jeudi 16 avril 2009

Daniel Barenboïm insiste


Le chef d’orchestre et pianiste israélo-argentin Daniel Barenboïm dirige aujourd'hui, à l'Opéra du Caire, un concert exceptionnel dans lequel il sera à la fois chef (dans la Cinquième de Beethoven) et pianiste et récitaliste.

Selon l’Agence France Presse, lors d'une conférence de presse tenue en marge de l'événement, il a déploré l’incompréhension « totale » existant entre Israéliens et Arabes, appelant ces derniers à se rendre à Tel-Aviv « pour se faire entendre ». Il a affirmé: « Ce serait tellement mieux si les Egyptiens, les Syriens, les Palestiniens, les Jordaniens, les Libanais, allaient à Tel-Aviv et expliquaient (...) et exprimaient leur point de vue. Ce n’est pas seulement pour mieux connaître la société israélienne, c’est pour pouvoir se faire entendre par la société israélienne, (et dire) ce qu’ils ressentent ».

Si Barenboïm continue de susciter la controverse, il cherche essentiellement à multiplier les liens entre les peuples, notamment avec son Western-Eastern Divan Orchestra (orchestre de Divan occidental-oriental, une allusion à Goethe), composés de musiciens israéliens et palestiniens. Il avait d'ailleurs proposé aux autorités du Caire un concert de son orchestre début 2009 mais la situation dans la bande de Gaza avait alors été jugée trop explosive.

Pour lire l'entrevue qu'il a accordé récemment au Daily News Egypt, c'est par ici...
Son site Internet...

mercredi 15 avril 2009

Annie Cloutier: Ce qui s'endigue


Deux conceptions, deux naissances, deux vies qui se croisent parfois, se heurtent souvent, servent de contrepoint l’une à l’autre, magnifient une déchirure, comblent un besoin criant d’être reconnues. Le pari d’Annie Cloutier de jumeler ces deux destins presque parallèles dans Ce qui s’endigue était audacieux. A-t-elle su le tenir? En partie.

Ce qui emballe, sans contredit, reste la force de son écriture : puissante, imagée, travaillée, somptueuse par moments, presque crue quand elle parle de sexualité, mais jamais réellement vulgaire, troublante lorsqu’elle évoque la maternité, touchante alors qu’elle aborde les multiples facettes de l’amour. L’auteure possède une voix unique, qui séduit, qui incite à laisser glisser les phrases sur soi, à les retourner entre nos lèvres, entre nos doigts.

Ce qui embête, c’est une série de légers irritants. Les termes néerlandais qui inondent les premiers chapitres brisent sérieusement le rythme, en nous forçant à faire des allers-retours entre le devant et le derrière du livre alors que plusieurs équivalences auraient été tout à fait acceptables. Le côté plaqué des juxtapositions (un paragraphe au sujet d'Anna, l'équivalent dédié à Angela) donne lieu à un échange de ping-pong vaguement étourdissant au début (on finit par se couler dans ce rythme imposé) et fait par moment très « étude de cas ». Les deux archétypes choisis m’ont semblé par moments un peu trop grossis, parce que jouant trop fortement sur les oppositions. Anna, petite fille parfaite, réalise une fois femme que sa vie est devenue vide de sens et cherche à s'étourdir dans son travail, dans les bras d’un amant, dans le réconfort de substances médicamentées. Angela, plus robuste, en révolte perpétuelle, travaille dans l'humanitaire, mais s'oublie dans la maternité.

Certaines incohérences temporelles flagrantes m’ont fait tiquer. L'auteure couvre une période de 90 ans avec son texte – choix vraiment nécessaire? – mais la société utilise toujours le courriel et les jeunes écoutent sans férir leur iPod. (Dans ce monde gouverné par l’émergence de nouvelles technologies, permettez-moi de douter.) Certains oublis langagiers familiers restent également totalement inacceptables. Annie Cloutier, qui possède une palette des plus fournies, fait se côtoyer, dans une même phrase, des termes recherchés et une expression en bon québécois. (Rappelons ici que l'action se passe dans les Pays-Bas et en Indonésie...) Les diverses étapes de corrections d’épreuves auraient dû gommer ces incohérences, qui irritent inutilement un lecteur qui ne demandait qu’à être séduit.

Comme la mer donc, mon cœur a oscillé; pourtant, je retiendrai essentiellement la qualité de l’écriture d’Annie Cloutier et surveillerai avec intérêt son prochain opus.

Les commentaires de lecture (multiples dans leurs interprétations) des autres collaborateurs de La Recrue se retrouvent ici.

vendredi 10 avril 2009

Soudoyer Dieu


Renée-Pier mène une vie comme tant d'autres, entre un travail plus ou moins inspirant de secrétaire et de longues séances d'entraînement. Elle qui a rêvé d'atteindre les plus hauts sommets en plongeon mais a dû y renoncer, noie ses doutes dans le dépassement de ses limites physiques. Une seule chose l'empêche de sombrer dans une certaine détresse: ses amies, confidentes mais aussi fières battantes. Un jour fatal de décembre 1989, la vie de Renée-Pier bascule irrévocablement, en même temps que celle d'Émilie, amie d'enfance, fauchée par les balles de Marc Lépine, le tueur fou de Polytechnique.

Avec ce premier roman, Thérèse Lamartine tente d'apprivoiser un univers trouble, qui sommeille en chacune de ceux et celles qui ont vécu la tuerie de près ou de loin. Ce qu'on prend d'abord pour une certaine faiblesse de Renée-Pier deviendra force. Un geste à la fois, un bouquet immaculé à la mémoire de sa Lili à la fois, elle se reconstruit. Le processus sera long, solitaire, en marge d'une société qu'elle ne peut plus saisir, avant qu'elle ne puise en elle la force nécessaire pour continuer d'avancer, même si plus jamais rien ne sera pareil.

Dans un style recherché, aux images travaillées, l'auteure plonge en son personnage, presque jusqu'au vertige. « Dans l'affliction, elle découvrait la poésie. La poésie, belle quand elle fait rêver ou voyager, dépayse, chante ou enchante. La poésie, grande quand elle révèle une expérience humaine jusque-là indicible, donne une substance, de la chair, à une chose qui n'en avait pas, cisèle un phénomène demeuré informe, met à nu un secret humain. » (p. 115-116)

Le livre est divisé en trois temps: « Le temps de l'avant » (qui aurait eu avantage à être resserré), « L'exil » (d'une grande poésie et d'une intensité troublante) et « La vie d'après » (légèrement convenu mais néanmoins bien mené). Dans un ton parfois tributaire d'un certain féminisme pur et dur (dans lequel je me suis moins reconnue), elle interroge, interpelle, propose des interprétations de ce geste mais aussi de cette relative indifférence avec laquelle plusieurs ont tenté d'occulter la violence de l'incident. Inutile de le nier, le 6 décembre 1989 restera gravé dans la mémoire des Québécois. Lamartine contribue, tout comme Denis Villeneuve, à mener ceux qui décident de la suivre vers une catharsis qu'on n'espérait plus.

lundi 6 avril 2009

Impressionnant

La voix humaine peut tout faire, absolument tout. Vous en doutez? Bon début de semaine à tous.

dimanche 5 avril 2009

Les retrouvailles


Très tôt, Hélène sent qu'elle aura à apprivoiser l'exil avant de pouvoir retrouver son coin de terre natal, celui qui fait partie intrinsèque de son être, la Gaspésie. Elle amorce des études à Québec comme hygiéniste dentaire puis enchaîne un diplôme en musique, se disant qu'elle pourra à la fois vivre de son travail et transmettre les bases de son art à de jeunes enfants. Avant de retourner chez elle, elle accepte de suivre un stage de trois mois à Vienne, qui fera irrémédiablement basculer sa vie. Elle y rencontrera l'amour mais réalisera aussi que, pour aller au bout de ses rêves, elle ne peut choisir de s'installer sur le bord de la Baie des chaleurs. Elle signe alors un étrange pacte avec son amoureux, négociant qu'après dix ans passés à Vienne, ils reviendront s'installer au Québec. Bien sûr, la vie n'étant jamais un long fleuve tranquille, elle aura à faire face à plusieurs remises en question.

Dans ce premier roman rondement mené, Julie Hubert nous fait voyager à Vienne la magnifique, à Salzbourg, en Gaspésie (qu'on aura rarement perçu à travers un regard d'une telle tendresse), mais aussi dans l'essence même de la narratrice, tiraillée entre ses souvenirs, les paysages de sa jeunesse et sa nouvelle vie qui la comble pourtant. Dans un style direct mais néanmoins évocateur, l'auteure trace un portrait tout en subtilité des premiers émois amoureux, des liens familiaux, de l'amitié, des questionnements liés à l'exil. L'auteure a elle aussi vécu l'exil, ayant épousé un Français et elle le raconte donc de l'intérieur, avec lucidité, sans pathos, le déracinement permettant à la fois de cristalliser les souvenirs mais de se propulser vers l'avant.

J'aurais bien sûr aimé des descriptions musicales plus fouillées (la narratrice étant pianiste) et j'ai rarement vu une couverture aussi kitsch mais j'ai été néanmoins suffisamment séduite par le récit pour souhaiter l'avaler presque d'un seul coup. En fermant le livre, je me sens tiraillée entre une pulsion incontrôlable de m'acheter un billet d'avion pour Vienne et le souhait de retourner en Gaspésie. La puissance des descriptions...

vendredi 3 avril 2009

Le temps...

Prendre le temps... Apprendrai-je un jour à dire « non », un mot pourtant tout simple: trois lettres dont deux fois la même? Mais, bon, oui, ce n'est pas toujours au point. J'enseigne, j'écris, je ne refuse jamais un projet stimulant (mais je devrais vraiment apprendre à refuser ceux qui entrent dans la catégorie « bof » ou pire, « beurk », il y a des limites aux concessions dites « alimentaires »). J’ai, tout comme plusieurs d’entre vous, une maison (très souvent en désordre), une famille (dont les humeurs des membres ne sont pas toujours faciles à gérer), un chien (légèrement névrosé mais qui, heureusement, aime la musique) et des amis (véritable soupape). Tous les dimanches soirs, j’hésite entre l’auto-flagellation (« Comment se fait-il que je n’aie pas eu le temps de tout faire? ») et un désir flagrant d’évasion (« À moi, Tahiti et Bora Bora! »).

Pourtant, s’il y a une chose que j’ai réalisée en gagnant de l’expérience (à défaut de sagesse), c’est que les choses dont nous sommes le plus fiers sont souvent celles qui nous ont pris le plus de temps. Quand j’ai commencé dans l’enseignement du piano, je m’attendais que – évidemment, quelle question! – les étudiants auraient travaillé pendant des heures et me démontreraient par leurs progrès éloquents la pertinence de mes conseils avisés. Hum… Après quelques semaines (mois, années) légèrement frustrantes, j’en suis venue à la conclusion qu’il faudrait que j’abaisse mes attentes. Oui, jadis autrefois, je pratiquais deux heures par jour (de gré ou de force, bien souvent, un jour peut-être je vous raconterai comment tricher le ssytème). Non, cela ne représente plus la réalité d’aujourd’hui.

Maintenant, j’ai pris exemple sur une copine qui me confiait ne plus rien attendre de son couple et choisir d’être surprise par les attentions de son conjoint (quand il y pense). Je n’attends rien des élèves mais espère toujours secrètement être surprise. Dès que je dénote un progrès, si minime soit-il, soit au niveau du rythme, de la lecture, de l’interprétation, de l’enthousiasme de l’élève, je me dis que la journée devient mémorable. Je le dis d’ailleurs régulièrement aux élèves quand ils me comblent de leur attention musicale : « Ça valait la peine de se lever ce matin! Wow, c’était super! » Je constate que ce relatif détachement me permet aussi de mieux investir le temps que je passe en la compagnie de l’élève. Je choisis plutôt de leur apprendre à travailler, une note, une mesure, une page à la fois, pour que, demain ou dans dix ans, ils puissent voler de leurs propres ailes.

Je prends aussi le temps de connaître leurs personnalités et leurs vécus, forcément étonnamment différents. J’en ai un particulièrement espiègle, une autre d’une intensité parfois troublante, une troisième légèrement exaltée, un quatrième plutôt silencieux mais qui a toujours des choses étonnantes à révéler quand on s’y attarde… La liste est longue et n’est probablement significative que pour moi, que pour eux. « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. » Je vous laisse, une élève m'attend. Au programme: le Concerto K. 466 de Mozart. Comment dire non à ça?

mercredi 1 avril 2009

Revu et amélioré

Il y a quelques semaines, le site de La muse affiliée a été avalé plus ou moins par mégarde par l'hébergeur, suite à une confusion de tarification absurde. Bref, du jour au lendemain, je me retrouvais avec une ardoise entièrement vierge. J'avais le choix entre baisser les bras (et laisser disparaître le tout vers un abysse aux profondeurs inconnues) ou me retrousser les manches et rebâtir le site de zéro. Alors, oui, j'ai choisi la seconde option, en profitant pour opter pour une intégration des divers médias.

Ainsi, dans l'article de Joëlle Coudriou sur le compositeur Zbigniew Preisner (qui a notamment signé la trame sonore de Bleu, Blanc, Rouge et La double vie de Véronique), j'ai intégré un jukebox qui permet d'écouter les différentes oeuvres citées mais aussi une copie de la partition des Marionnettes, une pièce accessible pour les jeunes pianistes. Ce virage « technologique » sera assumé dans les prochains billets également et, quelques numéros PDF à la fois, patiemment, je remonterai les archives du site. Baisser les bras? Pffff...

Le site de La Muse affiliée est par ici...