mardi 14 avril 2015

Judy Garland, la fin d'une étoile: fausses notes

J’aime passionnément la comédie musicale et ai toujours éprouvé une tendresse particulière pour les superproductions de jadis de la MGM, auxquelles a participé à de nombreuses reprises la mythique Judy Garland. Je me faisais donc une joie de voir l’adaptation française de The End of the Rainbow de Peter Quilter, saluée par de multiples nominations aux Tony Awards.
Malheureusement, quelques minutes à peine ont suffi pour comprendre que la magie ne ferait pas partie de l’équation...
Pour lire ma critique, passez chez Jeu...

lundi 13 avril 2015

Ceci est un meurtre: subversif et efficace

Présenté jusqu'au 25 avril aux Écuries, Ceci est un meurtre, s'avère un bien étrange objet. Entre performance et théâtre participatif, il faut admettre que la proposition du collectif Endoscope (Rébecca Déraspe, Mellissa Larivière et Vincent de Repentigny) rend floues (et même inutiles) les frontières entre les genres et force le spectateur à revisiter tous les codes qu'il croyait associés au genre théâtral.

D'entrée de jeu, on se demande où tout cela mènera, alors que Simon-Pierre Lambert passe méticuleusement la balayeuse sur le tapis beige d'une salle de séjour, installe une table pour cinq convives, libère une fenêtre obstruée ou installe au mur des dessins avec sa hache. Déjà, on ressent une ambivalence face à cette porte fermée par un cadenas, le côté volontiers maniaque du personnage et son évidente difficulté à gérer certains codes sociaux.

Le vent tourne - littéralement, un éventail poussant le fumet d'un poulet rôti vers le public - quand quatre volontaires sont invités à interagir avec le personnage principal. Figés, incertains de ce que l'on attend d'eux, ils s'installent, acceptent de couvrir leur tête de leur serviette de table ajourée, Lambert ne pouvant tolérer le regard direct des autres, avance-t-il. Ils piochent mollement dans le plat une pomme de terre, alors qu'une histoire abracadabrante est racontée, jetant un éclairage volontiers malsain sur le repas qui aurait pu se révéler sinon convivial.

Trois auront la possibilité - la chance? - de retourner à leurs sièges; l'autre devient victime, mais aussi complice. La scène devient « zone de danger », mais aussi la salle. En acceptant d'être témoin de ce qui suivra, le spectateur devient lui-même entravé dans sa réflexion, dans sa perception de ce qu'il voit, de qu'il croit juste on acceptable, dans le regard aussi qu'il jette sur son voisin, l'inconnu qu'il croise dans la rue, ceux qu'ils croient connaître. 

À quoi est-on prêt aujourd'hui pour être vu par l'autre, vraiment regardé? Jusqu'où irons-nous pour nous donner l'impression - l'illusion - d'être en sécurité? Des questions que l'on se pose rarement - trop rarement. L'inconfort se transforme en malaise, puis fait entrer en résonance une peur inconsciente plus ou moins tapie, de laquelle devrait idéalement surgir un sentiment de responsabilité, en tant que spectateur, mais aussi en tant que citoyen, l'autre, soi, devenant à la foi ennemi intime et élément déclencheur vers une potentielle libération. Troublant.



vendredi 10 avril 2015

Would: deux solitudes

On attendait beaucoup de Would, mouture entièrement repensée d’une commande de la danseuse torontoise Kate Holden. Avec raison! On ne peut que saluer la cohérence du langage chorégraphique de Mélanie Demers, l’excellence des deux interprètes (Marc Boivin a remporté un prix Dora Mavor Moore pour sa performance inoubliable) et l’adresse avec laquelle a été intégré le texte bilingue, qui nous fait passer du rire franc au questionnement sans que l’un ou l’autre des registres semble forcé.

Pour lire ma critique, passez chez Jeu...

Représentations à l'Usine C ce soir et demain. Allez-y!

jeudi 9 avril 2015

Les sept livres québécois à lire selon Télérama

Les longs weekends permettent le rattrapage côté lecture... notamment au niveau des revues diverses qui s'étaient amoncelées au fil des mois. Parmi celles-ci, le dernier Nouveau projet (quelle lecture vivifiante, merci à mon webmestre préféré de m'avoir abonnée!) et le Télérama Horizons consacré au Québec. Celui-là traînait depuis début décembre, legs d'une amie française qui se demandait bien ce que je penserais du tout. J'ai longuement hésité à l'ouvrir, m'attendant à une pléthore de clichés folkloriques du type « cabane au Canada ». (La couverture me laissait craindre le pire.)

Eh bien, surprise plutôt agréable, le numéro se consacre surtout à la culture québécoise. On y parle de Robert Lepage (l'évidence!), mais aussi de chorégraphes importants, d'auteurs-compositeurs-interprètes (certains choix laissent perplexes, mais d'autres se valent), de coupe à blanc, de BD, d'urbanisme... et de littérature. On propose ici sept lectures essentielles, « une succession de coups de cœur pour des auteurs singuliers, tous traversés par les questions de la langue et de l'identité ».

Ce que ça donne? Côté statistiques, on parle de deux premiers romans sur sept, écrits tous les deux par des auteurs nés ailleurs: Dany Laferrière et Kim Thuy. Certes, l'un a été intronisé à l'Académie française et l'autre possède l'une des personnalités les plus attachantes, toutes frontières confondues. Deux auteures disparues (Anne Hébert et Gabrielle Roy, née au Manitoba), mais tout de même quatre femmes sur sept (Hébert, Roy, Thuy et Marie-Claire Blais). Une liste représentative? Quand même... 

Voilà ce que cela donne.

1- Anne Hébert: Les fous de bassan (une plume d'une rare maîtrise)
2- Dany Laferrière: Comment faire l'amour à un nègre sans se fatiguer (Son Énigme du retour me semble plus incontournable au niveau littéraire, mais son premier roman est parfaitement maîtrisé.)
3- Réjean Ducharme: L'avalée des avalés (un choix irréprochable)
4- Gabrielle Roy: Ces enfants de ma vie (un petit bijou, assurément)
5- Jacques Poulin, Le vieux chagrin (Je préfère Les yeux bleus de Mistassini pour découvrir l'univers de Poulin, mais il demeure un auteur incontournable.)
6- Marie-Claire Blais, Naissance de Rebecca à l'ère des tourmentés (J'aurais plutôt attendu ici Une saison dans la vie d'Emmanuel, mais cela donne envie de plonger dans les derniers livres de l'auteure.)
7- Ru de Kim Thuy (un très joli premier roman, indéniablement)

Et vous, qu'y auriez-vu mis?

lundi 6 avril 2015

Écrire

Une création Chris Maynard
Écrire est tremblement
Qui veut devenir danse
Écrire et crier dans son sang
Graver dans sa propre écorce
Par en dedans
Écrire
Forceps pour s’extirper du temps
Écrire et puis dormir
Après une bonne saignée
Le grand corps blanc du rêve
Rétablit sa lumière
Suture au point perdu
Écrire

Christian Vézina, L'inventaire des miracles

samedi 4 avril 2015

Abécédaire de la création littéraire

A pour Anticipation, Avant de plonger dans l’écriture, mais aussi Agonie face à la page blanche
B pour Bondir sur son crayon, sur son clavier mais aussi Blêmir devant les mots qui déchirent
C pour Catharsis libératrice, Chamboulement des émotions
D pour Danser à l’unisson avec un personnage et Détourner sa Détresse
E pour Esquisser à grands traits un récit sans avoir peur tout à l’heure de l’Élaguer
F pour Fabuler sans Frémir, Franchir sans Férir le seuil qui nous mènera dans l’inconnu
G pour Générosité du verbe, beauté du Geste, Gratitude envers la beauté de la langue
H pour Hantise de ne pas être compris, Hésitation avant de se commettre mais aussi Hasard qui nous soutient de ses clins d’œil 
I pour Inspiration, grande prêtresse Insondable, amante Intransigeante mais Irrésistible
J pour Jouer avec les sons, Jongler avec les mots, Jubiler quand on a ciselé une phrase parfaite
K pour Knock-out quand on voit Kidnappée ou mal interprétée l’une de nos idées
L pour Littérature Libératrice, Ligne directrice, Lumière au bout du tunnel
M pour Musicalité des phrases, Magie des mots qui s’unissent, presque Malgré soi
N pour Naïveté face à l’artisanat de la Narration, Noblesse de la répétition du geste, Nuit pendant laquelle des récits émergent
O pour Obstacles à franchir, Océans de doute à traverser, Orgueil à terrasser
P pour Paresse occasionnelle, Paris risqués, Plongeon sans Protection
Q pour Questionner sans relâche, Qualifier chaque parcelle de texte, Quitter le Quotidien sans chanceler
R pour Reculer devant le gouffre, Rebondir dans un Récit, se Repentir quand nécessaire
S pour Saisir l’inspiration au vol, la Séduire, avant qu’elle ne nous condamne au Silence
T pour Terrasser l’angoisse, Transcender la douleur,  sans jamais Ternir l’émotion,
U pour Urgence dans l’écriture, Universalité du langage, Unisson des voix
V pour Vagabondage, porté par la Vague, l’esprit toujours en Veille
W pour Week-end de solitude face à ses mots, face à ses frayeurs,
X pour mademoiselle X, pour les baisers au bas d’une missive, pour les scènes torrides
Y pour Yeux ouverts en toutes circonstances, sur les autres, sur soi
Z pour Zigzaguer entre les idées, Zoomer sur l’essentiel, aborder la Zone d’ombre.

un texte sorti de mes cartons, que j'ai eu envie de partager en ce long weekend...

Joyeuses Pâques!

jeudi 2 avril 2015

À travers la pared: percevoir autrement les murs

Présentée dans une première mouture dans une prison désaffectée de San Luis Potosi au Mexique, À travers la pared d'Élodie Lombardo (Les sœurs Schmutt) est une proposition des plus étonnantes, qui force le spectateur à réfléchir à la notion même d'enfermement. A-t-on besoin de murs physiques pour se sentir emprisonné, avoir l'impression de tourner en rond, de ne pas pouvoir s'exprimer, de ne pas savoir comment rejoindre l'autre ou le groupe?

Photo: Frédérick Duchesne
Comment peut-on suggérer cette impression d'oppression dans un espace entièrement ouvert tel la scène de l'Espace Go? Quand on entre dans la salle, on découvre des cellules lumineuses sur scène: six couleurs distinctes pour chacun des interprètes, auxquelles ont été associés de façon aléatoire les spectateurs à travers un carré de couleur sur le programme de soirée. Chaque danseur se met en mouvement, usant d'un vocabulaire chorégraphique distinct, qui l'identifiera plus ou moins tout au long du spectacle. La notion même du mur est déjà trafiquée, puisque, au fond, ce n'est pas tant le rectangle lumineux qui contient l'interprète que les spectateurs qui se sont massés autour de lui. Et si, au fond, nous construisons nos propres murs, ceux que nous érigeons autour de nous aussi bien que ceux avec lesquels nous nous protégeons des autres?
Photo: Frédérick Duchesne

Après quelques minutes de solos - impossible déjà de ne pas être conscient de la personnalité extrêmement magnétique de Pamela Grimaldo, qu'elle travaille dans l'intériorité la plus secrète ou l'explosion du geste -, les danseurs passent d'une cellule à l'autre, occupent tout l'espace, établissent des liens, forment des duos, certains articulés autour du soutien à l'autre (dont celui formé par Sarah Dell'ava, les yeux recouverts de pansements, et Christobal Barreto Heredia), d'autres teintés d'un certain élément de séduction. Certains spectateurs deviennent ensuite partie prenante de la chorégraphie, à travers un tour de cercle ou à travers des contacts (frôlements, échanges de paroles) avec les interprètes. Alterneront segments volontiers nostalgiques (comme cette évocation d'un lieu, autant par la parole que la musique) et plus ludiques (une déclinaison du jeu Un, deux, trois, soleil), instillant un état de doute de plus en plus insidieux chez le spectateur.

Photo: Frédérick Duchesne
Une fois que celui-ci a regagné son siège, il ne peut que poursuivre cette réflexion sur le voir et le refus de voir (toujours au moins un des interprètes quand ce n'est pas tous ont les yeux bandés), entre le soi et la collectivité, entre le passé et le présent (Eduardo Rocha évoquera notamment en gestes et en paroles des souvenirs d'enfance alors qu'il s'imaginait géant faisant trembler la ville), entre la lumière et l'ombre (magique interprétation dans le cercle de lumière de Grimaldo), entre l'ailleurs et l'ici aussi, grâce à des séquences vidéo poétiques, tournées au Mexique par Robin Pineda Gould, établissant un lien entre ce lien fantomatique et la nouvelle déclinaison du spectacle proposé à Montréal.

Si certains segments de la deuxième partie auraient pu être légèrement ramassés et un lieu peut-être plus industriel (j'ai pensé un instant à la la fonderie Darling ou même aux Ateliers Jean-Brillant) aurait sans doute mieux prolonger le souvenir de la prison de San Luis Potosi, la proposition demeure pertinente, surtout rendue avec autant de conviction par les six interprètes. « Mira me! » Un déchirant cri du cœur qui hante.

Du 1er au 4 et du 8 au 11 avril à l'Espace Go. Présenté par Danse Cité.