mardi 9 avril 2013

Quai no 5 : collection en partance

Tristan Malavoy-Racine se définirait sans doute comme un homme-orchestre. Chroniqueur littéraire et rédacteur en chef de Voir, auteur (on lui doit trois recueils de poésie), parolier, musicien, cet infatigable globe-trotter a eu envie cette fois de privilégier un voyage intérieur, à travers les mots des autres, en devenant directeur chez XYZ d’une toute nouvelle collection consacrée aux découvertes littéraires, lancée officiellement en septembre prochain.

Musique et littérature s’inscrivaient au cœur même de la carte blanche que lui avait confiée le Festival international de littérature en 2007. Celle-ci avait alors juxtaposé huit univers, notamment ceux de Yann Perreau, Stéphanie Lapointe, Mara Tremblay et de la poète Renée Gagnon, Prix Émile-Nelligan 2006. Quai no 5, titre du spectacle, devient celui de la collection et prolongera d’une certaine façon cette volonté de rendre floues les frontières entre les genres, tout en privilégiant des voix fortes, uniques, qui refusent de se fondre dans la masse. « Quai no 5 évoque bien sûr l’idée du voyage, explique Tristan Malavoy en entrevue exclusive, aussi bien les départs que les retours. » Le nom se veut également un clin d’œil au cinquième art, celui de la littérature et de la poésie. « C’est un cadeau inouï que l’on m’a fait. Je souhaitais disposer de plus de temps pour des projets personnels, mais voulais aussi tâter de l’édition. On m’offre un terrain de jeu fabuleux, une belle liberté. »

Quai no 5 s’érigera un titre à la fois, à raison de quatre ou cinq publications par année. Son directeur se fait une joie de pouvoir côtoyer au quotidien les jeunes auteurs d’ici : « Ce que j’aime le plus, c’est fréquenter une nouvelle voix. » Déjà, des manuscrits s’accumulent sur son bureau et il espère susciter d’autres marques d’intérêt, une fois que la collection aura pris son envol. « Cela relève de l’acte de foi d’envoyer un manuscrit! » Malavoy souhaite mettre au monde des livres, mais aussi des auteurs, en misant sur les médias alternatifs, les réseaux sociaux et en établissant des liens rapprochés avec les libraires. « Il faut faire vivre livres et auteurs sur le long terme », souligne-t-il. Souvent invité à animer des causeries, il considère ces dernières des cadres propices à une rencontre réelle avec l’auteur : « Peu importe combien de personnes y assistent, elles en conserveront assurément un souvenir marquant. »

Après avoir articulé une pensée critique et révisé un nombre incalculable de textes lors de ses années passées au Voir, Tristan Malavoy peut cerner les caractéristiques des auteurs avec lesquels il aura envie de travailler. « J’aime une langue musicale, qui évite les détours inutiles, affirme-t-il. Depuis quelques années, nous sommes malheureusement souvent dans des registres fonctionnels et nous nous privons de tonalités qui dérangent. Je souhaite encourager les écritures trempées. La littérature demeure une célébration de la différence; c’est une erreur de chercher à l’aseptiser. Nous avons besoin d’être ensorcelés. » Il se fait une joie de retravailler en profondeur avec les auteurs : « Très souvent, la solution, l’auteur la porte en lui. Il suffit de l’aider à la percevoir » Il ne croit pas au mythe du primoromancier refusant systématiquement les modifications. Il suffit souvent d’un court temps d’arrêt pour permettre au textede se développer autrement : « Quand on pointe une faiblesse, l’auteur vient bien sûr la corriger. Les mots restent une matière malléable. »

La collection disposera d’une relative indépendance par rapport aux autres sous la bannière XYZ, s’en dissociant même au niveau graphique. Les couvertures seront signées David Drummond, dont le travail a notamment été salué par l’American Institute of Graphics Arts et l’American Association of University Presses Cover and Jackets Competition. Le logo, dévoilé lors du Salon du livre de Québec, permettra déjà d’établir une signature, qui se prête à de multiples lectures, convoquant aussi bien l’ancien que le nouveau, le Paris des années folles que le Québec aujourd’hui. Quai no 5 souhaite également faire découvrir certaines personnalités œuvrant dans des domaines artistiques connexes autrement. « Je veux que soient convoquées d’autres formes d’art, par exemple, faire une large place à la musique et aux arts visuels. Cette tangente se dégagera dans les prochaines années. » Une belle invitation au voyage…

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