jeudi 30 avril 2009

Encore une fois

Dans une vie, certains moments respirent la fébrilité; d’autres la fragilité, la puissance, la terreur, l’exaltation. Dans une vie d’artiste, ces émotions se vivent en un étrange synchronisme quand, quelques secondes avant de poser les mains sur un clavier, sur la touche d’un instrument, sur ses clés, nous basculons dans le vide. Si le travail préparatoire a été correctement effectué dans les mois qui précèdent, nous plongeons les yeux grands ouverts. Si les heures investies l’ont été de façon nonchalante, nous pinçons le nez, fermons la bouche et marmonnons une courte prière.

En tant que professeur, on devient bien plus que simple témoin de ce grand saut. À chaque nouvel élève qui escalade plus ou moins élégamment et allègrement les marches qui le rapprochent du moment de confrontation, le cœur s’arrête ou bat la chamade. On voudrait demander grâce : « Mais voyons, impossible! Vous ne pouvez pas me demander de sauter encore, là, tout de suite! Cela fait à peine 15 secondes que j’ai de nouveau les pieds au sol! » Mais, encore et toujours, un peu nerveusement parfois, on se plaque un sourire d’encouragement sur les lèvres, on canalise toute son énergie, on respire profondément et on remet ça, 2 fois, 10 fois, 20 fois. Parfois, on ressent la douce griserie de planer en toute liberté, soulevé par des phrases musicales complétées, par un souffle inspiré, par une poésie du moment. Mais, avec l’expérience, on apprend à ne pas se laisser bercer, se laisser berner: à altitude aussi élevée, les changements de pression atmosphérique sont souvent violents et la chute, vertigineuse lors d’une seconde d’inattention fatidique. Pourtant, par idéalisme, par utopie, par pure folie, nous recommençons. Sans hésiter, nous remontons avec l’élève suivant ou avec le même élève, forcément métamorphosé, l’année suivante, à la recherche d’un autre sommet, d’un nouveau paysage à découvrir.

mardi 28 avril 2009

Les voix ensevelies

Le 24 décembre 1907, Alfred Clark enterrait pour cent ans quatre urnes de plomb comprenant 48 enregistrements publiés entre 1905 et 1911 par la Compagnie française du Gramophone. En écho, La Bibliothèque nationale de France souhaite constituer une sélection de cent enregistrements qui ont marqué ce siècle-ci. Celles-ci seront mises en réserve, lors d’une cérémonie publique en décembre 2009, pour être redécouvertes, 100 ans plus tard, en 2109, par nos arrières-petits-enfants. Signe des temps, cette sélection se fera cette fois sur le blogue Les voix ensevelies, créé à cette occasion et qui contient une urne virtuelle (eh oui! on n'arrête pas le progrès!) qui se remplira au fur et à mesure des visites et des votes que les visiteurs y déposeront.

Les internautes sont invités à proposer leurs morceaux et à voter dans sept catégories musicales: opéra et musique classique, chanson, jazz et blues, pop, rock, techno et electro, musiques du monde, musique de film et voix parlée.

Le blog et ses commentaires seront enfouis avec les musiques pour raconter l'expérience auprès des hommes du XXIIe siècle. Pour participer à cette grande aventure musicale virtuelle, c'est par ici...

samedi 25 avril 2009

L'art du lâcher prise

Demain après-midi, concert annuel de mes élèves. Semaine un peu fiévreuse donc, entre leçons supplémentaires, encouragements de dernière minute (« Tu vas être capable, pense à faire de la musique »), remontrances amicales (« Mais non, je t'ai déjà dit qu'il fallait tenir ta main gauche à la fin, pour que j'entende bien les trois notes de l'accord! »), applaudissements rythmés (« Tu cours! Compte! »), commentaires constructifs (« On recommence le passage et nous vaincrons! On parle de deux mesures après tout, tu peux réussir! »), désillusions (« Tu ne peux pas me jouer ça de cette façon, tu t'arrêtes partout! Et ta mémoire? ») mais aussi heureuses surprises, comme ce grand qui, en une semaine, est passé d'une version en-place-mais-bof de sa pièce de Piazzolla à - ciel! - de la vraie musique. J'ai aussi été très touchée hier, lors de la répétition générale, de voir cette débutante de 15 ans fièrement braver son stress et les jugements critiques des autres et foncer. (En réalité, il n'y a que moi qui sois critique ce jour-là mais les élèves restent tous sur l'impression d'avoir à faire face à une meute affamée de pianistes, pour une raison qui m'échappe vaguement.) On sentait les palpitations lors de la première pièce mais, 40 secondes plus tard, elle reprenait déjà le dessus. À suivre demain, donc...

En attendant, il fait un temps radieux. Et si j'en profitais pour lire quelques pages de ce livre acheté ce matin? (J'ai été « obligée », puisque j'avais - quelle tristesse! - terminé mon livre, le dernier Foenkinos, à l'aller. Je n'allais tout de même pas contemplé mes compagnons de voyage pendant tout le trajet!)

jeudi 23 avril 2009

Sonate en fou mineur


Pascal est un compositeur arrivé à un point décisif de sa vie, tant créative que sentimentale. Jusque là, il a accumulé les petits boulots, incapable peut-être de faire face à la puissance du geste créateur, et il commence à s'impatienter: réussira-t-il à composer cette fameuse sonate qui l'habite, à reconquérir son ex, la belle Emmanuelle, qui a refait sa vie avec son meilleur ami, à enfin s'assumer entièrement en tant qu'homme et artiste?

Éloi Paré signe avec ce premier roman un essai plutôt convaincant, qui même s'il emprunte aux archétypes son personnage de compositeur tourmenté, sait lui insuffler une dose suffisante de bon sens et d'autodérision pour qu'on s'y attache. Mais cette sonate ne reprend pas les modèles classiques du genre (deux thèmes de caractère contrasté, qu'on retrouvera sous une forme ou une autre tout au long de l'oeuvre) mais plutôt selon la forme cyclique (une même idée, déstructurée, démultipliée, transformée). L'idée maîtresse - le leitmotiv si l'on souhaite poursuivre l'analogie musicale - serait plutôt la folie aux multiples visages: celle qui a poussé le bien nommé Tristan à pousser un geste inexplicable et d'une rare violence quand il avait 16 ans, celle qui habite un des amoureux plus que troublé de la belle Agathe, celle qu'on sent latente chez le psychiatre en chef de l'institut où travaille Pascal, celle de Rachel, l'intrigante qui souhaite devenir muse pour éventuellement s'approprier l'œuvre complétée, celle de la pureté aussi du geste créateur.

Certaines circonvolutions auraient pu être gommées, certains thèmes resserrés mais Paré réussit là où beaucoup auraient échoué. Le style reste alerte et fluide, malgré l'emploi du passé simple narratif qui, jamais ne s'essouffle ou semble forcé - sauf, bien sûr, quand l'auteur se moque gentiment du premier roman d'Agathe et de l'impossibilité patente d'y intégrer le dit passé simple. Les personnages sont bien campés et suffisamment nuancés (hormis Christophe, psychopathe assumé et volontairement dessiné à très gros traits) pour qu'on croit à cet univers pourtant assez inusité. Le lecteur se tapit avec intérêt dans l'ombre pour entendre les conversations que Tristan entretient avec Pascal lors de ses nuits d'insomnie. Il s'interroge aussi sur les limites d'un système médical sursaturé et d'une société instable, qui ne peuvent pas toujours faire la différence entre folie passagère et psychose dangereuse, entre thérapie et surmédication, entre les textes savants et la réalité vécue au quotidien. Un premier opus à la voix suffisamment originale pour qu'on en retienne le thème.

mercredi 22 avril 2009

L'Orchestre Youtube: post-concert

« Le monde réel, le monde virtuel et l’expérience de la rencontre. Pour nous, c’est un peu entre un sommet de musique classique et un rassemblement scout, conjugué à du speed dating ». C’est en ces termes que le chef d’orchestre Michael Tilson Thomas a présenté le YouTube Symphony mercredi dernier à une salle comble, au prestigieux Carnegie Hall de New York. C’est ce qu’on peut qualifier sans hésitation de postmodernisme!

Tous les musiciens ont été sélectionnés par vidéos et 3 000 n’ont pas hésité à transmettre leur répertoire d’audition de cette manière. Le jury en a ensuite retenu 200 et les internautes ont choisi ceux qu’ils considéraient suffisamment doués pour participer à l’événement. Le soir du concert, 96 musiciens - dont deux Canadiens, le vibraphoniste Gaël Chabot et le violoncelliste Stéphane Tétreault, 15 ans - représentaient fièrement plus de 30 pays. Pourtant, tous n’étaient pas des musiciens professionnels ou jeunes aspirants; dans les rangs, on retrouvait un chirurgien, un mécanicien, un joueur de poker professionnel et une adjointe administrative. Qui a dit que la musique classique était conçue exclusivement pour une élite!

Les cellulaires et les caméras vidéo étaient non seulement permis, mais fortement recommandés. Plusieurs assistaient d’ailleurs à un concert classique pour la première fois. Pendant le concert, ils ont transmis des vidéos à leurs amis, mis en ligne des extraits, ont partagé des alertes Twitter et tous semblaient ravis de leur expérience. Certains pleuraient et plusieurs ovations debout ont été accordées au cours de la soirée, notamment après la création de l’Internet Symphony No. 1 Eroica de Tan Dun. Décrite par le compositeur comme étant « un mariage arrangé comme jadis - arrangé par Google et YouTube », la soirée restera certainement gravée dans la mémoire de tous les participants. Une nouvelle façon d’auditionner à adopter par les grands orchestres?



dimanche 19 avril 2009

Plagiat

Bon, vous me direz que c'est un mot bien laid pour accompagner cette journée printanière et ensoleillée mais, coïncidence ou épidémie, plusieurs fois au cours des derniers jours, il a été question de plagiat dans mon entourage.

Certains auront peut-être lu, samedi dernier, l'article consacré à la question par Le Devoir. Avec le concours d'Internet et de ses multiples ramifications, en effet, rien de plus facile pour les étudiants de maîtriser un copié/collé plus ou moins habile. Certains sont sans vergogne et recopient entièrement l'information piochée à gauche et à droite; d'autres sont plus raffinés et pastichent le tout. Et, pour le correcteur, ce n'est pas toujours évident de savoir qui a dit quoi le premier.

C'est à la limite du paradoxal, soit dit en passant, qu'un quotidien publie un article sur le sujet parce que, très souvent, les journalistes repiquent, textuellement, les dépêches reçues des agences de presse (nombreuses, en cette ère de communication instantanée et d'information à la nanoseconde). Le plus souvent, la mention de la source est des plus claires (« selon l'agence France Presse » ou grâce à la signature « Reuters » en bas d'article par exemple), dans d'autres cas, ça tient plutôt du flou artistique. Pour avoir travaillé des deux côtés de la clôture, je peux vous affirmer qu'un organisme ne contient plus sa joie quand l'amorce du communiqué est reprise telle quelle. Cela signifie que les sous versés au rédacteur ont été bien investis et que le « message » est donc parfaitement passé. Mais où se trouve la ligne entre la liberté de presse et la manipulation d'information dans un tel cas? Autre zone difficilement identifiable.

Et puis, il y a le vol pur et simple, de textes. Il y a un an, j'ai eu la « joie » d'apprendre par une collègue pianiste belge que mes notes de programme pour le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen avaient été reprises par une société de musique de chambre. Deux mois après concert, elle était ravie de m'annoncer qu'elle m'avait lue, à Bruxelles, et que ça lui avait fait penser à moi. Euh? Évidemment, je n'étais pas au courant, aucune compensation (même symbolique) n'a été versée et je ne peux pas retrouver l'organisation en question, puisque cette collègue ne se rappelait plus qui avait interprété la chose. Au moins, mon nom y était associé. Depuis, j'ai décidé de garder mes textes professionnels sous clé et de les déposer sur un site à accès contrôlé.

Plus sournois que cela encore, peut-être, est le vol de textes à caractère privé: poèmes, textes de fiction, haiku, etc. que certains auteurs déposent sur leur site sans trop se méfier. Comme la plupart des blogueurs qui tiennent des journaux intimes ou extimes le font sous pseudo, difficile ensuite d'aller prouver le vol de matériel et l'identité réelle de l'écrivant. Le site d'écriture Les impromptus littéraires (qui propose à chaque semaine aux participants une nouvelle consigne d'écriture), dont je suis l'une des administratrices, a ainsi eu maille à partir avec un vol massif de matériel. La personne en question repiquait, sans aucune vergogne et bien sûr sans mention, tel texte dans son intégralité ou quelques vers. Des mesures légales ont été amorcées mais, malheureusement, là aussi, zone de flou total. Les hébergeurs ne peuvent évidemment pas savoir qui se cachent derrière l'un ou l'autre de leurs clients et ne procéderont à des retraits de sites que si le matériel est jugé pornographique ou fortement illégal. Inutile de le préciser, en contactant le propriétaire du site, on fait face à un mur de silence.

Si vous êtes à l'aise avec le pillage potentiel du contenu de votre blogue, aucun problème. Après tout, l'information est faite pour être partagée. Si vous souhaitez vous assurer que vos précieux textes n'ont pas été impunément pillés, vous pouvez vous inscrire (gratuitement) sur Fairshare (site anglophone uniquement) qui, grâce à votre url de flux RSS (ou atom ou Feedburner), vous alertera si votre matériel se retrouve sur un autre site. À bon entendeur, salut!

Quelques précisions légales ici...

jeudi 16 avril 2009

Le talent...

Cette vidéo circule ces jours-ci dans les boîtes de courriels et a été visionnée par plus de deux millions et demi de curieux éberlués dans les premiers 72 heures à peine (on parle maintenant d'un astronomique 12 millions). Susan Boyle, 48 ans, certes pas une beauté à la plastie parfaite, admet devant le jury blasé et un public qui ricane furieusement qu'elle n'a jamais été embrassée mais que son rêve est de suivre les traces de son idole, Elaine Page. Et puis, elle chante I dreamed a dream des Misérables et tout va basculer. Émotions assurées.

À visionner ici...