jeudi 7 juin 2012

Le Canadien Philippe Sly sur la plus haute marche

Le baryton-basse canadien de 23 ans Philippe Sly aura réussi l’exploit de se hisser sur la plus haute marche du podium du CMIM, coiffant l’Américain John Brancy (3e prix) et la Suissesse Olga Kindler (2e prix) au fil d’arrivée. Son choix de répertoire plus tourné sur l’intériorité que l’esbroufe en finale aura finalement servi le chanteur, un choix qui en dit long sur les attentes du jury.

Vous pouvez lire mon compte-rendu de la seconde soirée de finale ici. En partage, le grand gagnant dans Der Erlköning de Schubert. Une brillante carrière se dessine...

Fanfare in situ

Vous savez que j'aime les événements qui rendent plus floues les frontières entre les genres. Je vous propose donc de participer demain soir, dans le cadre de Nuit blanche sur tableau noir, à un événement musical extérieur et gratuit, sur l'avenue Mont-Royal (intersection Mt-Royal et Henri-Julien à 19 h, Mt-Royal et Mentana à 21 h). Portés par la pulsation des percussions, 50 cuivres séparés en 10 petits groupes, formés des membres de Magnitude6, d'étudiants, d'amateurs et de professionnels, émergeront des rues transversales du quartier pour former la Fanfare in situ, qui interprètera une composition d'Espaces sonores illimités (Alain Dauphinais, Alain Lalonde et André Hamel) et de Michel Smith. Une expérience musicale entre la flash mob et l'art contemporain. Ça promet...

Détails ici...



mercredi 6 juin 2012

Premier soir de finale

La première soirée de finale du CMIM nous aura permis d’entendre trois voix graves d’homme en une même soirée, un luxe rare. Il faut admettre que les comparaisons de timbre, d’articulation, d’expressivité, se font aussi également alors plus facilement.

Vous pouvez lire ce que j'ai pensé des quatre candidats ici...

mardi 5 juin 2012

Sauver Mozart

Étrange objet littéraire que Sauver Mozart, premier roman de Raphaël Jerusalmy, ancien agent des services secrets israéliens reconverti dans l'humanitaire, maintenant marchand de livres anciens à Tel-Aviv. On y suit Otto Steiner, ancien critique et musicologue, Autrichien tuberculeux qui attend la mort dans un sanatorium, à travers son journal, du 7 juillet 1939 au 2 août 1940, d'un festival de Salzbourg à un autre, alors que la carte géopolitique est en profonde mutation. Il écrit, sur son quotidien, les privations, les parties d'échecs avec d'autres malades, ceux qui gravitent autour de l'organisation, les concerts qu'ils rêvent d'entendre, les interprétations charcutées d'œuvres pour lui sacrées, celles de Mozart en particulier.
« Je comprends le désarroi de Hans. Cette ingérence des nazis dans le programme du Festpiele est inadmissible. Révoltante. Faire du festival un vulgaire outil de propagande, un amusement troupier, c’est un comble. Prendre Mozart en otage. L’avilir ainsi. N’y a-t-il donc personne pour empêcher un tel outrage? »

Il consigne la chute du monde, de son monde: invasion de la Pologne, ouverture de la chasse aux Juifs et aux Gitans, capitulation de Paris... Il songe même à tuer Hitler, mais la futilité de son geste ne lui échappe pas. Doit-il se suicider? Que peut-il transmettre à son fils, parti en Palestine? De plus en plus malade, il se bat néanmoins,  la concrétisation de son ultime geste de résistance (musical, que je tairai ici) devenant implacable revanche.
« Je me souviens de centaines d’airs, des paroles de tous les grands opéras, en italien, en allemand, en français, des noms des maestros et des divas, des applaudissements. Ils résonnent dans ma tête. Ils me battent les tympans. S’ils me prennent la musique… »

Une écriture revêche plus que mélodique, fracturée comme le souffle de son narrateur, qui ne laisse aucunement indifférent.  
« Je n’ai jamais aussi bien compris la musique depuis que je n’en écoute plus… Pas besoin de gramophone. Ni de partition. Le génie musical, c’est le souffle qui traverse La Flûte enchantée avant même qu’elle n’émette un seul son. L’attente qui précède l’entente. C’est le geste, l’attitude, l’émotion. Rien à voir avec les notes. »

La finale du CMIM commence ce soir

« Un concours, ça ne change pas le monde, sauf que… » Si les téléréalités semblent entretenir le mirage de la célébrité instantanée, l’univers de la musique classique croit toujours en la nécessité d’offrir aux jeunes artistes des défis à la hauteur de leurs aspirations.

Ainsi, en juin 2002, le Concours Musical International de Montréal couronnait sa première lauréate, Measha Brueggergosman, soprano canadienne qui mène depuis une carrière stellaire, qui l’a propulsée au sommet des palmarès, sur les grandes scènes du monde ou aux cérémonies d’ouverture des Olympiques de Vancouver.
Devenu un incontournable du circuit des concours internationaux grâce à l’excellence de ses candidats, la notoriété de son jury, la générosité de ses bourses et les multiples engagements proposés aux gagnants, le CMIM a reçu cette année 159 inscriptions de 31 pays. De ceux-ci, ils restent huit finalistes (dont 3 Canadiens), qui, accompagnés par l'Orchestre symphonique de Montréal sous la direction d'Alain Trudel, tenteront de séduire jury stellaire et public gourmand.

Si, comme moi, vous avez raté quelques récitals de demi-finales, vous pouvez vous rattraper ici... Les finales seront diffusées en direct à partir de 19 h 30 à la même adresse. Pour ma part, je serai en salle.

dimanche 3 juin 2012

Apprendre à dire au revoir

Certains jours, en tant que prof, on ressent de petits pincements au cœur, par exemple quand on doit dire au revoir à un élève auquel on s'est attaché. Parfois, cette rupture se fait après plusieurs années, alors que l'élève entre à l'université par exemple et manque alors de temps pour s'investir dans une pratique quotidienne. On sait alors qu'au détour d'un concert, on le croisera peut-être et que la conversation se poursuivra comme si elle n'avait jamais été interrompue. Quand on parle une langue commune, on se reconnait facilement...

Et puis, il y a les destins de la vie. C'est ainsi qu'il y a deux jours, j'ai dû dire au revoir à une petite puce qui ensoleillait mes vendredis après-midi. Un sourire qui me faisait craquer à chaque fois, une voix tout en douceur, un pétillant dans le regard, même quand je faisais semblant de la sermonner par: « Non, mais tu veux ma mort? Tu as encore oublié ton fa dièse! » Elle riait alors de bon cœur et reprenait, sans protester.

Vendredi, elle est arrivée sérieuse comme un pape. Elle m'a tendu une boîte de chocolats, puis m'a simplement dit: « Merci de m'avoir appris la musique. » Ensuite, elle a sorti un coin-coin, qu'elle avait fait elle-même. Au départ, m'a expliqué sa mère, elle voulait faire un dessin de nous deux au piano, mais l'instrument est si difficile à dessiner (et à maîtriser). Sous les cases, au lieu des gages, elle avait simplement écrit les huit notes de la gamme, pour que je puisse faire chanter les autres. J'ai trouvé son concept parfaitement génial.

Elle déménage de l'autre côté de la grande mare et, à partir de maintenant, je devrai me contenter de la regarder grandir de loin. Je croise les doigts qu'elle trouve un prof sympa là-bas, à Lyon, qui saura faire germer la graine qui a été semée.

vendredi 1 juin 2012

Guyana

Je lis un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, selon les périodes, mais je n'avais encore jamais lu « en groupe ». Oui, bien sûr, d'une certaine façon, La Recrue du mois pouvait à ses débuts être considérée comme un club de lecture virtuel sauf que, même si nous lisions bien sûr les commentaires des autres collaborateurs, cela relevait plutôt de la juxtaposition d'impressions. Il y a quelque temps, Kikine a décidé de faire renaître de ses cendres un club de lecture et d'y intégrer de nouveaux membres (dont moi, vous l'aurez compris). Premier livre « partagé » hier: Guyana d'Élise Turcotte. Nous avons eu une réponse presque mathématique à la question: « Lit-on jamais le même livre? » En effet, les opinions étaient franchement tranchées, presque précisément moitié moitié. On aime beaucoup ou pas du tout; aucune tiédeur, aucune zone grise dans ce cas précis. Il y a là quelque chose d'assez troublant à « défendre » un titre dans de telles circonstances (la dynamique du Combat des livres m'est alors apparue sous un nouveau jour).

Vous souhaiterez peut-être savoir de quel côté mon vote a fait pencher la balance? J'ai beaucoup aimé l'écriture d'Élise Turcotte, très chargée poétiquement, la façon dont elle cisèle chaque phrase, qu'elle s'attarde sur la peinture d'atmosphère, que d'un matériau des plus sombres, elle réussisse à en extraire la lumière. Une citation musicale pour le démontrer: « J'ai toujours aimé chanter, Philippe le sait bien. Mais je n'ai pas eu assez de volonté pour en faire une carrière. Il était trop tard pour m'y mettre. N'empêche, la musique restait une présence capitale dans ma vie vie concrète, en partie d'ailleurs parce qu'elle flamboyait dans ma vie rêvée. » Des pages remplies de délicatesse, superpositions de non-dits qui s'annulent autant qu'ils se complètent, qui me pousseront à relire cette auteure.