samedi 13 juin 2009

Une histoire de choeur

« Chorus est consensio cantantium », écrivait saint Augustin dans son Psaume 149 au IVe siècle, locution latine qu’on pourrait traduire par « Le chœur est un ensemble de personnes chantant ensemble » mais aussi « Le chœur est un accord de chanteurs ». Il va plus loin : « Si nous chantons en chœur, nous chantons pour le cœur. » Selon les sources, le mot chœur serait dérivé du latin corona (pour couronne, la position des choristes quand ils chantent) ou concordia (sans union, comment psalmodier ensemble?) ou encore du grec χάρά, joie ou allégresse. Une chose reste assurée : le chœur désarme les âmes et les unit en un geste d’une portée universelle. Après tout, « ceux qui s’assemblent pour chanter mettent en commun ce qu’ils ont de meilleur », soutenait l’essayiste Pierre Lasserre.

Ce soir, je retrouve trois chœurs qui ont décidé d'unir leurs forces (Sympholies vocales, l'Ensemble vocal de Saint-Laurent et l'Ensemble vocal Stakato), une centaine de cœurs battants, dans un programme tout Mozart qui comprendra notamment le Requiem, œuvre magnifique s'il en est une. Même si j'ai chanté pendant de nombreuses années dans les chorales, à l'enfance, à l'adolescence (par choix) et à l'université (plus par obligation, les pianistes étant automatiquement dirigés vers la chorale pour connaître la joie de faire de la musique en groupe!), cette fois, ce sera de nouveau à titre de présentatrice que j'officierai à l'Église Saint-Charles dans Pointe St-Charles.

J'ai accepté sans hésiter l'invitation, pour plusieurs raisons. D'abord, comment dire non à Mozart? Il y aura aussi le plaisir de retrouver les membres de Sympholies vocales pour une troisième année consécutive mais surtout, celle de pouvoir rendre un hommage, même discret, aux 25 ans de pratique en direction chorale d'Yvan Sabourin. Au fil des années, j'ai pu examiner sous toutes leurs coutures différents chefs de choeur. Il y a les mous, les nonchalants, les précis, les indécis, les autoritaires, ceux qui font ça « en attendant », ceux qui broient le choriste et n'hésitent pas à le faire pleurer (non, vous n'aurez aucun nom). Mais je n'en ai jamais rencontré aucun qui dégage une telle chaleur humaine qu'Yvan. Il ne le sait pas encore mais, ce soir, l'air de rien, ce sera un peu sa fête...

jeudi 11 juin 2009

La puissance des mots

J'ai vu la semaine dernière La déraison d'amour, collage de textes de Marie de l'Incarnation réalisé par Jean-Daniel Lafond, en collaboration avec la comédienne Marie Tifo, qui incarne le rôle. Si j'ai de nombreuses réserves, tant face au choix des lettres mises en lumière (ou plutôt du rythme qui en découle) que de la mise en scène (parfois télégraphiée), la musique (d'un anachronisme qui m'a laissée perplexe à l'occasion) ou certains gestes interprétatifs, je n'en ai aucune face à la puissance des mots de cette religieuse au style travaillé, imagé, parfois violemment poétique.

Avec une plume particulièrement acérée, dans ses quelque 13 000 lettres rédigées sur une période de 33 ans (dont plusieurs furent retravaillées trois ou quatre fois), Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) raconte aussi bien le quotidien de la colonie - l'apprentissage d'un climat plus que rébarbatif, l'appropriation d'un territoire, le dénuement dans lequel les habitants vivent, leur volonté de combattre aussi - que ses interrogations, son amour pour son divin époux, son mysticisme profondément incarné. Elle y transmet aussi l'amour qu'elle porte à son fils, laissé derrière alors qu'il sortait à peine de l'enfance, qui finira par embrasser lui aussi une carrière religieuse. Elle y partage surtout une volonté d'ouverture sur l'autre (elle rédigera les premiers dictionnaires indien-français), d'accepter d'où il vient, ce qu'il a vécu, comme faisant partie intrinsèque de l'être qu'il est devenu. Un parcours de battante (certains spécialistes n'hésitent pas à la qualifier de première féministe du pays), bien avant que le terme se glisse dans notre vocabulaire courant...

On peut consulter certaines de ses lettres ici (en vieux français)...

mercredi 10 juin 2009

Dévoiler tous ses secrets?

Admettez-le, vous vous êtes toujours demandé quel était vraiment le secret de la Caramilk. Une explication toute en finesse ici... Délicieux...



Aussi, cette version de l'annonce, tournée « live » rue Sainte-Catherine à Montréal.

lundi 8 juin 2009

Parlez-vous le musicien?


Dans une foule, sauriez-vous reconnaître le musicien ? Visage émacié et teint pâle, corps longiligne sinon décharné (c’est bien connu, un musicien ne mange jamais à sa faim), regard teinté d’une perpétuelle nostalgie ou sinon constamment illuminé par la possibilité d’une rencontre amoureuse, doigts élancés sortant d’une chemise surannée, vêtements uniformément noirs pour accentuer l’aura de mystère… Vous ne vous êtes pas reconnus ? Les archétypes ont souvent la vie dure. Je ne vous dirai pas le nombre de fois où j’ai échangé avec des non-musiciens avant que l’on me regarde, avec une certaine perplexité, et m’annonce : « Tu es certaine que tu es pianiste ? Tu as l’air tellement… normale ! » Eh non ! malgré une sensibilité peut-être plus marquée que la moyenne (pourquoi choisir d’être artiste si ce n’est pour tenter de communiquer l’indicible), une propension à parler de musique à la moindre occasion qui m’est offerte (j’ai beaucoup de difficulté à me contenir, il faut me pardonner), une façon bien particulière d’analyser les stimuli sonores, vous ne sauriez certes pas me distinguer en tant que musicienne dans un line-up judiciaire. Et pourtant…

J’ai parfois l’impression de faire partie d’un club très sélect qui n’attend qu’un signe (cals aux doigts des violoncellistes, cicatrices au cou des violonistes, foulard autour du cou des chanteurs) ou mieux, une phrase musicale, pour échanger un regard de connivence doublé d’un soupir de soulagement. Enfin, quelqu’un qui comprendra… les heures d’abnégation balayées par la joie de partager l’intimité d’un compositeur, les déchirements face à un choix de vie souvent non conformiste annihilés par les encouragements d’un autre combattant ou d’un proche qui croit en nous, les années de commentaires insidieux (« Quand te trouveras-tu enfin un vrai travail ? ») effacées par la reconnaissance de ne serait-ce que d’un seul auditeur touché. Il y a plusieurs années que j’ai perdu (tempéré, plutôt) mes illusions face aux salles de concert bondées d’un public qui m’aurait adulée. J’ai compris que, là aussi, la solitude pouvait être écrasante, le vide après le reflux d’émotions difficile à gérer, la dichotomie entre l’art et la vie un gouffre impossible à combler.

C’est pourquoi j’ai choisi la résistance douce, au quotidien. Convaincre un auditeur potentiel à la fois que la musique de concert est un art qui a encore sa place en ce XXIe siècle technologique. Aider un élève à rejoindre les rangs de cette grande confrérie des musiciens. Confier à un ami un pan de mon intimité d’interprète. Espérer qu'un inconnu, après avoir échangé quelques paroles avec moi, osera écouter avec curiosité une œuvre qui l’intimidait. Si nos routes se croisent, nous nous reconnaîtrons, j’en suis certaine. Après tout, nous parlons la même langue.

samedi 6 juin 2009

La leçon de musique de Jean-François Zygel. La musique classique expliquée aux enfants.

Jean-François Zygel, le plus mélomane des animateurs et le plus didactique des musiciens, fait un tabac depuis quelques années en France. En effet, en 2006, souhaitant reprendre le concept des Young People’s Concerts du charismatique Leonard Bernstein, il décide d’offrir des leçons de musique publiques à la mairie du XXe arrondissement de Paris. Certaines, filmées, puis éditées par Naïve, nous parviennent enfin ici. Avec une clarté remarquable et une bonne humeur contagieuse, Zygel décortique dans celui-ci les timbres, le rythme, explique ce qu’est la musique et, l’air de rien, partage des pages incontournables du répertoire. En prime, on pourra apprécier ses explications claires de certains concepts (fugue, anacrouse, etc.) et écouter quelques improvisations. Pour ceux qui n’en auraient pas encore assez, naïve intègre aussi un CD reprenant certains classiques du répertoire, présentés en version intégrale, par des interprètes reconnus (Marie-Josèphe Jude, Blandine Verlet, Orchestre philharmonique de Radio-France, etc.), du Prélude et fugue du Clavier bien tempéré en do mineur du premier livre au prélude de Carmen ou au dernier mouvement du Quintette « La Truite » de Schubert. Qui a dit que la musique classique devait être ringarde?

Jean-François Zygel nous raconte ici Chopin (tiré de sa série de leçons pour adultes).


mercredi 3 juin 2009

Inspirations de lecture

Comment choisit-on un livre? Parfois, on se laisse tenter par une critique lue dans une revue spécialisée, par une entrevue avec un auteur dans un quotidien. On suit plus ou moins fébrilement - selon temps et goût - les blogues de lecture (mais comment trouvent-elles le temps de lire tous ces livres?). À l'occasion, on note un titre cité dans un livre, afin de prolonger le plaisir de lecture. (Je viens de me procurer The Aspern Papers d'Henry James pour cette raison.) Souvent, on se fie à un ami proche qui nous fait partager son dernier coup de coeur. À d'autres moments, on bouquine en librairie, se laisse happer par une couverture séduisante, un quatrième de couverture intrigant, une recommandation d'un libraire. Ou alors on fouille la section « nouveautés » de notre bibliothèque préférée ou encore décide plutôt d'en apprivoiser une section en particulier.

Je pensais avoir épuisé toutes les possibilités. Erreur, Watson... Vendredi dernier, je décide de décrocher quelques instants et me plonge dans le Châtelaine de juin. (Eh oui, je lis autre chose que Le monde de la musique ou Gramophone!) Je n'ai pas été tant absorbée par les recettes de grillades ou un article fort intéressant sur les taxis roses russes (service géré par des femmes pour des femmes) que par les souvenirs de vacances de cinq écrivains. En fait, un en particulier: Éric Dupont, qui, avec une plume particulièrement poétique, racontait l'histoire d'un voyage à Naples mais surtout d'une amitié comme il en existe trop peu.

Deux jours après, j'étais en bibliothèque, afin de ramener un titre - n'importe lequel - de l'auteur (son livre La logeuse ayant remporté le combat des livres 2008). Je n'ai pas eu l'embarras du choix puisque seul son dernier titre, Bestiaire, à caractère autobiographique, était disponible - et mis bien en évidence sur une table d'auteurs québécois. Alors, depuis quelques jours, je suis plongée dans cet univers vaguement déjanté, récit d'une enfance gaspésienne pourtant semblable à tant d'autres mais narré avec une grande puissance d'évocation. Décidément, les sources d'inspirations sont partout...