jeudi 1 octobre 2009

Contagieux

1er octobre, journée internationale de la musique. Vous m'attendez peut-être dans Mozart, Debussy ou Schumann, mais non, pas du tout! Complètement séduite par le clip réalisé par les étudiants en communications de l'UQAM lors de la semaine d'initiation, je vous propose plutôt un lipdub - clip promo chantant selon le Grand dictionnaire terminologique - sur la chanson feel good de l'été 2009, I Gotta Feeling des Black Eyed Peas.

Le lipdub est une bête médiatique à part entière, venu du monde anglo-saxon. On parle ici d'un clip réalisé en plan-séquence (on n'arrête pas la caméra et on tourne en temps réel, sans montage) et en playback, généralement par des collaborateurs au sein d'une même entreprise, destinée à une diffusion Internet, mais surtout à resserrer les liens entres membres d'une même équipe. Réalisé en à peine 2 h 15 de répétition / chorégraphie (on ne savait pas avant la journée même qui se présenterait à l'événement) / tournage (2 prises ont été complétées au total), le clip de Luc-Olivier Cloutier et Marie-Eve Hébert, qui terminent cette année leur baccalauréat en communications (option télévision) est en train de faire le tour du monde.

Moi, de voir toute cette énergie étalée à l'écran, je craque! (Et puis, franchement, j'aime bien mieux ce clip que l'original qui dénature en partie le côté ludique de la chanson...)



Le reportage de CNN

mercredi 30 septembre 2009

Quêtes d'absolus


Parfois, sans qu'on s'y attende, un livre remarquable nous passe entre les mains. Rencontre exceptionnelle entre cinq grands artistes - le compositeur Pierre Boulez, le poète Yves Bonnefoy, la peintre québécoise Carol Bernier, la violoniste française Jeanne-Marie Conquer et la regrettée contralto Kathleen Ferrier -, Quêtes d'absolus comprend trois poèmes de Bonnefoy à sujet musical, Ut musica poesis (lus par le poète sur un des deux disques) mais aussi un texte sur les relations entre la poésie et la musique, les explications de Boulez au sujet de ses œuvres Anthèmes 1 et 2 (qu'on retrouve sur un même disque pour la première fois), tant écrites que sonores (rien de tel pour mieux décortiquer une œuvre contemporaine) et un essai complet sur les liens entre la musique et la poésie dans les oeuvres d'Yves Bonnefoy signé Jean-Jacques Nattiez.

Ce serait déjà beaucoup mais on y a aussi intégré des enregistrements d'œuvres évoquées par Bonnefoy dans son texte (dont un des lieder du Chant de la terre de Mahler chanté par Ferrier), des facsimilés des premières ébauches d'Anthèmes 1 et des reproductions de cinq tableaux de Carol Bernier, inspirés par Anthèmes 1 (ainsi que des extraits de son journal de création). Comment oser affirmer ensuite que l'art contemporain, sous toutes ses formes, est inaccessible (surtout à 30 $ pour un tel objet)?

La toile, Soufre, est de Carol Bernier.

Livre paru aux Éditions Simon Blais.

mardi 29 septembre 2009

Recommencer

J'ai un immense respect pour ces adultes qui décident de se confronter une fois de plus à un instrument, après l'avoir délaissé pendant 10, 20 ou même 30 ans. Cette année, par un curieux concours de circonstances, j'en ai plusieurs dans ma classe.

Avoir fait 10 ans de piano il y a 30 ans peut être parfois ingrat. On se souvient que l'on savait alors jouer des pièces de niveau avancé mais elles ne reviennent que par bribes. Les réflexes de lecture, non exercés pendant une si longue période, semblent parfois déficients, rendant le travail sur une nouvelle pièce doublement ardu.

Surtout, il y a l'ego, presque impossible à mater quand on a dépassé la trentaine. Non, ce n'est pas que ces dames en aient un surdimensionné, ce serait en fait plutôt le contraire. Dans le lot, j'ai deux battantes, deux féministes de la première heure, ces pionnières qui ont complété un cursus universitaire au milieu d'un océan d'hommes, qui ont dû s'élever au-dessus de la masse avec volonté, qui ont atteint des sommets professionnels assez saisissants. Mais mettez-les face à un instrument de musique, un objet particulièrement ingrat s'il en est (même les professionnels vous le diront), et cela vous remet le caquet au plus bas en une croche pointée suivie d'une double.

Le plus difficile ici est le lâcher-prise, comme dans accepter que les sonorités produites ne seront pas celles que l'on conserve au creux de notre image mentale. Non, notre interprétation ne ressemblera pas à celle de Brendel. Oui, de jouer devant un professeur est terrifiant. (J'ai parfois l'impression d'être devenue une tortionnaire quand je les vois palpiter devant moi, avec une difficulté certaine à respirer correctement.) Oui, la mémoire est une faculté qui oublie. Oui, les doigts ne suivent plus aussi vite qu'on le souhaiterait.

De la part d'un prof, cela exige aussi un lâcher-prise, d'un autre type. J'essaie bien sûr de les réconforter, de leur faire comprendre que je n'ai pas d'attentes face à elles, que je n'ai pas un fouet caché dans ma poche arrière. Cela demande une bonne dose d'abnégation et de psychologie. Mais quand les planètes sont alignées et que, enfin, on joue pour le plaisir, toutes les barrières semblent tomber d'un seul coup (même si jamais longtemps) et là, on assiste à un instant de musique mais surtout de réelle communication: communion avec la musique, réconciliation avec celle d'avant, volonté consciente d'être entendu. Parce que, même si la musique est une activité qui se pratique dans l'intimité d'un studio de pratique, elle ne prend son sens véritable que lorsqu'elle est partagée.

samedi 26 septembre 2009

Adieu Alicia

Décidément, les décès ne viennent jamais seuls. La pianiste espagnole Alicia de Larrocha est décédée hier soir dans un hôpital de Barcelone, à l'âge de 86 ans. Pianiste à la fois minuscule (1,52 m) et immense, elle possédait un jeu robuste et ciselé, qui faisait merveille dans Mozart. Rarement une autre pianiste à réussi à faire scintiller d'aussi remarquable façon les pages des compositeurs espagnols, que j'ai appris à aimer en grande partie grâce à elle, dont Manuel de Falla, Enrique Granados (dont sa mère était une élève), Isaac Albeniz et Federico Mompou (qui lui dédia plusieurs pièces). Elle avait pris sa retraite en 2003, après 75 ans au clavier.

vendredi 25 septembre 2009

Question osée du vendredi

J'allais tranquillement déposer la question qui suit ici quand j'ai bifurqué par le blogue d'un ami et ai appris le décès de Nelly Arcan. J'avais lu Folle, avais été à la fois fascinée par la qualité de l'écriture de la dame et presque révulsée par le côté voyeur de l'entreprise. Touchée irrémédiablement, je n'ai jamais osé lire autre chose d'elle, hormis quelques chroniques échappées d'un Ici qui traînait.

En même temps, elle aurait peut-être bien été l'auteure qui se serait le moins offusquée de la question qui m'a été posée par des amis il y a quelques jours à peine et que je vous poserai ici. Dans un monde magique et idéal, vous pouvez passer une nuit avec un être polymorphe qui changera de personnalité (et d'apparence) quatre fois au cours d'une même soirée. Qui sera-t-il lors des préliminaires, de l'acte lui-même, des câlins qui suivront et de la conversation dite de l'oreiller (avec ou sans cigarette, selon l'époque et les lieux). Une difficulté supplémentaire ici: ces quatre personnes doivent être des personnalités, vivantes ou décédées (donc votre amoureux/se ne se qualifie pas). J'ai hésité longuement et ai même reformulé ma réponse trois fois. En toute impudeur, je vous livre ma réponse du moment. Après tout, l'amour, réel ou imaginé, est souvent une denrée fort volatile.

Je confierais donc les préliminaires à David Bowie (je n'ai possédé qu'un seul poster d'un chanteur rock dans toute mon existence...), me laisserait emporter par le jeune Ivo Pogorelich (celui avec des cheveux, qui jouait merveilleusement et avait un charme fou pour séduire les femmes, même quand il s'est habillé après son veuvage d'un tailleur féminin pour une séance de photos pour le magazine Piano), me blottirais contre Alessandro Barrico et parlerais jusqu'à l'épuisement avec Paul Auster.

Dans la « vraie » (hum!) vie et non sur l'oreiller, j'aimerais bien écouter David Bowie me parler de son périple jusqu'ici mais je serais sans doute fort intimidée (tout comme si j'interviewais n'importe lequel de ces quatre artistes). Mais, après tout, j'ai déjà interviewé Dieu lui-même (Brendel) et je suis encore ici pour en parler...

Et vous, des réponses à partager?

jeudi 24 septembre 2009

Les 100 livres préférés des Français

Cette liste circule passablement ces jours-ci dans la blogosphère, chacun osant indiquer quels livres ont été lus dans cette liste. Je m'y colle aussi, pourquoi pas? Je note en gras les titres lus et, dans certains cas, commente.

1 La Bible (tout le monde y a plongé à un moment ou l'autre... l'ai-je lue au complet? non...)

2 Les misérables de Victor Hugo (un classique, quand même... et j'ai vu Les Miz, plusieurs films, mes enfants suivaient la version en dessins animés...)

3 Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry (absolument, certainement le livre que j'ai relu le plus souvent. Je me souviens avec émotion du disque avec Gérard Philippe, qui a bercé nombre d'heures de mon enfance.)

4 Germinal d’Emile Zola

5 Le seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien (et je n'ai pas vu les films non plus... oui, je sais, haro sur moi!)

6 Le rouge et le noir de Stendhal

7 Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier (livre imposé en Secondaire V, mais qui reste dans ma mémoire comme un plaisir de lecture)

8 Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne

9 Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody

10 Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas (j'ai vu nombre de versions filmées, est-ce que ça compte?)

11 La gloire de mon père de Marcel Pagnol

12 Le journal d’Anne Frank d’Anne Frank

13 La bicyclette bleue de Régine Deforges

14 La nuit des temps de René Barjavel (ah! ces fameuses pages plus « graphiques », qui nous avaient tant perturbées - positivement! - à l'adolescence!)

15 Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen Mc Cullough (j'ai une image très précise de la lecture de ce livre, à l'adolescence aussi, dans un autobus...)

16 Dix petits nègres d’Agatha Christie

17 Sans famille d’Hector Malot

18 Les albums de Tintin de Hergé (je ne suis pas très BD mais j'ai lu les Astérix, les Tintin, les Rubrique-à-Brac, certains Gaston Lagaffe, des Boule et Bill... bon, j'arrête!)

19 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell (j'en ai amorcé la lecture mais suis restée accrochée aux images du film)

20 L’assommoir d’Emile Zola

21 Jane Eyre de Charlotte Brontë

22 Dictionnaires Petit Robert, Larousse, etc.

23 Au nom de tous les miens de Martin Gray

24 Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas

25 La cité de la joie de Dominique Lapierre

26 Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

27 La peste d’Albert Camus

28 Dune de Frank Herbert

29 L’herbe bleue Anonyme

30 L’étranger d’Albert Camus (dans mes « à lire absolument » par contre)

31 L’écume des jours de Boris Vian

32 Paroles de Jacques Prévert

33 L’alchimiste de Paulo Coelho (et plusieurs autres titres de l'auteur... puis je m'en suis lassée)

34 Les fables de Jean de La Fontaine

35 Le parfum de Patrick Süskind (quelle émotion de lecture! quelle maîtrise des descriptions d'odeurs!)

36 Les fleurs du mal de Charles Baudelaire (incontournable!)

37 Vipère au poing d’Hervé Bazin

38 Belle du seigneur d’Albert Cohen (beaucoup trop long mais une belle intensité tordue dans cette relation de couple)

39 Le lion de Joseph Kessel

40 Huis clos de Jean-Paul Sartre (et j'ai hâte de le revoir au théâtre en mars 2010... et le relirai peut-être d'ici là)

41 Candide de Voltaire

42 Antigone de Jean Anouilh

43 Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet

44 Premier de cordée de Roger Frison-Roche

45 Si c’est un homme de Primo Levi (un autre sur ma liste de « must »)

46 Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur (premiers émois de lectrice, absolument)

47 Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne

48 Les fourmis de Bernard Werber

49 La condition humaine d’André Malraux

50 Les Rougon-Macquart d’Emile Zola


51 Les rois maudits de Maurice Druon (j'avais adoré la série par contre)

52 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

53 Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë

54 Madame Bovary de Gustave Flaubert

55 Les raisins de la colère de John Steinbeck

56 Le château de ma mère de Marcel Pagnol

57 Voyage au centre de la Terre de Jules Verne

58 La mère de Pearl Buck

59 Le pull-over rouge de Gilles Perrault

60 Mémoires de guerre de Charles de Gaulle

61 Des grives aux loups de Claude Michelet

62 Le fléau de Stephen King (j'en ai lu plusieurs, mais pas celui-là)

63 Nana d’Emile Zola

64 Les petites filles modèles de la comtesse de Ségur

65 Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway

66 Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (un autre dans les « must », décidément!)

67 Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt (j'ai nettement préféré La part de l'autre toutefois)

68 Robinson Crusoé de Daniel Defoe

69 L’île mystérieuse de Jules Verne

70 La chartreuse de Parme de Stendhal

71 1984 de George Orwell

72 Croc-Blanc de Jack London

73 Regain de Jean Giono

74 Notre-Dame de Paris de Victor Hugo

75 Et si c’était vrai de Marc Levy

76 Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (le livre préféré d'un ami... il faudra bien que je cède et m'y colle)

77 Racines d’Alex Haley

78 Le père Goriot d’Honoré de Balzac

79 Au bonheur des dames d’Emile Zola

80 La terre d’Emile Zola

81 La nausée de Jean-Paul Sartre

82 Fondation d’Isaac Asimov

83 Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway

84 Louisiane de Maurice Denuzière

85 Bonjour tristesse de Françoise Sagan (j'ai eu ma période Sagan et ai presque tout lu de la dame)

86 Le club des cinq d’Enid Blyton

87 Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buck

88 Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir

89 Les cavaliers de Joseph Kessel

90 Jalna de Mazo de la Roche (des souvenirs flous de la série télévisée, tout au plus)

91 J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian

92 Bel-Ami de Guy de Maupassant

93 Un sac de billes de Joseph Joffo

94 Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne

95 Le désert des Tartares de Dino Buzzati

96 Les enfants de la terre de Jean M. Auel

97 La 25e heure de Virgil Gheorghiu

98 La case de l’oncle Tom de H. Beecher-Stowe

99 Les Thibault de Roger Martin du Gard

100 Le silence de la mer de Vercors

Hum... 36 sur 100, pas très glorieux j'imagine. Par contre, quelques titres dans ma PAL ou dans ma LAL. Je serais très intéressée de lire une liste « québécoise », par contre.

mardi 22 septembre 2009

Du film au livre au...

Samedi soir, je suis tombée avec plaisir sur une présentation télé du film The Hours et me suis surprise à refaire mentalement le périple littéraire que son visionnement avait alors suscité. Il y a déjà plus de cinq ans (ciel! le temps passe!), j'avais été suffisamment séduite par le film pour avaler sur le champ les extras qui traitaient de la musique de Philip Glass, véritable narrateur omniscient selon moi. Quelques semaines après, j'avais la partition en main et me rappelle en avoir travaillé des extraits avec deux élèves plus avancées. Habitée par les images mais aussi les mots, je m'étais ensuite plongée dans la lecture du roman de Michael Cunningham, auquel le film était remarquablement fidèle, tant dans sa structure narrative que dans ses tonalités. Une fois cette lecture terminée, je m'étais plongée dans Mrs. Dalloway de Virginia Woolf, livre qui se révèle la clé de voûte de cette narration chorale. Envoûtée par l'écriture de l'auteure, j'avais ensuite abordé son Journal d'un écrivain, témoignage fascinant des dessous de l'écriture et des motivations du geste créateur.

En revoyant le film, toutes ces lectures, ces nouvelles donnes, se sont ajoutées à l'expérience. Certes, je me suis encore une fois laissée toucher par le jeu des trois actrices, Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore. Mais cette fois, ma lecture du film était autre. J'ai écouté la trame sonore avec l'oreille de celle qui en connaît les moindres subtilités. J'ai apprécié les multiples épaisseurs du personnage de Virginia Woolf. Je guettais certains jeux de caméra, certaines répliques. J'avais l'impression de retrouver un vieil ami mais de pouvoir saisir combien il avait changé, ce qui m'avait échappé jadis. Comme quoi, parfois, de relire (ou revoir) ajoute une toute nouvelle dimension à une oeuvre.