L'ECM+ est en pleine tournée pan-canadienne cette semaine, histoire de faire découvrir aux publics de Banff, Calgary, Vancouver, Winnipeg, Montréal, Toronto, London et Ottawa les œuvres d'Annesley Black (Jenny's Last Rock, pour magnétophones et orchestre sur le thème du curling), Gabriel Dharmoo (Ninalvanjali, un hommage à son maître N. Govindarajan, mort en mai 2012), Marielle Groven (Animaris Currens Ventosa, inspirée des sculptures de Theo Jansen) et Riho Esko Maimets (Beatitude, concerto pour violon).
Vous pouvez lire mon article sur l'événement sur le site de Cette ville étrange ici...
Les Montréalais pourront découvrir les œuvres et rencontrer les quatre compositeurs demain soir, au Conservatoire, 19 h 30. Plus de détails...
La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
jeudi 8 novembre 2012
mercredi 7 novembre 2012
Le chant des ondes
L'instrument est mystérieux à souhait même pour un musicien professionnel, laisse encore le quidam perplexe (comme j'ai pu le constater quand l'OSM a donné la Turangalîla de Messiaen l'année dernière et que mon voisin ne cessait de tenter d'expliquer l'instrument à celle qui l'accompagnait, sans se rendre compte que l'acoustique de la salle maximisait la transmission de son message). Demain, aux Rencontres internationales documentaire de Montréal, Le chant des ondes, un film de Caroline Martel retraçant le parcours étonnant de cet esprit sera présenté en première mondiale à l'Excentris. Une soirée festive, avec performances sur Ondes Martenot, est ensuite proposée à la Cinémathèque.
lundi 5 novembre 2012
Le torrent
Je n'avais pas remis les pieds dans un cinéma depuis mon blitz FFM et j'admets que j'avais très hâte de me retrouver en salle obscure et de me laisser happer par une histoire, surtout une transmission méticuleuse d'un classique de la littérature québécoise. J'avais bien sûr lu quelques pré-papiers dans lesquels le réalisateur Simon Lavoie expliquait la nécessité - et les difficultés - de monter ce film: « C'est un récit qui me colle à la peau, je suis lié à cette œuvre-là, confiait-il à La Presse. Quand j'ai découvert ce texte à l'adolescence, je
me suis beaucoup identifié à François. » Il voit d'ailleurs dans ce texte une métaphore de notre société: « Mais peu à peu, j'ai compris qu'il y a là-dedans les schémas de notre
imaginaire collectif qu'Anne Hébert avait pressentis. Pour moi, c'est
presque un glossaire de la condition québécoise, comme une psychanalyse
de la figure du Québécois. »
Pendant deux heures et demie, le film se déploie de façon organique. Si, au tout début, on peine à trouver nos repères, comme François qui ne sait plus tout à fait où il est ni ce qu'il vient de vivre, on apprivoise le récit par petites touches, par respirations (parfois hachurées). Le travail de scénarisation est exceptionnel et l'adaptation d'une fidélité presque maniaque. Pour m'en convaincre, j'ai lu la nouvelle hier et ai été soufflée quand j'ai réalisé la précision avec laquelle le moindre sous-texte et les plus subtils détails avait été transmis, que ce soit les traits physiques des personnages (la description des cheveux d'Amica, le front ravagé de la mère, la chevelure hirsute du vieux, la stature du colporteur), le côté indomptable du cheval Percival ou même la disposition physique des lieux. À peine Simon Lavoie a-t-il pris quelques (très légères) libertés lorsque certains éléments demeuraient flous dans le texte porteur d'Anne Hébert.
Le traitement des images reste magnifique, particulièrement le dosage des éclairages, rarement éclatants, le plus souvent en demi-teintes, zones d'ombres, favorisant les ambiguïtés. En filigrane, le travail effectué sur le son se révèle d'une rare maîtrise. Jamais au cinéma québécois (et rarement ailleurs) n'ai-je été témoin d'une telle minutie dans le traitement des strates. Il n'est pas ici uniquement questionnement de la musique (bien conçue, de Normand Corbeil), mais de tout l'aspect sonore, des grondements aux sifflements, des craquements au bouillonnement du torrent, autant d'éléments essentiels pour entrer entièrement dans la psyché du personnage, qui doit apprivoiser la surdité.
Soulignons également le jeu des acteurs. Victor Andrés Trelles Turgeon, que j'avais remarqué dans Pour l'amour de Dieu de Micheline Lanctôt, a tout naturellement privilégié un jeu intense, tourné vers l'intérieur, physique (à quoi sert de dire quand tout autour de soi nous pousse à se taire?). Dominique Quesnel en marâtre d'une rare violence, réussit néanmoins à transmettre la fissure profonde que Claudine porte en elle. Cet enfant, qui la continue, elle lui voue au fond un amour féroce, qu'elle tente de mater à coup de corrections physiques et d'abus verbaux. Laurence Leboeuf campe quant à elle une Amica (ainsi que, teinte en blonde, Claudine jeune, adroit clin d’œil du scénario) enjôleuse, source de rédemption aussi bien que de perte, lumière autant qu'ombre.
Un très grand film, tiré d'un texte puissant.
Pendant deux heures et demie, le film se déploie de façon organique. Si, au tout début, on peine à trouver nos repères, comme François qui ne sait plus tout à fait où il est ni ce qu'il vient de vivre, on apprivoise le récit par petites touches, par respirations (parfois hachurées). Le travail de scénarisation est exceptionnel et l'adaptation d'une fidélité presque maniaque. Pour m'en convaincre, j'ai lu la nouvelle hier et ai été soufflée quand j'ai réalisé la précision avec laquelle le moindre sous-texte et les plus subtils détails avait été transmis, que ce soit les traits physiques des personnages (la description des cheveux d'Amica, le front ravagé de la mère, la chevelure hirsute du vieux, la stature du colporteur), le côté indomptable du cheval Percival ou même la disposition physique des lieux. À peine Simon Lavoie a-t-il pris quelques (très légères) libertés lorsque certains éléments demeuraient flous dans le texte porteur d'Anne Hébert.
« J'étais un enfant dépossédé du monde. Par le décret d'une volonté antérieure à la mienne, je devais renoncer à toute possession en cette vie. Je touchais au monde par fragments, ceux-là seuls qui m'étaient immédiatement indispensables, et enlevés aussitôt leur utilité terminée; le cahier que je devais ouvrir, pas même la table sur laquelle il se trouvait; le coin d'étable à nettoyer, non la poule qui se perchait sur la fenêtre; et jamais, jamais la campagne offerte par la fenêtre. Je voyais la grande main de ma mère quand elle se levait sur moi, mais je n'apercevais pas ma mère en entier, de pied en cap. J'avais seulement le sentiment de sa terrible grandeur qui me glaçait. »
Le traitement des images reste magnifique, particulièrement le dosage des éclairages, rarement éclatants, le plus souvent en demi-teintes, zones d'ombres, favorisant les ambiguïtés. En filigrane, le travail effectué sur le son se révèle d'une rare maîtrise. Jamais au cinéma québécois (et rarement ailleurs) n'ai-je été témoin d'une telle minutie dans le traitement des strates. Il n'est pas ici uniquement questionnement de la musique (bien conçue, de Normand Corbeil), mais de tout l'aspect sonore, des grondements aux sifflements, des craquements au bouillonnement du torrent, autant d'éléments essentiels pour entrer entièrement dans la psyché du personnage, qui doit apprivoiser la surdité.
Soulignons également le jeu des acteurs. Victor Andrés Trelles Turgeon, que j'avais remarqué dans Pour l'amour de Dieu de Micheline Lanctôt, a tout naturellement privilégié un jeu intense, tourné vers l'intérieur, physique (à quoi sert de dire quand tout autour de soi nous pousse à se taire?). Dominique Quesnel en marâtre d'une rare violence, réussit néanmoins à transmettre la fissure profonde que Claudine porte en elle. Cet enfant, qui la continue, elle lui voue au fond un amour féroce, qu'elle tente de mater à coup de corrections physiques et d'abus verbaux. Laurence Leboeuf campe quant à elle une Amica (ainsi que, teinte en blonde, Claudine jeune, adroit clin d’œil du scénario) enjôleuse, source de rédemption aussi bien que de perte, lumière autant qu'ombre.
Un très grand film, tiré d'un texte puissant.
samedi 3 novembre 2012
L'automne du coeur
Découvert grâce à une nouvelle amie, un son unique, un travail presque poétique, une très belle plage (la deuxième sur l'album), qui exprime parfaitement en musique l'impression de suspension ressentie quand l'automne commence à perdre ses couleurs et devient nostalgie. (Les deux autres plages proposées sont tout autres, mais très intéressantes également.)
jeudi 1 novembre 2012
Traduire...
« Traduire un poème, c'est l'habiter avec une intensité qu'aucune lecture, pas même cent fois recommencée, ne saurait jamais offrir. Traduire, c'est pénétrer le système sanguin d'une œuvre, investir ses tissus, sonder sa moelle, explorer sa vitalité cellule par cellule. Il faut briser le texte et le détruire, puis à nouveau le reconstruire entièrement. Au cours d'un tel travail, on apprend autant sur soi que sur la poésie. »
(Paul Auster, après avoir essayé de traduire Jacques Dupin dans sa jeunesse)
À la découverte du Québec: un nouveau challenge
Je suis toujours pro-littérature et culture québécoises, alors quand j'ai découvert ce challenge, qui s'étale jusqu'au 24 juin 2014 chez Sunflo, je n'ai pas songé une seconde à y résister.
On peut s'y inscrire en littérature (5 niveaux), culture québécoise (5 niveaux également) ou dans le combiné. Vous aurez sans doute déjà compris que j'ai choisi le combiné, visant le Patrick Senécal (plus haut niveau côté littérature (16 livres et plus) et le Xavier Dolan (13 à 16 articles) côté culture, simplement parce que le jeune cinéaste m'interpelle plus que le fondateur du Cirque du Soleil (niveau supérieur).
On peut encore s'inscrire ici...
On peut s'y inscrire en littérature (5 niveaux), culture québécoise (5 niveaux également) ou dans le combiné. Vous aurez sans doute déjà compris que j'ai choisi le combiné, visant le Patrick Senécal (plus haut niveau côté littérature (16 livres et plus) et le Xavier Dolan (13 à 16 articles) côté culture, simplement parce que le jeune cinéaste m'interpelle plus que le fondateur du Cirque du Soleil (niveau supérieur).
On peut encore s'inscrire ici...
mardi 30 octobre 2012
Printemps spécial
Les nouvelles multiplient les tons et les points de vue: du journal extime/autofiction (« À la casserole » de Catherine Mavrikakis) au sain sarcasme (« La jeune fille et les porcs » de Nicolas Chalifour), en passant par l'impuissance de ceux qui ont dû se contenter d'observer le combat de loin (« Je n'étais pas là » d'André Marois, « Chelsea rouge » de Gail Scott ou « Colère et tremblement » de Michèle Lesbre). Certains ont réussi à se détacher suffisamment de l'événement pour raconter une histoire autre, Olga Duhamel-Noyer ( « La corde ») par exemple, les manifestations devenant simple contrepoint à une trame trouble. Si le livre n'en est pas vraiment un de dénonciation, cette dernière se lit néanmoins en filigrane. Ceux qui ont porté le carré rouge, tapé sur une casserole, pris part à une discussion musclée lors d'un souper familial pourront sans peine superposer leur propre trame narrative à l'une ou l'autre de ces histoires, celles de Simon Paquet (« L'inactiviste », course folle pour participer enfin à une manifestation, juste assez décalé) ou Carole David (« L'atelier rouge ») par exemple.
On retrouve surtout la voix, puissante, unique, des auteurs de la maison que l'on a appris à connaître, à aimer (« Autoportrait en militante » de Martine Delvaux, à la petite musique intérieure si particulière ou « Comme les Hell's » de Patrice Lessard, qui nous permet de retrouver certains personnages de ses deux romans, par exemple), en découvre avec plaisir d'autres (« On n'était pas invités » de Gregory Lemay), en une étonnante courtepointe (rouge) dont les pièces se complètent plutôt qu'elles ne se répètent.
«... tu comprends que le 13 février 2012, tu as cédé le pas à la foule. Tu t'es faite multitude, cortège, assemblée, régiment. Ton imaginaire pris en souricière par ce printemps, ta vie est devenue le stroboscope d'événements dont tu fais l'inventaire comme une ritournelle.
Tu n'es plus la même. Ton visage a changé. Voilà ce que tu vois.
Le printemps t'a réinventée. » (Martine Delvaux, « Autoportrait en militante »)
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