samedi 9 octobre 2010

Parce que...

... musique contemporaine n'est pas synonyme d'agression sonore, une œuvre concertante écrite en 1988 par Vladimir Martynov pour Gidon Kremer, Come in!, découverte il y a deux jours et écoutée en boucle dès sa découverte.

vendredi 8 octobre 2010

Et les participantes sont...

Les questionnaires du swap musique et littérature ont été transmis avant-hier. Si vous n'avez rien reçu, contactez-moi dès que possible.

Les participantes sont donc:
Du Québec: Lucie -  Liceal - Kikine - aBeiLLe- Catherine -
En Europe: Margotte - Gwenn - Patacaisse - Caro_Carito - Sarawasti - Kloelle - Nahe -Tania (SBF, flûtiste)


En partage (et en prolongement d'un livre reçu récemment, rapporté d'une bouquinerie parisienne, Sept écrivains pour Mozart), une scène impérissable du film Amadeus, qui résume le génie du compositeur.

mercredi 6 octobre 2010

Faire chanter le piano

Marc-André Hamelin ouvrait la saison 2010-2011 de Pro Musica lundi soir avec un programme articulé et réfléchi, comme les grands pianistes du 20e siècle les proposaient, qui favorise une montée dramatique et exige une écoute attentive. En ouverture, le pianiste nous a offert de délicates et puissantes Variations en fa mineur de Haydn (œuvre beaucoup jouée il y a une vingtaine d'années, mais qui semble malheureusement avoir perdu sa cote de popularité). Des textures parfaitement définies, un travail exceptionnel dans le registre ppp à p de l'instrument et une compréhension évidente de la structure de l'œuvre ont su séduire un auditoire qui osait à peine bouger, visiblement porté par l'inspiration du pianiste. J'émettrai quelques réserves sur l'interprétation qui a suivi de la Sonate en la mineur de Mozart qui, pour moi, manquait un peu d'espace pour respirer, pour vivre, pour véritablement toucher. Certains rubatos m'ont laissée perplexe dans le développement du premier mouvement et j'aurais aimé un tempo un iota plus ample dans le deuxième qui aurait alors gagné en pertinence opératique. À l'écoute, il m'est paru évident que l'interprète préfère Haydn à Mozart, choix qui se défend, bien évidemment. Hamelin nous a ensuite offert un triptyque Venezia e Napoli de Liszt parfait, inspiré et cohérent, les particularités de chaque pièce magnifiant celles des autres.

La deuxième partie était entièrement consacrée à la monumentale Sonate de Liszt. Même s'il devait visiblement combattre un piano récalcitrant, qui semblait refuser de projeter toute nuance plus puissante qu'un forte, Marc-André Hamelin a usé d'une finesse touchant au sublime dans les sections lyriques et démontré encore une fois sa maîtrise de l'architecture dans le fugato. Que l'on connaisse un peu ou aime à la folie l'œuvre, on pouvait apprécier camaïeu de sonorités, dessin des voix intérieures et puissance du souffle. Une fois les dernières notes dissoutes, le public est resté suspendu, entièrement subjugué par ce qu'il venait d'entendre et ne s'est mis à applaudir qu'après avoir fait sienne cette interprétation, geste des plus rares à Montréal. Un récital qui réconcilie avec l'art du piano.

dimanche 3 octobre 2010

Complicité

La chimie de l'entrevue n'est jamais une science exacte. Certains artistes offrent beaucoup, d'autres se protègent et ressassent toujours les mêmes propos aseptisés, possiblement parce qu'ils ont été brûlés auparavant par les médias ou qu'ils n'ont pas nécessairement grand chose à partager, outre leur musique. (Parfois, c'est suffisant...) Plus rarement, je rencontre un artiste et ressens une connexion intense, presque intime avec lui, et n'ai alors même plus besoin de me cacher derrière la sacro-sainte objectivité journalistique - bel oxymore si vous me permettez car un journaliste n'est jamais totalement objectif puisqu'il partage sa lecture d'un événement. Quand on parle d'un portrait, il me semble évident que celui-ci en dit au moins un peu au sujet de l'intervieweur, ne serait-ce que par son choix de questions ou les éléments qu'il souhaite faire ressortir.

Un tel moment de complicité a été instantanément perceptible quand je me suis assise en plein soleil, un certain vendredi midi, pour rencontrer le pianiste David Jalbert, 33 ans en novembre. Aucune distance nécessaire, que le partage, bilatéral, entre pédagogues, entre artistes. Malheureusement, une seule page avait été allouée à cette entrevue et j'ai donc dû sabrer dans le foisonnement, implacablement. Vous pouvez découvrir ce pianiste inspiré et inspirant à la page 27 du numéro courant de La Scena Musicale...

On peut l'entendre ici, dans Chostakovitch:




Je vous rappelle qu'il vous reste encore un peu plus de 24 heures pour vous inscrire au swap musique et littérature.

Les inscrites à ce jour...

Du Québec: Lucie -  Liceal - Kikine - aBeiLLe- Catherine -
En Europe: Margotte - Gwenn - Patacaisse - Caro_Carito - Sarawasti - Kloelle - Nahe -Tania (SBF, flûtiste) -

vendredi 1 octobre 2010

Journée internationale de la musique

Température presque lugubre (serions-nous passés directement d'août à novembre sans que je m'en sois rendue compte?) mais pourtant, un peu de soleil dans le cœur en cette journée internationale de la musique. Même les plus convaincus ont besoin de temps en temps de se faire rappeler l'importance de la musique, dans leur vie tout d'abord mais aussi dans celles des autres.

J'ai eu le privilège et le très grand plaisir de m'entretenir une vingtaine de minutes au téléphone hier soir avec le violoniste Gidon Kremer, pour un article qui traitera du passage de la Kremerata Baltica à Montréal début novembre. Une fougue contagieuse, une volonté de ne pas accepter le statu quo, une indignation face à la commercialisation à outrance de certains stars (pourtant, il est loin d'être un inconnu!), un regard presque gêné face à certaines couvertures d'albums qu'il considère de la pornographie. Une recherche constante également de nouveau répertoire, de développer de nouveaux moyens de rejoindre le public, de le sortir d'une certaine torpeur. Au programme du concert de Montréal: un arrangement pour orchestre à cordes du Quatuor opus 131 de Beethoven, considéré par plusieurs comme sa Dixième Symphonie, Silent Prayer de Geya Kancheli et Sogno di Stabat Mater de la compositrice Lera Auerbach, dont j'ignorais l'existence jusqu'à hier.

J'ai depuis découvert qu'elle avait étudié à Juilliard, en piano avec Joseph Kalischtein et en composition avec Milton Babbitt, en plus de faire des études en littératures comparées à Columbia. En plus de voir ses œuvres jouées par nombre d'ensembles et de faire carrière comme interprète, elle publie également des poèmes en prose, analysées dans les écoles russes. Depuis quelques heures, je la découvre, plus, même, je dévore... En partage, son Prélude no 4 en mi mineur.

mercredi 29 septembre 2010

L'OSL dans Tchaïkovski, Brady et Mathieu

D'entrée de jeu, je jouerai la carte de la transparence. Je n'avais jamais entendu l'Orchestre symphonique de Laval en concert (mais avais pu l'apprécier sur disque avec Alain Lefèvre dans le Concerto K. 488 de Mozart, enregistrement que j'ai même offert en cadeau) et n'avais jamais mis les pieds dans la Salle André-Mathieu. J'ai donc saisi l'occasion lors du concert d'ouverture de cette 25e saison (quand même!), qui proposait un programme bien équilibré, dirigé par le directeur musical de l'OSL, Alain Trudel: l'ouverture fantaisie de Roméo et Juliette de Tchaïkovski, la création d'un nouvel opus de Tim Brady, compositeur que j'apprécie tout particulièrement et le Concerto no 4 de Mathieu interprété par le pianiste Alain Lefèvre, œuvre que je connais bien au disque, que j'avais pu entendre à la télévision mais que, là aussi, j'entendais pour la première fois « live ».

Dès les premières mesures du Tchaïkovski, j'ai été agréablement surprise par la qualité des attaques, le velouté des cordes et la cohésion de l'orchestre. Alain Trudel a opté pour un tempo peut-être un peu plus assis que je ne l'aurais souhaité dans la partie flamboyante de l'œuvre mais, en tout temps, on en percevait admirablement la respiration. Oui, bien sûr, l'intonation n'était pas toujours parfaite, particulièrement chez les cuivres (mais je pourrais en dire autant de nombre de concerts donnés par le grand orchestre voisin), les bois manquaient parfois un peu de relief mais le courant passait, indéniablement, nous rappelant que cette page de Tchaïkovski, romantique à souhait, est encore et toujours diablement efficace.

Tim Brady, compositeur en résidence de l'OSL pour une troisième année, particulièrement impliqué dans le programme pédagogique de l'orchestre - ce que je ne peux que saluer - a ensuite présenté En amour, en hiver, opéra de chambre pour baryton et orchestre sur un texte de Michel Rivard (absent, mais qui s'est exprimé via vidéo). À travers six textes, six souvenirs d'amour, qui s'enchaînent, l'auteur évoque certains visages de l'amour, de 12 à 60 ans. En quelques aplats sonores, Tim Brady réussit à nous plonger dans un univers particulièrement évocateur, indéniablement hivernal, tantôt presque désolé, tantôt plus ludique. On sent qu'il a appris à connaître les particularités de cet orchestre qui est un peu devenu le sien et sait comment le mettre en valeur. Le baryton Michael Donovan, à la voix à la fois dramatique et scintillante, a habité le personnage avec conviction, malgré une gestuelle faciale un peu figée. Il a transmis avec une remarquable qualité d'élocution le texte en prose de Rivard, qui m'a semblé très faible par moments. « Le lac est gelé, solide, solide solitude, je marche et ça crisse, sous mes bottes, la neige crisse, le ciel, bleu ciel bleu, la blanche neige, crisse, sous mes bottes, bleu blanc, verte la lisière des arbres, je marche vers le milieu du lac, ma chienne me suit, bleu blanc vert... » Un texte en vers n'aurait-il pas été plus porteur ici et aurait pu se révéler un soutien plus adéquat à cet habillage musical somptueux et étoffé?

Après l'entracte, pièce de résistance: le Concerto no 4 de Mathieu, joué par son grand défenseur, Alain Lefèvre, dans la salle même qui porte son nom... Comment ne pas ressentir une certaine fébrilité dès les premières notes? Je réalise que plusieurs spécialistes du milieu s'insurge contre Mathieu, qu'ils considèrent un compositeur mineur, sans génie, dépourvu de qualités. Pourtant, comment résister au charme contagieux de ses mélodies, au lyrisme puissant du thème du deuxième mouvement du concerto par exemple? Pourquoi ne peut-on pas simplement accepter son œuvre pour ce qu'elle est: un regard vaguement nostalgique teinté de romantisme du 19e siècle, certes, mais néanmoins habilement rendu? Doit-on absolument décrier un compositeur parce que le « peuple » réagit à sa plume? Derrière moi, j'ai entendu un monsieur chuchoter à sa voisine quand il a reconnu l'extrait du concerto présenté dans le film sur André Mathieu. Cela ne m'a aucunement irritée, j'étais simplement ravie de savoir que le thème l'avait suffisamment touché pour qu'il le fasse sien, après une ou quelques écoutes. Quand le délicat mouvement lent a été esquissé, j'ai entendu un autre spectateur soupirer de contentement, comme lorsqu'on entend le thème du célèbre du Deuxième Concerto de Rachmaninov. Comment peut-on dénigrer une telle appropriation du répertoire?

Comme toujours, Alain Lefèvre a su faire fi des redoutables pièges techniques qui parsèment le concerto, nous amenant tantôt au seuil des larmes et à d'autres, au bord du gouffre. Ce concerto de Mathieu en particulier reprend tous les éléments qui rendent la forme si attrayante: oscillation dialogue /combat entre chef et soliste, prouesses virtuoses (admettons-le, le mélomane aime ressentir l'excitation du danger quand il voit et entend le pianiste attaquer une cascade de doubles octaves ou défie les passages rapides!) et moments de réelle émotion.

Vous n'avez pas besoin de me croire sur parole. Découvrez-le ici...

mardi 28 septembre 2010

L'Opéra de quat'sous

Jalon du théâtre du XXe siècle présenté des centaines de fois depuis sa création en 1928, fresque humaine qui cède la parole aux oubliés de ce monde, collaboration explosive entre deux géants, Bertolt Brecht et Kurt Weill, L’Opéra de quat’sous continue d’être disséqué avec une révérence certaine par les étudiants en art dramatique d’ici comme d’ailleurs. Si le grand public connaît bien certains des airs de la production dont le célèbre Mack the Knife, popularisé par quelques étoiles du jazz, rares sont ceux pourtant qui peuvent se vanter d’avoir vu une ou plusieurs versions de cette œuvre mythique. Dans cette optique,  le metteur en scène Robert Bellefeuille, dont on a pu apprécier le travail récemment lors de la première de l’opéra-féerie de Gilles Tremblay, a décidé de faire fi de ses peurs et de s’« offrir le vertige » de recréer la pièce. « La génération des 25 ans et moins n’a jamais vu l’Opéra de quat’sous à Montréal, explique-t-il en entrevue, et nous avons eu envie de partager la richesse de cette œuvre-là, de la redécouvrir. » À une époque où corruption, chutes des banques, crimes des cols blancs et désillusion font partie de notre quotidien, ce plaidoyer pour l’honnêteté lui semble d’une criante actualité.

Pour lire la suite de l'article (p.17 du numéro courant de La Scena)...

La pièce est présentée au TNM à partir de ce soir (avant-première). L'éternelle Ella en partage dans Mack the Knife...