lundi 13 septembre 2010

Attention: ce billet peut contenir des couinements

Elle est trop forte, la Kikine, grande manitou derrière le swap de la rentrée. En effet, j'attendais un paquet québécois. Comme il n'y avait que trois inscrites de ce côté-ci de la mare et que je savais que ce n'était pas Kikine ma swappeuse - mais elle était ma swappée -, j'avais additionné 1+1=2. Erreur, Watson! Ma swappeuse est lirevasion, une prof de maths (qui ne sera pas épatée par mon esprit de déduction, hum...) qui aime la lecture, le cinéma et les loisirs créatifs et dont je découvre le blogue avec plaisir!

Alors, qu'y avait-il donc dans cette énorme colissimo? Une série de jolis paquets enveloppés dans du papier bleu. Avant déballage, voici le coup d'œil, alors que les objets envahissent mon banc de piano.

J'y intègre les deux enveloppes, trop mignonnes.

Je suis délinquante, mais quand même, je sais suivre des instructions et ouvre donc tout d'abord cette charmante carte fait maison.

Et puis, maintenant, le contenu déballé. (Malheureusement, ce blogue n'est pas encore disponible en version HC pour hauts couinements... vous ne pourrez donc pas entendre les oh! et les ha! pendant que je déballais chaque objet avec une belle minutie.)

D'abord les livres, Entre les murs de François Bégaud, que je n'osais pas demander spécifiquement (histoire de laisser quand même une certaine latitude à ma swappeuse!) mais qui me faisait de l'œil terriblement. Également, un livre de Yoko Ogawa, auteur fétiche de ma copine Wictoria, La formule préférée du professeur, un livre que ma swappeuse dit avoir beaucoup aimé.

Maintenant, rentrée veut dire fournitures, bien sûr! Des crayons triplus de Staedler, dans des couleurs complémentaires à celles que j'avais déjà dans l'un de mes nombreux pots à crayons, un joli crayon mine, un mignon carnet « d'école buissonnière » (tout à fait moi, ça!) et un marque-page faite des blanches mains de ma swappeuse, avec une très jolie citation (et moi qui les collectionne en plus).

Avant de passer à la gâterie (que j'ai hâte de savourer, tout de suite après mon lunch!), de savoureux biscuits, l'objet avec un grand O, qui deviendra certainement fétiche et qui a déjà pris position sur le lutrin de mon piano d'enseignement: une règle clé de sol et clé de fa! Trop fort! Je sais que les petits vont l'adopter en quelques secondes (et qu'elle me servira bien, surtout du côté clé de fa, toujours un cauchemar avec les débutants!)

Merci donc Gwenaelle!

dimanche 12 septembre 2010

Brasser le monde

« Je déteste le statu quo. Je refuse l'idée que la vie moderne nous anesthésie et nous endorme. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de brasser et de secouer le monde avec un art archaïque et artisanal. En tant qu'artiste vivant à l'époque où je vis, je ne peux pas peindre des petits chiens aux yeux tristes ni faire des tableaux décoratifs. Il faut que ça marque, que ça laisse une trace. »

Le peintre et auteur Marc Séguin, dans un portrait fascinant paru dans  La Presse du week-end. Pour lire l'article...

La toile est sa relecture de Jackson Pollock.

vendredi 10 septembre 2010

Lecture de manuscrits

Ne vous en faites pas trop si vous avez l'impression que je mets beaucoup de temps à lire L'héritage de Tata Lucie (vous admettrez que c'est un titre prédestiné pour moi)... c'est que, au travers de cette lecture, j'ai aussi sur ma table de lecture trois manuscrits. Ce ne sont pas les premiers - ni les derniers, souhaitons-le. J'ai même eu le plaisir d'apprendre récemment que deux manuscrits (ou tapuscrits selon la terminologie acceptée quand on parle d'un document informatique) auxquels j'ai collaboré se retrouvent en nomination pour le Prix Senghor, prix littéraire créé en 2006 décerné à un premier roman francophone: Les Murs d'Olivia Tapiero (déjà prix Robert-Cliche 2009) et Adieu vert paradis d'Alexandre Lazaridès (considéré pour le Robert-Cliche 2008). Histoire de rendre ce sujet brûlant d'actualité, un autre livre que j'ai eu le privilège de lire sous une forme préliminaire sera lancé dans les prochains jours.

Je vous rassure; je n'ai pas l'intention (pour l'instant du moins) de changer de métier et de devenir directrice littéraire. En effet, je serais sans doute beaucoup moins ravie d'exercer mes fonctions si je devais lire tous les projets de roman transmis à un éditeur en particulier. J'aime beaucoup travailler sur un work in progress (si l'enseignement ne l'est pas, je me demande bien ce qui l'est...), percevoir l'évolution d'un texte (ou d'une œuvre musicale travaillée) mais, soyons honnête, serait-ce aussi fascinée si je ne connaissais pas l'auteur personnellement?

Cela ne veut pas dire que je pratique la lecture complaisante. S'ils l'osaient, certains témoigneraient plutôt en ma défaveur là-dessus. Je ne me gêne pas avec le stylo rouge (oui, je suis rétro, je corrige sur des copies papier de façon générale) et les commentaires peuvent parfois sembler acerbes. On y retrouve aussi bien des corrections grammaticales que le relevé d'incohérences (le personnage qui change de nom en cours de roman, par exemple) et je n'y vais pas de main morte avec de lapidaires « kitschissime! », « galvaudé! », « tu te regardes écrire! », « indigestion de verbe être! » ou « je suis perdue: fais quelque chose ». Une amie m'a même transmis son manuscrit récemment (qui n'est même pas un premier roman) en me disant: « Je le sais, tu vas me lapider. » Grossière exagération, car je n'ai aucunement hésité à glisser des sourires dans son texte et quelques A+ quand un passage m'accrochait particulièrement.

En fait, je pratique une lecture « active », qui part de l'irritant léger (fautes d'accord ou coquilles) à l'analyse de la grande forme (de type « j'ai bien compris où tu voulais en venir avec tel personnage mais cet autre manque franchement de profondeur »). Faut-il être complètement désespéré pour m'envoyer un manuscrit? Pas du tout. Je pense que, au fond, les auteurs que j'ai eu le plaisir de lire ainsi (dans certains cas, j'ai lu trois ou quatre versions d'un même texte) savent que les commentaires émis n'ont rien de personnel et qu'ils se veulent purement objectifs, de la même façon que je suis capable d'enseigner le piano à des amis, n'ayant aucune difficulté à « oublier » les secrets partagés pour me concentrer sur l'interprétation entendue. Une fois mon travail complété, je suis ravie de retrouver les auteurs pour un verre, un repas, une conversation. Et quand, quelques mois plus tard (quand tout va bien), je reçois ma copie autographiée, j'ai quand même l'impression qu'il y a une infime partie de moi entre les lignes, ce qui franchement n'est pas désagréable du tout.

mercredi 8 septembre 2010

La trajectoire

Il est Français, rêve de farniente en Espagne mais, par amour, il se retrouve au Québec avec femme et enfant. La trajectoire raconte de l'intérieur - l'auteur, Stéphane Libertad, a adopté les hivers de neige il y a quatre ans - l'histoire d'une immigration, certes, avec les ajustements que le geste exige, mais surtout, l'acceptation de l'approche de la quarantaine et les défis de la paternité quand on voudrait pouvoir s'extraire du quotidien pour écrire.

Il pose un regard sans concession aussi bien sur sa mère-patrie que sur celle d'adoption, intégrant ici et là sacres québécois et patois français. Il se lamente bien sûr sur nos hivers mais il essaie aussi de mieux saisir les rouages d'une structure familiale tricotée serrée, qui multiplie festivités du calendrier (ses descriptions des réveillons de Noël gargantuesques et autres libations excessives causent presque des brûlements d'estomac tellement elles sont caustiques) et rendez-vous improvisés. Il réfléchit surtout à une certaine masculinité, à la fois heureuse d'assumer ses droits et privilèges de père (le récit des semaines passées à soutenir son poupon aux soins intensifs respirent la tendresse) mais bien évidemment tiraillée par les contraintes que celle-ci exerce sur un processus créateur qui requiert une certaine liberté de mouvement, sinon d'esprit.

L'auteur n'hésite pas à égratigner au passage convenances sociales, tics de société ou à partager l'agacement envers une vie de couple pourtant choisie. Même si directe, l'écriture n'est pas dépouillée d'une grande souplesse, ce qui à la fois nous questionne et nous convainc sans peine de poursuivre notre lecture. L'auteur saura-t-il être aussi efficace en abordant un sujet qui le touche d'un peu moins près? Je serai très tentée de le découvrir.

J'en profite pour souligner au passage le virage pris par la collection Hamac de Septentrion qui mise maintenant sur des photos soignées plutôt qu'une couverture plus dépouillée pour attirer l'œil du lecteur. L'objet devient tout à coup plus incarné dans une certaine contemporanéité ma fois fort attrayante.

lundi 6 septembre 2010

Opération séduction

Le petit voisin est venu pour une première leçon vendredi. Il s'est avancé vers le piano sans aucune réticence, comme s'il savait exactement quoi faire avec l'instrument. Il s'est assis sans se faire prier. J'ai commencé par tenter de mieux la connaître: sa matière préférée (les maths), celle qu'il aime moins (la grammaire). J'ai su qu'il avait bien aimé être dans la chorale l'année dernière, qu'il écoutait parfois de la musique de piano à la maison, dont celle de Beethoven. À huit ans? J'étais déjà épatée... Et là, coup de massue, j'apprends qu'il n'a pas (encore) d'instrument chez lui, même pas un clavier électronique de troisième zone. Désenchantement instantané! Je lui ai expliqué que c'était essentiel mais que dans les prochains jours, en attendant, il pourrait s'inviter chez moi si nécessaire.

Samedi après-midi, je suis au jardin avec un collègue de La Recrue passé ramasser un titre et son amie. Tout à coup, j'entends sonner à la porte. Je me lève, perplexe, n'attendant personne. C'est lui, son cahier sous le bras, décidé à foncer vers l'instrument. J'ai souri, l'ai installé dans mon local, ai refermé la porte un tantinet et suis retournée au jardin. Pendant près de 25 minutes, il a répété ses quatre petits morceaux, de façon concentrée. (La fenêtre était ouverte et, oui, hum, n'est-ce pas, mon oreille suivait le tout, tout en restant concentrée sur la conversation en cours...)

J'ai raccompagné les visiteurs, lui ai indiqué qu'il avait bien travaillé, que je considérais que c'était assez pour la journée. Il m'a regardée et m'a posé la question qui tue: « Toi, tu sais jouer? » J'ai pouffé de rire et lui ai expliqué que ce serait sans doute plus prudent si je voulais lui enseigner, non? « Ah oui, tu as raison... Est-ce que tu pourrais me jouer quelque chose? » Comment résister? J'ai décidé de le prendre par les sentiments, en lui jouant du Beethoven, justement, Für Elise, qu'il a reconnu tout de suite, bien sûr. Visiblement ravi de mon interprétation, il a poussé la gourmandise en me demandant un autre morceau, « juste un autre ». Je lui ai cette fois joué le Rondo alla turca de Mozart. (Je sais, ce devrait être interdit de sortir l'artillerie lourde comme ça devant un si jeune garçon!) Complètement fasciné par la vitesse de réaction de mes doigts, il a soupiré et m'a dit: « Tu crois qu'un jour, je vais pouvoir jouer comme ça? » Si tu travailles, mais, bien sûr... J'espère secrètement qu'il passera de nouveau aujourd'hui.

vendredi 3 septembre 2010

Pentaèdre: le plaisir de jouer ensemble

La prise de rendez-vous avec les cinq membres du quintette Pentaèdre relevait de l’exploit. Difficile en effet de gérer les vacances des uns et les engagements professionnels des autres, Normand Forget et Martin Carpentier participant aux Rencontres de musique nouvelle au Domaine Forget et Mathieu Lussier assumant les fonctions de directeur artistique du Festival international de musique baroque de Lamèque. Quand on ajoute les obligations familiales, les préparatifs de la rentrée (en tant qu’enseignants ou parents), le temps à gruger pour travailler son instrument, cela frise l’impossibilité. Les agendas enfin synchronisés, les cinq complices se retrouvent dans un bar de quartier, loin des circuits balisés, avec une joie presque effervescente. Des partitions circulent, quelques indications sont intégrées. Dans un enchevêtrement de conversations, on discute d’horaires de répétition, on encourage avec le sourire Louis-Philippe Marsolais, récemment papa, quand on semble d’un seul coup se rappeler que la rencontre a en principe été fixée pour répondre à d’autres impératifs : tenter un bilan, à l’aube de la 25e saison du quintette.

On sonne la fin de la récréation, mais pas pour longtemps. Dans une remarquable polyphonie, tout au long de l’entretien, les cinq musiciens compléteront les phrases de l’un ou de l’autre, ouvriront la porte aux souvenirs et démontreront hors de tout doute que les liens tissés vont bien plus loin que la simple association professionnelle. « C’est le plaisir d’être ensemble, de savoir que, dès la première note, cela fonctionnera tout de suite », avance le directeur artistique Louis-Philippe Marsolais. « Nous avons envie de dépasser la simple mise en place, de connaître les autres, précise le bassoniste Mathieu Lussier. Nous aimons savoir que, même de dos, juste en entendant respirer Danielle, nous serons parfaitement ensemble – ou que Louis-Philippe et moi ne serons pas d’accord à la première répétition. » Ce dernier conclut en souriant, sans chercher à s’en excuser : « Il y a plusieurs chefs et pas beaucoup d’Indiens. »

Vous pouvez lire la suite de cet entretien que m'ont accordé les cinq membres de Pentaèdre dans la toute dernière édition, disponible aujourd'hui, de La Scena Musicale, à la page 26... C'est rafraîchissant (et trop rare...) de rencontrer des musiciens professionnels qui dégagent une telle complicité!

mercredi 1 septembre 2010

Journal irrévérencieux d'une mère normale

Être mère au foyer, de nos jours, n'est pas une sinécure. Pas tant que le « travail » impliqué ait changé tant que cela au fil des ans, mais la perception des autres est souvent devenue plutôt péjorative, ce qui est bien dommage. Quand on fait le choix de consacrer quelques années à ses enfants et - ciel! - refuse de les mettre en garderie, on aura droit à regards courroucés ou au moins totalement incompréhensifs. « Quoi? tu ne travailles pas? », « Tu ne t'ennuies pas, toute seule avec les enfants? », « Tu n'as pas l'impression que ton cerveau fond? Je ne sais pas comment tu fais! » ne sont que quelques-uns des poncifs assenés régulièrement à la « pauvre » mère.

Dans son Journal irrévérencieux d'une mère normale, Véronique Fortin ose briser l'isolement, tente de déboulonner quelques préjugés tenaces et le fait de façon non seulement convaincante mais surtout attrayante. Elle y évoque aussi bien la frénésie de l'heure qui précède le souper (la pire de toutes, comme chacune sait) ou les nuits blanches (je serais incapable d'y faire face maintenant) que ses hésitations envers ses aptitudes de mère. Au fil de courts chapitres (retravaillés à partir de textes parus sur son blogue), elle nous fait souvent rire aux éclats (savoureux dialogue entre mère et fillette qui feint la maladie pour rater l'école ou les craquantes « photos de famille », instantanés charmants intégrés ça et là dans le texte) mais n'hésite pas à aborder la part sombre du rôle de mère. Le recul qu'elle doit prendre par exemple face à la petite correction physique qu'elle inflige à sa fille (presque rien, au fond, mais qui génère un poids de culpabilité certaine chez quiconque est passé par là) est admirablement rendu, de même que ses questionnements face à l'« après », quand les petites poursuivront toutes les deux leur éducation.

J'aurais aimé que jadis, on me glisse en douce entre les mains un tel livre, joliment illustré par Rémy Simard, dont j'ai toujours apprécié le coup de crayon. En ces instants où je considérais sérieusement déposer les deux garnements dans un sac vert et me sauver en courant, de savoir que, bien sûr, je n'étais pas seule dans cette galère, aurait peut-être apporté un bienvenu répit de quelques instants à ma journée - et à ma santé mentale. À voir le nombre de ventres bombés que je croise depuis quelque temps - témoin éloquent du baby-bump qui fleurit au Québec -, l'auteure ne devrait pas manquer de lectrices... et, rêvons un instant, si on le glissait aussi dans les mains de ces messieurs...

Merci à l'opération Masse critique lancée par le chapitre québécois de Babelio pour cette lecture. Je l'offrirai sans hésiter la prochaine fois que je serai invitée à un shower de bébé.