jeudi 13 mai 2010

We Want Miles

Depuis quelques jours déjà, le Musée des Beaux-Arts reprend l'expo présentée à la Cité de la musique consacrée au légendaire Miles Davis. Si la visite d'Imagine - dédiée à John Lennon et Yoko Ono - m'avait laissée un peu sur ma faim, celle-ci m'a transportée, aussi bien dans le passé qu'ailleurs.

Je connaissais plus ou moins l'univers de Miles Davis, m'étant plutôt approprié ses dernières créations que ses premiers succès. J'avais des images d'une star un peu revenue de tout, hissée à bout de bras par l'amour inconditionnel des fans. Il me manquait donc un énorme pan de sa vie créatrice, que j'ai découvert avec grand plaisir, grâce à une exposition particulièrement bien structurée mais qui ne verse pas dans le « pédagogique » pur et dur, qui nous permet à la fois de connaître un peu mieux son parcours, d'apprécier certains objets (des embouchures de trompette aux partitions originales aux pochettes de disques ou aux toiles) mais surtout de comprendre comment son langage musical a subi de multiples transformations au fil des ans, s'inspirant des courants du moment et les transcendant en un langage entièrement neuf.

On peut aussi saisir son incroyable faculté - don - à s'entourer des meilleurs, de Gil ou Bill Evans à John Coltrane, Herbie Hancock, Chick Corea, Wayne Shorter ou John McLaughlin. Au fil des salles (qui comprennent toutes un « centre d'écoute » accueillant), on peut apprécier ses relectures du be-bop, du cool jazz, du funk, la façon dont il a apprivoisé les modes, électrifié sa musique, transformé certains hits pop en standards jazz. Je suis sortie de l'expo avec de la musique plein les oreilles et la conviction que je retournerais y passer quelques heures (et avec le superbe et abordable catalogue de l'expo sous le bras).

Je vous laisse sur deux citations de Miles Davis...
 « Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les plus belles ? »
« La véritable musique est le silence, les notes ne font qu'encadrer ce silence. »

mardi 11 mai 2010

Un Chopin sans mièvrerie

J'avais entendu Janina Fialkowska au disque quelques fois sans être jamais entièrement convaincue mais la découvrais pour la première fois hier soir en concert. Sur papier, son programme semblait des plus attrayants: une ouverture dramatique (la Fantaisie K. 475 de Mozart), un petit entremets délicieux (les Variations sur Ah! vous dirais-je maman), une œuvre toute en chair, jouée trop peu souvent (le Carnaval de Vienne de Schumann) et une deuxième partie tout-Chopin, bicentenaire oblige.

Portant un amour sans bornes à Mozart et Schumann, je ne pouvais ici faire preuve de complaisance. La Fantaisie m'a semblé presque édulcorée, les éléments dramatiques se confondant les uns dans les autres presque avec gentillesse. On était bien loin de la profondeur de l'opéra qu'une telle page sous-entend pour moi. La pianiste nous a ensuite offert de délicates variations sur Ah! vous dirais-je maman, presque translucides par moments, ouvragées à d'autres, mais dont certaines démontraient une curieuse absence de pulsation (c'était particulièrement flagrant dans la XIe variation, les deux mains n'énonçant pas au même rythme le thème), comme si on proposait à l'auditeur une relecture chopinienne de Mozart. Le Schumann a été livré sans grande originalité et le quatrième mouvement paraissait malheureusement plus bruyant que fiévreux.

Et puis, au retour de l'entracte, la surprise. Moi qui frise déjà l'overdose en cette année Chopin, je me suis laissée séduire à plus d'une reprise. Janina Fialkowska a démontré qu'elle savait respecter un texte tout en le « relisant », y intégrant voix intérieures magnifiées dans une des valses, atmosphère inspirée dans le Nocturne ou en transformant la pédale de la bémol du Prélude no 17 en un glas presque terrifiant. Elle nous a proposé une rafraîchissante absence de mièvrerie, a su intégrer une réelle respiration au phrasé, a privilégié un Deuxième Scherzo joliment dessiné plutôt que pyrotechnique. De plus, la succession de pièces était astucieusement calibrée, nous permettant d'apprécier aussi bien la tendresse que la fougue de Chopin, son spleen que son exubérance. On sort de la salle de concert avec de beaux passages dans les oreilles, en souhaitant que tout le programme ait été consacré au compositeur polonais.

Les critiques de La Presse et du Devoir ont été passablement moins tendres...


dimanche 9 mai 2010

Janina Fialkowska chez Pro Musica

Sonorité chaleureuse, phrasé poétique, intimité quasi palpable avec le public, Janina Fialkowska semble posséder nombre d’atouts qui lui permettent de transmettre les subtilités des pages de Chopin. Après tout, le compositeur l’habite depuis presque un demi-siècle déjà, alors qu’à l’âge de 12 ans, elle découvrait le Concerto en mi mineur sous les doigts de celui qui allait devenir son mentor. « Bien sûr, ce que Rubinstein faisait était fantastique, confie-t-elle dans un français fluide de sa résidence du Connecticut, mais ce soir-là, quand j’ai entendu Chopin, j’ai compris que pour cette raison, on devenait musicien, que cette musique permettait de toucher les gens. C’est avec Chopin que je suis devenue musicienne; avant, je ne faisais que jouer du piano. »

Janina Fialkowska profite des célébrations entourant le bicentenaire de la naissance du compositeur polonais pour le jouer dans toutes les grandes villes du Canada, comme soliste ou en récital. « J’aime Chopin de plus en plus. Si on met l’accent sur le compositeur, si on le comprend bien, si on a lu sur lui comme je l’ai fait, sur ce que les autres ont dit de son jeu, dépourvu de sentimentalité, direct, noble, élégant, sans rien de superflu, on le perçoit autrement. J’essaie de montrer la grandeur de Chopin, sa profondeur.  Quand je joue Chopin, mon espoir demeure que les gens quittent la salle et trouvent l’œuvre que j’ai interprétée extraordinaire. Après seulement, s’ils le veulent, ils peuvent dire : Janina a très bien joué ! »

Le concert sera présenté demain soir, Théâtre Maisonneuve. Au programme: Mozart, Schumann (son Carnaval de Vienne) et une deuxième partie tout Chopin.

Pour lire l'entrevue que j'ai réalisée avec la pianiste, c'est ici (page 24 du PDF)...

vendredi 7 mai 2010

Faire éclater les frontières entre les genres

J'aime quand j'assiste à un événement et que tout peut arriver. Lors de la première de deux représentations des Aventures de Madame Merveille hier soir, on sentait l'effervescence dans l'air. Avant le spectacle, tous ceux présents s'interrogeaient sur la pertinence de la démarche et essayaient de définir à quoi ce ce produit hybride pourrait ressembler. Bien sûr, j'étais sans doute un peu plus préparée que la moyenne, ayant parlé au compositeur André Ristic, à la librettiste Cecil Castellucci et à la chef Véronique Lacroix. J'avais aussi eu le privilège de pouvoir apprécier certains des planches projetées, d'entendre quelques extraits musicaux. Je ne plongeais donc pas totalement en monde inconnu.

Pourtant, en moins de cinq minutes, j'étais redevenue une enfant qui feuillette un album de bande dessinée, par un après-midi paresseux, tout à fait comme l'avaient rêvé les concepteurs de l'événement. Les quatre histoires sans lien apparent contenaient néanmoins quelques clins d'œil savoureux (le quatrième segment nous explique la naissance de Madame Merveille et dans le troisième, François peut contempler une des bandes dessinées de la super-héroïne en vitrine). Comme lorsqu'on prend un album un peu au hasard, on peut se sentir plus ou moins happé par une esthétique. J'aurais ainsi avalé plusieurs tomes des aventures de la super-héroïne et ai savouré avec un plaisir presque coupable les déchirements de Catherine, qui hésitent entre les deux hommes de sa vie mais admets être un peu moins portée sur les histoires apocalyptiques. Pourtant, la soirée a passé à la vitesse de l'éclair (serait-ce un coup des ennemis du Dr Klexx?). La force de cette production hybride réside essentiellement dans l'achèvement de la trame musicale d'André Ristic qui signe ici son premier opéra et qui, à travers citations, exagérations, échantillonnage, une rythmique presque viscérale, une instrumentation efficace (servie avec beaucoup de professionnalisme par les musiciens de l'ECM+ et leur chef Véronique Lacroix) et une façon très ludique de traiter la voix (chapeau aux quatre interprètes!) nous emporte entièrement.

Un seul regret peut-être: le fait que cet opéra-BD ne sera présenté qu'à deux reprises. Je verrais bien une telle production, accessible aussi bien aux puristes qu'aux enfants (tous ceux présents hier sont sortis avec le sourire), faire une tournée des maisons de la culture par exemple. Avis aux intéressés!

Ce soir, place encore une fois à la créativité, alors que j'assisterai à la Soirée des tortues, le Festival arts, lettres et communications du Collège Brébeuf. Je vous laisse sur les images de la dernière édition.

mercredi 5 mai 2010

Étiquette de concert

C'était le concert de mes élèves dimanche dernier... et ils m'ont rendue bien fière dans l'ensemble surtout que, malgré une écoute hyper-attentive de ma part (« attention au passage », « oui, tu as réussi », « n'oublie pas le fa dièse », « compte! »), j'ai quand même pu « relaxer » puisque plusieurs ont offert une interprétation, ont partagé un moment de musique et la magie passait. Mais là n'est pas le propos de ce billet...

En début de concert, je fais toujours un court laïus, rappelant aux invités d'éteindre leur cellulaire et leur permettant d'applaudir entre les pièces; mieux, je l'encourage. (Cela permet aux plus jeunes - et même aux avancés - de respirer entre les deux pièces.) J'ai même blagué que nous n'étions pas à l'OSM et qu'aucun regard torve ne serait lancé lors des applaudissements. Il y avait quelque chose que je n'avais pas prévu: les mouvements de foule pendant le concert. Enfin, oui, je m'attendais à quelques distractions potentielles, deux de mes jeunes élèves ayant eu des petits frères au cours des derniers mois. Il me semblait donc probable - et acceptable - qu'une des mamans ait besoin de sortir le (très) jeune homme de la salle, le temps de le nourrir ou de le câliner. Les élèves sont parfaitement au courant que des « interférences » peuvent se glisser en cours de concert et, souvent, je fais exprès d'être bruyante ou de bouger pendant qu'ils jouent, histoire de les blinder le jour du concert venu.

Ce que je n'avais pas prévu, c'était le sans-gêne de certains des parents présents qui n'hésitaient pas à circuler pendant une pièce, à aller jeter leur gobelet de café (!) ou même à échanger avec un autre, par exemple ce père qui, au milieu du morceau d'un autre enfant, se lève pour aller récupérer sa caméra, dans les mains du beau-frère, qui vient de contempler les photos prises quelques instants auparavant. Allo, y a-t-il une once de civisme dans la salle? Alors, bon, je me laisse une note à glisser dans mon agenda 2011, qui me rappellera que, oui, « Bon matin, messieurs et dames, nous vous saurions gré de respecter la concentration de nos jeunes musiciens. » Un dessin avec ça?

Pour la petite histoire, aucun des quatorze élèves qui a joué ce matin-là n'a jugé bon de parler à voix haute, rire sans raison, se déplacer, se moucher bruyamment... Après, on essaiera de me faire avaler que les jeunes ne savent pas vivre.

mardi 4 mai 2010

Un billet pour Madame Merveille

Vous êtes intéressé par la première des Aventures de Madame Merveille jeudi soir mais hésitez encore? Vous pourriez m'y accompagner! L'opéra-BD débute à 19 h 30 et est présenté à la maison de la culture Frontenac (métro Frontenac). Rejoignez-moi par courriel ici...

lundi 3 mai 2010

Les Aventures de Madame Merveille : une BD en 3 D

Vous souvenez-vous de ces après-midis paresseux quand, enfant, vous passiez des heures dans votre chambre à feuilleter des albums de bandes dessinées ? Un peu au hasard, vous en choisissiez un, vous laissiez happer par une péripétie de votre superhéros préféré, rêviez que vous endossiez son justaucorps et sauviez le monde ? Voilà un peu ce que propose l’Ensemble Contemporain de Montréal avec Les Aventures de Madame Merveille, qui comprend quatre histoires originales, chantées, mises en scène, illustrées, projetées sur écrans tantôt opaques, tantôt translucides.

« Tout adulte a entretenu une relation privilégiée avec un personnage de bande dessinée ou l’autre », croit la librettiste Cecil Castellucci, auteure de nouvelles, de romans pour jeunes adultes (dont Beige, ma lecture du moment, que je peux enfin amorcer après deux semaines de fou, hourra!), de bandes dessinées… et de chansons punk. « Les romans graphiques semblent de plus en plus populaires et les bandes dessinées sont devenues tendance. On n’a qu’à penser aux récentes productions qui font revivre les X-Men, Iron Man et Batman. En tant que société, nous sommes maintenant plus à l’aise avec la stimulation visuelle. » Elle a donc choisi quatre genres bien typés qui se complètent et se répondent parfois, qu’elle a ensuite agencés en un tout cohérent.

Dans le premier acte de l'opéra-BD, on retrouvera un récit classique illustré par Cameron Stewart, mieux connu pour ses planches de Batman & Robin, dans lequel une superhéroïne (Madame Merveille, alter ego d’une sage bibliothécaire) devra lutter contre des forces diaboliques. Le deuxième acte aborde le roman graphique sentimental, genre très prisé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Sommet d’un triangle amoureux typique, Catherine aura à choisir entre deux hommes, l’un plus sérieux, l’autre aventurier. Michael Cho, qui dessine notamment pour Random House et Penguin Books (et signe l'illustration présentée ici), proposera une palette monochrome, parfois onirique, pour soutenir le propos. On plonge dans l’univers de la bande dessinée pour enfants classique avec François, troisième segment aux couleurs pastel, signé Pascal Girard, lauréat du prix Réal-Fillion du Festival de la bande dessinée francophone de Québec en 2006 pour ses albums Dans un cruchon et Nicolas. La soirée se conclura par une histoire d’anticipation, dans laquelle le Dr Klexx fuit une planète en guerre perpétuelle pour découvrir les charmes de notre Terre. Scott Hepburn, membre du collectif canadien TX Comics, offrira son coup de crayon unique à ce voyage interstellaire aux multiples rebondissements.

La musique est signée André Ristic et le tout est présenté, jeudi et vendredi, à la Maison de la culture Frontenac. Renseignements techniques et clip-vidéo accessibles sur la page Facebook de l'ECM+ ici... Je vous avoue que j'ai très hâte de découvrir cet univers hybride.