ne suffisait plus. » (p.12) Il lui paie un billet d'avion et elle s'apprête à découvrir le plat pays aussi bien que l'homme de sa vie. Roman à l'eau de rose, navrant de banalité? Les illusions seront de courte durée. Dès les premiers instants, la narratrice sait que cela ne fonctionnera pas. « Cette histoire se révélait navrante depuis que le mauvais sort l'écrivait à ma place, au mépris de mes lubies épistolaires. » (p. 25) Malgré tout, elle s'entête et restera pendant deux semaines, découvrant peu à peu un homme aigri, devenu l'ombre de lui-même, torturé par les regrets et rongé par la maladie, mais sous lequel elle retrouve des pans de celui qui a su la faire vibrer par les mots.
Nadia Gosselin signe avec ce premier roman un curieux conte pour adultes pas trop sages, dans lequel la Belle devient la Bête, le Petit chaperon rouge endosse l'habit du loup et Alice ne découvre pas le pays des merveilles mais les dessous d'Internet. En surface, il ne se passe presque rien: courses au supermarché, les visites médicales, les repas pris ensemble, les tentatives fort maladroites de rapprochement physique. Pourtant, grâce à la plume habile de Gosselin, on se laisse happer par cette histoire, en apparence morte-née, et on assiste, témoin impuissant, à un curieux voyage intérieur. Par moments, on hésite entre hurler à la narratrice de rentrer chez elle et une fascination de zoologiste pour ces deux loups atypiques - mais le sont-ils tant que ça, finalement? - qui voudraient bien se laisser apprivoiser mais qui ont oublié comment.
Malgré quelques lourdeurs stylistiques, quelques incohérences (l'histoire est narrée dix ans après l'« aventure », ce qui reste improbable quand on considère l'état des communications Internet il y a dix ans à peine) et un clin d'oeil un peu forcé du destin à l'avant-dernier chapitre, j'ai pris un plaisir certain à cette lecture et surveillerai avec intérêt le prochain roman de l'auteure.
jeudi 2 octobre 2008
Course à la vie
J'avais d'ailleurs écrit un très court texte sur cette maladie il y a plus d'un an.
- Aller sur le site de la Fondation ici...
Tout montant, même minime, est apprécié. Merci à l'avance!
mercredi 1 octobre 2008
Journée internationale de la musique
Si vous enseignez un instrument, avez-vous parfois l’impression de combattre dans les tranchées ou de faire partie d’une organisation secrète? Vous imaginez-vous à l’occasion en David effrayé devant Goliath, se demandant désespérément s’il réussira à vaincre le géant? Remettez-vous en question la pertinence de poursuivre la transmission du répertoire classique toutes époques confondues à des élèves plus ou moins doués? Si oui, surtout n’abandonnez pas! Les interrogations existentielles (Pourquoi avoir choisi cette voie semée d’embûches?), le retour sur soi (Suis-je encore capable de vivre ce choix jour après jour?) et ses habiletés à transmettre le savoir (une véritable « mission » que cette trans-mission), le questionnement de ses motivations (Le fais-je par besoin financier ou par conviction?), l’idéalisme par moment romantique (Oui, je les convaincrai tous de la beauté du répertoire!) sont autant de facettes de ce travail de pédagogue que nous avons, volontairement, choisi.
En cette journée internationale de la musique, je ne peux que me sentir interpellée par l'urgence du partage, personnellement, viscéralement, car je sais que, même si je ne réussis pas à gagner la guerre contre l’ignorance ou même à renverser la vapeur, j’aurai convaincu quelques dizaines (qui éventuellement se multiplieront en centaines) d’apprentis pianistes que la musique classique change une vie pour toujours… un étudiant à la fois. De ce coup de foudre-là, on ne se relève jamais... et c’est tant mieux!
Et parce que, pour moi, la musique est essentiellement outil de transmission, je vous propose quelques plages à découvrir, pour tous les goûts (qui sont, comme chacun sait, dans la nature)...
Les barricades mystérieuses de Couperin
Le « Laudate Dominum » des Vêpres solennelles d'un confesseur de Mozart
Le deuxième mouvement du Concerto de Ravel par Argerich
Libertango de Piazzolla
Blue Man Group