lundi 29 septembre 2014

La déesse des mouches à feu

Avec ce premier roman, Geneviève Pettersen insuffle au roman d’apprentissage un certain parfum de terroir – ou plutôt de néoterroir. Comme son mari Samuel Archibald, la romancière a en effet choisi d’ancrer son personnage dans un lieu ciblé, à savoir le Saguenay, plus précisément en 1996, l’année du déluge. Dans une langue parlée volontiers rêche, débordante de régionalismes qui pourront déstabiliser certains lecteurs, mais finissent par devenir aplats de couleur locale, Pettersen trace le portrait d’une jeunesse pas tant désenchantée qu’en constante recherche de liberté, prête à tous les excès (mescaline, alcool, relations sexuelles) pour parvenir à se définir.

Pour se fondre dans le sillage du personnage principal Catherine, qui lit Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée, comme d’autres feuillettent des revues pour adolescentes, il faut pratiquer un certain lâcher-prise : ne pas buter sur les termes qui nous échappent et viser la compréhension globale, se fondre dans l’oralité du texte, accepter de se laisser raconter une histoire puissante, qui trouve un écho chez l’adulte, même si de prime abord il peut avoir l’impression de ne pas entièrement s’y reconnaître.

Ici, le beau et le laid se côtoient, les filles et les garçons se confrontent, le grunge se superpose au bruit des multiples véhicules (pick-up, bus, ski-doo) et au martèlement des pas. On a l’impression de lire un journal intime – mieux de l’entendre –, ce qui ajoute une authenticité réelle au propos. Avec une force indéniable, la vie bat, la langue s’émancipe, l’arc narratif se tend et le rythme se bouscule, au fur et à mesure qu’approche le terrible dénouement.


dimanche 28 septembre 2014

Changer le monde

Oui, c'est une pub, mais on l'oublie volontiers si on se laisse porter...
Changer le monde... un geste à la fois! Il faut encore y croire, non?

jeudi 25 septembre 2014

City Life

La SMCQ lance sa 49e saison demain soir par un concert-événement gratuit, dans laquelle la ville de New York jouera un rôle essentiel, avec la présentation de l'oeuvre-phare de Steve Reich, City Life. Créée en 1995, cette partition dense, mais toujours parfaitement intelligible, utilise les bruits de la ville de New York (portières que l'on claque, klaxons, sirènes de pompiers, sonorités du port, échanges radio, etc.) comme soutien rythmique, le spectateur ressentant la ville de l'intérieur, comme s'il y déambulait.

Deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux pianos, un quatuor à cordes et une contrebasse se joignent aux deux claviers d'échantillons (tout est produit en live ici), ajoutant une dimension très organique au propos, véritable « documentaire musical », relecture moderne (presque postmoderniste) de la symphonie à programme, qui pousse l'auditeur à réfléchir presque malgré lui aux phénomènes de la pollution (d'abord sonore ici, mais qui peut englober par extension celle atmosphérique), mais aussi aux problèmes liés à la cohabitation dans une mégapole, notamment la violence.

L'interprétation de la pièce sera rehaussée par la projection d'images de Jérôme Bosc, tournées avec un caméscope lors d'un voyage en touriste à New York. Le vidéaste animera d'ailleurs une activité participative pré-concert dès 19 h 15 qui explorera un motif de City Life, ceux présents devenant véritablement part prenant de l'oeuvre, en reproduisant des bruits de la ville, notamment en claquant des mains, en actionnant des stylos ou en déchirant du papier.


Le concert comprend également la reprise de Solaris de Walter Boudreau, une oeuvre atmosphérique créée en mai dernier par le NEM, qui sera cette fois dirigée par le compositeur (et directeur artistique de la SMCQ) lui-même. En ouverture de concert, on pourra découvrir le (malheureusement) toujours pertinent (près de 30 ans après sa première) premier mouvement de la pièce Out d'Alain Thibault, « God's Greatest Gift », construit autour d'une citation extrait d'un discours télévisé de Ronald Reagan sur l'avortement ("God's greatest gift is human life"). Le tout sera également présentée avec soutien vidéo.

Demain, 20 h, Salle Pierre-Mercure (activité pré-concert à 19 h 15). Plus d'info ici...

mercredi 24 septembre 2014

Nabucco: quand la distribution sauve la mise

Le jeune Verdi a écrit Nabucco alors que la Lombardie et la Vénétie étaient sous le joug autrichien. Difficile donc de ne pas établir de parallèles entre la résistance des Italiens et celle des Hébreux aux mains des Babyloniens dans le Jérusalem du 6esiècle avant notre ère.
La mise en scène de Thaddeus Strassberger (qui signe aussi des décors en trompe-l’œil qui souhaitent sans doute évoquer ceux de la création à La Scala, mais alourdissent inutilement l’espace), reprise à Montréal par Leigh Holman, offre d’entrée de jeu les clés pour comprendre les allusions, en installant des loges côté jardin, dans lesquelles président en robes et habits de soirée les dignitaires autrichiens, escortés par quelques soldats en faction. Le choix ne prendra toutefois son sens que deux heures quarante plus tard, lors des saluts et de l’attendu bis du « Va pensiero ».
Pour lire le reste de ma critique, passez chez Jeu...

mardi 23 septembre 2014

Being at home with Claude

Avec une affiche stellaire réunissant dans un même huis-clos Benoit McGinnis et Marc Béland, un texte puissant qui n'a rien perdu de son mordant et de son lyrisme en 30 ans (même si les événements décrits, en 1967, ont quand même pris de l'âge), les attentes étaient grandes pour cette reprise de Being at home with Claude de René-Daniel Dubois. Peut-être trop?

Photo: Yves Renaud
Pourtant, Benoit McGinnis est irréprochable dans le rôle d'Yves, le prostitué qui a tué Claude, non pas un client parmi tant d'autres, mais l'homme dont il est fou amoureux. On oublie Lothaire Bluteau, Roy Dupuis. Il nous amène avec adresse dans cette zone d'ombre, un peu trouble, là où les frontières entre le bien et le mal sont flouées. Ne peut-on pas comprendre ou accepter une seconde (du moins en littérature ou au théâtre) ce meurtre, quand le coupable a choisi non pas de se venger d'un amour déçu, mais de préserver toute la pureté de celui-ci?

Le monologue d'une vingtaine de minutes de McGinnis dans lequel Yves tente enfin de justifier son acte, après s'être braqué d'emblée, arrive bien sûr dans la deuxième moitié de la pièce, mais la mise en scène minimaliste de Frédéric Blanchette semble dépouiller le texte d'une certaine corporalité. Les mouvements sont réduits (le monologue se fait presque entièrement dos au mur côté jardin), le personnage du greffier semble inutile, celui du policier manque un peu de substance (comme si Béland avait eu peur d'éclipser McGinnis, ce qui aurait été de toute façon impossible), ne joue que sur le registre de l'impatience, de l'incompréhension. On prend du temps avant de comprendre les tenants et les aboutissants de ce duel, qui aurait pu se révéler plus implacable.

Une fois que tout a été dit, il était absolument inutile (et coûteux) d'offrir une représentation graphique gratuite d'un cadavre gisant sur le plancher d'une cuisine maculée de sang. Le spectateur se sera déjà fait sa propre image de la scène de crime et aurait sans doute préféré rester dans le domaine de la suggestion.

Au TNM jusqu'au 11 octobre.

lundi 22 septembre 2014

Jean-Philippe Sylvestre : dépasser la virtuosité

Virtuosité : un mot à double tranchant, devenu presque galvaudé au fil des ans. Des premiers concerts de Liszt aux olympiades pianistiques où tout un chacun tente de jouer une œuvre pyrotechnique plus vite que son compétiteur, le concept a malheureusement été déformé. On souhaitera peut-être se rappeler ici que le terme vient de l'italien virtuoso, du latin virtuosus, dérivé de virtus qui veut dire « compétence, virilité, excellence ». Nulle part, il n’est fait mention de vitesse, de puissance ou de nombre de notes à la seconde.

Osant presque prendre l’expression à contrepied, le pianiste québécois Jean-Philippe Sylvestre a choisi d’intituler son premier disque, lancé jeudi le 25 septembre lors d’un concert gratuit ouvert à tous (19 h au Conservatoire de musique de Montréal), Virtuosités. Avec un s, car il en existe bien sûr plus d’une. Celui que Yannick Nézet-Séguin a salué comme un « poète du piano » cherchait un thème qui sortirait des sentiers battus. « J’ai toujours aimé la virtuosité et j’ai eu envie de tout mettre sur un même disque », explique-t-il en entrevue, ses mains semblant incapables de rester immobiles plus de quelques secondes. On a ainsi aussi bien droit aux redoutables notes répétées du « Scarbo » extrait de Gaspard de la nuit de Ravel qu’à la vélocité des sonates de Scarlatti ou au contrôle de tout le bras requis pour interpréter des Études de Chopin. Pourtant, Sylvestre ne cherche en aucun cas l’esbroufe, à devenir superhéros de la technique pianistique. « Il y a moyen d’exprimer quelque chose de complexe ici, d’inclure l’art dans la virtuosité. »

samedi 20 septembre 2014

Quintette pour cordes sensibles: soirée de filles


Avec un titre comme Quintette pour cordes sensibles, on attend une œuvre à la musicalité affichée, qui joue sur le contrepoint, les leitmotive, les sommets successifs d’émotion. Malgré une conception sonore organique de Mykalle Bielinski et une mise en scène de Kathleen Aubert maximisant les attributs de la petite salle du Centre Segal, le texte de Sophie Gemme manque pourtant parfois légèrement de direction.

Les cinq mouvements distincts annoncés se fractionnent eux-mêmes en une série de tableaux qui souvent suscitent le rire (le segment pendant lequel les amies analysent la signification des émoticônes transmises par l’amoureux potentiel et celui sur les one-night stands demeurent savoureux), mais sont peut-être plus pertinents quand ils font réfléchir. On y abordera le sujet des peurs (audacieux de traiter des chambres à gaz dans un centre communautaire juif), de la perception corporelle (un peu trop grassement souligné), des différences (à travers une promenade au musée dans laquelle un handicapé joue un rôle-clé), de la contraception, de l’avortement. Une écriture assurément féminine, mais pas foncièrement féministe, écho intéressant à la pièce Euphorie de Marie-Noëlle Doucet-Paquin, présentée au Fringe cette année. 

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