La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l'auteure. Ce site se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.
dimanche 30 août 2009
Des nouvelles de Pickton Vale
Au début, on peine un peu à s'adapter au style de l'auteur qui privilégie dans cette première oeuvre les phrases extrêmement longues, les virgules remplaçant tout signe de ponctuation qu'on aurait naturellement inséré entre les segments. Éventuellement, on adopte une respiration naturelle, favorisée par une lecture un peu plus lente, qui permet de s'approprier ces pans de vie que certains pourraient juger d'une banalité navrante mais qui sont traités avec suffisamment de soin pour qu'on prenne le temps de souhaiter apprivoiser les personnages, qui réapparaissent d'une nouvelle à l'autre. L'homosexualité latente ou assumée, l'urgence de vivre, les destins que l'on ne contrôle pas toujours sont autant de thèmes abordés ici, finissant par peindre une toile multicolore mais non bariolée, sur fond blanc, celui de l'implacable neige, du vide inassouvi.
jeudi 27 août 2009
1 + 1 =
Ceux qui me lisent régulièrement le savent : je mène une vie parallèle d’écriture en plus de consacrer un certain nombre (ou un nombre certain) d’heures par semaine à l’enseignement. J’aurais pu faire le choix de me consacrer uniquement à la rédaction musicale, mais c’est plus fort que moi, je suis complètement accro à l’enseignement et je n’ai aucune intention de me rendre à une soirée de P.A. (professeurs anonymes), sauf bien évidemment si c’est pour partager ma fièvre pour l’enseignement. J’imagine ma première visite : « Bonjour, je m’appelle Lucie. J'enseigne depuis 20 ans et suis incapable de m’arrêter. » En fait, si j'y réfléchis attentivement, déjà, à l'école primaire, je me sentais investie d'une mission et cherchais à partager mes connaissances acquises sur les écureuils, le corps humain, l'imprimerie, etc., dont le « mal » est ancré encore plus profondément qu'il n'y paraît.
Oui, vraisemblablement, mon horaire fera un triple saut périlleux vers l’avant d'ici quelques jours mais il n'y a pas grand chose que j'aime plus que de plonger dans la découverte de nouveaux mondes étranges ou d'établir des liens tricotés serré avec des élèves (dont quelques-uns sont devenus, au fil des ans, des amis). Je me sens interpellée, personnellement, viscéralement. Peut-être ne réussirai-je pas à gagner la guerre contre l’ignorance ou même à renverser la vapeur mais je sais que j’aurai convaincu quelques dizaines (qui éventuellement se multiplieront en centaines) de jeunes (qui deviendront grands) que la musique classique, la littérature, l'art mais aussi la curiosité et une volonté de se dépasser constamment changent une vie pour toujours… Idéaliste? Peut-être un peu... Au fond, c'est tant mieux!
mardi 25 août 2009
Deviens celle que tu es
Parfois, on lit un livre pour s'évader; à d'autres, pour se sentir interpellé. Ce livre tombe définitivement dans la seconde catégorie. Tout d'abord, j'ai dû physiquement me l'approprier. En effet, la Collection romantique de José Corti présente des livres comme ceux d'autrefois, dont il faut d'abord libérer les tranches. J'ai quelques souvenirs flous de mon père passant de la sorte à travers quelques vieilles éditions mais n'avais jamais sorti le couteau avant d'entamer la lecture d'un ouvrage (les coupe-papier étant devenus objets désuets en même temps que les lettres, ce qui est bien dommage). Je me suis ensuite appropriée l'auteure, Hedwig Dohm, féministe allemande du XIXe siècle (grâce à une présentation fort soignée (qu'on suppose signée de la traductrice). Les conditions idéales étaient alors réunies pour que je plonge dans cette novella, traduite pour la première fois en français, qui ne m'a à aucun moment paru datée même si elle a d'abord été publiée en 1894.
Dans celle-ci, Dohm trace le portrait d'une femme vieillissante, pareille à des milliers d'autres, qui a, du moins en apparence, sombré dans la folie (ou a-t-elle plutôt choisi de s'y réfugier?). À travers les notes du médecin puis des extraits de son journal, les événements marquants d'une vie se dessinent peu à peu. Dohm y glisse nombre de réflexions pertinentes (mais non nécessairement militantes) face au vieillissement, au rôle de la femme (le monde a changé en un peu plus d'un siècle mais, au fond, pas tant que ça), à l'importance de l'amour, à l'âge acceptable d'y céder aussi. « Il y ici des êtres beaux et émouvants comme l'île. J'ai vu l'homme que j'aurais dû aimer si je l'avais rencontré dans ma jeunesse; un être que la nature a créé dans une heure de liesse. » (p. 143) Le style est élégant, vif, d'une séduisante précision et comprend des références à la philosophie (le titre même de la nouvelle se veut un clin d'oeil au Gai savoir de Nietzsche) ou à la musique de Wagner. Une auteure et un texte que je relirai sans aucun doute.
Merci à tidoigts pour le cadeau!
samedi 22 août 2009
Bouquineries
Mon amie parisienne repartait jeudi soir et souhaitait faire provision d'une série de livres destinés au yoga, impossibles à dénicher en France (pour une fois que nous avons un avantage!). Nous avons donc écumé trois bouquineries du Plateau afin de dénicher l'un ou l'autre des titres convoités. Pendant qu'elle épluchait les rayons « santé », « ésotérisme » ou autres (difficile de comprendre dans quel rayon les libraires auront casé de tels objets hétéroclites), je me suis arrêtée dans la première librairie dans la section « musique » (bof) et « poche » (aucun titre n'exigeait de se retrouver dans mon sac). Dans la seconde, j'ai plutôt passé de longues minutes dans la section « philosophie » (j'ai failli partir avec deux ou trois livres d'Alain Finkielkraut mais me suis raisonnée que je pourrais les trouver en bibliothèque) et dans la section « études littéraires » (Sartre m'a tentée et j'ai été presque émue de retrouver là un essai très pointu sur Valéry, publié il y a plusieurs années par un ami devenu romancier).
Dans la troisième, je me suis dirigée vers la section « romans ». Je cherchais un titre de Hoeg, dont j'avais beaucoup aimé La petite fille silencieuse mais ai fait chou blanc. Je suis par contre passée à deux doigts d'acheter La sensualiste de Barbara Hogson (une auteure canadienne-anglaise), l'objet lui-même étant absolument magnifique (les chapitres étant tous agrémentés de planches anatomiques époustouflantes) mais j'ai finalement cédé au Livre des questions d'Edmond Jabès, un livre hybride, « immémorial », multiple, qui traite de liberté, de judaïsme, d'amour, de deuil, d'espoir...
Oui, j'aime ce côté en apparence aléatoire des recherches en bouquinerie. On ne sait jamais exactement ce qu'on y cherche mais, souvent, les livres finissent par nous trouver.
mardi 18 août 2009
Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles
Oui, le livre traite des aventures sentimentales d'une jeune femme qui fait d'abord carrière dans le monde de l'édition puis se réoriente. Oui, le livre se passe à New York mais n'a rien à voir avec Sex in the City. À travers une série de vignettes, presque dissociables et qu'on peut traiter à la fois comme des chapitres du livre ou des nouvelles dont l'héroïne serait souvent le même personnage, on apprivoise un parcours et, surtout, on s'attache très rapidement. Le ton est parfois désinvolte, parfois poignant (notamment lors d'un magnifique récit d'un combat contre le cancer du sein, réalisé avec grande délicatesse). La narration est parfois au « je », à la troisième personne du singulier, au « vous ». Pourtant, le tout reste d'une grande cohérence et, s'il fait sourire à l'occasion, ne se dissipe pas en quelques secondes dans l'air du temps. Comme quoi, comme l'affirme le dicton anglais, on ne peut pas (toujours) juger un livre par sa couverture (ou son titre).
samedi 15 août 2009
Matamore no 29
Par moments poétique, à d’autres métaphorique, parfois didactique, le plus souvent à la frontière ténue de l’absurde, Matamore no 29 nous propose un curieux périple, somme toute assez séduisant, où les références littéraires, cinématographiques et philosophiques abondent. L’ombre de Shakespeare, de Joyce (brillant exposé du chapitre 22, qui donne le goût de retrouver ces auteurs), de Derrida, de Robbe-Grillet ou de David Lynch font plus que planer sur ces pages, elles les habitent, les fragmentent. Bien sûr, il manquera vraisemblablement quelques éléments au lecteur moyen pour saisir les multiples clins d’œil de cet alors doctorant en littérature. Une chose est certaine toutefois : sa voix s’affirme comme suffisamment originale pour qu’on souhaite lire son deuxième essai dans le genre. Qui sait comment il bousculera alors les conventions?
Pour lire les autres commentaires de lecture des collaborateurs de La Recrue...
vendredi 14 août 2009
Élitisme
Je suis privilégiée et peux disposer en général de billets de presse pour assister aux concerts qui m'intéressent. Par contre, je ne suis pas aveugle - ni totalement inconsciente - et suis capable de lire le montant inscrit sur le billet offert (et réaliser qu'il n'est jamais entièrement gratuit puisqu'on attend une critique, un prépapier ou un retour d'ascenseur éventuel). Quand le concert est exceptionnel (ceux de Brendel entrent définitivement dans cette catégorie et je n'ai pas hésité à payer mon billet à plus d'une reprise pour l'entendre), on n'hésite pas. Mais quand on a droit à un concert très moyen, n'est-on pas en droit de rechigner un brin? La démocratisation de la musique classique passe certes aussi par là... Lire l'article de Marie-Ève Lambert...