mercredi 13 août 2014

Bleu

« Elle me désarme. Elle crache mes mains, mes doigts, elle me répond en hiéroglyphes sur le sable. La mer sculpte ses images à même ses bras de vagues. J’ignorais la simplicité. Il n’y a que les humains pour émettre des mots et trébucher sur leur langue. Mouvement de flux et de reflux. »
Comme Orane, son alter ego dans Bleu, Myriam Caron voue une passion à la mer et au surf boréal, discipline exigeante qui commence à rallier de plus en plus d'adeptes, prêts à braver les vagues, hiver comme été, au large de la Côte-Nord. Elle s'en sert ici pour nous livrer des scènes particulièrement spectaculaires, qui laissent souvent le lecteur pantois - sinon transi.

On s'attache rapidement à ce personnage de jeune femme en reconstruction, qui après avoir tenté pendant des années de dompter son « chien galeux », amoureux inconstant qui n'aura jamais pu s'adapter à cette nouvelle vie, se concentre maintenant sur l'éducation de son fils quand elle ne fend pas les vagues avec des amis ou est à la recherche de l'ambre qui lui permettra de créer son parfum de rêve. 

C'est indéniablement quand Myriam Caron décrit la mer qu'elle démontre la puissance de son écriture. Personnage à part entière du récit (certains chapitres sont d'ailleurs écrits d'après son point de vue, choix qui déstabilise d'abord, mais qui finit par convaincre), elle console, détruit, charrie des souvenirs du passé, propose des voies pour s'affranchir des blessures. L'écriture volontiers sensuelle de Caron séduit, mise sur les sensations, brouille les frontières entre rêve et réalité, journal intime et conte initiatique. Rarement aura-t-on lu un plus touchant ode d'amour à la Côte-Nord, à son côté sauvage, à son histoire féconde. En refermant le livre, on aimerait croire son avenir moins incertain.



lundi 11 août 2014

Demain, j'achète un livre québécois

Belle initiative que celle des auteurs québécois Patrice Cazeault et Amélie Dubé. Comme ils l'expliquent dans l'énoncé de leur mission sur la page FB de l'événement, 
 « Une amie auteure m'a récemment fait remarquer qu'il serait facile de dynamiser le marché du livre québécois. On lit partout que la situation est précaire, que les éditeurs en arrachent et que les auteurs ne vendent plus. Facile, me confie mon amie, on n'a qu'à acheter plus de livres! 
Oh, si ce n'est que ça! Réglons le problème maintenant!
Donc, le 12 août, je me déplace chez mon libraire préféré et j'achète un livre québécois. Si je ne trouve pas celui que je veux? Je le commande. S'ils ne peuvent pas me le commander? Je fais une crise. Ou je l'achète en numérique, tiens. »
Je serai assurément chez Olivieri (comme si j'avais besoin d'une raison pour y faire un tour!), ma librairie indépendante préférée. Aucune crise potentielle à craindre. Qu'en rapporterai-je? Là est la question...

samedi 9 août 2014

jeudi 7 août 2014

Correspondances d'Eastman

Le populaire événement amorce sa 12e édition cet après-midi, 14 h, par un café littéraire sur le thème « Journal et autofiction: l'intime et l'écriture de soi ». Louise Portal, Éric Simard, Lynda Dion et Claire Legendre échangeront avec Catherine Voyer-Léger à la Terrasse Québecor. J'y serai.

Après l'ouverture officielle, en présence des porte-parole Kim Thùy et Michèle Plomer, alors que seront lus les textes primés du concours de slam-poésie des élèves de l'école Val-de-Grâce, vous aurez le temps de vous promener un peu sur le site avant le spectacle d'ouverture, mettant en vedette Ariane Moffat. Une rencontre avec Tristan Malavoy-Racine suivra la représentation. 

Pour consulter la programmation complète...





mardi 5 août 2014

Cirkus Cirkör

Depuis ma résidence en cirque, je fais souvent des rêves qui y sont liés. Autant de spectacles qui n'existent que dans ma tête, dont je me rappelle parfois quelques bribes le matin venu. Quand je suis éveillée, je préfère découvrir d'autres univers, tout aussi oniriques, comme ceux de deux spectacles récents de la compagnie suédoise Cirkus Cirkör.

Comment résister à l'imagerie si particulière du spectacle Wear it like a crown, d'après l'envoûtante chanson éponyme de la Norvégienne Rebekka Karijord?
Impossible aussi de ne pas vouloir réserver un avion (ils seront à Velaux et à La Haye en octobre) pour aller voir Knitting Peace.

dimanche 3 août 2014

Till Fellner: un véritable artiste

Till Fellner a offert hier soir un récital exceptionnel aux festivaliers d'Orford, confirmant la richesse de sa palette sonore, sa profonde compréhension des textes interprétés et une indéniable maîtrise de l'architecture. Chez lui, aucun accent incongru, aucune phrase qui n'ait été décortiquée pour que l'auditeur puisse en comprendre la prosodie, aucun manque de souffle. Chaque note est à sa place, sans pour autant que l'on ressente une quelconque impression d'artifice, de contrôle abusif. La musique respire, parle, agit.

On retiendra particulièrement les Davidsbündlertanze de Schumann proposées en deuxième partie de concert, que l'on souhaiterait gravées très bientôt par le pianiste autrichien. Alors que des centaines d'autres se cassent les doigts sur ces miniatures, Fellner a compris d'emblée la galerie de personnages que Schumann a établie, sans jamais oublier l'élément dansant inhérent au titre. Chaque mouvement possède un caractère distinct, unique, qui va bien au-delà de la catégorisation Eusebius et Florestan,  la verticalité de l'écriture se liant tout naturellement à l'horizontalité des mélodies d'une grande richesse. Le piano que l'on avait pu croire limité dans le Mozart proposé en début de concert se déploie cette fois avec une rare élégance, chaque angle ayant été attentivement limé, chaque phrase menée à  son apex, rendant le tout parfaitement compréhensible. L'écoute particulièrement attentive du public, les quelques soupirs qui ont souligné certaines pages particulièrement réussies, témoignaient de la maîtrise avec laquelle Fellner transmettait les moindres détails de la partition.

Fellner a proposé il y a quelques années aux mélomanes une intégrale remarquée du premier cahier du Clavier bien tempéré de Bach. On attendait donc avec une certaine impatience les quatre extraits du deuxième livre (qu'il se propose d'enregistrer sous peu). La définition des voix et l'intelligence du texte demeurent indéniables. Il a ainsi offert un cinquième prélude éclatant, un sixième prélude et fugue d'anthologie et une grande subtilité dans le huitième couplage.

La Sonate de Haydn Hob. XVI: 37, en majeur, s'inscrivait parfaitement dans la continuité des pages de Bach proposées. Le mouvement lent, en mineur, se lisait presque comme une extension de la fugue dans la même tonalité, alors que le premier mouvement, pris presque presto (sans qu'aucune note n'ait été échappée), allait appuyer la couleur éclatante du cinquième prélude. Sous les doigts de Fellner, le rondo est devenu presque orchestral, chaque couplet étant sculpté avec attention, autant d'instants parfaits qui ouvraient la voie au Schumann qui suivrait.

Première pièce au programme, le Rondo en la mineur de Mozart ne m'a pas semblé ajouter quoi que ce soit au propos. Pris à  un tempo un iota sous ce qui aurait permis aux phrases de respirer naturellement, la page devenait étrangement fade, plus verticale que lyrique, dissertation plutôt que confidence. Les derniers instants du Schumann s'étaient révélés si parfaits qu'un rappel semblait inutile. Généreux, Fellner a néanmoins offert un très beau « Lac de Wallendstadt ». tiré des Années de pèlerinage de Liszt.

Quelques notes périphériques en terminant. Je n'étais pas retournée à Orford depuis la rénovation de la salle. Difficile de juxtaposer le confort indéniable et l'acoustique calibrée d'hier soir avec les souvenirs de concerts parfois douloureux pour le postérieur, avec coulisses apparentes, humidité ambiante (et parfois moustiques à l'avenant). Chapeau, même si on aurait peut-être souhaité qu'un certain élément de rusticité ait été retenu dans la décoration. Belle idée de rappeler au public que le Festival d'Orford est avant tout une académie musicale de haut niveau et de faire faire entendre des étudiants. Je pense que ceux-ci - et le public - seraient mieux servis si on proposait un véritable pré-concert (à 19 h 30 peut-être), dans la rotonde plutôt que dans la salle.

samedi 2 août 2014

Opus de C!rca

Quand la musique de Chostakovitch, interprétée en direct par les membres du réputé Quatuor Debussy, se mêle aux prouesses de 14 acrobates de la compagnie australienne C!rca, cela donne quelque chose d'assez magique, il faut l'admettre...

Le spectacle a été créé l'année dernière aux Nuits de Fourvière de Lyon...