vendredi 15 février 2008

À lire en douceur

Deux articles délicieux dans le Voir cette semaine. D'abord, Nicolas Dickner consacre une chronique charmante à l'imparfait (non, non, pas le monde imparfait ni même celui du subjonctif) et l'usage immodéré qu'il en fait (même s'il essaie de se traiter!). En deuxième lieu, une entrevue avec Jean-François Beauchemin qui parle de son dernier roman (Ceci est mon corps), d'écriture et de la vie.

Judas de Tassia Trifiatis: Un amour improbable


Valse-hésitation entre les protagonistes, tango alambiqué entre le vécu et les rêves de la narratrice, réfraction entre le chant du cantor de synagogue qui brime en même temps qu’il libère, Judas de Tassia Trifiatis a les défauts de ses qualités. En voulant explorer un univers inusité, l’auteure m’a fait hésiter entre tendresse et énervement, la poésie de son style ne réussissant pas à masquer les mines dissimulées un peu partout en sous-texte, prêtes à exploser au moindre pas. Quand on s’y attarde, l’histoire est simple : un amour improbable entre Neffeli, jeune Grecque des plus affranchies mais ployant sous le poids de la tradition et Yéhouda, grand garçon juif orthodoxe écrasé par les diktats de sa religion mais qui au fond, ne demande qu’à s’en affranchir. Deux êtres finalement pas si différents de nous tous.

Le point de départ de l’histoire ne m’a jamais entièrement convaincue et cela m’a empêchée par moments de me laisser subjuguer par le récit. Comment imaginer, même en s’assumant en tant que suprême deus ex machina, qu’une femme qui vient de se faire avorter puisse être ouverte à autre chose qu’à la douleur qui la traverse, qu’elle osera jeter un regard, fût-il désintéressé ou simplement amusé, sur ce Juif hassidique venu accompagner un parent? Je comprends bien – je serais tentée d’écrire « trop bien », l’auteure y revenant suffisamment abondamment pour que l’on ne l’oublie pas! – que Neffeli s’attache à Yéhouda en partie parce qu’elle cherche à combler ce vide en elle, physique et émotif. Mais est-ce suffisant pour amorcer une histoire aussi complexe que celle-ci? Je reste sceptique. Et pourquoi continue-t-elle d’écrire à ce mystérieux fiancé, égaré là-bas dans sa Syrie natale (et comment a-t-elle pu le rencontrer, celui-là)? Pourquoi n’ose-t-elle pas s’assumer entièrement et juge-t-elle avoir besoin de se réfugier dans le cocon familial? Il nous manque trop d’informations pour qu’on y croie entièrement.

Le style est fluide et contient suffisamment d’images réussies pour qu’on s’y attarde quelques instants en les lisant. « Comme des bulles de savon, ses expériences avec moi lui éclataient au visage. Et il jubilait. Je lui avais mis de la boue sur les paupières. Depuis, il voyait. » (page 61) L’histoire d’amour est suffisamment attachante pour que les personnages continuent de nous hanter, une fois le livre refermé. Pourtant, je continue de m’interroger sur les failles de ce premier roman, sa chute précipitée notamment. Après avoir choisi la voie (et la voix) de la tendresse, du lien qui se tisse doucement, aussi subtilement que la laine du châle de prière, Tassia Trifiatis fait basculer les amoureux dans le néant du quotidien qui reprend ses droits, avec une désinvolture presque violente qui m’a laissée des plus perplexes. Comme une histoire d’amour qui se termine en queue de poisson…

Les avis des autres collaborateurs de La recue du mois à lire ici...

mardi 12 février 2008

La Muse est en ligne...

Après quelques retards de production (l'un des colocataires et ami proche de mon graphiste étant décédé tout récemment), voici enfin le dernier numéro de La Muse affiliée. Vous y trouverez notamment un article sur le compositeur Vincent-d'Indy et sa Schola Cantorum, un autre sur Giancinto Scelsi, un extrait du livre soulignant les 75 ans de l'école Vincent-d'Indy et plusieurs autres surprises. À lire ici...

lundi 11 février 2008

Taguée, eh oui!

Bon, ça y est, la tague sévit ces jours-ci... c'est pire qu'une journée d'hiver par -27 C. Impossible d'y échapper. J'ai donc été contaminée par la charmante Venise, qui a sans doute oublié qu'en juin, j'ai déjà répondu à un tel questionnaire. Pour ne pas être trop chiche, je ne reprends pas toutes les mêmes affirmations. (Seb, je t'interdis de rire, cesse tout de suite!)
Chaque personne taguée doit appliquer le règlement suivant: écrire le lien de la personne qui nous a taguée, préciser le règlement sur son blogue, mentionner six choses sans importance sur soi, trouver six autres personnes en mettant leur lien et prévenir ces personnes sur leur blogue respectif.

1- Je partage ma date de fête avec Ludwig van Beethoven et lui en ai voulu pendant un certain nombre d'années. Nous sommes maintenant réconciliés!
2- Le premier film que j'ai vu au cinéma: The Sound of Music (en fait, à ce moment-là, en version française, donc La mélodie du bonheur). Je ne compte plus le nombre de fois que je l'ai revu depuis. Ah! la scène du landler dans le jardin...
3- Je suis si maladroite que mon corps est souvent couvert de bleus ou de cicatrices, dont j'ignore même parfois la provenance.
4- Une amie m'a surnommé Samson à cause de ma tignasse et de mon apparente imperturbable santé.
5- Je ne peux pas vivre sans mon cellulaire (ou difficilement), surtout maintenant qu'il prend des photos.
6- Je suis une fleur de pavé mais adore la campagne à petites doses et suis folle de la mer. C'est peut-être parce que mes ancêtres viennent de l'Île de Ré (prédestiné, non?)

Comme tout le monde a déjà été tagué dans mon entourage, je me tiens coite. Si vous voulez révéler six trucs sans conséquence, n'hésitez pas à le faire dans mes commentaires.

jeudi 7 février 2008

Bloguer au concert

J'aime quand les orchestres symphoniques entrent enfin de plain-pied dans le XXIe siècle, quand ils osent les mélanges de genres, cherchent des moyens originaux pour rejoindre une nouvelle clientèle. L'Edmonton Symphony Orchestra vient d'avoir une initiative qui mérite d'être saluée: leur toute première soirée pour blogueurs. Non, il ne s'agit pas d'un nouveau genre de speed dating ou d'agence de rencontres (le Toronto Symphony offre déjà des soirées « rencontrez un partenaire qui vous ressemble et qui aime la musique classique » depuis quelques années). L'orchestre ouvrira en fait sa salle à six blogueurs, choisis d'après leurs mérites respectifs (la campagne de candidatures bat son plein d'ici la semaine prochaine). Les six gagnants, en compagnie de leur compagnon d'un soir (ou de vie, libre à eux), seront installés dans la salle avec leur ordinateur portable (et une connexion Internet sans fil) et commenteront le concert du 22 février en direct. De plus, les chroniques de ces blogueurs se retrouveront sur le site du Edmonton Journal dès le soir même.

Quel programme a été ciblé pour cette expérience inusitée? Un concert à la frontière du jazz et du classique, qui comprendra les danses symphoniques de West Side Story de Leonard Bernstein, la musique du film tirée de l'opéra Porgy and Bess de George Gershwin (dans la colonne de gauche, vous pouvez écouter la superbe version de Summertime de Louis Armstrong et Ella Fitzgerald), un intrigant arrangement du Casse-Noisette de Tchaïkovski signé Duke Ellington (que je serais curieuse d'entendre, je l'avoue) et la création d'une oeuvre d'un compositeur canadien, Allan Gilliland, Dreaming of the Masters II - Rhapsody GEB, oeuvre commandée par l'orchestre et CBC. L'orchestre offre de plus au grand public des rencontres pré- et post-concert avec le chef d'orchestre et le compositeur de la création. Nos amis blogueurs, quant à eux, seront traités aux petits oignons, avec rafraîchissements à l'entracte, rencontre avec les musiciens de l'ESO après le concert et discussion post-concert avec le chef d'orchestre. Quel dommage, je n'habite pas Edmonton! Sinon, vous pourriez être assurés que j'aurais déjà soumis ma candidature!

dimanche 3 février 2008

Cher Émile

Je lis bien peu pour le plaisir depuis que nous sommes en 2008 et vous m'en voyez chagrine. J'ai surtout potassé des textes sur diverses oeuvres afin de rédiger des notes de programme le plus cohérentes possibles, quelques livres spécialisés (dont un, fort intéressant, Bach en son temps, qui reprend des lettres du Cantor, des témoignages d'élèves, des commentaires de contemporains). Le temps étant une denrée trop rare ces jours-ci, j'ai préféré, quand le destin m'en offrait, les passer à l'instrument. Vous me pardonnerez j'espère...


Même si j'ai été séduite par l'univers du Chanteur de tango de Tomas Eloy Martinez, j'y suis restée plongée plus de deux semaines, à raison de quelques pages une fois de temps en temps. Néanmoins, ce parcours atypique dans une Buenos Aires mythique et surtout multiple continuait de m'habiter. Sur fond subtil de tango et présence quasi omniprésente de Borges (il faudra vraiment que je lise L'Aleph après ça!), j'ai découvert des pages d'histoire argentine dont j'ignorais tout mais qui m'ont néanmoins captivée.


Le livre suivant dans ma PAL était Cher Émile d'Éric Simard, ex-libraire, maintenant à l'emploi exclusif de la maison d'édition Septentrion, unique collaborateur masculin du blogue collectif La recrue du mois. Étant assez fervente des romans épistolaires (je demeure, depuis l'enfance, une épistolaire dans l'âme, comme le savent tous ceux avec qui j'entretiens une correspondance suivie), j'avais hâte de plonger dans l'univers de ces amours déchirées et de savoir comment l'auteur réussirait à traduire les chutes, les rechutes, les prises de conscience, les prises en main.


J'ai beaucoup aimé la langue à la fois rude et douce, directe et pourtant imagée, violente et retenue à la fois. Si les premières lettres ont pris quelque temps à me toucher (leur style, plus dénudé, peut-être ou ai-je été simplement manipulée d'une certaine façon par l'auteur), j'ai rapidement basculé, en partie grâce à la façon dont les couches de langage étaient manipulées. Plus on plonge dans l'univers d'Éric (le narrateur du livre, qui porte le même prénom que l'auteur, histoire peut-être de semer le doute sur le potentiel côté auto-fiction de l'oeuvre), plus les images littéraires deviennent élégantes, plus on sent le travail sur la langue. Je me suis attachée à Éric, à ses douleurs, ses carences, qui se dévoilent peu à peu, de façon bien dosée. Je m'y suis reconnue aussi, j'y ai senti le parfum de quelques amis, je me suis rappelée leur douleur quand ils plongeaient de nouveau, presque malgré eux, dans une nouvelle spirale amoureuse destructrice. J'aurais voulu le connaître « pour vrai », être là pour l'épauler, être témoin de son histoire mais certes pas témoin muet. Que les relations amoureuses entretenues par Éric soient homosexuelles ne changent rien à la pertinence du message (même si certaines réflexions sur la difficulté de vivre son homosexualité, encore aujourd'hui, glissées subtilement ici et là m'ont interpellée, en partie parce que j'ai plusieurs amis homosexuels qui ont été brûlés, à un moment ou à un autre, par la portée de leur orientation). Ce qui en ressort surtout, c'est la difficulté, dans cette époque un peu trouble qui est la nôtre, à faire face à nos contradictions, nos égarements, nos choix de vie.

vendredi 1 février 2008

Pourquoi bloguer?

La question est intéressante et, bien sûr, les réponses sont multiples. Selon les personnalités, vous opterez pour des blogues informatifs, dédiés à un sujet particulier (dans mon cas, je suis incapable d'en choisir un seul, pardonnez-moi), un journal intime (ne faudrait-il pas alors dire extime?). Certains s'en servent comme carte de visite, comme véhicule d'autopromotion, d'autres s'en servent comme d'un exutoire. Djac Baweur, altiste dans un orchestre parisien, a osé se la poser, cette question, et y répond de façon très poussée. Et vous, pourquoi bloguez-vous? That is the question...